Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 23:08

 

FEDERATION SOS HEPATITES 01 43 67 26 40

Fédération SOS Hépatites Association loi 1901 Fax 01 43 67 26 84

190, boulevard de Charonne

75020 - PARIS 

 

Paris, le 29 octobre 2009

L’hépatite toujours condamnée au silence !

Alors que les médias et diverses institutions de santé rebondissent depuis plus d’une semaine sur les  dernières recommandations de la Haute Autorité de Santé et que tout le monde semble se féliciter (SOS Hépatites aussi) de la nécessaire généralisation de la proposition systématique du dépistage au VIH/Sida, c’est avec amertume et dépit que SOS Hépatites (association de malades atteints par une maladie chronique du foie) constate  l’absence de considération de l’ensemble des acteurs du système de santé sur la question du dépistage des hépatites virales.

Plus de 250.000 personnes vivent en France, sans le savoir, avec une bombe à retardement au niveau du foie !

Alors qu’il existe des traitements efficaces !

Les hépatites virales sont responsables de 10 fois plus de décès en France que le VIH/sida.  D’après le Bulletin Epidémiologique hebdomadaire du 19 mai 2009 (institut de veille sanitaire) plus de 500.000 personnes sont porteuses d’une hépatite virale chronique (232.000 hépatite C, 281.000 hépatite B) et près de  50% l’ignorent et ne sont pas encore dépistées soit plus de 250.000 personnes qui vivent en France avec un virus  qui détruit aussi lentement que sûrement leur foie ! Faute d’un dépistage, ces infections chroniques peuvent passer totalement inaperçue (très peu de symptômes associés à l’exception de la fatigue) et aboutir à un cancer du foie ou une insuffisance hépatique sévère où, malheureusement, aucun recours thérapeutique, y compris la  greffe, n’est possible. Et pourtant, les traitements contre l’hépatite C permettent de guérir (suppression  virale) dans plus de 50% des cas et les traitements contre l’hépatite B permettent de bloquer le virus dans plus  de 80% des cas !

Dépistage des hépatites et prévention : deux enjeux de santé publique ! Mais en dehors de la grippe

H1N1 et du VIH/sida, point de salut public !

Au-delà des efforts à réaliser pour inciter les personnes à se dépister l’annonce des résultats peut permettre

de renforcer les stratégies de prévention, dont l’accès au vaccin contre l‘hépatite B. En effet, du côté des  nouvelles contaminations, les chiffres sont également effrayants : 5000 nouvelles contaminations par an pour  l’hépatite C et 2500 pour l’hépatite B.

SOS Hépatites demande une généralisation de la proposition systématique du dépistage sur les hépatites virales, en priorité chez les anciens transfusés, les femmes enceintes, les usagers de drogue, les  personnes incarcérées, les personnes d’origine étrangère résidant en France et également les personnes  qui démarrent une chimiothérapie anticancéreuse.


SOS hépatites demande :

·  Au ministère de la santé de débloquer des fonds pour définir une politique de formation et une mise à  disposition de tests de dépistage au niveau des structures de soins qui accueillent les populations  mentionnées ci-dessus

· A la haute autorité de santé de rattraper son retard concernant la validation des algorithmes de  dépistage de l’hépatite B et d’étendre ses recommandations d’incitation au dépistage aux hépatites  virales
· A la sécurité sociale de rembourser à 100% le test de dépistage de l’hépatite B

Contact presse : Frédéric Chaffraix (Vice Président Communication) : 03.88.24.26.01 ou 06.62.80.53.74

SITE INTERNET

www.soshepatites.org

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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 11:03

Prévenir et surveiller le cancer du foie

 

 

L’hépatocarcinome (HCC) est le cinquième cancer le plus répandu dans le monde. Chaque année, environ 566 000 cas sont diagnostiqués au niveau mondial (dont 46 000 cas en Europe et 15 000 cas aux Etats-Unis) et un nombre équivalent de personnes en meurent. Le taux de survie à 5 ans est inférieur à 5 % sans traitement, ce qui en fait l’une des maladies les plus sévères. Il n’existe pas actuellement de traitement autorisé pour l’hépatocarcinome. La seule thérapeutique qui a démontré son potentiel curatif est la résection chirurgicale ou la transplantation de foie.

L’incidence de l’hépatocarcinome augmente au niveau mondial, mais des différences géographiques frappantes peuvent être observées, qu’il s’agisse des facteurs de risque ou de l’occurrence. L’incidence de la maladie dans les pays en voie de développement, en particulier en Asie de l’Est et du SUD-EST (surtout en Chine et au Japon) ainsi qu’en Afrique sub-saharienne, est bien supérieure à celle des pays développés. Le rôle de l’infection chronique au virus de l’hépatite B (HBV) et de l’hépatite C dans l’étiologie de l’hépatocarcinome est bien connu et a occupé une part importante dans le développement de la maladie. L’augmentation de l’incidence de l’hépatite dans les pays occidentaux explique la croissance ininterrompue de la maladie à la fois en Europe et aux Etats-Unis. En Europe, 28 % des cas d’hépatocarcinome ont été attribués à l’infection chronique au HBV et 21 % à l’infection au HCV. Parmi les autres facteurs de risque, la consommation d’alcool, de tabac et la prise de contraceptifs oraux peuvent expliquer les variations résiduelles observées entre les pays.

 

Ce qu’il faut savoir :

 

L'incidence du cancer primitif du foie ou hépatocarcinome est en forte augmentation depuis une vingtaine d'années. Il touche l'homme le plus souvent. Son incidence a considérablement augmenté en vingt ans. Ceci est lié d’une part à la meilleure prise en charge des cirrhoses éthyliques, ce qui leur laisse le temps de se transformer en cancer, et d’autre part à l’augmentation des cirrhoses d’origine virale.

• Le cancer primitif du foie se développe le plus souvent à partir d'une cirrhose ou d'une hépatite chronique. Les principaux facteurs de risque sont l'alcoolisme et l'infection par les virus de l'hépatite B ou C.  Ces virus peuvent conduire à un état de porteur chronique signifiant que le sujet ne se débarrasse jamais du virus et peut développer de nombreuses années plus tard une cirrhose ou un cancer du foie.

Dans le cas des virus de l'hépatite B et de l'hépatite C, les porteurs chroniques risquent de développer une cirrhose hépatique avec un risque ultérieur de 3 à 5% par an de cancer du foie.

• Le cancer secondaire du foie ou métastase hépatique peut compliquer la plupart des cancers.

• La prévention passe essentiellement par la limitation de la consommation d'alcool et les mesures de protection contre la transmission des hépatites virales B et C.

• Le diagnostic d'un cancer du foie repose principalement sur l'échographie, le scanner et/ou l'IRM. En cas de doute, c'est la biopsie hépatique qui confirme le diagnostic.

• Le traitement du cancer du foie dépend surtout de la taille de la tumeur. Il est essentiellement chirurgical (hépatectomie partielle).

• Alcoolisation et chimio-embolisation constituent des alternatives au traitement chirurgical. La chimiothérapie a des indications limitées car son efficacité est limitée dans le cancer du foie.

• Le pronostic du cancer du foie est lié à son extension et aux complications cliniques qu'il entraîne. 

 

Le diagnostic

Il intervient malheureusement souvent lorsque le cancer est déjà avancé. En effet, le cancer du foie est peu fréquent et les symptômes peu typiques.
Les étapes essentielles du diagnostic sont les suivantes :

  • le "taux de suspicion" élevé chez les patients ayant eu une hépatite chronique ou une cirrhose d'origine alcoolique,
  • un examen clinique complet,
  • les tests sanguins, avec analyse des marqueurs tumoraux en particulier les « alphafœtoprotéines » (AFP),
  • une imagerie avec plus particulièrement, une échographie abdominale, un IRM, un scanner.
  • une biopsie.

 

Vaccination hépatite B

Les longues polémiques sur son innocuité ont rendu, en France, le vaccin contre l'hépatite B suspect, et malheureusement, ont réduit son emploi. Alors que dans les années 1996-1997, la couverture vaccinale chez les jeunes enfants n'est plus actuellement, en France, que de 25 à 30 % chez les sujets de moins de 1 an ; cela comporte, pour l'avenir, un risque. Il importe donc de rappeler les termes de la discussion sur les risques vaccinaux et les données les plus récentes qui montrent que ce vaccin est sans danger et son effet remarquable à long terme. Aucun vaccin ne prévient le cancer, à l'exception du vaccin contre l'hépatite B qui permet de prévenir un cancer du foie. La cible privilégiée à protéger doit être les jeunes enfants.

 

Explorations morphologiques non invasives du foie

 

L’échographie

Elle permet de visualiser différents organes grâce aux échos des ultrasons. La sonde d’échographie posée sur le patient émet des ultrasons et reçoit l’écho produit par ses organes. Un câble relie cette sonde à un ordinateur qui reproduit sur un écran vidéo une image de l’intérieur du corps du patient. L’échographie n’utilise donc pas les rayons X.

Pour les cas des examens du foie, de la rate et surtout de la vésicule, de l’aorte et de la veine, le patient doit être à jeun.

Le patient est allongé sur un lit situé près de l’appareil d’échographie. Le médecin radiologue étale un gel qui permettra aux ultrasons de pénétrer directement sur la partie du corps à examiner. Le médecin applique et déplace la sonde visualisant une image qui bouge en fonction des mouvements des organes. L’interprétation en échographie se fait en mouvement et sur le moment même. Cet examen est absolument indolore et inoffensif.

 

Avantages de l'échographie :

Rapide : entre cinq et 45 minutes en fonction de l'organe exploré

Simple et facilement accessible

Non invasive pas de rayons pas d'injection ni de ponction

Peu onéreuse :

Reproductible

Peut-être associée à un doppler-couleur permettant une meilleure caractérisation des structures vasculaires (utile pour les tumeurs malignes, souvent riches en vaisseaux)

 

L'échographie hépatique permet d'apprécier les contours et la structure du foie. L'augmentation de volume n'a aucune valeur séméiologique. Elle peut détecter les tumeurs, différencier les tumeurs à contenu liquide des tumeurs solides; elle peut préciser le diamètre et le contenu des voies biliaires; elle peut étudier la veine porte (diamètre, perméabilité, flux et sens du flux, avec l'aide du Doppler) ainsi que les artères et veines hépatiques.

 

 

 

L'IRM

L’Imagerie par Résonance Magnétique est une technique non irradiante, qui n'émet pas de rayons X. L'appareil réalisant cet examen comporte un aimant très puissant dans lequel passent des ondes de radiofréquence. La combinaison de ces énergies permet de détecter les atomes d'hydrogène contenus dans vos organes et de reconstituer ainsi des images grâce à un ordinateur.

 

 

 

L'IRM hépatique permet de compléter l'exploration de certaines anomalies du foie, détectées à l'échographie ou au scanner et dont on ne peut déterminer avec précision la nature.

Plusieurs séries de coupes sont réalisées sur le foie, des images sont réalisées avec, puis avec injection de produit de contraste.

En pratique, comment se déroule l’IRM hépatique ?

L'IRM du foie nécessite systématiquement une injection de produit de contraste, ce qui nécessite la pose d'une perfusion au pli du coude, laissée en place le temps de l'examen.

Faut-il prendre des précautions avant ou après l'examen ?

Les précautions sont les mêmes que pour tout examen IRM avec injection de produit de contraste, le gadolinium. Les produits de contraste à base de Gadolinium sont injectés par voie veineuse et utilisés exclusivement en IRM. Ils sont mieux tolérés que les contrastes iodés.

Quelles sont les informations apportées par l'IRM hépatique ?

L'IRM hépatique permet une bonne étude de l'anatomie et de la vascularisation du foie. La (ou les) anomalie(s) mise(s) en évidence (cancer, angiome, adénome, sont étudiées selon différentes séquences et leur aspect est évalué aux différents temps de l'examen, sans puis après injection de produit de contraste.

Cette démarche permet, pour les plus courantes d'entre-elles, de reconnaître leur nature (bénigne ou maligne) avec une grande fiabilité. Pour mieux détecter certaines tumeurs, on injecte parfois un produit de contraste à base de fer, spécifiquement capté par le foie sain, la ferrite.

 

Combien de temps dure l’examen ?

30 à 45 minutes.

• Le patient devant rester allongé dans un "tunnel" pendant la durée de l'examen, il vaut mieux prévoir en cas de claustrophobie une prémédication.
• Cet examen est contre-indiqué chez les porteurs de Pace-maker.
• De même, des précautions sont à prendre chez les personnes ayant travaillé dans la métallurgie ou les porteurs de prothèses cardiaques ou vasculaires métalliques

 

 

LE SCANNER OU TOMODENSITOMETRIE

Cette technique, d'accès plus aisé actuellement permet l’exploration précise de nombreux organes.


Comme la radiologie, il utilise les rayons x, grâce à un tube tournant autour du patient. Le film est ici remplacé par des capteurs, l'information étant ensuite traitée et reconstruite pour donner des images des structures explorées. Il s'agit d'une imagerie en " coupes ".

Les scanners actuellement utilisés sont des appareils dits " à rotation continue " permettant d'explorer un volume du corps en quelques secondes, la reconstruction et l'analyse de l'image se faisant dans un second temps.
Dans de nombreuses indications et pour l'étude de certains organes il est souvent nécessaire d'injecter un " produit de contraste " à base d'iode par voie intraveineuse.

 

 

 

 

Examen essentiel du foie. Généralement pratiqué à la suite d'une échographie, soit pour compléter l'exploration d'une lésion découverte à l'échographie, soit parce que l'échographie est  jugée d'interprétation difficile.

Le scanner donne des coupes axiales transverses du foie (coupes jointives de 5 à 10 mm d'épaisseur). Il est en principe pratiqué avant et après injection intraveineuse de produit de contraste iodé. Cette injection rehausse la densité du foie. Elle présente un double intérêt :

- amélioration de la détection de certaines lésions qui seront mieux visibles après rehaussement car elles ne sont pas opacifiées par le contraste (kystes, métastases hypovasculaires, …)

- caractérisation de certaines lésions en révélant leur mode d'opacification (angiomes, hépatocarcinome, …)

L'injection de produit de contraste permet également de mieux identifier les structures vasculaires du foie (artère hépatique, veine porte, veines sus-hépatiques) et ainsi d'identifier des pathologies liées à une anomalie de ces vaisseaux (thrombose).

 

Michel Bonjour



 

 

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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /Oct /2009 11:00

VHC, syndrome métabolique, insulino-résistance et stéatose

 

 

Chez les malades porteurs du virus de l'hépatite C, l'atteinte hépatique associe une inflammation et de la fibrose progressive, qui aboutit dans 30 % des cas à une cirrhose avec ses différentes complications. Les mécanismes physiopathologiques sous-jacents à ces lésions ne sont pas vraiment connus. Classiquement, le VHC n'est pas connu comme un virus cytopathogène (il ne détruit pas lui-même la cellule). L'inflammation est considérée comme la conséquence de la réaction immunitaire de l'hôte contre les hépatocytes infectés par le virus, et la fibrose comme la résultante de ces réactions inflammatoires qui stimulent les cellules étoilées du foie pour produire le collagène. La physiopathologie (étude qui permet de comprendre le mécanisme d'une maladie) des lésions hépatiques observées au cours de l'hépatite chronique C peut être plus complexe, et dépendre de nombreux facteurs. Certains effets induits par le virus lui-même ou ses protéines ont été décrits comme la stéatose hépatique. Elle peut être observée même en l'absence d'autres cofacteurs stéatogènes, et peut être massive, en particulier chez les malades infectés par le VHC de génotype 3. De nombreuses études ont montré que l'infection par le VHC peut aboutir au développement d'une stéatose hépatique. La stéatose pourrait être corrélée à une progression plus rapide de la maladie et à une diminution de la réponse au traitement antiviral. Les mécanismes de la stéatose ne sont pas bien élucidés et sont actuellement le sujet de recherche de nombreuses études cliniques et expérimentales. Au cours de l'infection par le VHC, deux types de stéatose ont été décrits : la « stéatose métabolique », en relation avec l'obésité, l'insulino-résistance (IR) et le syndrome métabolique, plus fréquente en cas de VHC de génotype 1, et la « stéatose virale » en relation avec des effets cytopathiques du virus ou de ses protéines, typiquement observée en cas de VHC de génotype 3

Le syndrome métabolique est fortement associé à la résistance à l’insuline ou insulino-résistance. L’insuline, une hormone produite par le pancréas, est un peu comme une clé qui permet aux cellules « d’ouvrir » une porte qui permet d’absorber le glucose (sucre), contribuant ainsi à la régulation du taux de sucre dans le sang (glycémie). Si les cellules deviennent insulino-résistantes (la clé ne fonctionne plus), elles absorbent mal le glucose, malgré la présence de l’insuline. Le glucose se retrouve alors en trop grande concentration dans le sang, et en manque dans les cellules.

Pour remédier à la situation et maintenir un taux de sucre adéquat, le pancréas doit produire toujours plus d’insuline. Avec le temps, le pancréas « s’épuise » et n’arrive plus à fournir ce surplus d’insuline. Le taux de sucre dans le sang reste alors élevé. À la longue, cette situation entraîne le diabète de type 2.

La résistance à l’insuline est aussi associée à un risque plus élevé d’hypertension et de maladies cardiovasculaires, car elle peut faire augmenter les taux de cholestérol et de triglycérides (lipides sanguins), et ainsi endommager les parois artérielles.

 

Le syndrome métabolique

La définition clinique du syndrome métabolique repose sur cinq paramètres, mais la présence de trois suffit à porter le diagnostic :

·                Tour de taille > 102 cm chez les hommes et > 88 cm chez les femmes – à moduler selon le groupe ethnique ;

·                Cholestérol HDL (bon cholestérol) < 40 mg/dl chez les hommes et < 50 mg/dl chez les femmes (ou sous traitement) ;

·                Triglycérides > 150 mg/dl (1,7 mmol/L) (ou sous traitement) ;

·                Glycémie à jeun > 1 g/dl (ou sous traitement) ;

·                Tension artérielle > 130-85 mm Hg (ou sous traitement).

Surcharge pondérale est plus souvent caractérisée par le tour de taille que par l’indice de masse corporelle (IMC).

 

L’ insulino-résistance : IR

L'IR peut être définie comme une condition où la concentration normale d'insuline ne permet pas d'assurer les fonctions métaboliques physiologiques. Dans ce cas-là, une concentration d'insuline plus élevée que la normale est nécessaire pour aboutir à ses effets. Le caractère de l'IR dépend de l'interaction complexe entre des facteurs génétiques (mal connus à l'heure actuelle) et des facteurs environnementaux (facteurs nutritionnels, mode de vie), les plus importants étant l'obésité, et en particulier l'obésité viscérale. Pour mesurer l'IR, la technique  la plus simple, basée sur la mesure à jeun de l'insulinémie, est le HOMA (Homeostasis Model For Assessment of Insulin Resistance). Cet index de résistance à l'insuline se calcule selon l'équation suivante : [insuline (µUI/mL) x glucose (mmol/L)]/22,5. Une valeur > 3 a été retenue comme valeur seuil pour diagnostiquer une IR. Le HOMA n'est pas applicable chez les malades ayant un diabète de type I ou un diabète de type II traité par insuline.

A l’origine de l’insulinorésistance, il y aurait un excès de graisses au niveau du tissu adipeux viscéral, responsable de la libération d’une grande quantité d’acides gras libres. Leur passage par le foie favorise d’une part la synthèse des triglycérides et d’autre part la néoglucogenèse, donc la production de glucose qui majore elle-même la sécrétion d’insuline. Au niveau musculaire, les acides gras libres et le glucose rivalisent en tant que sources d’énergie. L’oxydation des acides gras libres, plus facile, permet de conserver la quantité de glycogène stockée par les muscles et de fait, le processus de transformation du glucose en glycogène n’est pas stimulé. En conclusion, 3 facteurs agissent dans le même sens, celui d’une augmentation de la glycémie, qui en retour nécessite un accroissement de la sécrétion d’insuline : la néoglucogenèse au niveau du foie, et au niveau des muscles, la moindre transformation du glycogène qui abolit les besoins de reconstitution de son stock par prélèvement du glucose sanguin.

Au niveau hépatique, la principale conséquence de l'IR est le développement d'une stéatose dont les mécanismes sont multiples : dépôt d'acides gras libres, inhibition de la sécrétion de VLDL (principal moyen d'élimination des excès lipidiques), stimulation de la lipogenèse. La stéatose peut s'associer à une inflammation et une nécrose hépatocytaire.

 

VHC, insulinorésistance et stéatose

Au cours de l'hépatite chronique C, la prévalence de la stéatose est de 55 %, alors qu'elle n'est que de 20 à 30 % dans la population générale. Cette prévalence élevée est associée, au moins en partie, à la présence d'obésité, de diabète de type II, et d'IR (en absence de diabète), en particulier chez les malades de génotype 1. Plusieurs études ont montré que la stéatose était plus fréquente et plus sévère en cas d'infection par le VHC de génotype 3, et qu'elle était associée, en analyse multivariée, au génotype 3, indépendamment des facteurs métaboliques, suggérant un rôle direct du virus dans le développement de la stéatose.

Insulinorésistance : rôle direct du VHC

De nombreuses études épidémiologiques ont montré une association significative entre l'infection par le VHC et le diabète de type II, quel que soit le stade de la maladie. Bien que la prévalence des anomalies du métabolisme du glucose dans les cirrhoses de toute origine soit plus élevée que dans la population générale à cause d'une IR hépatique et d'une diminution de la clairance hépatique de l'insuline, la prévalence du diabète de type II est significativement plus élevée au cours des cirrhoses post-virales C qu'au cours des cirrhoses post-virales B, suggérant un rôle direct du VHC. Cette association a été montrée chez les malades ayant une hépatite chronique C sans cirrhose, et après transplantation hépatique. Cependant, la plupart de ces études sont transversales et rétrospectives, et leurs résultats doivent être analysés avec prudence.

Insulinorésistance, stéatose, et fibrose

L'IR stimule la fibrogenèse par activation directe des cellules étoilées du foie par l'insuline ou par les produits glycosylés provenant de l'hyperglycémie. L'activation des cellules étoilées du foie induit leur prolifération et une augmentation de leur production de « Connective Tissue Growth Factor » (CTGF). L'IR est donc associée à la sévérité de la fibrose mais aussi à la progression de la fibrose. D'autre part, au cours de l'hépatite chronique C, plusieurs études ont montré une association significative entre le surpoids (IMC > 25 kg/m2) et la sévérité de la fibrose, directement ou via la stéatose.

Au cours de l'IR, l'évolution de la stéatose vers des lésions de stéato-hépatite et de fibrose est largement déterminée par la génération de stress oxydatif et de cytokines pro-inflammatoires. On constate une augmentation de la production de cytokines pro-inflammatoires (en particulier le TNFα), et une activation des cellules étoilées du foie. Le stress oxydatif induit ainsi la mort des hépatocytes (nécrose et apoptose), l'inflammation et la fibrose.

Insulinorésistance, stéatose et réponse au traitement

L'IR est associée à une diminution de la réponse au traitement antiviral. Les voies de signalisation de l'insuline et de l'interféron ont certains mécanismes de régulation communs. Le stress oxydatif et l'inflammation observés au cours de l'IR inhiberaient les mécanismes d'action de l'interféron. L'infection par le VHC induit une série d'événements intracellulaires qui aboutissent à la génération d'un état antiviral dans la cellule infectée et dans le tissu avoisinant. L'obésité pourrait diminuer la réponse au traitement antiviral par plusieurs mécanismes. L'obésité induirait une diminution de la biodisponibilité de l'interféron alfa en raison d'une anomalie du drainage lymphatique sous-cutané. En effet, l'interféron, sous sa forme standard ou pégylée, est administré par voie sous-cutanée et capté ensuite par le système lymphatique sous-cutané pour rejoindre la circulation systémique. De plus, l'obésité peut contribuer à l'inhibition des voies de signalisation immuno-régulatrices de l'interféron via le stress oxydatif engendré par le déséquilibre de la balance des cytokines pro-inflammatoires/anti-inflammatoires, et/ou l’IR. Quant à la stéatose, plusieurs études ont montré une diminution de la réponse virologique prolongée en cas de stéatose sévère, en particulier chez les malades de génotype 1.

 

Conclusion

Au cours de l'hépatite chronique C, la stéatose est une lésion fréquente. En cas d'infection par un virus de génotype 3 et en l'absence d'autres cofacteurs, elle témoigne d'un effet direct stéatogène du virus. Dans les autres situations, elle reflète une manifestation hépatique d'un désordre systémique. Il s'agit du syndrome métabolique et de l'IR qui sont associés à un risque élevé de maladies cardio-vasculaires et de diabète de type II. Indépendamment du génotype, la stéatose pourrait être associée, directement ou via l'IR, à une progression plus rapide de la maladie, et une moins bonne réponse au traitement antiviral. Il existe des moyens cliniques (IMC et périmètre abdominal) et biologiques (HOMA) simples permettant de déterminer la présence concomitante de l'IR, ainsi que des moyens thérapeutiques efficaces allant de simples mesures hygiéno-diététiques à la chirurgie de l'obésité.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dimanche 16 avril 2006 7 16 /04 /Avr /2006 20:48
Traitement à la carte l’hépatite C ou quelle est la durée optimale du traitement de l’hépatite C chez des personnes malades naïves ?
 
Le traitement actuel des personnes malades contaminées par le virus de l’hépatite C (VHC) est fondé sur l’association interféron pégylé (alpha 2a ou alpha 2b) et ribavirine. Pour améliorer les résultats obtenus avec l’interféron standard associé la ribavirine, les posologies utilisées dans les études randomisées interna­tionales de référence avaient été choi­sies de façon aussi optimale que pos­sible interféron pégylé alpha 2a à 180 µg/s (Fried et al.) ou interféron Pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg/s (Marins et all avec une posologie de ribavirine fixe à 800 mg/j ou de 1000-1200 mg/j selonle poids) [1, 2]. Avec ces posologies, lesréponses virologiques prolongées (RVP) obtenues étaient de 46 à 54 %  pour le génotype 1 et de 76 à 82 % pour les génotypes 2 et 3, la durée du traitement étant de 48 semaines.
L’association interféron pégylé — riba­virine ayant confirmé sa supériorité sur l’association interféron standard ribavirine, les études ultérieures ont eu pour but d’optimiser les résultats thérapeutiques obtenus avec ces deux molécules:
- obtention de RVP semblables avec une posologie moindre de ribavirine et/ou avec une durée de traite­ment plus courte. Une étude rando­misée (Hadziyannis et al.) a montré que pour les génotypes 2 et 3, un traitement de 24 semaines par interféron pégylé alpha 2a à 180 µg/S et une posologie fixe de ribavirine de 800 mg/j étaient équivalents à un traitement de 48 semaines par interféron pégylé alpha 2a 180 µg/s et une posologie de I 000- I 200 mg/j de ribavirine selon le poids. Toujours pour les génotypes 2 et 3, Zeuzem et al. ont obtenu des résultats semblables pour l‘association interféron Pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg/s et ribavirine à une posologie de 800 à  1400 mg/j en fonction du poids, dans une étude ouverte avec com­paraison a un groupe historique [4], Hadziyannis a aussi étudié les malades avec génotype 1 : une diminution de la durée de traitement de 48 semaines à 24 semaines ou une diminution de la posologie de ribavirine diminuait le pourcentage de RVP [3]
—           amélioration de l’observance par une meilleure prise en charge des effets indésirables diminuant l’atteinte de la qualité de vie [5]
—           association à d’autres molécules en étude, sans résultats significatifs actuellement démontrés,
En 2005, les modalités du traitement de l’hépatite à VHC sont différentes selon les génotypes
—           pour les génotypes 2 et 3 : 24 se­maines de traitement; interféron pégylé alpha 2a à 180 µg/s ou inter­féron pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg/s; ribavirine à 800mg/j
—     pour le génotype 1 : 48 semaines de traitement; interféron Pégylé alpha 2a à 180 µg/S ou interféron Pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg/s; ribavi­rine 800 à 1200 mg/j selon le poids;
—      pour les autres génotypes, dont le génotype 4, en l’absence de données suffisantes, un traitement analogue à celui proposé pour le génotype 1 est conseillé.
 
Les analyses des données des grandes études internationales ont mis en évidence l’intérêt prédictif de analyse virologique à la semaine 12 (S 12): si a S12, la quantification de l’ARN du VHC circulant n’est pas inférieure de plus de 2 log, soit plus de 100 fois, sa valeur pré-thérapeutique, les chances d’obtenir une RVP sont très faibles, variant de 0 à 3 %  selon les études [6].
 
Il est important d’expliquer à la per­sonne malade que, s’il n’y a pas de gra­vité évolutive particulière selon la souche virale et/ou le niveau de multiplication virale, par contre, la durée de traitement nécessaire pour obtenir une réponse virologique pro­longée est différente selon la souche et, au moins pour le génotype 1, selon le niveau de multiplication virale. Il faut aussi informer qu’il sera possible de savoir dès la fin du troisième mois de traitement (et peut être avant), si le traitement a des chances de réussite importante ou si au contraire, il vaudra mieux l’interrompre, les chances de guérison étant alors très faibles.
 
A ce niveau de résultats, en 2005, avec les deux seules molécules interféron pégylé et ribavirine, plusieurs questions se posent pour améliorer les résultats thérapeutiques chez les malades naïfs de tout traitement (les études visant à amé­liorer la RVP chez les non répondeurs sont hors du champ de cet article)
 
- pour les génotypes 2 et 3, est-il pos­sible d’obtenir un pourcentage équi­valent de RVP, de l’ordre de 80 %, avec une durée de traitement infé­rieure à 24 semaines?
- pour les génotypes 1, une charge virale faible permet-elle un traite­ment plus court ?
- pour les génotypes 1, comment amé­liorer le pourcentage de RVP, une RVP n’étant obtenue que chez environ un malade sur deux
 
 
GENOTYPES 2 et 3
 
Les études actuellement disponibles permettent de considérer que l’hépa­tite à virus C à génotype 2 ou à géno­type 3 est une maladie le plus souvent curable : plus de 90%des malades ont une réponse virologique pendant le traitement, même s’il existe après l’arrêt, un risque de rechute. Il y a moins de 2 % de sujets non répon­deurs [7]. Le problème thérapeutique est maintenant d’optimiser le traite­ment en prescrivant le traitement le plus court possible sans augmenter le risque de rechutes et avec le moins d’effets indésirables possibles.
 
Zeuzem, dans l’étude ouverte de 24 se­maines par interféron pégylé alpha 2b et ribavirine, a mis en évidence une réponse virologique prolongée infé­rieure chez les sujets contaminés par les génotypes 3. En cas de génotype 3 avec charge virale supérieure a 600 000 Ul/ml avant le début du trai­tement, le pourcentage de rechute était plus élevé, de 23 %, La même étude a mis en évidence que l’obtention d’une réponse virologique très précoce à la 4e  semaine était prédictive d’une RVP plus élevée 94 %pour les génotypes 2 et 85 % pour les génotypes 3 [4.]
 
Une analyse d’Alberti (8) des études d’Hadziyannis et de Zeuzem [3, 4] a conduit non seulement à proposer de séparer les résultats concernant les génotypes 2 et les génotypes 3 mais également à conseiller une dose de ribavirine de 800 mg fixe, en cas d’as­sociation avec l’interféron pégylé alpha 2a pour traiter les malades contaminés par les génotypes 2 et 3. Si l’interféron pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg est utilisé, la ribavirine devrait être prescrite, adaptée au poids  avec une posologie  de 800 à 1400 mg par jour en atten­dant des études permettant de savoir si une dose fixe de 800 mg est égale­ment valable pour l’interféron pégylé alpha 2b. Alberti concluait qu’un traitement plus court que les 24 semaines en cas de réponse virologique très pré­coce, en particulier chez les sujets de génotype 2 pourrait permettre d‘obtenir un pourcentage de réponse virologique prolongée équivalent à celui obtenu après 24 semaines de traitement.
Un traitement prolongé au-delà de 24 semaines chez les sujets contaminés par un génotype 3 ayant une charge vi­rale pré-thérapeutique élevée pourrait diminuer le risque de rechute. Une ré analyse des résultats obtenus avec l’interféron pégylé alpha 2a associé à la ribavirine faite par Rizzetto [9] pour les génotypes 2 et 3 n’a pas retrouvé de différence évidente concernant le pourcentage de réponse virologique prolongée en fonction d’une charge virale élevée ou faible. Cependant, les analyses comparatives entre différentes études sont toujours extrêmement dif­ficiles à interpréter. Des études pros­pectives sont nécessaires pour confirmer ou non l’intérêt d’envisager des traitements plus prolongés chez les sujets contaminés par des géno­types 3 ayant une charge virale pré-thérapeutique élevée [10].
 
Concernant la possibilité de diminuer la durée du traitement en dessous de 24 semaines chez les sujets ayant une négativation de l‘ARN du virus C à la 4e  semaine, plusieurs études ont été effectuées utilisant l’association interféron pégylé alpha 2 b et ribavi­rine [11, 12] ou l’association interféron pégylé alpha 2a et ribavirine [13]. Ces études sont à analyser en tenant compte de l’existence d’une randomisation ou non, de la posologie de l’interféron et de la ribavirine, du génotype 2 ou 3. Une question essentielle est de savoir si un traitement de moins de 24 se­maines majore ou non le risque de re­chute, l’existence d’une réponse viro­logique étant le plus souvent acquise, sous réserve de la sensibilité de la technique virologique utilisée,
 
L’étude de Mangia [11] a utilisé l’interféron pégylé alpha 2b à 1 µg/kg associé a la ribavirine 1 000 à 1200 mg par jour. Une randomisation a été faite au début du traitement entre 24 se­maines de traitement ou un traitement de durée variable selon la négativa­tion ou non de l‘ARN à S4. Il n’y a pas eu de randomisation chez les malades du groupe avec traitement de durée variable : en cas d’ARN négatif à S4, un traitement de 12 semaines était prescrit, contre 24 semaines si l‘ARN restait positif à S4. Tous les malades du groupe de durée thérapeutique variable ayant un ARN négatif à S4 (technique Amplicor VHC test, version 2, Roche
Diagnostics) soit 133 malades sur 213, n’ont été traités que 2 semaines. En analyse multivariée, le seul facteur pré­dictif d’ARN négatif à S4 était un ARN < 800.000 UI/ml, le génotype, la stéatose ou la fibrose < 3 ne sortant pas. Chez les malades ARN négatif à S4 et traités 12 semaines, une réponse virologique en fin de traitement était observée dans 95 % avec une RVP de 85 % soit 10 % de rechute. En cas de rechute, un retraitement de 12 se­maines a été proposé, accepté 10 fois sur 13 avec 9 RVP. Dans le groupe traité 24 semaines, les malades ayant un ARN négatif à S4 (45 sur 70) avaient une réponse virologique en fin de trai­tement dans 93 % et une RVP de 91 %soit 2 % de rechute, la différence par rapport au groupe traité 12semaines n’étant cependant pas significative. Les malades de génotype 2 traités 12 semaines avaient une réponse virologique en fin de traitement dans 96 % et une RVP de 87%, Les malades de génotype 3 traités 12semaines avaient une réponse virologique enfin de traitement dans 90 % et une RVP de 77 %. Les malades du groupe ran­domisé, génotypes 2 et 3 confondus, n’ayant pas négativé leur ARN du virus C à la 4e  semaine avaient une réponse en fin de traitement (24 semaines de traitement) dans 68 % des cas et une réponse virologique prolongée dans 64 % des cas, soit 4% de rechute.  Les malades de génotype 2 du groupe randomisé sans négativation de l‘ARN du virus C à la  4e  semaine avaient une réponse en fin de traitement (24 se­maines de traitement) dans 73 % des cas et une réponse virologique pro­longée dans 72 %des cas. Pour les ma­lades de génotype 3 du groupe rando­misé sans négativation de l‘ARN du virus C à la 4e  semaine, une réponse en fin de traitement (24 semaines de traitement) était obtenue dans 41 % des cas avec 41 % de RVP. L’étude de Mangia est en faveur d’un traitement de 12 semaines aussi efficace qu’un traitement de 24 semaines. Le pour­centage de rechutes n’est pas signifi­cativement différent mais cependant, pourrait l’être sur un nombre plus im­portant de malades. Il n’est pas ob­servé de différence significative entre les génotypes mais en cas d’ARN po­sitif à S4, la réponse en fin de traitement et la RVP paraissent moindres en cas de génotype 3. A noter que l’étude a utilisé l’interféron pégylé alpha 2b à la posologie de 1 µg/kg.
L’étude de Dalgard [12] a utilisé l’interféron pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg et la ribavirine à une posologie le 800 à 1400 mg par jour. Une négati­vité de l ‘ARN à la 4e semaine (tech­nique Roche Amplicor 2e  version, limite de détection 50 UI/ml) a été observée chez 95 malades sur 22 soit 78% des cas. La majorité des malades (77%) avaient peu ou pas de fibrose. En cas d’ARN négatif à S4, le traite­ment a été poursuivi jusqu’à un total de 14 semaines. Il n’y a pas eu de ran­domisation chez les malades ayant un ARN négatif à S4. Chez les malades avec un ARN négatif à S4, une RVP a été obtenue dans 90% des cas (85/95) soit10 %de rechutes. Les rechutes après 14 semaines de traitement étaient significativement plus fréquentes en cas de fibrose sévère ou de cirrhose (29 % vs 5 %). Chez les personnes de génotype 3 avec ARN négatif à S4, la RVP était significativement plus fréquente en cas de charge virale pré thérapeutique basse (< 600.000 Ul/ml) qu’élevée (> 600.000UI/ml) :98 % vs 79 %. Chez les personnes gardant un ARN positif à la 4e  semaine (génotype 3 dans 25 cas sur 27), le traitement a été poursuivi pendant 24 semaines au total avec 56% de réponse virologique prolongée. Les facteurs prédictifs (le réponse en analyse multivariée étaient l’âge, l’absence de fibrose F3-F4 l’observance thérapeutique (posologie de plus de 80 % pour l’interféron pégylé et la ribavirine et temps de traitement de plus de 80 %), une charge virale pré traitement inférieure à 600.000UI/mL, et un ARN négatif à S4. Le seul facteur prédictif de négativation de I’ARN à S4 était l’absence de fibrose sévère ou de cirrhose, l’étude de Dalgard est en faveur d’une efficacité analogue d’un traitement de 14 semaines par rapport à 24 semaines chez les personnes malades contaminées par un génotype 2 ou 3. Cependant, cette étude non randomisée ne permet pas d’exclure un pourcentage de rechutes plus élevé avec un traitement de 14 semaines. Elle n’est pas en faveur d’un traite­ment de moins de 24 semaines en cas de génotype 3 avec charge virale pré thérapeutique élevée, d’une fibrose sévère ou d’une cirrhose.
Dans l’étude de Von Wagner [13], le traitement a comporté de l’interféron Pégylé alpha 2a à 180 µg et la ribavi­rine 800 à 1200 mg par jour. Une randomisation a été effectuée chez tous les malades ayant un ARN né­gatif à la 4e  semaine (Amplicor Monitor Roche limite inférieure de dé­tection 600 Ul/ml), soit 93% des cas (142/153). La randomisation a été faite entre un traitement au total de 16 se­maines ou de 24 semaines. La réponse en fin de traitement pour le traitement court était de 94 % versus 85 % dans le traitement de 24 semaines et les ré­sultats pour la RVP étaient respecti­vement de 82 %  pourle traitement court etde 80 % pour le traitement de 24 semaines. Le pourcentage de re­chute dans les deux bras, de 12 % (traitement 16 semaines) et  5 % (traitement 24 semaines), n‘était pas significativement différent, la RVP était significativement plus fréquente en cas de génotype 2 par rapport au génotype3 : 92% vs 73 %. Chez les malades de génotype 3, une RVP était significativement plus souvent observée en cas de charge virale pré thérapeutique faible : 85 % (ARN < 800.000 UI/mL) vs. 59 % (ARN > 800.000 Ul/mL). En cas de génotype 3 avec charge virale pré thé­rapeutique > 800.000 UI/ml, bien que non significatifs, les résultats d’un traitement de 16 semaines paraissaient inférieurs à ceux obtenus après 24 semaines : 55 % de RVP vs 67 %. Lorsque l‘ARN du virus C était positif à la 4e  semaine (génotype 3 dans 10 cas sur 11),une réponse virologique de fin de traitement était obtenue dans 73 % et une réponse virologique pro­longée dans 36 % des cas soit 50 % de rechutes. Ces données posent la ques­tion de l’intérêt d’un traitement prolongé après 24 semaines en l‘ab­sence de négativation de I’ARN du VHC à la semaine 4. A remarquer, une fréquence moindre d’effets indésirables en cas de traitement de 16 semaines. L’étude de Von Wagner confirme l’intérêt de la séparation des génotypes 2 et 3 dans l’analyse des résultats et dans les choix thérapeutiques.
 
En pratique, il parait maintenant rai­sonnable d’analyser les résultats des études en séparant les données obte­nues pour les génotypes 2 et les géno­types 3. Chez les sujets de génotype 2, quand il existe une négativation de l‘ARN du virus C à la 4e  semaine, un traitement de durée inférieure à 24 se­maines peut être envisagé et les études actuelles permettent de proposer 6 se­maines sans majoration du risque de rechutes. Chez les sujets de génotype 3, charge virale pré thérapeutique in­férieure à 800.000 Ul/mL et à fibrose inférieure à F3 F4, un traitement de 16 semaines peut également être pres­crit. Le traitement associe alors inter­féron pégylé alpha2a à  180 µg/j ou in­terféron pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kg si l’on prend en compte les résultats des deux études non randomisées [11, 12] et ribavirine 800 à 1200 mg/j selon le poids (et non la dose fixe de 800 mg/j validée pour 24 semaines de traite­ment). Chez les sujets de génotype 3, à charge virale pré thérapeutique su­périeure à 300.000 Ul/mL et/ou à fi­brose F3 F4, un traitement de 24 se­maines voire davantage est à proposer; en cas de positivité de l‘ARN du virus C à la 4e  semaine, un traitement pro­longé au-delà de 24 semaines est à en­visager, la durée tenant aussi compte de l‘ARN à S 24. de la qualité de l’ob­servance, et de la sévérité de la fibrose.
 
Des études sont en cours pour savoir Si une posologie fixe de ribavirine a 800 mg/j ou d’interféron pégylé alpha 2b à 1 µg/kg est suffisante en cas de traitement de 16 semaines ou moins, ou pour confirmer l’attitude à avoir chez les malades génotype 3 à forte charge virale [14],
 
Même si l’étude de Von Wagner a uti­lisé un test virologique avec un seuil de détection de
faible sensibilité, il faut souligner l’importance d’utiliser des tests avec un seuil de détection
très bas, évitant ainsi de parler de façon erronée de rechutes.
En effet, la réponse virologique considérée comme obtenue peut ne pas l’être si le seuil de
 détect­ion est plus bas : dans une série de 292 malades avec ARN considéré comme
négatif en fin de traitement (Cobas Amplicor 2e  version Roche seuil de 50-100 Ul/ml), 26
(12,5 %) étaient en fait positifs par la technique TMA (Transcription-mediated amplifi­cation)
avec un seuil de détection a 5-10 UI/mL. Dans le suivi, 22 des 26 ma­lades, soit 96 %, se
sont révélés être des rechuteurs [15]. Il paraît très important de choisir des techniques
avec seuil de détection très bas si l’analyse virolo­gique à S4 est utilisée pour décider de la
durée thérapeutique.
Ces données récentes concernant les résultats thérapeutiques obtenus chez les personnes malades contaminées par les génotypes 2 ou les génotypes 3 soulignent l’importance de l’observance thérapeutique pendant les 12 premières semaines de traitement et plus encore pendant les 4 premières. Elles rendent d’autant plus important le travail pré­paratoire à faire avant d’initier le trai­tement tant vis-à-vis de la personne malade que de sa famille pour per­mettre le meilleur contrôle possible des effets indésirables, favoriser une observance optimale et l’obtention d’une réponse virologique précoce, gage de réponse virologique prolongée [5].
 
 
 
GENOTYPE 1
 
L’intérêt prédictif de l’analyse virolo­gique précoce est aussi argumenté pour les malades contaminés par le génotype 1. Dans l’étude de Ferenci [6], les personnes génotype 1 ayant une négativation de l‘ARN du VHC à S4, traitées 48 semaines par  peg interféron alfa-2a 180 µg/set ribavirine 1000-I 200 mg/j, avaient 89 % de RVP. En cas d’ARN positif à S4 (seuil de 600 [UI/ml), les chances de RVP des malades génotype 1 étaient de 42 %. Ces données prédictives ont conduit à rechercher si une durée thérapeu­tique plus courte ou une posologie thérapeutique moindre, étaient pos­sibles en cas de négativation de l‘ARN du VHC à S4 et dans le cas contraire, si une durée thérapeutique prolongée au-delà de 48 semaines était à envi­sager.
 
Une étude récente de Zeuzem et al. [16] a porté sur 235 malades infectés par le génotype 1 ayant une faible charge virale de départ (< 600 .000 UI/ml) pour évaluer les résultats d’un traite­ment de 24 semaines par peg interféron alpha 2b 1.5 µg/kg/sem et ribavirine 800-1400 mg/j selon le poids. La réponse en fin de traitement était de 80% et la RVP a été de 50 %. Parmi ces malades, 97 (4I %) avaient des taux plasmatiques d’ARN du VHC indétec­tables à S 4 et S 24. La limite inférieure de détection de l ‘ARN était de 29 UI/ml. Dans ce sous-groupe, la RVP était de 920/o  (89/97).La commission euro­péenne venant modifier l’autorisation de mise sur le marché a donné un avis positif sur le traitement de 24 semaines par peg interféron alpha 2b 1,5 µg/kg/sem et ribavirine 800-1400 mg/j selon le poids pour les malades infectés par le génotype 1 avec faible charge virale de départ (< 600.000UI/ml). Jensen et al. [17] ont récemment présenté une étude rétrospective chez 216 malades génotype 1 traités 24 semaines par peg interféron alpha 2a 180 µg /sem et ribavirine 800 mg/j ou 1000-1200mg/j selon le poids une réponse virologique rapide avec ARN négatif à S4 était prédictive d’une RVP dans 89 % des cas la RVP n’était pas moindre en cas de posologie de ribavirine à 800 mg/j. Une étude effectuée par Gitlin et al. (18) chez 144 personnes malades génotype 1 avec transaminases nor­males et un traitement par peg inter­féron alpha 2a 180 µg/sem et ribavirine 1000- 1200 mg/j selon le poids, a donné des résultats similaires RVP de 93 % en cas d’ARN négatif à S 4.
 
Dans la même orientation, un allègement du traitement après 24 semaines a été tenté. Le traitement des malades génotype 1 avec arrêt de la ribavirine après 24 semaines de traitement en poursuivant le peg interféron alpha 2a 180 µg/sem pendant 24 semaines sup­plémentaires s’est révélé inférieur au traitement standard de 48 semaines [19].
 
Les données virologiques obtenues à S 4 ont aussi montré la fréquence des rechutes après 48 semaines de traite­ment chez les malades génotype 1 et absence de négativation de l’ARN à S 4 [6, 16], les pourcentages globaux va­riant de 30 % à 34 %. L’intérêt de pour­suivre dans ce cas le traitement au-delà de 48 semaines pendant 72 semaines pour diminuer la fré­quence des rechutes a été testé dans deux études randomisées actuellement publiées sous forme de résumés [20, 21]. , Elles ont toutes deux montré une tolérance semblable du traitement de 72 semaines par rapport à 48 semaines. Dans l’étude de Berg [20], la randomisation a été effectuée dès le début du traitement. L’analyse à posteriori a montré une meilleure RVP avec 72 semaines de traitement en cas de charge virale pré thérapeutique élevée. Dans l’étude de Sanchez-Tapias [21], la randomisation était effectuée chez les malades ARN positif à S 4 ; du fait d’un pourcentage de rechutes plus faible, les malades génotype 1 avaient une RVP significativement plus fréquente avec un traitement de 72 semaines :44 % (72 semaines) versus 28 % (48 semaines). Une autre possible amélioration thérapeutique a été récemment envisagée par l’étude présentée par Shiffman [22] avec un pourcentage de RVP plus élevé sans augmenter la durée du traitement mais en augmentant la posologie de ribavirine en cas d’ARN positif à S. Ces données doivent être confirmées par des études prospectives.      
 
 
 
En résumé
 
Les outils du suivi thérapeutique évoluent :
 
Après avoir utilisé I’ARN qualitatif à S24 (non réponse virologique en casde positivité) puis I’ARN quantitatif à S12 (non réponse quasi constante en cas de chute de la charge virale de moins de 100 fois la valeur pré thérapeutique), il est maintenant raisonnable d’y associer l’ARN qualitatif À S 4 (enutilisant une technique avec seuil de détection très bas) :
- Avant le traitement, il est utile de mesurer la charge virale pour le génotype 1 et aussi le génotype 3. La détermination de la charge virale n’a pas actuellement de conséquences pratiques sur le traitement pour le génotype 2 ni pour les génotypes 4, 5 et 6. Les génotypes 4, 5 et 6 sont à traiter 48 semaines par peg interféron et ribavirine 800-1400 mg/j selon le poids, en l’absence de données supplémentaires. Les posologies de .ribavirine fixes à 800 mg n’ayant pas encore été validées pour les traitements courts des génotypes 2 et 3, il est raisonnable de débuter le traitement par interféron pégylé alpha 2a à 180 µg/s ou interféron pégylé alpha 2b à 1,5 µg/kgavec la ribavirine à 800 à 1200 mg/j selon le poids.
En cas de génotype 2, un ARN qualitatif négatif à S 4 conduit à proposer un traitement de 16 semaines, dans le cas contraire de 24 semaines (la poursuite du traitement pouvant se faire avec une posologie de ribavirine à 800 mg/j).
• En cas de Génotype 3, l’importance de la fibrose et l’existence d’un ARN pré-thérapeutique supérieur ou inférieur à 800000 UI/ml influent sur les choix thérapeutiques.
 
—           Si I’ARN qualitatif est négatif à S 4, 16 semaines de traitement sont suffisantes en l’absence de fibrose F3 F4 et/ou d’un ARN > 800.000 UI/mL
—           Dans le cas contraire, 24 semaines de traitement sont nécessaires et peut-être davantage (études complémentaires en cours).
 
• En cas de Génotype 1 avec ARN pré thérapeutique < 800.000 Ul/ml
 
—           si la recherche de I’ARN qualitatif est négative à S 4, 24 semaines de traitement sont suffisantes.
—           si la recherche de l’ARN qualitatif est positive à S 4, la réponse virologique à S 12 guide la suite du traitement :
- si la chute de la virémie est de plus de 100 fois la valeur initiale, le traitement est à poursuivre au moins 48 semaines (études complémentaires en cours)
- si la chute de la virémie est de moins de 100 fois la valeur initiale, l’obtention d’une RVP est pratiquement exclue (éventuellement à confirmer par une positivité de I’ARN à S 24) et se pose la question de l’arrêt du traitement ou d’un traitement à visée suspensive.
• En cas de Génotype 1 avec ARN pré thérapeutique > 800.000 UI/ml
—           si la recherche de I’ARN qualitatif est négative à S 4, 48 semaines de traitement sont suffisantes
—           si la recherche de I’ARN qualitatif est positive à S 4, la réponse virologique à S 12 guide la suite du traitement:
—           si la chute de la virémie est de plus de 100 fois la valeur initiale, le traitement est à poursuivre au moins 48 semaines, les arguments en faveur de 72 plutôt que 48 semaines étant importants (études complémentaires en cours):
—           si la chute de la virémie est de moins de 100 fois la valeur initiale, l’obtention d’une RVP est pratiquement exclue (éventuellement confirmer par une positivité de l’ARN à S 24) et se pose la question de l’arrêt du traitement ou d’un traitement à visée suspensive.
 
• En cas de Génotype 4, 5 et 6, traitement de 48 semaines dans l’attente de données supplémentaires.
 
 
 
 
 
 
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I 5. Gerotto M, Dal Pero F, Bortoletto G, Ferrari A, Pistis R, Sebastiani C, Fagiuo!i S, Realdon S, Alberti A. Hepatitis C minimal residual viremia (MRV) detected by TMA at the end of Peg—IFN plus ribavirin therapy predict post treatment relapse. J Hepatot 2006; 44: 83—87.
I 6.          Zeuzem S. Buti M. Ferenci P. Sperl J, Horsmans Y, Cianciara J, lbranyi E, Weiland 0, Noviello S, Brass C, Albrecht J. Eflicacy of 24 weeks treatment with peginterferon alfa-2b plus ribavirin in patients with chronic hepatitis C infected with genotype 1 and low pretreatment viremia. J Hepatol. 2006; 44: 97-103.
 
17.          Jensen D, Morgan TR, Marcellin P. Pockros PJ. Reddy KR, Hadziyannis SJ, Ferenci P, Willems B . Rapid v]rological response at week 4 of pegin­terferon alfa-2a (40 KD) Pegasys) plus ribavirin (Copegus) treatment predicts sustained virological response after 24 weeks in genotype 1Patients. Hepatology 2005; 42: 650 A.
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Mardi 14 mars 2006 2 14 /03 /Mars /2006 12:37
Écrit en 2001 sur la dépression
 
Salut à tous
 En ce moment tout me fait chier. Il n'y a rien qui marche, le traitement me flingue, mon entourage ne sait pas comment m'aborder et Richard Brautigan s'est suicidé en 1984.
Le premier qui me dit : "ça va!" Je lui mets ma main dans la gueule. Et malgré tout, j'ai envie de dire à tous ceux qui se posent des questions sur le traitement, ses effets secondaires etc.
" - Les mecs, le traitement c'est génial, tu as de plus en plus de chance de guérir et au minimum tu flanques un swing à ta fibrose qui se fait compter au tapis jusqu'à… "
Bon, là je ne sais pas vu que ça dépend de chacun, son idiosyncrasie, sa façon de réagir, la couleur de son slip, l'âge de ses artères etc.
Ce n'est pas facile de supporter mais c'est parce qu'on est un peu orgueilleux, ça touche à son image perso.
"-Moi, je ne vais pas sombrer, je n'ai pas besoin d'aide entre deux Valium et un Xanax, mon entourage n'a qu'à s'adapter, je vais leur montrer que je ne suis pas si malade que ça. Je vais tout de même planquer le parabellum que le vieux avait chouré aux boches, si vis pacem : part à vélo! "
J'ai de plus en plus le sentiment que ce que nous vivons, les hépatiques, c'est une image renversée que nous renvoient nos différents interlocuteurs. Quand je dis nous vivons, nous nous voyons vivre ça.
On dit : "- regardez comme on en chie! Vous ne savez pas ma douleur et ma détresse, vous n'avez pas de réponse?"
C'est une réalité mais ne devenons pas des martyrs, trouvons nous-mêmes des réponses à nos problèmes. On se regarde dans les non-réponses de nos toubibs alors qu'on sait que c'est une image fausse qui nous fait encore plus de mal. Nous sommes à un stade où les toubibs qui nous disent que "c'est bien ce que font les associations de malades", le disent pour masquer leurs manques. Nous sommes à un stade où il ne faut plus poser des questions mais suggérer des réponses, nous sommes à un stade où il ne faut plus être gentils mais dérangeants. Nous sommes à un stade ou la colère et la détresse doivent être utilisées rationnellement sinon c'est pour rien qu'elles existent.
Juliette, 64 ans, 7 traitements en 13 ans, un homme mort à 42 ans après une transplantation du foie suite à une hépatite B, Juliette à les mêmes troubles que moi, elle me téléphone et je lui remonte le moral pendant une heure deux fois minimum par semaine. Huitième mois de traitement, les 4 1er mois à la bi classique, et au Peg/riba maintenant. Elle pose les questions que je lui suggère au professeur qui la soigne, la réponse est toujours la même :
"- Les médicaments qui font remonter les leucos, j'en ai entendu parler, mais on n'a pas assez de recul sur le sujet, l'EPO, on n'a pas le droit, ça coûte cher!"
Ma Juliette lui répond que rien que cette année elle s'est déjà fourgué pour 100 000 FR de produit dans les fesses et que la seule réponse qu'elle obtient c'est d'arrêter parce "qu'on n'a pas assez de recul ou qu'on a pas le droit ou que ça coûte…", elle lui demande : "à combien il fait la transplantation et s'il y a des prix pour les associations."
Moi, je suis bien à SOS, je ne veux pas aller à "Transhépate", ils sont sympas, mais sans moi, vraiment.
Sincèrement, nous avons entre les mains à peu près toutes les infos qui existent sur la maladie, on en sait autant qu'un hépato moyen, plus qu'un généraliste et ça sert à quoi?
On pense s'en sortir en collectionnant de l'info mais on se retrouve sur nos bécanes avec les mêmes manques qui ne relèvent pas de l'info mais de l'action. Sérieusement faudrait qu'on bouscule un peu cette politesse glacée et brillante comme un foie stéatosé. Il faudrait réussir à passer notre message dans les milieux autorisés (à ignorer nos problèmes).
Qui a des nouvelles fraîches et précises sur les essais d'autres molécules pour qu'on s'encule?
Qui sait où en sont les antisens, le vaccin ADN, les médicaments anti-fibrosants, le décorticage des parties encore non explorées de l'ARN du virus?
 Personnellement, les problèmes du traitement, je m'en tape comme de ma première éjaculation précoce, ce qui compte c'est comment les abolir. Putain de moine, on le sait, ce n'est pas du rêve, ça existe! Faudra-t-il que quelqu'un fasse une grève de la faim en ne buvant que de l'Interféron 2a ou 2b, (Jackie, je te laisse le choix, c'est la même merde) et en ne mangeant que de la Riba pour qu'une sommité hépatique se penche sur le problème. On se conduit en victime, on ne supporte pas alors on arrête. Quand on ne supporte pas le champagne on boit du bourgogne; quand on ne supporte pas l'aspirine on prend du paracétamol. Quand on ne supporte plus sa femme, on en change (là c'est peut-être une connerie).
Bon, j'ai du mal à aligner trois idées, je suis un peu dans le ressassement, le taux de neurones est-il proportionnel au taux de polynucléaires neutrophiles? Qui a marché sur mes plaquettes? 800 leucos, ça fait combien en euros? Et en francs suisses ? Pourquoi les francs sont-ils suisses alors que les Suisses ne sont pas francs? Où se cachent les érythrocytes pour mourir? J'échange un lot d'éosinophiles ayant peu servi contre des lymphocytes sauvages, non dressés. La question primordiale pour moi en cet instant est :" Vais-je m'inscrire à " La Pédale Champagnolaise" (sic) pour avoir de l'EPO lors du critérium de la Barroche, 180 km en boucle entre Billecul (si ça existe) et Longcochon, (désolé mais ça existe aussi) en passant par Mesnoies sous Verge (regardez dans l'annuaire du Jura).
Pour ce qui est de la dépression, car c'est aussi de ça qu'il s'agit dans les effets du traitement, mais aussi dans les effets de la maladie, nous ne savons pas faire la différence entre l'état de guérison et l'avant maladie nous ignorons que la guérison est un compromis.
Plusieurs réponses possibles sont proposées quand le patient a accepté de reconnaître qu'il souffre de dépression, ou qu'on lui a donné les moyens de le constater. La psychologie comportementale, les groupes de parole, la psychiatrie, les molécules. A la base nous vivons un conflit avec nous-même, les approches en vue de le résoudre sont très différentes mais ont le même but.
L'approche conflictuelle de la pathologie mentale est évidemment représentée par la psychanalyse. « La cure psychanalytique nous a montré qu'il nous faut vivre avec l'ombre du désespoir. Nos démons ne peuvent être ni expulsés ni étouffés : ils nous sont précieux comme un attribut de l'existence humaine. Si nous savons vivre avec eux, ils finissent par nous aider. » Nous sommes dans la problématique du réaménagement du rapport à soi et non dans celle de la recherche du bien-être. La visée de guérison est amenée à relativiser la part du bien-être (animal) au profit de la liberté (humaine). Le malade est plutôt un sujet souffrant qui ne peut se reconnaître guéri qu'en intégrant la maladie dans son expérience et son histoire propre. On ne se débarrasse pas de la maladie même en étant guéri, on la maîtrise, l'apprivoise, l'utilise.
L'idée de guérison se caractérise non par un retour en arrière, d'avant la maladie, mais par le fait que le médecin, le psychothérapeute ou la molécule deviennent inutiles. Or ce moment est évidemment délicat à cerner et suppose une sorte de sagesse pratique, un compromis auquel le sujet participe avec l'aide de son thérapeute. Mais on n’est pas dans l’urgence ni dans les effets indésirables d’un traitement par Interféron.
Le rôle du médecin est de pratiquer une pédagogie de la guérison : Cette pédagogie devrait tendre à obtenir la reconnaissance par le sujet de ce fait qu'aucune technique, aucune institution, présentes ou à venir, ne lui assureront l'intégrité garantie de ses pouvoirs de relation aux hommes et aux choses.
Cette limitation est inhérente au vivant, elle en est la loi naturelle : « La santé d'après la guérison n'est pas la santé antérieure. La conscience lucide du fait que guérir n'est pas revenir aide le malade dans sa recherche de moindre renonciation possible, en le libérant de la fixation à un état antérieur. » Il n'y a pas de guérison sans un travail, sans une élaboration, sans un récit, une fiction précisément dans laquelle la personne est impliquée parce qu'il y a un Je.
Le bien-être n'est pas la guérison, parce que guérir, c'est être capable de souffrir, de tolérer la souffrance. Être guéri de ce point de vue, ce n'est en effet pas être heureux, c'est être libre, c'est-à-dire retrouver un pouvoir sur soi permettant « de se décider pour ceci ou pour cela ». Si l'on accepte l'idée que la santé est la capacité à dépasser ses propres normes, il faut distinguer le bonheur de la liberté et le bien-être de la guérison. Si l'homme en bonne santé tolère des secousses multiples et doit pouvoir dépasser ses propres normes, j'ajouterai qu'en matière de désordre psychique il ne peut le faire que parce qu'il est conflictuel. Le conflit est à la fois moteur et frein.
Du côté de la psychanalyse, le fait d'acquérir une plus grande lucidité est soupçonné de ne point conduire à la guérison, du côté psychiatrique, l'abandon du conflit au profit du bien-être fait rater la guérison. L'ensemble des éléments qui ont fait sortir la psychiatrie de la référence à un sujet malade contribue à une déclinaison des traitements entre une gestion fine des humeurs et un maintien de l'idée de guérison. La première est dans l'horizon d'un bien-être, d'une qualité de vie qu'on peut également regarder comme une dépendance, la seconde dans une perspective où la liberté de se décider pour ceci ou pour cela domine celle du bien-être. On ne peut sans doute faire comme si on pouvait délivrer l'homme de ses conflits, ainsi que le montre fort concrètement la tendance à la chronicisation de la dépression sur le front du déficit, mais on ne peut pas non plus faire comme si l'on n'avait que du conflit, parce qu'aux pathologies narcissiques, dont le repérage est sans doute favorisé par la domination des normes d'initiative sur celles d'interdiction, s'ajoutent de multiples souffrances psychiques résultant de la précarisation de la vie et que se diffusent des formes de désespoir qui ne sont souvent pas l'expression de conflits. Plus encore, elles ne sont souvent pas des pathologies du tout.
L'homme pathologique d'aujourd'hui est plus un traumatisé qu'un névrosé (ou un psychotique), il est bousculé, vide et agité. Et, dans les situations de précarité, il remplit difficilement les conditions matérielles, sociales et psychologiques pour accéder au registre du conflit. Les nouvelles menaces intérieures et leurs traitements dessinent un individu dont l'identité interne est chroniquement fragilisée, mais qui est parfaitement accompagnable sur la longue durée.
Le débat entre la spécificité et la non-spécificité d'une thérapie est désormais réglé : la non-spécificité a remporté la victoire. Les nouvelles molécules sont plus les psychic energizers de Kline que les thymoanaleptiques de Kuhn. Le nombre d'occidentaux addicts au Prozac le prouve. En agissant sur la plupart des troubles mentaux non psychotiques, ils sont de véritables aspirines de l'esprit.
Mais cette victoire s'opère dans un contexte d'allongement démesuré des chimiothérapies. Les améliorations apportées à ces molécules en font aujourd'hui des médicaments « idéaux », mais à condition de préciser qu'ils sont idéaux pour une maladie chronique. Cette redéfinition « fait passer la pilule » de l'insuffisante efficacité curative des molécules, au sens où elles débarrasseraient la personne de l'atteinte mentale. L'individu d'aujourd'hui n'est ni malade ni guéri. Il est inscrit dans de multiples programmes de maintenance.
Nous pouvons désormais mieux voir comment l'histoire de la dépression met en lumière le type de personne que nous sommes devenus dans la foulée des exigences de la libération psychique et de l'initiative individuelle. La dépression est à l'insuffisance ce que la folie est à la raison et la névrose au conflit. La dépression est le médiateur historique qui fait reculer l'homme conflictuel, guetté par la névrose, au profit de l'homme fusionnel, à la recherche de sensations pour surmonter une intranquillité permanente.
Le déficit comblé, l'apathie stimulée, l'impulsion régulée, la compulsion surmontée, font de la dépendance l'envers de la dépression. L'évangile de l'épanouissement personnel dans une main, le culte de la performance dans l'autre, le conflit ne disparaît pas, mais il perd de son évidence, il n'est plus un guide sûr.
En passant du carrefour au fourre-tout pour finir par se fragmenter dans les dimensions, les dysthymies et l'anxiodépressif, la dépression regroupe aujourd'hui un ensemble de difficultés personnelles concernant tous les aspects douloureux de la vie. Elle parcourt la ligne de l'existence en donnant un nom générique à la plupart des troubles de l'humeur et des dysfonctionnements de l'action. La difficulté à définir la maladie trompeuse a autorisé une extrême plasticité de ses usages. Son noyau, inconnu, est tenace au point de la rendre au mieux très récidivante, au pire chronique. Les traitements de maintenance, même s'ils font encore l'objet de discussions, sont largement approuvés. Les antidépresseurs ont des effets sur une large gamme de symptômes et ne rendent plus nécessaire un diagnostic fondé sur l'étiologie. Mais en échange de l'abandon de l'étiologie, la maladie se trouve placée aux confins de la personne qui est pathologique et de la personne qui a une pathologie.
 Quand la nature n'est plus un socle, la maladie n'est plus un critère
Le cas de la dépression montre que l'évolution de la psychiatrie est parcourue par les mêmes tendances que les autres sciences de la vie, à savoir que l'on peut agir sur la nature, en l'occurrence psychique, et pas seulement sur des maladies ou des dysfonctionnements héréditaires qu'on devait subir tant bien que mal. La donne a changé pour le vivant, mais le problème pour la psychiatrie est que ces maladies sont « spéciales ». Elle concerne les usages possibles de la notion de personnalité à travers deux questions qui sous-tendent l'histoire biologique, médicale et psychopathologique de la dépression : Que soigne-t-on ? Qui guérit-on ?
Les approches syndromiques ou dimensionnelles ont fourni les outils d'une fidélité descriptive indispensable à la recherche épidémiologique et pharmacologique, mais n'ont guère amélioré les possibilités de guérir. Il en va de même des progrès de la neurobiologie et de la pharmacologie. Pire, la psychiatrie universitaire se voit réduite à prendre l'exemple du diabète insulinodépendant pour justifier la chronicité — elle aurait pu prendre celui des psychoses, mais cela aurait été, on l'imagine ! du plus mauvais effet sur la clientèle. Il est difficile de ne pas constater un échec global de ce programme, mais échec en un sens précis : il n'a pas réussi à faire progresser la guérison. Il vaut mieux le reconnaître carrément pour au moins une raison : on peut en tirer des conséquences sur la signification de ce qui se passe et mieux comprendre au nom de quelle référence commune nous voulons ceci et nous ne voulons pas cela.
La dépression et l'addiction sont les noms donnés à l'immaîtrisable quand il ne s'agit plus de conquérir sa liberté, mais de devenir soi et de prendre l'initiative d'agir. Elles nous rappellent que l'inconnu est constitutif de la personne, aujourd'hui comme hier. Il peut se modifier, mais guère disparaître — c'est pourquoi on ne quitte jamais l'humain. Telle est la leçon de la dépression. L'impossibilité de réduire totalement la distance de soi à soi est inhérente à une expérience anthropologique dans laquelle l'homme est propriétaire de lui-même et source individuelle de son action.
La dépression est le garde-fou de l'homme sans guide, et pas seulement sa misère, elle est la contrepartie du déploiement de son énergie. Les notions de projet, de motivation ou de communication dominent notre culture normative. Elles sont les mots de passe de l'époque. Or la dépression est une pathologie du temps (le déprimé est sans avenir) et une pathologie de la motivation (le déprimé est sans énergie, son mouvement est ralenti, et sa parole lente). Le déprimé formule difficilement des projets, il lui manque l'énergie et la motivation minimales pour le faire.
Inhibé, impulsif ou compulsif, il communique mal avec lui-même et avec les autres. Défaut de projet, défaut de motivation, défaut de communication, le déprimé est l'envers exact de nos normes de socialisation. Ne nous étonnons pas de voir exploser, dans la psychiatrie comme dans le langage commun, l'usage des termes dépression et addiction, car la responsabilité s'assume, alors que ses pathologies se soignent.
Si, comme le pensait Freud, "l'homme devient névrosé parce qu'il ne peut supporter le degré de renoncement exigé par la société", il devient déprimé parce qu'il doit supporter l'illusion que tout lui est possible. La responsabilité de l'image de l'homme idéal véhiculée par la société est évidente dans l'émergence de la dépression.
Salut et fraternité, je ne peux pas plus. Beaucoup de citations sont empruntées à  Philippe Pignarre.
 
 
 
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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