Samedi 11 février 2006 6 11 /02 /Fév /2006 22:59
La maîtrise des dépenses de L’assurance maladie
 
 
La maîtrise des dépenses de santé est une préoccupation majeure des pays développés; ceux-ci connaissent tous une progression constante de leurs dépenses de santé. En France, la croissance de a consommation de soins et biens médicaux s’accroît à un rythme supérieur à celui de la richesse nationale (environ 9,5% du PIB en 2003 contre 5% en 1970). La mise en place d’outils de régulation s’avère indispensable. Ces instruments tentent de maîtriser la dépense, soit en jouant sur l’offre de soins par la responsabilisation des professionnels, la rationalisation de l’offre, soit en jouant sur la demande, notamment par la responsabilisation des assurés sociaux. Ces différents instruments ont étémis en place avec un impact inégal en France mais sont également expérimentés dans d’autres pays.
 
 
LA RESPONSABLISATION DES ASSURÉS, NOTAMMENT AU MOYEN DU TICKET MODÉRATEUR
 
L’objectif est d’impliquer l’assuré dans la dépense de santé par l’institution d’un ticket modérateur, ou bien par la suppression de la prise en charge par l’assurance maladie lorsque la dépense ne s’avère pas réellement nécessaire ou lorsque l’efficacité n’est pas prouvée. Par exemple, l’exclusion de certains médicaments de la liste des médicaments remboursés, en fonction du service médical rendu c ‘est à dire l’efficacité de ces médicaments.
 
Le ticket modérateur
 
Le ticket modérateur correspond à la part de la dépense d’une prestation de soins laissée à la charge de l’assuré social; il représente la différence entre le tarif applicable à la prestation et le montant du remboursement effectif de la caisse. Le ticket modérateur est donc susceptible de conduire à une certaine responsabilisation de l’assuré. Cependant, l’augmentation corrélative de la prise en charge des mutuelles ou assurances complémentaires pour une grande partie de la population limite son effet.
Par ailleurs, le ticket modérateur peut avoir un effet pervers sur la consommation des biens de santé nécessaires aux personnes à bas revenus et souvent privées d’assurances complémentaires. C’est cet effet induit qui a conduit à l’institution de la couverture maladie universelle (CMU).
 
Le forfait hospitalier
 
Ce forfait journalier créé en 1983 est un ticket modérateur minimal dû par toute personne admise pour au moins 24 heures dans un établissement hospitalier public ou privé.
 
 
 
LA RÉGULATION PAR LE CONTRÔLE DES ACTEURS
 
Les références médicales opposables (RMO)
Il s’agit de règles objectives et consensuelles de bonne pratique médicale fixant des critères permettant de définir des soins et prescriptions médicalement inutiles et de déterminer les fréquences d’utilisation par malade de certains soins et prescriptions. L’idée est donc de modérer la croissance des dépenses de santé en identifiant et en éliminant les soins médicalement inutiles sans critères économiques, de tenir à jour ces règles et de les communiquer aux professionnels de santé.
 
 
LA HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ (HAS)
 
La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie met en place la HAS chargée notamment de l’évaluation des produits, actes ou prestations de santé et du service qu’ils rendent, d’élaborer des guides du bon usage des soins, de mettre en place des procédures d’évaluation des pratiques professionnelles et de certification.
 
La régulation de la prise en charge des patients par les médecins libéraux
L’actuel système de rémunération à l’acte des professionnels libéraux et l’accès direct aux médecins spécialistes sont de nature à provoquer une augmentation de la production de soins parfois sans rapport avec l’utilité sociale. Les projets de positionnementdu médecin généraliste comme pivot du système, chargé d’apprécier la nécessité du recours aux médecins spécialistes, et le projet de médecin traitant à compter du 1er janvier 2005, sont des instruments de maîtrise possibles, mais ces projets font l’objet de très fortes réticences de la part des professionnels médicaux.
 
Le financement des hôpitaux
 
Les hôpitaux ont d’abord étéfinancés en fonction de leur nombre de journées, ce qui pouvait conduire à une inflation de celles-ci et à une croissance des dépenses. A compter de 1983, leur financement s’est fait par dotation annuelle fondée sur l’application d’un taux directeur en vue de freiner les dépenses, mais en créant parfois des rentes de situation ou en bloquant l’activité.
La réforme actuelle du financement des établissements de santé liée à l’activité mesurée par le PMSI vise à assurer le financement des activités de soins effectivement prodiguées aux patients, d’inciter tous les établissements à l’économie, d’harmoniser les modes de financement des établissements de santé publics et prives.
 
 
 
 
 
 
LA REGULATION FINANCIÈRE PAR L’OBJECTIF NATIONAL DES DEPENSES D’ASSURANCES MALADIE (ONDAM)
 
 
L’ONDAM est le système de financement de l’assurance maladie mis en place par l’ordonnance de 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses d’assurance maladie. Désormais, chaque année, le Parlement se prononce, en fonction des objectifs de la politique de santé et des prévisions de recettes, sur le montant de l’ONDAM par la loi de financement de la Sécurité sociale. L’ONDAM est lui-même subdivisé en plusieurs sous-enveloppes concernant:
        L’hospitalisation de court séjour publique et privée et l’hospitalisation à domicile.
        Les établissements médico-sociaux (enfants et adultes handicapés et personnes âgées).
        Les soins de villes (dépenses déléguées correspondant aux remboursements des honoraires et les autres dépenses de soins de ville comme les médicaments).
        Une dotation nationale de développement des réseaux.
 
Un conseil de l’hospitalisation placé auprès du ministre chargé de la santé et de la sécurité sociale, formule des recommandations quant à la détermination et au suivi des objectifs de dépenses d’assurance maladie pour ce qui concerne les frais d’hospitalisation.
 
Les dépenses de santé sont ainsi en principe prévisionnellement connues et encadrées pour un exercice donné. Cependant, chaque année, il a été constaté un dérapage des dépenses par rapport à l’ONDAM. La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie met en place un comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie; celui-ci sera chargé d’alerter le Parlement et le gouvernement en cas d’évolution des dépenses d’assurance maladie incompatible avec l’objectif national voté par le Parlement.
 
 
LA RÉGULATION QUANTITATIVE DES CAPACITÉS D’OFFRE
 
Le numerus clausus
 
Il s’agit du nombre de place d’étudiants en médecine pour la deuxième année. Ce numerus clausus est fixé chaque année par arrêté ministériel et pour chaque université. Il existe aussi des numerus clausus concernant les capacités d’admission dans les écoles paramédicales. Le numerus clausus se fonde sur l’idée qu’en limitant le nombre de professionnels de santé, on limite la demande et la consommation de biens de santé. Actuellement, le numerus clausus est revu nettement à la hausse compte tenu de la pénurie de personnels médicaux dans certaines spécialités.
 
 
 
 
Les instruments de planification sanitaire
 
Ces instruments répondent à une double préoccupation de santé publique: la rationalisation des implantations sanitaires en fonction des besoins et la maîtrise des dépenses; il s’agit notamment des autorisations d’installations des activités de santé et de leur renouvellement, et du SROS.
 
        Problématique actuelle
 
La maîtrise des dépenses de santé se heurte à la difficulté de sensibiliser les professionnels de santé sur l’évolution des dépenses. Des enveloppes précises sont établies depuis quelques années, mais des dérapages sont constatés et les corrections de ces dérapages font l’objet de négociations difficiles avec les professionnels de santé libéraux notamment.
 
La maîtrise des dépenses par l’augmentation de la part laissée à la charge de l’assuré n’a d’impact que sur les populations qui n’ont pas de couverture complémentaire, c’est-à-dire celles, le plus souvent, pour qui le recours au système de santé est le plus essentiel.
 
La situation de déficit atteint par l’assurance maladie en 2004 risque de mettre en cause le système même de la sécurité sociale en France. La loi du 1 3 août réaffirme le principe de solidarité sociale et met en oeuvre la réforme de l’assurance maladie afin de mieux maîtriser l’évolution des dépenses.
 
 
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Samedi 11 février 2006 6 11 /02 /Fév /2006 22:54
Les dépenses hospitalières et les dépenses de santé
 
LES DIFFÉRENTS COMPTES NATIONAUX DE LA SANTE
 
Le suivi des comptes de la santé est réalisé au travers de différents agrégats que sont la consommation médicale totale et la dépense courante de santé; la dépense nationale de santé permet des comparaisons internationales.
 
La consommation médicale totale (147 milliards d’euros en 2003) regroupe:
 
        La consommation des soins et biens médicaux utilisés sur le territoire national pour la satisfaction des besoins individuels: soins hospitaliers et en sections médicalisées, soins ambulatoires (médecins, dentistes, laboratoires, cures thermales, auxiliaires médicaux), transports sanitaires et biens médicaux (médicaments, optiques, prothèses). Elle correspond à 144 milliards d’euros en 2003.
        La médecine préventive.
 
La dépense courante de santé (168 milliards d’euros en 2003 soit 2732 € en moyenne par habitant) représente la somme des dépenses engagées par les financeurs de l’ensemble du système de santé (Sécurité sociale, Etat, collectivités locales, mutuelles.) Son champ est donc plus large que la consommation médicale totale puisqu’elle englobe les indemnités journalières, les dépenses de recherche, la formation, la gestion de l’administration sanitaire.
 
La dépense nationale de santé est l’agrégat utilisé pour les comparaisons internationales des dépenses de santé (pays de l‘OCDE). Elle représente en France en 2003, 10,14% du PIB. En 2002, avec une dépense nationale de santé représentant 9,69% du PIB, la France se situait en cinquième position derrière les Etats-Unis (14,6%), la Suisse (11,2%), l’Allemagne (10,9%), l’Islande (9,9%).
 
La consommation de soins et de biens médicaux
La consommation des soins et biens médicaux qui représente, en 2003, 144 milliards d’euros comprend les 5postes de dépenses suivants:
 
1. Les soins hospitaliers et en sections médicalisées (64,1 milliards d’euros soit 44,5%).
2.   Les soins ambulatoires (38,8 milliards d’euros soit 26,9 %).
3.   Le transport des malades (2,4 milliards d’euros 1,6 %).
4.   les médicaments (30,4 milliards d’euros 21,1 %).
5.   les autres biens médicaux (8,6 milliards d’euros 5,9 %).les autres biens médicaux (8,6 milliards d’euros 5,9 %).
 
La tendance des dépenses de santé depuis 1990
 
Les médicaments, les soins ambulatoires et les soins hospitaliers jouent un rôle essentiel dans la croissance en volume de la consommation de soins et des biens médicaux, et depuis 1990, le médicament est le poste qui contribue le plus à la croissance en volume de la consommation des soins et biens médicaux, à l’exception de quelques
 
Évolution en volume des différentes catégories de dépenses de santé (=1900 = 100)
 
LES DÉPENSES HOSPITALIÈRES
 
Les soins hospitaliers correspondent en 2003 ô 64,1 milliards d’euros dont 61,5 pour les soins hospitaliers publics et privés et 2,6 pour les soins des personnes âgées en sections médicalisées. Les taux de progression d’une année sur l’autre en volume et en valeur des dépenses hospitalières sont principalement dus aux sections médicalisées mais on assiste aussi à une progression depuis 2001 de la dépense hospitalière plus particulièrement dans le secteur prive.
 
Cette évolution reflète à la fois la recomposition progressive de l’offre de lits hospitaliers et l’évolution des besoins en hébergement des personnes âgées.
 
Les établissements publics hospitaliers assurent en termes de dépenses, une part croissante des soins hospitaliers: 75,4%des dépenses hospitalières en 1990 et 80,2 % en 2003.
 
        Problématique actuelle
Les différentes politiques de maîtrise des dépenses de santé ont permis de freiner la hausse des dépenses de santé. On constate aujourd’hui le maintien d’une forte progression de la consommation pharmaceutique et une reprise de la progression des soins hospitaliers. En outre, du fait de la démographie, le nombre de la part des personnes âgées dépendantes va très fortement progresser dans les vingt prochaines années, entraînant une hausse corrélative des dépenses d’assurance maladie.
 
La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie prévoyant des dispositions relatives à la coordination des soins et instituant la Haute Autorité de santé (HAS) met aussi en place un comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie; celle loi vise à rétablir un équilibre financier de la sécurité sociale fortement compromis par un déficit considérable de la branche assurance maladie.
 
 
        Textes
Loi n0 2004-810 du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie.
Décret n0 2004-1077 du 12 octobre 2004 relatif au comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie.
 
 
        Bibliographie
DREES, «Les comptes nationaux de la santé en 2003», Études et résultats, n0 323, juillet 2004.
 
 
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Samedi 11 février 2006 6 11 /02 /Fév /2006 22:37
La lutte contre les infections nosocomiales
 
Les infections nosocomiales sont les infections contractées dans un établissement de soins; en conséquence, une infection est considérée comme nosocomiale lorsqu’elle était absente à l’admission. Lorsque l’état infectieux du patient à l’admission est inconnu, l’infection est classiquement considérée comme nosocomiale si elle apparaît après un délai de 48 heures d’hospitalisation.
 
Les infections nosocomiales peuvent être directement liées aux soins (pose d’un cathéter) ou être indépendantes de tout acte médical (contamination de l’environnement hospitalier: eau, air, matériel, alimentation).
 
On commence à mesurer l’impact des infections nosocomiales en milieu hospitalier grâce aux enquêtes de prévalence. En 1996, une enquête nationale de prévalence a été réalisée dans 830 établissements de soins représentant 77% des lits d’hospitalisation publics et 230000 patients. Les résultats donnent des estimations de l’ordre de 7% de patients qui acquièrent une infection nosocomiale lors du séjour. Selon d’autres études, les infections nosocomiales seraient à l’origine de 10000 décès par an.
 
Pour lutter contre les infections nosocomiales, les pouvoirs publics ont développé une politique active inscrite dans le cadre d’un plan national. L’objectif est de réduire la fréquence des infections nosocomiales en milieu hospitalier, d’améliorer la prise en charge des infections difficilement évitables, notamment celles dues à la pratique de soins invasifs chez des patients fragilisés et de réduire la fréquence des bactéries multirésistantes aux antibiotiques.
 
Cette politique s’est traduite par la mise en place en 1988 des CLIN (comités de lutte contre les infections nosocomiales) dans les établissements de santé ainsi que de structures régionales et nationales de coordination.
 
Les plus récents éléments de la lutte contre les infections nosocomiales sont:
•        Le décret n0 99-1034 du 6 décembre 1999 relatif à la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé fixe désormais les conditions d’organisation et de fonctionnement des comités de lutte contre les infections nosocomiales qui doivent être institués dans tous les établissements de santé publics ou privés. La loi du 1er  juillet 1998 relative au renforcement de la sécurité sanitaire rend en effet obligatoire l’instauration des CLIN dans les cliniques privées, au même titre que dans les hôpitaux. Le texte prévoit également que chaque établissement de santé mette en place une équipe opérationnelle d’hygiène hospitalière, élabore un programme annuel d’action tendant à mieux assurer la prévention des infections nosocomiales, leur surveillance, la formation des personnels, l’évaluation des actions de lutte contre les infections nosocomiales.
 
•        L’article L.6111-1 du code de la santé publique modifié par la loi du 1er juillet 1998 relative au renforcement de la sécurité sanitaire faisant obligation à tous les établissements de santé d’établir un programme de lutte contre les infections nosocomiales.
 
•        Le plan gouvernemental sur trois ans (à partir de 1998), prévoyant le renforcement des moyens des établissements notamment en matière d’hygiène.
 
•        La procédure d’accréditation imposant dans tous les établissements de santé de consacrer une partie du référentiel à l’analyse des activités de lutte contre les infections nosocomiales (surveillance et prévention du risque infectieux ou SPI).
 
•        La circulaire n0 645 du 29 décembre 2000.
 
 
•        Problématique actuelle
Les infections nosocomiales posent un problème de responsabilité. En effet, il apparaît légitime pour un patient de demander à un établissement réparation si les conséquences d’une infection nosocomiale lui sont dommageables. La jurisprudence, tant judiciaire qu’administrative, s’est longtemps limitée à la recherche d’une faute d’asepsie du matériel chirurgical ou d’un défaut d’isolement du patient. Les juridictions administratives ont été les premières à introduire en 1988 (CE, 9 décembre 1988, Cohen) la notion de présomption de faute en matière d’infections nosocomiales, abandonnant le régime de la faute prouvée. En 1996, les juridictions civiles prennent une décision identique et en juin 1999 la Cour de cassation impose aux établissements de santé privés une obligation de résultat en matière d’infections nosocomiales (CC, 29 juin 1999, n0 1267).
C’est dans ce contexte d’évolution jurisprudentielle que la loi du 4 mars 2002 (article L.1142-1 du code de la santé publique) fait peser sur les établissements de santé la responsabilité des dommages résultant d’infections nosocomiales, sauf s’ils apportent la preuve d’une cause étrangère. Toutefois, la loi du 30 décembre 2002 a confié à la solidarité nationale par l’intermédiaire de l’Office national d’indem­nisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), la réparation des infections nosocomiales engageant la responsabilité d’un établissement de santé lorsque le taux d’incapacité permanente partielle de la victime est supérieur à 25 % ou en cas de décès. L’ONIAM ne peut se retourner contre l’établissement de santé qu’en cas de faute établie de l’assuré à l’origine du dommage, notamment le manquement caractérisé aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales.
 
 
•        Textes
Article L.1142-1 du code de la santé publique.
Articles L.6111-1, R.711-1 à R.711-10 du code de la santé publique.
Décret n0 99-1034 du 6 décembre 1999 (JO du 11 décembre 1999).
Arrêté du 17 octobre 2000 (JO du 28 octobre 2000).
Arrêté du 3 août 1992 modifié par l’arrêté du 19 octobre 1995.
Circulaire n0 645 du 29 décembre 2000 relative à l’organisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé.
Circulaire n0 17 du 19 avril 1995 relative à la lutte contre les infections nosocomiales.
Circulaire DGS/SD5C/DHOS/E2 n0 2003-02 du 3 janvier 2003 relative aux modalités de signalement des infections nosocomiales dans les établissements de santé.
 
 
•        Bibliographie
Comité technique national des infections nosocomiales, 100 recommandations pour la surveillance et la prévention des infections nosocomiales, 1999.
Duguet A.-M., « Evolution de la jurisprudence administrative et judiciaire en matière d’infections nosocomiales », Les Cahiers hospitaliers, mars 2000.
Lucas-Baloup I., Infections nosocomiales: 40 questions sur les responsabilités encourues, Scrof, 1997.
Veyssier P., Domart Y., Infections nosocomiales, Masson, 1996.
Lachaud Y., « L’évolution de la jurisprudence de la Cour de cassation en matière d’infections nosocomiales », La Gazette du Palais, 29-30 octobre 1999.
 
 
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Dimanche 29 janvier 2006 7 29 /01 /Jan /2006 13:42
 
La Maison d' AURORE
 
 
A « Range-Tes-Balais », la maison était toujours contente. Ca remontait à très loin, peut-être vers 1781, lorsque le maçon lui chatouillait le ventre avec sa truelle pour la première fois.
C'est à ce moment-là que le hameau est né, autour de la maison qui n'avait pas encore reçu de nom de baptême. Deux siècles après, la maison se fendait toujours la gueule, elle avait tellement ri parfois, qu'elle était même légèrement fendue du crépi. Ce qui faisait la joie des fourmis ailées qui logeaient là l'été, comme n'importe quel touriste moyen que les bretons nomment doryphore.
Elle avait reçu un nom au début de ce siècle: Los-Veurh, ce qui signifie en breton: la queue de la vache. Ce nom ne lui avait pas été attribué à cause de sa forme ou de sa couleur, ni à cause du nom des propriétaires. C'était tout simplement que le grand-père était maquignon et sa femme bistrotière. Pas un grand bistrot, juste un petit comptoir dans la pièce principale et trois tables. Quand le vieux traitait une affaire, c'était après quelques chopines bues chez lui et quand le prix de la bête était fixé, le maquignon et son client, paysan-vendeur ou chevillard-acheteur, buvaient " la queue de la vache " pour conclure le contrat. Je ne pouvais m'empêcher de penser, quand on m'eut expliqué l'origine du nom de la maison, que celle-ci aurait pu s'appeler " Couille de Taureau " ou " Pine de Cheval " mais heureusement l'unité de compte du pourboire paysan était bien à cette époque " la queue de la vache " ! La poésie et la morale étaient sauves.
" Range-Tes-Balais " n'était pas le vrai nom du hameau, c'était Stang-Trébalay ce qui veut simplement dire le hameau près de Trébalay. Nous l'appelions ainsi car la petite Aurore l'avait dit comme ça, une fois en jouant avec le nom, ce qu'elle adorait faire.
A Trébalay, il y avait les restes d'une très belle chapelle du douzième, le Moustoir. Aurore regardait cet endroit où nous allions nous promener souvent et me demanda:
- Tu sais qui a cassé la maison, Papou?
- Non, je ne sais pas, mais ce n’est pas moi! En fait, ce sont les restes d'une chapelle du douzième....
- Oui, la femme du chapeau n'a pas réussi à finir son gâteau avant le douzième coup de midi!
- C'est très beau mon bébé ce que tu racontes!
- C'est parce que c'est vrai, la vérité sort par la bouche de ton enfant!
- Ah bon, si tu veux!
- OUI, je l'ai vue cette nuit!
- Qui donc mon chaton?
- La femme du chapeau, la chapelle, elle avait un beau chapeau pointurlututu et elle essayait de réchauffer le gâteau avec des flammes et pis aussi, les moineaux du gâteau, comme ils voulaient pas partager, ils étaient tous partis en courant et en colère. Tous partis sauf ceux que les chats-peaux ont croqués chauds et...
- Il y avait aussi des oiseaux dans l'histoire?
- Non, des moineaux, c'est des petits moines du fromage et qui étaient les voleurs de gâteau et on les mettait sur les camemberts pour montrer qu'ils puent autant que les claquos parce qu'ils se lavent jamais à cause de l'amour d'un dieu qui est pas propre!
- Alors c'étaient des moines puants qui habitaient dans un gâteau! Comment tu sais ça toi?
- Tu m'écoutes pas, j'ai vu la nuit la " Dame du Chapeau ", elle a mis le feu aux moines fromagers en criant : " Chauffez, ô moines! "
- Tu as regardé des conneries à la télé la nuit pendant que ta mère et moi dormions?
- Mais non mon papounet, j'ai vu la " Dame Chapeau " pointurlututu, la nuit en dormant et c'était ici le gâteau-fort, parce que les moines hauts puaient le fromage et la peur. Ils avaient peur de partager le gâteau avec la dame et ses amis qui faisaient la gueule à un Dieu pas propre!
- Tu sais ce que c'est qu'un Dieu?
- Bien sûr papou, la " Dame-Chapelle " me l'a appris. C'est une construction, ça veut dire, pour si tu comprends pas, un tarabricolage ou une recette de cuisine! C'est pareil, c'est fait par des gens pour empêcher des autres d'être eux-mêmes!
- C'est bien compliqué pour une petite grounette comme toi!
- Mais non, suffit de bien me montrer comment on fait et je comprends! Le gâteau yaourt, c'est pas dur non? Mais c'est quand même un gâteau, même que tu as tout mangé le dernier que j'avais fait à l'école!
- J'étais bien surpris de la qualité de ton gâteau. Ta mère n'en avait jamais fait d'aussi bon. Il était vraiment délicieux....
- Ah, t'es pas gentil pour Maman, elle fait aussi des gâteaux presque aussi bon que les miens! Presque autant mais moins souvent, c'est normal, elle a du boulot!
- Et cette fameuse " Dame " alors, tu la vois souvent?
- Toutes les nuits depuis qu'on est à Range-Tes-Balais. Avant elle était juste venue un peu me voir à la pisciculture! "
Avant d'acheter la maison de Range-Tes-Balais, nous habitions au-dessus d'une pisciculture à cinq kilomètres de là. Les bassins étaient alimentés en eau par le Ster-Goz, petite rivière qui se jette dans l'Aven en dessous de la maison de Stang-Trébalay. Le pisciculteur était un abruti et son comportement d'idiot nous avait plutôt motivé dans la recherche d'un lieu vraiment à nous. Notre chienne Câline, un cocker roux et cabochard, était le seul membre de la tribu qui regrettait la pisciculture. Elle avait bien dû s'enfiler une bonne centaine de truites, elle attendait sous le chargeur à godets qui emmenait les poissons du bassin au camion-citerne. Dès qu'une bestiole sautait du convoyeur, elle la récupérait et l'enterrait dans le fumier des lapins du gardien. La truite, quelques jours après, avait cette belle couleur vert Véronèse qui devait lui rappeler le fond de la rivière. Des goûts et des couleurs, des couleurs d'égout! Enfin elle était prête à être dégustée. Mais tout ça ne me disait pas qui était la " Dame " à Aurore, j'essayais de comprendre mais c'est parfois dur d'être parent attentif!
- Tu vois donc une " Dame "qui te parle de Dieu, la nuit! C'est ça?
- Tu comprends moins vite que Câline, c'est ce que je te dis depuis une heure!
- Mais qu'est-ce qu'elle te dit de Dieu?
- Que c'est du bricolage pour que les paysans n'aient pas de gâteau, c'est les moineaux qui ont trafiqué dans la chapelle, ils disaient aux paysans qu'ils devaient travailler pour Dieu, c'était ça le gâteau, tout ce travail que les paysans devaient donner aux moineaux!
- Comment une enfant de cinq ans peut parler de ça avec une Dame, c'est extrêmement compliqué!
- Pas quand elle explique, elle me regarde et elle dit des mots que je connais tous, quand il y en a un que je ne connais pas, elle m'explique avec des exemples et elle explique bien elle!
- Tu en as déjà parlé à quelqu'un?
- La Dame ne veut pas, elle m'a dit d'en parler juste à toi et à maman!
- Et tu en as parlé à maman?
- Non, parce qu'il fallait être ici pour en parler et elle m'avait dit que ça pressait pas tout de suite!
- C'est pour cela que tu voulais venir ici?
- Oui, je voulais aussi voir ce qu'il restait du gâteau!
- Elle s'appelle comment la Dame?
- Gwenn, ça veut dire Blanche. C'était une reine mais qu'est pas une reine comme on m'a appris. C'était une vraie sorcière mais pas comme on apprend aussi et elle avait plein d'autres noms.
- C'est quoi une vraie sorcière?
- C'est une sorcière, une femme qui sait, elle sait les choses qui s'occupent de la vie, ça veut dire que quand tu es n'importe où, tu ouvres les yeux et tu regardes ce qu'il y a autour de toi et toutes les choses te parlent!
- Je croyais que les sorcières c'était comme dans Blanche-Neige, nez crochu, chaudron bouillant et chouette sur l'épaule!
- C'est ce que je lui ai dit la première fois, elle à drôlement bien rigolé. C'est aussi les moineaux qui ont raconté ça, pour pouvoir garder leur gâteau pour eux. Ils ont dit que leur Dieu il voulait pas les sorcières et qu'elles étaient mauvaises, pourtant c'est pas vrai du tout. Tu sais elle dit sorcière pour se moquer de nous mais c'est magicienne qu'il faudrait dire! La magie c'était pas des tours de cartes comme Majax, elle savait tous les livres et elle lisait aussi dans les plantes, les animaux et les hommes. Bon c'est compliqué mais elle t'expliquera un jour, n’ait pas peur!
Je n'avais pas peur, j'étais fier, même, de son imagination. J'avais l'impression que ma fille était ce que je voulais qu'elle soit: une fée. OUI, c’était une petite fée, un petit bout sans limite, une créatrice, ma création créatrice. J'avais quand même un peu peur, elle avait pas dû fumer mon herbe ou boire mon whisky pur malt, alors quoi d'autre?
Elle nous racontait souvent de très belles histoires et elle ne s'endormait jamais avant que je lui lise une ou deux pages choisies. En ce moment c'était du Prévert, elle adorait le père Jacquot. Devant la photo de Doisneau où il sort des "Deux Magots", pull-over à l'envers et clope au bec, elle avait déclaré avec fougue:
- J'en veux un aussi comme celui-là de Papy!
Certains textes de Prévert la faisaient pleurer, c'était de la pure compassion, quand il parlait de la misère, bien sûr et parfois c'était la joie qui amenait ses larmes, comme avec "Pour faire le portrait d'un oiseau ". La poésie lui semblait une évidence et je craignais un peu que le monde ne la déçoive. Elle avait tant de fraîcheur et d'innocence, c'était une fleur sauvage à la fois si belle et si fragile. Son discours me passionnait et m'inquiétait en même temps et pourtant elle semblait si sûre d'elle. Il y avait des mots, des images mais aussi des concepts qu'elle n'avait pas pu inventer. Qu'est-ce que j'allais faire de tout ça?
Je m'étais déjà heurté à des problèmes imprévus, par exemple à cause de son sens du partage. Nous lui avions expliqué, sa mère et moi, que des enfants sont très malheureux dans le monde et comme elle comprenait tout, régulièrement en contemplant sa chambre remplie de jouets, elle divisait ces derniers en deux tas et nous demandait de les donner aux petits malheureux. C'est beau non? Sauf que toi, le vieux con de paternel sermonneur, tu n'es pas dans la merde, faut que tu ailles porter ton carton de jouets au " Secours Populaire " ou chez des gens que tu as repérés. Voilà une corvée de plus à te fader! Ca ne t'arrange pas vraiment, tu as tellement de trucs à faire, des choses plus importantes, la fête solsticiale des Francs-maçons, le colloque sur l'Afghanistan etc. Et quand c'est des jouets ça va bien, mais des denrées périssables, une croquette de poisson à midi, une demi cuisse de poulet le soir, la moitié de 785 petits pois, elle les avait comptés avec toi pour accepter d'en manger la moitié. Chiant, c'e n’est pas divisible par deux, faut ruser.
Elle avait aussi deux tirelires, il fallut l'empêcher de couper les billets en deux. Elle avait pourtant trouvé la parade: le rouleau de scotch! Une soirée pour lui expliquer à quoi servaient les numéros pour la convaincre de l'intégrité d'un " Pascal " et l'empêcher d'en faire trois avec deux.
Nous sommes redescendus vers Range-Tes-Balais en passant devant la ferme qui se tenait en bout du terrain de la chapelle. Tanguy, le paysan du coin était devant les bâtiments, il nous fit un signe et Aurore se lança dans ses bras:
- Bonjour Tonton Tanguy!
Les bretons sont comme les chinois, tous les gens amicaux deviennent des Tontons et des Tatas pour les enfants des connaissances. Je serrai la main à Tanguy, celui-ci me déclara:
- Alors, ça va bien à Los-Veurh, vous êtes du coin maintenant, tout le monde vous aime bien, surtout la petite Aurore, c'est la reine du quartier! Pas vrai Aurore!
Aurore lui prit la main et y appuya sa petite tête en faisant un bisou sur la main calleuse du paysan.
- Je t'aime bien car tu fais du bon lait et des beaux légumes et je sais que tu es là depuis longtemps toi, il y a toujours eu quelqu'un dans la ferme pour s'occuper des choses de la nature et que les gens ils mangent!
Tanguy était ému aux larmes:
- On se demande où elle va chercher ce qu'elle nous dit, elle est si intelligente qu'elle nous cloue sur place! Eh oui, ma famille a toujours été dans cette ferme, depuis longtemps, longtemps, tu vois Aurore, on sait même pas depuis quand, il y a toujours eu quelqu'un!
- Depuis que la chapelle a brûlée, dit Aurore.
- Sans doute, c'est ton papa qui t'apprend ces choses?
J'allais répondre, embarrassé, quand Aurore me lança un regard et déclara:
- Madame Tanguy m'a dit que vous avez toujours été là! Des grands-pères et pis des autres avant!
J'ajoutai qu'Aurore posait beaucoup de questions à sa femme quand elle venait chercher le lait avec sa mère. Puis je demandai à Tanguy si ses affaires marchaient bien.
- Moi, je ne m’en sors pas trop mal, je n’ai pas misé sur un seul produit comme certains, je fais des légumes, j'ai des vaches, un peu de porcs, un peu de volailles, on se débrouille. La seule chose que je souhaite c'est que le coin reste comme il est. C'est bientôt les élections municipales et il parait qu'il y en a des qui lorgnent sur le secteur de la chapelle pour faire un site touristique. Vous en pensez quoi vous?
- Le plus grand mal! je veux dire que je suis venu dans ce secteur à cause de la qualité de la vie que l'on y trouvait, si ça devait changer, je ne crois pas que je resterais mais avant, je me battrai!
- Vous devriez vous présenter sur la liste du maire, c'est celle qui a le plus de chance et je me suis laissé dire que vous êtes plutôt de gauche!
- Je ne sais pas si j'aurais le temps de faire un bon conseiller!
- Le hameau voterait pour vous, on vous connaît et on sait que vous nous défendrez!
- Vous êtes gentil, mais je n’en suis pas encore là! "
Nous avons quitté Tanguy et sommes rentrés par les champs. Aurore me prend la main et me dit:
- C'est la " Dame " qui voulait que tu voies Tanguy, faut que tu sois conseiller pour la défendre!
- Elle habite ici?
- Oui, dans la chapelle qu'est toute cassée, mais elle veut pas qu'on la répare, autrement elle dit qu'ils vont revenir!
- Les moines?
- Oui, les enfants des moines, ils vont revenir pour chasser les enfants de la " Dame " !
- Elle a des enfants?
- Oui, toi, maman, moi, Tanguy et sa femme, mémé Phine, pépé Jules et tous ceux de Stang! Elle ne veut pas qu'il y ait de chapelle avec des gens qui viennent prier et dire la messe!
- Elle a bien raison, c'est des conneries! Mais tu sais il n'y pas grand risque, sur dix maisons, personne ne va à la messe!
- Elle dit que c'est pas ceux qu'habitent ici qui veulent faire ça, ils peuvent pas habiter ici ceux-là qui sont méchants, la " Dame " les empêchent;c'est des autres les méchants, ils sont ceux d'ailleurs, faut que tu sois conseiller! C'est ça qu'elle veut te dire la " Dame " ! Pour empêcher les autres de venir!
- Ben alors qu'elle vienne me le dire elle même!
- Ca va arriver papou, c'est pour ça qu'elle m'a dit de te parler, autrement j'aurais rien dit!
- Pourquoi?
- T'aurais pas compris, t'es tellement occupé, tu fais trop de choses!
Elle avait raison la gnafronne, je faisais beaucoup trop de choses et pas assez en direction d'elle et de sa mère. Nous étions à la maison et sa mère venait de rentrer de courses après lui avoir administré un wagon de câlins Aurore décréta:
- Je vous laisse, vous avez à parler entre adultes moi, je vais dans ma chambre, j'emmène la Câline!
Je fis part de notre conversation à sa mère, celle-ci me déclara que je lui racontais trop d'histoires pas vraiment de son âge. Nous avons fait la cuisine en discutant d'éducation. La gamine jouait dans sa chambre, elle était vraiment autonome, une pure merveille. Le repas était prêt quand elle pointa son museau, le chien sur les talons. Elle se mit à confectionner la pâtée de Câline qu'elle lui servit sur la terrasse et revint dans la cuisine. Sa mère faisait griller du poisson et elle m'aida à mettre la table. Pendant le repas Ariane essaya de la brancher sur la " Dame ":
- Papa m'a parlé d'une Dame que tu aurais vue, tu ne m'a jamais rien dit!
- A papa non plus avant aujourd'hui, c'est juste maintenant qu'il faut en parler! Avant ça comptait pas!
- Tu ne la vois que quand tu dors?
- Non, elle est toujours là, mais elle me raconte que quand je dors! J'ai tout expliqué à papa, il va être conseiller pour la " Dame ", il est d'accord avec elle.
- Doucement, je n’ai pas dit ça!
Aurore laissa tomber sa fourchette et se mit à pleurer dans ses bras. Sa mère l'a prise sur ses genoux.
- Qu'est-ce que c'est que ce gros chagrin et cette histoire de conseiller!
- Tanguy m'a demandé si je ne voulais pas être conseiller sur la liste du maire, j'ai dit. Il pense que comme je suis copain avec lui je pourrais défendre les intérêts du quartier!
Ariane dorlotait Aurore et lui dit entre deux bisous:
- Papa n'a peut-être pas envie d'être conseiller municipal, c'est du travail et il en a déjà beaucoup. Pourquoi tu veux qu'il soit conseiller?
Elle dit ces dernières paroles en riant, ce qui fit faire la moue à Aurore:
- Si il est pas lui, le conseiller d'ici, personne ne défendra Trébalay et la Dame, elle va partir pour toujours!
- Elle t'a dit ça, c'est une copine à papa sans doute!
Aurore se mit à pleurer et sa mère et moi avions du mal à ne pas rire du bon mot de celle-ci. Mais la détresse de la petite était sincère. Je décidai d'y mettre fin.
- Aurore, je te promets que si le maire me demande d'être sur la liste, j'accepte! Pour toi!
Un sourire illumina le visage d'Aurore. Elle regarda sa mère et lui dit:
- Elle me l'avait dit la Dame que papou la défendrait!
Pour la première fois de son existence de fillette de cinq ans, il ne fut pas nécessaire de lui dire d'aller se coucher. Elle nous dit bonsoir et monta dans sa chambre avec le chien qui remuait déjà la queue à l'idée de partager un coin du lit ce qui était bien sûr complètement interdit mais transgressé tous les soirs. J'allais dire quelque chose à Ariane quand le téléphone sonna. C'était le maire de la commune, Gilles, garagiste de son état, qui me demandait si il pouvait passer me voir pour discuter cinq minutes de choses importantes. Un quart d'heure après il était là et me faisait part d'une idée qu'il avait eu avec son équipe municipale quelques jours auparavant. La date des élections approchant, il avait pensé qu'il serait bien d'essayer de représenter chaque secteur de la commune sur sa liste. Pour Stang, il s'était dit que j'étais sans doute le mieux placé pour contrebalancer un candidat de droite qui n'habitait pas tout à fait le hameau mais en bordure et qui avait des vues sur des terrains dans notre secteur depuis quelque temps. Ses informations sur le personnage lui laissait penser qu'avoir un conseiller sur le secteur rassurerait les habitants du hameau, étant donné que le plan d'occupation des sols n'était pas encore bouclé et que cette histoire de terrains inquiétait tout le monde. Donc pour lui, j'étais le candidat tout désigné.
Je lui dis que je voulais bien à une seule condition. J'allais lui livrer cette condition quand Aurore apparut au sommet de l'escalier et bien en face du regard du maire, elle lui sourit et celui-ci n'entendit jamais ce que je voulais lui dire: laisser ma place au suivant au bout d'un an et n'avoir aucune responsabilité. Aurore accaparait totalement son regard. Elle vint l'embrasser tendrement et lui dit:
- T'es venu pour que mon papa y soit un conseiller?
- Ben t'en sais des choses, dit le maire. Comment tu sais ça?
- C'est Tanguy qui lui a dit cet après-midi! dit Aurore dans un sourire.
Je rectifiai:
- Tanguy m'a suggéré de le faire effectivement cet après-midi!
- C'est bon pour nous, dit le maire. D'habitude il vote à droite, il doit avoir peur pour ses terrains. Il est accroché à sa terre, c'est la famille la plus ancienne de la commune, il y a toujours eu des membres de sa famille dans cette ferme, aussi loin que remonte les écrits. Peut-être même avant la chapelle. Le pire c’est que son père l’a appelé Tanguy à cause de Tanguy Prigent, le militant socialiste paysan de Saint jean du Doigt qui a été le plus jeune ministre du général De Gaulle.
Je connaissais l’histoire de Tanguy Prigent. Né en 1909 à Saint-Jean du Doigt, près de Morlaix (Nord Finistère), de parents agriculteurs. A dix-sept ans, il adhère à la SFIO et milite pour le syndicalisme paysan et la coopération. Devenu agriculteur lui-même, il est élu maire de sa commune en 1935, puis conseiller général. Le 3 mai 1936, il devient député du Front Populaire. A Vichy le 10 Juillet 1940, il est l'un des 80 qui votent contre la délégation des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Replié sur sa petite commune pendant l'occupation, il poursuit ses activités politiques, participe dans la clandestinité à la reconstruction du parti socialiste, à la création du mouvement Libération-Nord et engage la lutte contre la corporation paysanne, dont De Guébriant, son voisin de Landerneau, est devenu le chef. Révoqué de ses fonctions de maire en 1943, traqué par la police de Vichy et par la Gestapo, il prend le maquis et devient l'animateur de la Résistance Paysanne, organisation qui, après la Libération, va donner naissance à la C.G.A. (Confédération générale de l'agriculture). De Gaulle le nomme ministre de l'Agriculture en septembre 1944. Il occupera cette fonction, en la cumulant avec celle du Ministère du ravitaillement jusqu'en 1947. Réélu député du Finistère en 1945, il le restera pratiquement jusqu'en 1967, sauf quelques intermèdes : en 1956/1957, il est ministre des Anciens Combattants du gouvernement Guy Mollet et de 1958 à 1962, ou il est battu par le candidat gaulliste. Socialiste fidèle à ses principes, il s'oppose à Guy Mollet lors des événements de mai 1968 puis quitte la SFIO quelques mois plus tard pour adhérer au parti socialiste autonome (P.S.A.), parti qui, en fusionnant avec deux autres organisations, va devenir le PSU, en 1960. En 1962, il sera l'un des seuls députés du PSU, et animera la commission nationale agricole de ce parti avant que Bernard Lambert ne prenne le relais en 1966. De Santé Fragile, il décède en Janvier 1970.
Je voulais savoir ce que le père de notre Tanguy pensait des ruines de la chapelle. L'évocation de ce lieu me fit poser une question au premier magistrat:
- C'est quoi l'histoire de cette chapelle, elle a toujours été en ruine?
- Du neuvième au douzième siècle, ce n'est qu'une histoire perpétuelle de lutte entre les habitants du coin et le clergé. Des moines évangélistes et bâtisseurs. Ils s'installaient dans cet endroit et régulièrement ils étaient chassés ou même massacrés par les habitants du coin. Chaque fois, ils remontaient leur chapelle et devaient revenir en force ou obtenir la protection d'un seigneur du coin, jusqu'au douzième où d'un seul coup, on ne sait pas pourquoi ils n'ont plus essayé de revenir. On raconte une histoire de moines rouges qui errent dans la campagne, ensanglantés, c'est pour ça qu'ils sont rouges! D'autres disent que cet endroit était tellement païen qu'ils n'ont pas insisté. En fait c’est certainement des Templiers. C'est vrai que tu dois te sentir bien dans le quartier, c'est plutôt païen! Maintenant y'en a même qui croient que si il y a des moines rouges à Stang, c'est à cause de leurs opinions politiques.
A l’époque Gallo romaine, le territoire a été occupé comme en témoigne la présence de tuiles dans des parcelles labourées à Kerjariou, au Porzou, à Buzit Braz. Au Moyen Age, des mottes castrales ont été édifiées au bourg de Kermivel, près de la chapelle du Moustoir, à Goarlot et au Sud Est du Moulin Göel. Ces deux dernières sont particulièrement intéressantes quant à leurs structures.
L’histoire de Kermivel est jalonnée par les constructions religieuses repérables aujourd’hui. On situe au XIIIe siècle la présence du Kastell ar Menech, château des moines rouges et là, il s’agit des Templiers, au Sud Ouest du Moustoir.
La construction ou la reconstruction de l’église Saint Colomban du bourg ainsi que la Chapelle Saint Maurice du Moustoir (domaine des hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, successeurs des Templiers) près de la grande voie Gallo romaine reliant à l’époque AQUILONIA (QUIMPER) à DARIORITUM (VANNES) = le chemin départemental 22 d’aujourd’hui sont répertoriées au XVe.
 
 Toute façon, entre les moines rouges et la " Dame Blanche " tu es bien encadré hein? Heureusement que tu as une fée! Aurore c'est le nom d'une fée, pas vrai?
Aurore lui sourit et lui dit:
- Quand je serai grande je serai une vraie fée, maintenant j'apprends un peu, c'est déjà pas mal!
Le maire était mort de rire:
- Pas de soucis à te faire, tu vas voir les gens avec elle, tu nous ramènes toutes les voix! Quelle fille, oui c'est vrai ça, une vraie fée! Bon si tu es d'accord, je te présente demain aux autres copains, je leur en ai déjà touché deux mots, ils t'attendent!
Le maire est parti, le chien dort, je suis candidat potentiel, Aurore est ravie, Ariane ne sait que dire et moi je ne comprends plus rien!
Nous allons nous coucher et discutons un peu, Ariane se demande comment Aurore a pu inventer cette " Dame ", je propose d'essayer d'éclaircir le mystère demain, je suis crevé. La chienne gémit, pourtant la porte de la chambre d'Aurore est ouverte. Je vais voir ce qu'elle veut, peut-être pisser. Câline est devant la porte entrouverte, elle tourne en rond en gémissant comme si elle était effrayée. Je regarde dans la chambre, Aurore dort avec un calme rassurant, je ressort discrètement, la chienne remue la queue, comme si elle était contente que je sois rentré dans la chambre. Je la caresse en m'agenouillant auprès d'elle, elle me fait la fête puis se hérisse et gémit à nouveau en regardant derrière moi en direction de la chambre. Je me retourne, une lueur bleutée semble émaner de la pièce par la porte entrouverte. Je pousse doucement la porte, je ne vois rien, ce doit être la lune. J'accompagne la chienne faire un tour dans le jardin et je grille une cigarette, il n'y a pas de lune. Je lève les yeux en direction de la fenêtre d'Aurore, la même lumière bleutée rayonne à travers les rideaux. Le chien ne veut plus rentrer, il m'amuse une bonne demi-heure. Quand il revient enfin, bien content de me retrouver comme si nous nous étions quittés depuis un an, il n'y a plus de lueur à la fenêtre d'Aurore. Le chien monte dans la chambre et pousse la porte, il s'installe au pied du lit après avoir tourné cinq ou six fois en rond comme pour préparer son emplacement. Il grogne de satisfaction et lâche quelques gros soupirs comme s'il venait de vivre une dure journée. La petite s'est retournée elle est plongée dans un sommeil profond, je la reborde un peu et lui fait un bisou, elle sourit. Tout va bien. Je me recouche, Ariane dort déjà, je ne lui parlerai pas de la lueur, je dois être fatigué. Je plonge dans le sommeil, bien imbriqué dans le corps d'Anne, quel bonheur que ce corps chaud, je m'y abandonne avec délice.
Ariane me secoue, je n’ai pas entendu le réveil. Comment cette femme si douce peut agir de cette façon? Quel réveil abominable, je rêvais! J'ai du mal à me souvenir de mon rêve, une femme me parlait, elle était tout de blanc vêtue. Une autorité de nature quasi-religieuse émanait d'elle. Je ne sais absolument pas ce qu'elle me racontait. Comme je l'écoutais vraiment, j’étais très attentif, c'était certainement extrêmement important. Je me dis que pourtant, je ne suis pas sensible à la chose religieuse, je suis très loin de là mais c'est le seul sentiment que ça me laisse. Je ne suis pas très bien, je voudrais me rappeler du rêve.
Aurore est devant un grand bol de chocolat, Câline aboie dehors après d'hypothétiques lapins ou les oiseaux. Je m'installe devant Aurore et un bol de café, elle me regarde curieusement et me déclare tout de go:
- Ca y est, elle t'a parlé!
- Qui, ta maman?
- Non, la " Dame ", Gwenn !
- Pourquoi?
- Elle m'a dit qu'elle te parlerait quand tu dormiras!
- Il y a une dame qui m'a parlé en rêve, je ne sais plus ce qu'elle m'a dit. C'est peut-être la même! Et toi, qu'est-ce qu'elle t'a dit?
- Qu'elle allait te parler pour te remercier et t'expliquer ce qu'il fallait faire maintenant pour qu'elle dorme tranquille!
- Ah bon!
Aurore est partie à l'école et sa mère et moi au travail. Dans l'après-midi, je passe à Quimper pour une réunion, je regarde machinalement la vitrine d'une librairie bretonne et vois un livre qui s'appelle: " La Déesse Blanche ". Je rentre dans la boutique et demande le livre, le vendeur me demande si je connais cet ouvrage. Je lui réponds par la négative, il m'explique que c'est sur l'origine du mythe celtique, la grande déesse, que l'on appelle parfois aussi " Dame Blanche ". Il me dit que le mythe est encore très présent dans le secteur, et sans savoir ou j'habite, il me parle d'une légende actuelle sur une " Dame Blanche " qu'il situe à Stang-Trébalay. Je ne lui dis pas que j'habite là-bas, j'achète le livre et ressort de la boutique. Je regarde à nouveau la couverture, c'est elle qui m'a fait rentrer dans le magasin. C'est une reproduction d'une peinture anglaise du quatorzième qui représente une " Dame Blanche ", couronnée d'aubépine. Elle ressemble absolument à la femme de mon rêve. Toute la journée, je suis un peu tourmenté par toutes ces questions. Je suis très rationaliste, je ne dois pas me laisser démonter.
Je vais chercher Aurore à l'école à Kermivel, c'est le bourg auquel est rattaché le hameau. François, le directeur d'école est aussi adjoint au maire, il me salut d'une vigoureuse poignée de main.
- Alors, tu te présentes?
- Je ne sais pas encore, on verra!
- Ce serait bien qu'il y ait quelqu'un de Stang, nous on n’a personne mais tu es de la même famille!
Nous, c'est le Parti Communiste, au pire il y aurait un premier tour en ordre dispersé mais la famille de " Gôche " se retrouve toujours devant la menace droitière du deuxième tour. J'abandonne François et ses spéculations électorales, ça me gonfle un peu, j'ai parlé hier au soir avec le maire et ça a déjà l'air de transpirer. Je dois froncer un peu les sourcils car Aurore me demande dans la voiture:
- T'es inquiet Papou?
- C'est rien mon bébé, j'ai l'impression que tout le monde sait ce que j'ai décidé hier au soir devant seulement trois personnes et la chienne. On doit avoir des micros dans la maison!
- C'est Gwenn qui a commencé ta campagne électorale!
J'ai failli faire déraper la voiture de stupéfaction.
- Tu sais ce que c'est qu'une campagne électorale?
- Oui, Gwenn m'a expliqué la chose, on a organisé des tas de trucs pour toi, les relations publiques c'est moi et Gwenn est le cerveau. Tu vas avoir un " staff " d'enfer!
Je suis obligé d'arrêter la voiture, j'ai le sentiment d'avoir une adulte à côté de moi. Je nage en plein délire.
- Aurore, regarde-moi, parle-moi sérieusement: qui est-ce qui te parle des élections, de staff et qui est cette vraie dame, ta Gwenn?
Aurore a l'air plus que grave, son regard est celui d'une adulte. Ma fille chérie me renvoie à dans vingt ans.
- Papou, arrête s'il te plait de faire le con, tu sais tout mais comme Gwenn me l'avait dit tu doutes un maximum! Laisse-toi un peu aller, écoute, ouvre-toi! C'est sûr que ce n’est pas facile à comprendre quand on est grand. Gwenn elle me dit même que quand je serai grande je ne me rappellerai plus d'elle. Que tout est fait comme ça pour que les gens oublient l'essentiel de la vie. Mais elle dit aussi que tu es un homme qui peut douter de tout donc admettre n'importe quelle vérité, surtout si elle est dérangeante. Tu comprends mon papounet?
Je comprends qu'on m'a changé mon enfant chéri en singe savant, j'en suis baba! Mais je suis à la fois amusé et surpris, elle me plaît quand même bien cette petite bonne femme. Elle a raison, je me laisse donc aller dans l'histoire. Je n'ai pas peur, Gwenn existe sûrement. En vrai ou en rêve collectif, oui c'est ça:on a dû manger des champignons ou de l'ergot de seigle dans les légumes. C'est un délire collectif. Aurore me rappelle à une autre réalité.
- Alors, tu comprends?
- Dis à Gwenn qu'il faut que je lui parle sérieusement, ne dis rien à maman, je ne sais pas si elle comprendrait...
- C'est ce qu'elle dit de toi depuis deux jours, elle affirme qu'il faut pas te brusquer! Vous devriez en parler calmement!
Nous sommes arrivés à la maison, les grands châtaigniers au fond du terrain ne m'ont jamais paru aussi rassurants. Les arbres, c'est du tangible, ils existent réellement. Ceux-ci, je n'ai jamais voulu céder à la coutume locale qui veut que l'on taille et étête les châtaigniers, ils ont grandi en rien de temps comme s'ils étaient heureux de ne pas faire comme les autres. J'embrasse du regard ce lieu, c'est vrai qu'on est bien ici. Il n'y a ni barrière ni lignes droites. Tout n'est que chemins creux et végétation. On peut passer d'un voisin à l'autre sans se gêner. Les voisins proches, mémé Phine et pépé Jules m'avaient prévenu:
- Ici pas de barrière, si un animal domestique fait des dégâts, faut le dire, on répare!
Ce qui est sûr, c'est que c'est moi qui ai réparé comme une bête! Cette pute de Câline a transformé toutes les pelouses du secteur en golf " dix-huit trous ", minimum. Sauf que ses trous à elle, la tondeuse standard risquait de tomber dedans!
Nous sommes rentrés dans la maison, Aurore a joué un instant dans le jardin avec Câline, puis elle a grappillé des fruits rouges de toutes sortes: framboises, cassis, groseilles à maquereaux et des grosses mûres sans épines que j'avais plantées il y a deux ans. Ariane est rentrée du boulot et des courses, nous parlions de choses et d'autres quand Aurore est rentrée, la chienne sur les talons, tachée à l'extrême, petite fille de cinq ans heureuse de vivre. Sa mère lui a demandé de sauter dans la baignoire sans le chien de préférence et d'éviter de transvaser l'eau de la baignoire dans la salle de bain comme à son habitude.
Ce soir là, le maire est passé me voir avec Fernand, le premier adjoint, un vieux de la vieille, il était déjà adjoint à la libération. Ancien maquisard, il avait avec ses copains fait une liste de gauche avec à sa tête une femme. Elue avec quatre-vingt pour cent des voix, celle-ci avait été invalidée par la préfecture, les femmes n'avaient non seulement pas le droit de voter mais elles n'étaient pas non plus éligibles.
C'était quasiment une cérémonie d'intronisation, j'étais admis parmi les futurs édiles. Aurore fit un show à l'adjoint et celui-ci repartit avec les yeux humides.
Je parlai à Ariane de la " Dame " à Aurore, elle m'avoua qu'elle ne savait pas comment m'en parler de peur de passer pour une imbécile superstitieuse et crédule. Je lui demandai si elle avait vu cette " Dame " en rêve.
- La nuit dernière j'ai rêvé qu'elle me disait des choses confuses, elle parlait de la maison et des plantes, c'était une femme tout en blanc avec une couronne d'aubépine...
Je lui dit d'attendre et fonçai chercher le livre dans la voiture. Je lui montrai la couverture, elle faillit me l'arracher des mains et s'écria:
- Mais c'est elle, c'est exactement cette femme là! C'est incroyable!
Nous ne savions que dire et essayions de raisonner le plus positivement possible. Rien n'y faisait, nous étions devant un drôle de problème. Qui était cette femme? Que nous voulait-elle?
J'évoquais le film du fils de Bunuel, Jean-Louis qui s'appelait " Au rendez-vous de la mort joyeuse ". Nous l'avions vu ensemble, des problèmes de parapsychologie arrivaient dans une maison parce que la fille de cette même maison entrait dans la puberté. Ariane me fit remarquer qu'Aurore du haut de ses cinq ans était loin de rentrer dans la puberté, ce que je voulu bien reconnaître.
La chienne s'est mise à geindre et j'ai dit à Ariane de venir voir sans faire de bruit, elle m'a suivi dans le couloir qui nous séparait de la chambre d'Aurore. Câline était devant la porte entrouverte d'où se dégageait la même lueur bleutée. Ariane me dit:
- Il y a le feu?
- Viens voir, je dis.
Nous sortîmes le chien sur les talons, heureux de pouvoir s'extirper de la maison. Je montrai à Ariane la fenêtre d'Aurore, la même lueur bleutée émanait des rideaux.
- Qu'est-ce que c'est à ton avis?
- Gwenn!
J'ai dis ça en avalant ma salive et Ariane me prit la main.
- Si c'est vraiment elle, nous n'avons pas à avoir peur, elle ne nous veut pas de mal!
- Au contraire, dis-je. Elle veut que les choses ne changent pas!
- En tout cas, elle n'effraie pas Aurore, c'est déjà ça!
Nous nous sommes regardés en souriant nerveusement, presque contraints. Nous sommes remontés dans la maison en passant dans la chambre d'Aurore, elle dormait comme une bienheureuse. Ariane me dit:
- Si on la réveillait!
- Vas-y!
Aurore ouvrit un oeil avant qu'on la touche et elle déclara:
- Vous voulez savoir ce que Gwenn m'a dit? Allez vite au lit, soyez gentils et elle vous parlera! C'est l'amour qui la fait marcher la mère Gwenn, plus elle en voit plus elle en donne. Dormez bien mes chéris!
Elle replongea aussi sec dans son oreiller avec un sourire béat. Auroresque en diable. Nous nous sommes recouchés et n'avions pas besoin des recommandations d'Aurore en matière de sentiment. L'amour nous précipite dans le sommeil.
Quatre heures du matin, je me réveille subitement, j'ai l'impression qu'on m'observe. Je vois la lueur bleutée dans la chambre, j'ouvre grand les yeux et crois apercevoir une forme à l'extrémité du lit. J'ose à peine bouger, je vois nettement se dessiner une forme, c'est plus précis, je respire à peine, je ne suis pas inquiet, j'ai peur de ne pas voir. Est-ce que j'essaie d'attraper mes lunettes qui dorment sur le chevet. Non, j'ai peur de réveiller Anne. C'est Gwenn qui est au pied du lit. Je la fixe, j'entends du bruit à côté, la porte s'ouvre, Aurore rentre dans la chambre et se met à côté de Gwenn. Elles me sourient!
Gwenn prend la main d'Aurore et me dit:
- Tu ne veux pas admettre ce que tu vois et que d'autres voient, pourtant même ta petite fille comprend que seule la vérité peut être extraordinaire. Dors tranquille, n'aie pas peur je te parlerai encore et tu comprendras.
La lumière disparaît, je ne vois plus rien. J'allume la lampe de chevet, il n'y a personne dans la pièce, je vais voir Aurore, elle dort comme une bienheureuse, la chienne n'est pas là. Je descends, elle est couché dans la cuisine et frétille de la queue à mon approche. Elle ne veut pas remonter. Je me remets dans le lit, Ariane grogne un peu se pelotonne contre moi, elle grogne quelques mots, je lui dis que je ne comprends pas, elle me dit :
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 15 décembre 2005 4 15 /12 /Déc /2005 21:44

Nous sommes des désespérés, mais nous ne nous découragerons jamais !

 R. Ducharme

 

   

 

 

 Jerry Rubin

 

Tout va bien du moment que nos revendications ne peuvent pas être satisfaites. Si la bourgeoisie satisfait nos revendications. C’est le bide total ! Quand on manifeste, on n'est jamais "raisonnables". C'est la manière qui compte : nous sommes si arrogants et si odieux que le pouvoir ne peut pas nous satisfaire sans perdre complètement la face. Et alors, animés d'une juste colère, nous pouvons gueuler que le Pouvoir s'obstine à ne pas vouloir satisfaire à nos revendications. Si elles sont satisfaites, nous avons échoué. Si elles sont rejetées, nous créons une communauté de lutte dans l'amour et la fraternité.


Les gens qui disent : "je suis d'accord avec ce que vous proposez, mais je n'aime pas vos façons d'agir" répandent une odeur de vieille merde. Ce qu'on propose n'a aucune importance. Les actions, les tactiques, voilà ce qui compte.

"Le monde des années 50 avait la bonne placidité d'Eisenhower. Satisfait et béat comme Ike, notre papa gâteau. On nous obligeait à nous renier. On nous disait que la masturbation rendait fou et donnait des boutons. On nous apprenait que faire l'amour était mal parce qu'immoral. Papa regardait avec fierté sa maison et sa voiture, sa pelouse taillée aux ciseaux à ongle. Tous ces biens qui justifient la vie.  Il voulait nous donner une bonne éducation. Il voulait nous apprendre à marcher droit sur la route  de la réussite : travaille - ne joue pas, étudie - ne traîne pas, obéis - ne pose pas de questions, intègre-toi - ne te fais pas remarquer, sois sérieux - ne te drogue pas, fait de l'argent - ne fais pas d'histoire."

(Jerry Rubin - Do It - Le Seuil – 1971)

 

 

 

Pour une Bibliothèque Idéale

 

 

 

 

1. Shakespeare, Théâtre
2. La Bible (y compris le Nouveau Testament)
3. Proust,
À la recherche du temps perdu
4. Montaigne,
Essais
5. Rabelais,
Les Cinq Livres
6. Baudelaire,
Les Fleurs du Mal
7. Pascal,
Pensées
8. Molière,
Théâtre
9. J.-J. Rousseau,
Les Confessions
10. Stendhal,
Le Rouge et le Noir
11. Platon,
Dialogues
12. Stendhal,
La Chartreuse de Parme
13. F. Villon,
Les Testaments
14. Rimbaud, Oeuvres poétiques (y compris les Illuminations)
15. Cardinal de Retz,
Mémoires
16. Tolstoï,
La Guerre et la Paix
17. Saint-Simon,
Mémoires
18. Cervantès,
Don Quichotte
19. Racine,
Théâtre
20. Eschyle,
Théâtre
21. Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
22. Mallarmé,
Poèmes
23. La Fontaine,
Fables
24. Goethe,
Faust
25. Apollinaire,
Alcools
26. Flaubert,
L’Éducation Sentimentale
27. Homère,
L’Odyssée
28. Corneille,
Théâtre
29. Dante,
La Divine Comédie
30. Chateaubriand,
Mémoires d’Outre-tombe
31. Balzac,
La Comédie humaine
32. Sophocle,
Théâtre
33. James Joyce,
Ulysse
34. Laclos,
Les Liaisons dangereuses
35. Swift,
Les Voyages de Gulliver
36. Verlaine,
Poèmes
37. Flaubert,
Madame Bovary
38. Rimbaud,
Une Saison en Enfer
39. Descartes,
Discours de la Méthode
40. Prévost,
Manon Lescaut
41. Ronsard,
Les Odes
42. Aristophane,
Théâtre
43. Tacite, Annales et
Histoires
44. Spinoza,
Éthique
45. Hölderlin,
Poèmes
46. Gérard de Nerval, Les Filles du Feu (et les Chimères)
47. Defoe,
Robinson Crusoe
48. Saint Augustin,
Les Confessions
49. Lautréamont,
Les Chants de Maldoror
50. Victor Hugo,
Les Misérables
51. Lewis Carroll,
Alice au Pays des Merveilles
52. Musset,
Comédies et Proverbes
53. Jules Renard,
Journal
54. Homère,
L’Iliade
55. Dostoïevski,
L’Idiot
56. Emily Brontë,
Les Hauts de Hurle-Vent
57. Dostoïevski,
Les Possédés
58. Voltaire,
Contes
59. W. Blake,
Poèmes
60. Dostoïevski,
Crime et Châtiment
61. Plutarque, Vie des Hommes illustres (traduction d’Amyot)
62. Mme de La Fayette,
La Princesse de Clèves
63. Karl Marx,
Le Capital
64. Benjamin Constant,
Adolphe
65. Beaumarchais,
Théâtre
66. Agrippa d’Aubigné,
Les Tragiques
67. Alfred de Vigny,
Les Destinées
68. Lorca,
Poèmes
69. Malraux,
La Condition humaine
70. La Rochefoucauld,
Maximes
71. La Bruyère,
Les Caractères
72. Mme de Sévigné,
Lettres
73. Littré,
Dictionnaire de la Langue française
74. Jarry,
Ubu roi
75. Valéry,
Poèmes
76. Pascal,
Les Provinciales
77. T.E. Lawrence,
Les Sept Piliers de la Sagesse
78. Mérimée,
Nouvelles
79. Valéry,
Variété
80. Héraclite,
Fragments
81. Marivaux,
Théâtre
82. V. Hugo,
La Légende des Siècles
83. Kafka,
Le Procès
84. Voltaire,
Correspondance
85. Apollinaire,
Calligrammes
86. André Gide,
Journal
87. Andersen,
Contes
88. Alexandre Dumas,
Les Trois Mousquetaires
89. Casanova,
Mémoires
90.
Les Mille et une Nuits
91. Conrad,
Lord Jim
92. Novalis,
Poésies et Fragments philosophiques
93. Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
94. Claudel,
Théâtre
95. Tristan Corbière,
Les Amours jaunes
96. V. Hugo,
Les Contemplations
97. Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure de l’
Âme
98. Gogol, Les
Âmes mortes
99. Virgile,
L’Énéide
100. Bernanos, Journal d’un Curé de Campagne

 

 

 

  

Raymond Queneau

 

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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