Dimanche 29 janvier 2006 7 29 /01 /Jan /2006 13:42
 
La Maison d' AURORE
 
 
A « Range-Tes-Balais », la maison était toujours contente. Ca remontait à très loin, peut-être vers 1781, lorsque le maçon lui chatouillait le ventre avec sa truelle pour la première fois.
C'est à ce moment-là que le hameau est né, autour de la maison qui n'avait pas encore reçu de nom de baptême. Deux siècles après, la maison se fendait toujours la gueule, elle avait tellement ri parfois, qu'elle était même légèrement fendue du crépi. Ce qui faisait la joie des fourmis ailées qui logeaient là l'été, comme n'importe quel touriste moyen que les bretons nomment doryphore.
Elle avait reçu un nom au début de ce siècle: Los-Veurh, ce qui signifie en breton: la queue de la vache. Ce nom ne lui avait pas été attribué à cause de sa forme ou de sa couleur, ni à cause du nom des propriétaires. C'était tout simplement que le grand-père était maquignon et sa femme bistrotière. Pas un grand bistrot, juste un petit comptoir dans la pièce principale et trois tables. Quand le vieux traitait une affaire, c'était après quelques chopines bues chez lui et quand le prix de la bête était fixé, le maquignon et son client, paysan-vendeur ou chevillard-acheteur, buvaient " la queue de la vache " pour conclure le contrat. Je ne pouvais m'empêcher de penser, quand on m'eut expliqué l'origine du nom de la maison, que celle-ci aurait pu s'appeler " Couille de Taureau " ou " Pine de Cheval " mais heureusement l'unité de compte du pourboire paysan était bien à cette époque " la queue de la vache " ! La poésie et la morale étaient sauves.
" Range-Tes-Balais " n'était pas le vrai nom du hameau, c'était Stang-Trébalay ce qui veut simplement dire le hameau près de Trébalay. Nous l'appelions ainsi car la petite Aurore l'avait dit comme ça, une fois en jouant avec le nom, ce qu'elle adorait faire.
A Trébalay, il y avait les restes d'une très belle chapelle du douzième, le Moustoir. Aurore regardait cet endroit où nous allions nous promener souvent et me demanda:
- Tu sais qui a cassé la maison, Papou?
- Non, je ne sais pas, mais ce n’est pas moi! En fait, ce sont les restes d'une chapelle du douzième....
- Oui, la femme du chapeau n'a pas réussi à finir son gâteau avant le douzième coup de midi!
- C'est très beau mon bébé ce que tu racontes!
- C'est parce que c'est vrai, la vérité sort par la bouche de ton enfant!
- Ah bon, si tu veux!
- OUI, je l'ai vue cette nuit!
- Qui donc mon chaton?
- La femme du chapeau, la chapelle, elle avait un beau chapeau pointurlututu et elle essayait de réchauffer le gâteau avec des flammes et pis aussi, les moineaux du gâteau, comme ils voulaient pas partager, ils étaient tous partis en courant et en colère. Tous partis sauf ceux que les chats-peaux ont croqués chauds et...
- Il y avait aussi des oiseaux dans l'histoire?
- Non, des moineaux, c'est des petits moines du fromage et qui étaient les voleurs de gâteau et on les mettait sur les camemberts pour montrer qu'ils puent autant que les claquos parce qu'ils se lavent jamais à cause de l'amour d'un dieu qui est pas propre!
- Alors c'étaient des moines puants qui habitaient dans un gâteau! Comment tu sais ça toi?
- Tu m'écoutes pas, j'ai vu la nuit la " Dame du Chapeau ", elle a mis le feu aux moines fromagers en criant : " Chauffez, ô moines! "
- Tu as regardé des conneries à la télé la nuit pendant que ta mère et moi dormions?
- Mais non mon papounet, j'ai vu la " Dame Chapeau " pointurlututu, la nuit en dormant et c'était ici le gâteau-fort, parce que les moines hauts puaient le fromage et la peur. Ils avaient peur de partager le gâteau avec la dame et ses amis qui faisaient la gueule à un Dieu pas propre!
- Tu sais ce que c'est qu'un Dieu?
- Bien sûr papou, la " Dame-Chapelle " me l'a appris. C'est une construction, ça veut dire, pour si tu comprends pas, un tarabricolage ou une recette de cuisine! C'est pareil, c'est fait par des gens pour empêcher des autres d'être eux-mêmes!
- C'est bien compliqué pour une petite grounette comme toi!
- Mais non, suffit de bien me montrer comment on fait et je comprends! Le gâteau yaourt, c'est pas dur non? Mais c'est quand même un gâteau, même que tu as tout mangé le dernier que j'avais fait à l'école!
- J'étais bien surpris de la qualité de ton gâteau. Ta mère n'en avait jamais fait d'aussi bon. Il était vraiment délicieux....
- Ah, t'es pas gentil pour Maman, elle fait aussi des gâteaux presque aussi bon que les miens! Presque autant mais moins souvent, c'est normal, elle a du boulot!
- Et cette fameuse " Dame " alors, tu la vois souvent?
- Toutes les nuits depuis qu'on est à Range-Tes-Balais. Avant elle était juste venue un peu me voir à la pisciculture! "
Avant d'acheter la maison de Range-Tes-Balais, nous habitions au-dessus d'une pisciculture à cinq kilomètres de là. Les bassins étaient alimentés en eau par le Ster-Goz, petite rivière qui se jette dans l'Aven en dessous de la maison de Stang-Trébalay. Le pisciculteur était un abruti et son comportement d'idiot nous avait plutôt motivé dans la recherche d'un lieu vraiment à nous. Notre chienne Câline, un cocker roux et cabochard, était le seul membre de la tribu qui regrettait la pisciculture. Elle avait bien dû s'enfiler une bonne centaine de truites, elle attendait sous le chargeur à godets qui emmenait les poissons du bassin au camion-citerne. Dès qu'une bestiole sautait du convoyeur, elle la récupérait et l'enterrait dans le fumier des lapins du gardien. La truite, quelques jours après, avait cette belle couleur vert Véronèse qui devait lui rappeler le fond de la rivière. Des goûts et des couleurs, des couleurs d'égout! Enfin elle était prête à être dégustée. Mais tout ça ne me disait pas qui était la " Dame " à Aurore, j'essayais de comprendre mais c'est parfois dur d'être parent attentif!
- Tu vois donc une " Dame "qui te parle de Dieu, la nuit! C'est ça?
- Tu comprends moins vite que Câline, c'est ce que je te dis depuis une heure!
- Mais qu'est-ce qu'elle te dit de Dieu?
- Que c'est du bricolage pour que les paysans n'aient pas de gâteau, c'est les moineaux qui ont trafiqué dans la chapelle, ils disaient aux paysans qu'ils devaient travailler pour Dieu, c'était ça le gâteau, tout ce travail que les paysans devaient donner aux moineaux!
- Comment une enfant de cinq ans peut parler de ça avec une Dame, c'est extrêmement compliqué!
- Pas quand elle explique, elle me regarde et elle dit des mots que je connais tous, quand il y en a un que je ne connais pas, elle m'explique avec des exemples et elle explique bien elle!
- Tu en as déjà parlé à quelqu'un?
- La Dame ne veut pas, elle m'a dit d'en parler juste à toi et à maman!
- Et tu en as parlé à maman?
- Non, parce qu'il fallait être ici pour en parler et elle m'avait dit que ça pressait pas tout de suite!
- C'est pour cela que tu voulais venir ici?
- Oui, je voulais aussi voir ce qu'il restait du gâteau!
- Elle s'appelle comment la Dame?
- Gwenn, ça veut dire Blanche. C'était une reine mais qu'est pas une reine comme on m'a appris. C'était une vraie sorcière mais pas comme on apprend aussi et elle avait plein d'autres noms.
- C'est quoi une vraie sorcière?
- C'est une sorcière, une femme qui sait, elle sait les choses qui s'occupent de la vie, ça veut dire que quand tu es n'importe où, tu ouvres les yeux et tu regardes ce qu'il y a autour de toi et toutes les choses te parlent!
- Je croyais que les sorcières c'était comme dans Blanche-Neige, nez crochu, chaudron bouillant et chouette sur l'épaule!
- C'est ce que je lui ai dit la première fois, elle à drôlement bien rigolé. C'est aussi les moineaux qui ont raconté ça, pour pouvoir garder leur gâteau pour eux. Ils ont dit que leur Dieu il voulait pas les sorcières et qu'elles étaient mauvaises, pourtant c'est pas vrai du tout. Tu sais elle dit sorcière pour se moquer de nous mais c'est magicienne qu'il faudrait dire! La magie c'était pas des tours de cartes comme Majax, elle savait tous les livres et elle lisait aussi dans les plantes, les animaux et les hommes. Bon c'est compliqué mais elle t'expliquera un jour, n’ait pas peur!
Je n'avais pas peur, j'étais fier, même, de son imagination. J'avais l'impression que ma fille était ce que je voulais qu'elle soit: une fée. OUI, c’était une petite fée, un petit bout sans limite, une créatrice, ma création créatrice. J'avais quand même un peu peur, elle avait pas dû fumer mon herbe ou boire mon whisky pur malt, alors quoi d'autre?
Elle nous racontait souvent de très belles histoires et elle ne s'endormait jamais avant que je lui lise une ou deux pages choisies. En ce moment c'était du Prévert, elle adorait le père Jacquot. Devant la photo de Doisneau où il sort des "Deux Magots", pull-over à l'envers et clope au bec, elle avait déclaré avec fougue:
- J'en veux un aussi comme celui-là de Papy!
Certains textes de Prévert la faisaient pleurer, c'était de la pure compassion, quand il parlait de la misère, bien sûr et parfois c'était la joie qui amenait ses larmes, comme avec "Pour faire le portrait d'un oiseau ". La poésie lui semblait une évidence et je craignais un peu que le monde ne la déçoive. Elle avait tant de fraîcheur et d'innocence, c'était une fleur sauvage à la fois si belle et si fragile. Son discours me passionnait et m'inquiétait en même temps et pourtant elle semblait si sûre d'elle. Il y avait des mots, des images mais aussi des concepts qu'elle n'avait pas pu inventer. Qu'est-ce que j'allais faire de tout ça?
Je m'étais déjà heurté à des problèmes imprévus, par exemple à cause de son sens du partage. Nous lui avions expliqué, sa mère et moi, que des enfants sont très malheureux dans le monde et comme elle comprenait tout, régulièrement en contemplant sa chambre remplie de jouets, elle divisait ces derniers en deux tas et nous demandait de les donner aux petits malheureux. C'est beau non? Sauf que toi, le vieux con de paternel sermonneur, tu n'es pas dans la merde, faut que tu ailles porter ton carton de jouets au " Secours Populaire " ou chez des gens que tu as repérés. Voilà une corvée de plus à te fader! Ca ne t'arrange pas vraiment, tu as tellement de trucs à faire, des choses plus importantes, la fête solsticiale des Francs-maçons, le colloque sur l'Afghanistan etc. Et quand c'est des jouets ça va bien, mais des denrées périssables, une croquette de poisson à midi, une demi cuisse de poulet le soir, la moitié de 785 petits pois, elle les avait comptés avec toi pour accepter d'en manger la moitié. Chiant, c'e n’est pas divisible par deux, faut ruser.
Elle avait aussi deux tirelires, il fallut l'empêcher de couper les billets en deux. Elle avait pourtant trouvé la parade: le rouleau de scotch! Une soirée pour lui expliquer à quoi servaient les numéros pour la convaincre de l'intégrité d'un " Pascal " et l'empêcher d'en faire trois avec deux.
Nous sommes redescendus vers Range-Tes-Balais en passant devant la ferme qui se tenait en bout du terrain de la chapelle. Tanguy, le paysan du coin était devant les bâtiments, il nous fit un signe et Aurore se lança dans ses bras:
- Bonjour Tonton Tanguy!
Les bretons sont comme les chinois, tous les gens amicaux deviennent des Tontons et des Tatas pour les enfants des connaissances. Je serrai la main à Tanguy, celui-ci me déclara:
- Alors, ça va bien à Los-Veurh, vous êtes du coin maintenant, tout le monde vous aime bien, surtout la petite Aurore, c'est la reine du quartier! Pas vrai Aurore!
Aurore lui prit la main et y appuya sa petite tête en faisant un bisou sur la main calleuse du paysan.
- Je t'aime bien car tu fais du bon lait et des beaux légumes et je sais que tu es là depuis longtemps toi, il y a toujours eu quelqu'un dans la ferme pour s'occuper des choses de la nature et que les gens ils mangent!
Tanguy était ému aux larmes:
- On se demande où elle va chercher ce qu'elle nous dit, elle est si intelligente qu'elle nous cloue sur place! Eh oui, ma famille a toujours été dans cette ferme, depuis longtemps, longtemps, tu vois Aurore, on sait même pas depuis quand, il y a toujours eu quelqu'un!
- Depuis que la chapelle a brûlée, dit Aurore.
- Sans doute, c'est ton papa qui t'apprend ces choses?
J'allais répondre, embarrassé, quand Aurore me lança un regard et déclara:
- Madame Tanguy m'a dit que vous avez toujours été là! Des grands-pères et pis des autres avant!
J'ajoutai qu'Aurore posait beaucoup de questions à sa femme quand elle venait chercher le lait avec sa mère. Puis je demandai à Tanguy si ses affaires marchaient bien.
- Moi, je ne m’en sors pas trop mal, je n’ai pas misé sur un seul produit comme certains, je fais des légumes, j'ai des vaches, un peu de porcs, un peu de volailles, on se débrouille. La seule chose que je souhaite c'est que le coin reste comme il est. C'est bientôt les élections municipales et il parait qu'il y en a des qui lorgnent sur le secteur de la chapelle pour faire un site touristique. Vous en pensez quoi vous?
- Le plus grand mal! je veux dire que je suis venu dans ce secteur à cause de la qualité de la vie que l'on y trouvait, si ça devait changer, je ne crois pas que je resterais mais avant, je me battrai!
- Vous devriez vous présenter sur la liste du maire, c'est celle qui a le plus de chance et je me suis laissé dire que vous êtes plutôt de gauche!
- Je ne sais pas si j'aurais le temps de faire un bon conseiller!
- Le hameau voterait pour vous, on vous connaît et on sait que vous nous défendrez!
- Vous êtes gentil, mais je n’en suis pas encore là! "
Nous avons quitté Tanguy et sommes rentrés par les champs. Aurore me prend la main et me dit:
- C'est la " Dame " qui voulait que tu voies Tanguy, faut que tu sois conseiller pour la défendre!
- Elle habite ici?
- Oui, dans la chapelle qu'est toute cassée, mais elle veut pas qu'on la répare, autrement elle dit qu'ils vont revenir!
- Les moines?
- Oui, les enfants des moines, ils vont revenir pour chasser les enfants de la " Dame " !
- Elle a des enfants?
- Oui, toi, maman, moi, Tanguy et sa femme, mémé Phine, pépé Jules et tous ceux de Stang! Elle ne veut pas qu'il y ait de chapelle avec des gens qui viennent prier et dire la messe!
- Elle a bien raison, c'est des conneries! Mais tu sais il n'y pas grand risque, sur dix maisons, personne ne va à la messe!
- Elle dit que c'est pas ceux qu'habitent ici qui veulent faire ça, ils peuvent pas habiter ici ceux-là qui sont méchants, la " Dame " les empêchent;c'est des autres les méchants, ils sont ceux d'ailleurs, faut que tu sois conseiller! C'est ça qu'elle veut te dire la " Dame " ! Pour empêcher les autres de venir!
- Ben alors qu'elle vienne me le dire elle même!
- Ca va arriver papou, c'est pour ça qu'elle m'a dit de te parler, autrement j'aurais rien dit!
- Pourquoi?
- T'aurais pas compris, t'es tellement occupé, tu fais trop de choses!
Elle avait raison la gnafronne, je faisais beaucoup trop de choses et pas assez en direction d'elle et de sa mère. Nous étions à la maison et sa mère venait de rentrer de courses après lui avoir administré un wagon de câlins Aurore décréta:
- Je vous laisse, vous avez à parler entre adultes moi, je vais dans ma chambre, j'emmène la Câline!
Je fis part de notre conversation à sa mère, celle-ci me déclara que je lui racontais trop d'histoires pas vraiment de son âge. Nous avons fait la cuisine en discutant d'éducation. La gamine jouait dans sa chambre, elle était vraiment autonome, une pure merveille. Le repas était prêt quand elle pointa son museau, le chien sur les talons. Elle se mit à confectionner la pâtée de Câline qu'elle lui servit sur la terrasse et revint dans la cuisine. Sa mère faisait griller du poisson et elle m'aida à mettre la table. Pendant le repas Ariane essaya de la brancher sur la " Dame ":
- Papa m'a parlé d'une Dame que tu aurais vue, tu ne m'a jamais rien dit!
- A papa non plus avant aujourd'hui, c'est juste maintenant qu'il faut en parler! Avant ça comptait pas!
- Tu ne la vois que quand tu dors?
- Non, elle est toujours là, mais elle me raconte que quand je dors! J'ai tout expliqué à papa, il va être conseiller pour la " Dame ", il est d'accord avec elle.
- Doucement, je n’ai pas dit ça!
Aurore laissa tomber sa fourchette et se mit à pleurer dans ses bras. Sa mère l'a prise sur ses genoux.
- Qu'est-ce que c'est que ce gros chagrin et cette histoire de conseiller!
- Tanguy m'a demandé si je ne voulais pas être conseiller sur la liste du maire, j'ai dit. Il pense que comme je suis copain avec lui je pourrais défendre les intérêts du quartier!
Ariane dorlotait Aurore et lui dit entre deux bisous:
- Papa n'a peut-être pas envie d'être conseiller municipal, c'est du travail et il en a déjà beaucoup. Pourquoi tu veux qu'il soit conseiller?
Elle dit ces dernières paroles en riant, ce qui fit faire la moue à Aurore:
- Si il est pas lui, le conseiller d'ici, personne ne défendra Trébalay et la Dame, elle va partir pour toujours!
- Elle t'a dit ça, c'est une copine à papa sans doute!
Aurore se mit à pleurer et sa mère et moi avions du mal à ne pas rire du bon mot de celle-ci. Mais la détresse de la petite était sincère. Je décidai d'y mettre fin.
- Aurore, je te promets que si le maire me demande d'être sur la liste, j'accepte! Pour toi!
Un sourire illumina le visage d'Aurore. Elle regarda sa mère et lui dit:
- Elle me l'avait dit la Dame que papou la défendrait!
Pour la première fois de son existence de fillette de cinq ans, il ne fut pas nécessaire de lui dire d'aller se coucher. Elle nous dit bonsoir et monta dans sa chambre avec le chien qui remuait déjà la queue à l'idée de partager un coin du lit ce qui était bien sûr complètement interdit mais transgressé tous les soirs. J'allais dire quelque chose à Ariane quand le téléphone sonna. C'était le maire de la commune, Gilles, garagiste de son état, qui me demandait si il pouvait passer me voir pour discuter cinq minutes de choses importantes. Un quart d'heure après il était là et me faisait part d'une idée qu'il avait eu avec son équipe municipale quelques jours auparavant. La date des élections approchant, il avait pensé qu'il serait bien d'essayer de représenter chaque secteur de la commune sur sa liste. Pour Stang, il s'était dit que j'étais sans doute le mieux placé pour contrebalancer un candidat de droite qui n'habitait pas tout à fait le hameau mais en bordure et qui avait des vues sur des terrains dans notre secteur depuis quelque temps. Ses informations sur le personnage lui laissait penser qu'avoir un conseiller sur le secteur rassurerait les habitants du hameau, étant donné que le plan d'occupation des sols n'était pas encore bouclé et que cette histoire de terrains inquiétait tout le monde. Donc pour lui, j'étais le candidat tout désigné.
Je lui dis que je voulais bien à une seule condition. J'allais lui livrer cette condition quand Aurore apparut au sommet de l'escalier et bien en face du regard du maire, elle lui sourit et celui-ci n'entendit jamais ce que je voulais lui dire: laisser ma place au suivant au bout d'un an et n'avoir aucune responsabilité. Aurore accaparait totalement son regard. Elle vint l'embrasser tendrement et lui dit:
- T'es venu pour que mon papa y soit un conseiller?
- Ben t'en sais des choses, dit le maire. Comment tu sais ça?
- C'est Tanguy qui lui a dit cet après-midi! dit Aurore dans un sourire.
Je rectifiai:
- Tanguy m'a suggéré de le faire effectivement cet après-midi!
- C'est bon pour nous, dit le maire. D'habitude il vote à droite, il doit avoir peur pour ses terrains. Il est accroché à sa terre, c'est la famille la plus ancienne de la commune, il y a toujours eu des membres de sa famille dans cette ferme, aussi loin que remonte les écrits. Peut-être même avant la chapelle. Le pire c’est que son père l’a appelé Tanguy à cause de Tanguy Prigent, le militant socialiste paysan de Saint jean du Doigt qui a été le plus jeune ministre du général De Gaulle.
Je connaissais l’histoire de Tanguy Prigent. Né en 1909 à Saint-Jean du Doigt, près de Morlaix (Nord Finistère), de parents agriculteurs. A dix-sept ans, il adhère à la SFIO et milite pour le syndicalisme paysan et la coopération. Devenu agriculteur lui-même, il est élu maire de sa commune en 1935, puis conseiller général. Le 3 mai 1936, il devient député du Front Populaire. A Vichy le 10 Juillet 1940, il est l'un des 80 qui votent contre la délégation des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Replié sur sa petite commune pendant l'occupation, il poursuit ses activités politiques, participe dans la clandestinité à la reconstruction du parti socialiste, à la création du mouvement Libération-Nord et engage la lutte contre la corporation paysanne, dont De Guébriant, son voisin de Landerneau, est devenu le chef. Révoqué de ses fonctions de maire en 1943, traqué par la police de Vichy et par la Gestapo, il prend le maquis et devient l'animateur de la Résistance Paysanne, organisation qui, après la Libération, va donner naissance à la C.G.A. (Confédération générale de l'agriculture). De Gaulle le nomme ministre de l'Agriculture en septembre 1944. Il occupera cette fonction, en la cumulant avec celle du Ministère du ravitaillement jusqu'en 1947. Réélu député du Finistère en 1945, il le restera pratiquement jusqu'en 1967, sauf quelques intermèdes : en 1956/1957, il est ministre des Anciens Combattants du gouvernement Guy Mollet et de 1958 à 1962, ou il est battu par le candidat gaulliste. Socialiste fidèle à ses principes, il s'oppose à Guy Mollet lors des événements de mai 1968 puis quitte la SFIO quelques mois plus tard pour adhérer au parti socialiste autonome (P.S.A.), parti qui, en fusionnant avec deux autres organisations, va devenir le PSU, en 1960. En 1962, il sera l'un des seuls députés du PSU, et animera la commission nationale agricole de ce parti avant que Bernard Lambert ne prenne le relais en 1966. De Santé Fragile, il décède en Janvier 1970.
Je voulais savoir ce que le père de notre Tanguy pensait des ruines de la chapelle. L'évocation de ce lieu me fit poser une question au premier magistrat:
- C'est quoi l'histoire de cette chapelle, elle a toujours été en ruine?
- Du neuvième au douzième siècle, ce n'est qu'une histoire perpétuelle de lutte entre les habitants du coin et le clergé. Des moines évangélistes et bâtisseurs. Ils s'installaient dans cet endroit et régulièrement ils étaient chassés ou même massacrés par les habitants du coin. Chaque fois, ils remontaient leur chapelle et devaient revenir en force ou obtenir la protection d'un seigneur du coin, jusqu'au douzième où d'un seul coup, on ne sait pas pourquoi ils n'ont plus essayé de revenir. On raconte une histoire de moines rouges qui errent dans la campagne, ensanglantés, c'est pour ça qu'ils sont rouges! D'autres disent que cet endroit était tellement païen qu'ils n'ont pas insisté. En fait c’est certainement des Templiers. C'est vrai que tu dois te sentir bien dans le quartier, c'est plutôt païen! Maintenant y'en a même qui croient que si il y a des moines rouges à Stang, c'est à cause de leurs opinions politiques.
A l’époque Gallo romaine, le territoire a été occupé comme en témoigne la présence de tuiles dans des parcelles labourées à Kerjariou, au Porzou, à Buzit Braz. Au Moyen Age, des mottes castrales ont été édifiées au bourg de Kermivel, près de la chapelle du Moustoir, à Goarlot et au Sud Est du Moulin Göel. Ces deux dernières sont particulièrement intéressantes quant à leurs structures.
L’histoire de Kermivel est jalonnée par les constructions religieuses repérables aujourd’hui. On situe au XIIIe siècle la présence du Kastell ar Menech, château des moines rouges et là, il s’agit des Templiers, au Sud Ouest du Moustoir.
La construction ou la reconstruction de l’église Saint Colomban du bourg ainsi que la Chapelle Saint Maurice du Moustoir (domaine des hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, successeurs des Templiers) près de la grande voie Gallo romaine reliant à l’époque AQUILONIA (QUIMPER) à DARIORITUM (VANNES) = le chemin départemental 22 d’aujourd’hui sont répertoriées au XVe.
 
 Toute façon, entre les moines rouges et la " Dame Blanche " tu es bien encadré hein? Heureusement que tu as une fée! Aurore c'est le nom d'une fée, pas vrai?
Aurore lui sourit et lui dit:
- Quand je serai grande je serai une vraie fée, maintenant j'apprends un peu, c'est déjà pas mal!
Le maire était mort de rire:
- Pas de soucis à te faire, tu vas voir les gens avec elle, tu nous ramènes toutes les voix! Quelle fille, oui c'est vrai ça, une vraie fée! Bon si tu es d'accord, je te présente demain aux autres copains, je leur en ai déjà touché deux mots, ils t'attendent!
Le maire est parti, le chien dort, je suis candidat potentiel, Aurore est ravie, Ariane ne sait que dire et moi je ne comprends plus rien!
Nous allons nous coucher et discutons un peu, Ariane se demande comment Aurore a pu inventer cette " Dame ", je propose d'essayer d'éclaircir le mystère demain, je suis crevé. La chienne gémit, pourtant la porte de la chambre d'Aurore est ouverte. Je vais voir ce qu'elle veut, peut-être pisser. Câline est devant la porte entrouverte, elle tourne en rond en gémissant comme si elle était effrayée. Je regarde dans la chambre, Aurore dort avec un calme rassurant, je ressort discrètement, la chienne remue la queue, comme si elle était contente que je sois rentré dans la chambre. Je la caresse en m'agenouillant auprès d'elle, elle me fait la fête puis se hérisse et gémit à nouveau en regardant derrière moi en direction de la chambre. Je me retourne, une lueur bleutée semble émaner de la pièce par la porte entrouverte. Je pousse doucement la porte, je ne vois rien, ce doit être la lune. J'accompagne la chienne faire un tour dans le jardin et je grille une cigarette, il n'y a pas de lune. Je lève les yeux en direction de la fenêtre d'Aurore, la même lumière bleutée rayonne à travers les rideaux. Le chien ne veut plus rentrer, il m'amuse une bonne demi-heure. Quand il revient enfin, bien content de me retrouver comme si nous nous étions quittés depuis un an, il n'y a plus de lueur à la fenêtre d'Aurore. Le chien monte dans la chambre et pousse la porte, il s'installe au pied du lit après avoir tourné cinq ou six fois en rond comme pour préparer son emplacement. Il grogne de satisfaction et lâche quelques gros soupirs comme s'il venait de vivre une dure journée. La petite s'est retournée elle est plongée dans un sommeil profond, je la reborde un peu et lui fait un bisou, elle sourit. Tout va bien. Je me recouche, Ariane dort déjà, je ne lui parlerai pas de la lueur, je dois être fatigué. Je plonge dans le sommeil, bien imbriqué dans le corps d'Anne, quel bonheur que ce corps chaud, je m'y abandonne avec délice.
Ariane me secoue, je n’ai pas entendu le réveil. Comment cette femme si douce peut agir de cette façon? Quel réveil abominable, je rêvais! J'ai du mal à me souvenir de mon rêve, une femme me parlait, elle était tout de blanc vêtue. Une autorité de nature quasi-religieuse émanait d'elle. Je ne sais absolument pas ce qu'elle me racontait. Comme je l'écoutais vraiment, j’étais très attentif, c'était certainement extrêmement important. Je me dis que pourtant, je ne suis pas sensible à la chose religieuse, je suis très loin de là mais c'est le seul sentiment que ça me laisse. Je ne suis pas très bien, je voudrais me rappeler du rêve.
Aurore est devant un grand bol de chocolat, Câline aboie dehors après d'hypothétiques lapins ou les oiseaux. Je m'installe devant Aurore et un bol de café, elle me regarde curieusement et me déclare tout de go:
- Ca y est, elle t'a parlé!
- Qui, ta maman?
- Non, la " Dame ", Gwenn !
- Pourquoi?
- Elle m'a dit qu'elle te parlerait quand tu dormiras!
- Il y a une dame qui m'a parlé en rêve, je ne sais plus ce qu'elle m'a dit. C'est peut-être la même! Et toi, qu'est-ce qu'elle t'a dit?
- Qu'elle allait te parler pour te remercier et t'expliquer ce qu'il fallait faire maintenant pour qu'elle dorme tranquille!
- Ah bon!
Aurore est partie à l'école et sa mère et moi au travail. Dans l'après-midi, je passe à Quimper pour une réunion, je regarde machinalement la vitrine d'une librairie bretonne et vois un livre qui s'appelle: " La Déesse Blanche ". Je rentre dans la boutique et demande le livre, le vendeur me demande si je connais cet ouvrage. Je lui réponds par la négative, il m'explique que c'est sur l'origine du mythe celtique, la grande déesse, que l'on appelle parfois aussi " Dame Blanche ". Il me dit que le mythe est encore très présent dans le secteur, et sans savoir ou j'habite, il me parle d'une légende actuelle sur une " Dame Blanche " qu'il situe à Stang-Trébalay. Je ne lui dis pas que j'habite là-bas, j'achète le livre et ressort de la boutique. Je regarde à nouveau la couverture, c'est elle qui m'a fait rentrer dans le magasin. C'est une reproduction d'une peinture anglaise du quatorzième qui représente une " Dame Blanche ", couronnée d'aubépine. Elle ressemble absolument à la femme de mon rêve. Toute la journée, je suis un peu tourmenté par toutes ces questions. Je suis très rationaliste, je ne dois pas me laisser démonter.
Je vais chercher Aurore à l'école à Kermivel, c'est le bourg auquel est rattaché le hameau. François, le directeur d'école est aussi adjoint au maire, il me salut d'une vigoureuse poignée de main.
- Alors, tu te présentes?
- Je ne sais pas encore, on verra!
- Ce serait bien qu'il y ait quelqu'un de Stang, nous on n’a personne mais tu es de la même famille!
Nous, c'est le Parti Communiste, au pire il y aurait un premier tour en ordre dispersé mais la famille de " Gôche " se retrouve toujours devant la menace droitière du deuxième tour. J'abandonne François et ses spéculations électorales, ça me gonfle un peu, j'ai parlé hier au soir avec le maire et ça a déjà l'air de transpirer. Je dois froncer un peu les sourcils car Aurore me demande dans la voiture:
- T'es inquiet Papou?
- C'est rien mon bébé, j'ai l'impression que tout le monde sait ce que j'ai décidé hier au soir devant seulement trois personnes et la chienne. On doit avoir des micros dans la maison!
- C'est Gwenn qui a commencé ta campagne électorale!
J'ai failli faire déraper la voiture de stupéfaction.
- Tu sais ce que c'est qu'une campagne électorale?
- Oui, Gwenn m'a expliqué la chose, on a organisé des tas de trucs pour toi, les relations publiques c'est moi et Gwenn est le cerveau. Tu vas avoir un " staff " d'enfer!
Je suis obligé d'arrêter la voiture, j'ai le sentiment d'avoir une adulte à côté de moi. Je nage en plein délire.
- Aurore, regarde-moi, parle-moi sérieusement: qui est-ce qui te parle des élections, de staff et qui est cette vraie dame, ta Gwenn?
Aurore a l'air plus que grave, son regard est celui d'une adulte. Ma fille chérie me renvoie à dans vingt ans.
- Papou, arrête s'il te plait de faire le con, tu sais tout mais comme Gwenn me l'avait dit tu doutes un maximum! Laisse-toi un peu aller, écoute, ouvre-toi! C'est sûr que ce n’est pas facile à comprendre quand on est grand. Gwenn elle me dit même que quand je serai grande je ne me rappellerai plus d'elle. Que tout est fait comme ça pour que les gens oublient l'essentiel de la vie. Mais elle dit aussi que tu es un homme qui peut douter de tout donc admettre n'importe quelle vérité, surtout si elle est dérangeante. Tu comprends mon papounet?
Je comprends qu'on m'a changé mon enfant chéri en singe savant, j'en suis baba! Mais je suis à la fois amusé et surpris, elle me plaît quand même bien cette petite bonne femme. Elle a raison, je me laisse donc aller dans l'histoire. Je n'ai pas peur, Gwenn existe sûrement. En vrai ou en rêve collectif, oui c'est ça:on a dû manger des champignons ou de l'ergot de seigle dans les légumes. C'est un délire collectif. Aurore me rappelle à une autre réalité.
- Alors, tu comprends?
- Dis à Gwenn qu'il faut que je lui parle sérieusement, ne dis rien à maman, je ne sais pas si elle comprendrait...
- C'est ce qu'elle dit de toi depuis deux jours, elle affirme qu'il faut pas te brusquer! Vous devriez en parler calmement!
Nous sommes arrivés à la maison, les grands châtaigniers au fond du terrain ne m'ont jamais paru aussi rassurants. Les arbres, c'est du tangible, ils existent réellement. Ceux-ci, je n'ai jamais voulu céder à la coutume locale qui veut que l'on taille et étête les châtaigniers, ils ont grandi en rien de temps comme s'ils étaient heureux de ne pas faire comme les autres. J'embrasse du regard ce lieu, c'est vrai qu'on est bien ici. Il n'y a ni barrière ni lignes droites. Tout n'est que chemins creux et végétation. On peut passer d'un voisin à l'autre sans se gêner. Les voisins proches, mémé Phine et pépé Jules m'avaient prévenu:
- Ici pas de barrière, si un animal domestique fait des dégâts, faut le dire, on répare!
Ce qui est sûr, c'est que c'est moi qui ai réparé comme une bête! Cette pute de Câline a transformé toutes les pelouses du secteur en golf " dix-huit trous ", minimum. Sauf que ses trous à elle, la tondeuse standard risquait de tomber dedans!
Nous sommes rentrés dans la maison, Aurore a joué un instant dans le jardin avec Câline, puis elle a grappillé des fruits rouges de toutes sortes: framboises, cassis, groseilles à maquereaux et des grosses mûres sans épines que j'avais plantées il y a deux ans. Ariane est rentrée du boulot et des courses, nous parlions de choses et d'autres quand Aurore est rentrée, la chienne sur les talons, tachée à l'extrême, petite fille de cinq ans heureuse de vivre. Sa mère lui a demandé de sauter dans la baignoire sans le chien de préférence et d'éviter de transvaser l'eau de la baignoire dans la salle de bain comme à son habitude.
Ce soir là, le maire est passé me voir avec Fernand, le premier adjoint, un vieux de la vieille, il était déjà adjoint à la libération. Ancien maquisard, il avait avec ses copains fait une liste de gauche avec à sa tête une femme. Elue avec quatre-vingt pour cent des voix, celle-ci avait été invalidée par la préfecture, les femmes n'avaient non seulement pas le droit de voter mais elles n'étaient pas non plus éligibles.
C'était quasiment une cérémonie d'intronisation, j'étais admis parmi les futurs édiles. Aurore fit un show à l'adjoint et celui-ci repartit avec les yeux humides.
Je parlai à Ariane de la " Dame " à Aurore, elle m'avoua qu'elle ne savait pas comment m'en parler de peur de passer pour une imbécile superstitieuse et crédule. Je lui demandai si elle avait vu cette " Dame " en rêve.
- La nuit dernière j'ai rêvé qu'elle me disait des choses confuses, elle parlait de la maison et des plantes, c'était une femme tout en blanc avec une couronne d'aubépine...
Je lui dit d'attendre et fonçai chercher le livre dans la voiture. Je lui montrai la couverture, elle faillit me l'arracher des mains et s'écria:
- Mais c'est elle, c'est exactement cette femme là! C'est incroyable!
Nous ne savions que dire et essayions de raisonner le plus positivement possible. Rien n'y faisait, nous étions devant un drôle de problème. Qui était cette femme? Que nous voulait-elle?
J'évoquais le film du fils de Bunuel, Jean-Louis qui s'appelait " Au rendez-vous de la mort joyeuse ". Nous l'avions vu ensemble, des problèmes de parapsychologie arrivaient dans une maison parce que la fille de cette même maison entrait dans la puberté. Ariane me fit remarquer qu'Aurore du haut de ses cinq ans était loin de rentrer dans la puberté, ce que je voulu bien reconnaître.
La chienne s'est mise à geindre et j'ai dit à Ariane de venir voir sans faire de bruit, elle m'a suivi dans le couloir qui nous séparait de la chambre d'Aurore. Câline était devant la porte entrouverte d'où se dégageait la même lueur bleutée. Ariane me dit:
- Il y a le feu?
- Viens voir, je dis.
Nous sortîmes le chien sur les talons, heureux de pouvoir s'extirper de la maison. Je montrai à Ariane la fenêtre d'Aurore, la même lueur bleutée émanait des rideaux.
- Qu'est-ce que c'est à ton avis?
- Gwenn!
J'ai dis ça en avalant ma salive et Ariane me prit la main.
- Si c'est vraiment elle, nous n'avons pas à avoir peur, elle ne nous veut pas de mal!
- Au contraire, dis-je. Elle veut que les choses ne changent pas!
- En tout cas, elle n'effraie pas Aurore, c'est déjà ça!
Nous nous sommes regardés en souriant nerveusement, presque contraints. Nous sommes remontés dans la maison en passant dans la chambre d'Aurore, elle dormait comme une bienheureuse. Ariane me dit:
- Si on la réveillait!
- Vas-y!
Aurore ouvrit un oeil avant qu'on la touche et elle déclara:
- Vous voulez savoir ce que Gwenn m'a dit? Allez vite au lit, soyez gentils et elle vous parlera! C'est l'amour qui la fait marcher la mère Gwenn, plus elle en voit plus elle en donne. Dormez bien mes chéris!
Elle replongea aussi sec dans son oreiller avec un sourire béat. Auroresque en diable. Nous nous sommes recouchés et n'avions pas besoin des recommandations d'Aurore en matière de sentiment. L'amour nous précipite dans le sommeil.
Quatre heures du matin, je me réveille subitement, j'ai l'impression qu'on m'observe. Je vois la lueur bleutée dans la chambre, j'ouvre grand les yeux et crois apercevoir une forme à l'extrémité du lit. J'ose à peine bouger, je vois nettement se dessiner une forme, c'est plus précis, je respire à peine, je ne suis pas inquiet, j'ai peur de ne pas voir. Est-ce que j'essaie d'attraper mes lunettes qui dorment sur le chevet. Non, j'ai peur de réveiller Anne. C'est Gwenn qui est au pied du lit. Je la fixe, j'entends du bruit à côté, la porte s'ouvre, Aurore rentre dans la chambre et se met à côté de Gwenn. Elles me sourient!
Gwenn prend la main d'Aurore et me dit:
- Tu ne veux pas admettre ce que tu vois et que d'autres voient, pourtant même ta petite fille comprend que seule la vérité peut être extraordinaire. Dors tranquille, n'aie pas peur je te parlerai encore et tu comprendras.
La lumière disparaît, je ne vois plus rien. J'allume la lampe de chevet, il n'y a personne dans la pièce, je vais voir Aurore, elle dort comme une bienheureuse, la chienne n'est pas là. Je descends, elle est couché dans la cuisine et frétille de la queue à mon approche. Elle ne veut pas remonter. Je me remets dans le lit, Ariane grogne un peu se pelotonne contre moi, elle grogne quelques mots, je lui dis que je ne comprends pas, elle me dit :
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 15 décembre 2005 4 15 /12 /Déc /2005 21:44

Nous sommes des désespérés, mais nous ne nous découragerons jamais !

 R. Ducharme

 

   

 

 

 Jerry Rubin

 

Tout va bien du moment que nos revendications ne peuvent pas être satisfaites. Si la bourgeoisie satisfait nos revendications. C’est le bide total ! Quand on manifeste, on n'est jamais "raisonnables". C'est la manière qui compte : nous sommes si arrogants et si odieux que le pouvoir ne peut pas nous satisfaire sans perdre complètement la face. Et alors, animés d'une juste colère, nous pouvons gueuler que le Pouvoir s'obstine à ne pas vouloir satisfaire à nos revendications. Si elles sont satisfaites, nous avons échoué. Si elles sont rejetées, nous créons une communauté de lutte dans l'amour et la fraternité.


Les gens qui disent : "je suis d'accord avec ce que vous proposez, mais je n'aime pas vos façons d'agir" répandent une odeur de vieille merde. Ce qu'on propose n'a aucune importance. Les actions, les tactiques, voilà ce qui compte.

"Le monde des années 50 avait la bonne placidité d'Eisenhower. Satisfait et béat comme Ike, notre papa gâteau. On nous obligeait à nous renier. On nous disait que la masturbation rendait fou et donnait des boutons. On nous apprenait que faire l'amour était mal parce qu'immoral. Papa regardait avec fierté sa maison et sa voiture, sa pelouse taillée aux ciseaux à ongle. Tous ces biens qui justifient la vie.  Il voulait nous donner une bonne éducation. Il voulait nous apprendre à marcher droit sur la route  de la réussite : travaille - ne joue pas, étudie - ne traîne pas, obéis - ne pose pas de questions, intègre-toi - ne te fais pas remarquer, sois sérieux - ne te drogue pas, fait de l'argent - ne fais pas d'histoire."

(Jerry Rubin - Do It - Le Seuil – 1971)

 

 

 

Pour une Bibliothèque Idéale

 

 

 

 

1. Shakespeare, Théâtre
2. La Bible (y compris le Nouveau Testament)
3. Proust,
À la recherche du temps perdu
4. Montaigne,
Essais
5. Rabelais,
Les Cinq Livres
6. Baudelaire,
Les Fleurs du Mal
7. Pascal,
Pensées
8. Molière,
Théâtre
9. J.-J. Rousseau,
Les Confessions
10. Stendhal,
Le Rouge et le Noir
11. Platon,
Dialogues
12. Stendhal,
La Chartreuse de Parme
13. F. Villon,
Les Testaments
14. Rimbaud, Oeuvres poétiques (y compris les Illuminations)
15. Cardinal de Retz,
Mémoires
16. Tolstoï,
La Guerre et la Paix
17. Saint-Simon,
Mémoires
18. Cervantès,
Don Quichotte
19. Racine,
Théâtre
20. Eschyle,
Théâtre
21. Dostoïevski,
Les Frères Karamazov
22. Mallarmé,
Poèmes
23. La Fontaine,
Fables
24. Goethe,
Faust
25. Apollinaire,
Alcools
26. Flaubert,
L’Éducation Sentimentale
27. Homère,
L’Odyssée
28. Corneille,
Théâtre
29. Dante,
La Divine Comédie
30. Chateaubriand,
Mémoires d’Outre-tombe
31. Balzac,
La Comédie humaine
32. Sophocle,
Théâtre
33. James Joyce,
Ulysse
34. Laclos,
Les Liaisons dangereuses
35. Swift,
Les Voyages de Gulliver
36. Verlaine,
Poèmes
37. Flaubert,
Madame Bovary
38. Rimbaud,
Une Saison en Enfer
39. Descartes,
Discours de la Méthode
40. Prévost,
Manon Lescaut
41. Ronsard,
Les Odes
42. Aristophane,
Théâtre
43. Tacite, Annales et
Histoires
44. Spinoza,
Éthique
45. Hölderlin,
Poèmes
46. Gérard de Nerval, Les Filles du Feu (et les Chimères)
47. Defoe,
Robinson Crusoe
48. Saint Augustin,
Les Confessions
49. Lautréamont,
Les Chants de Maldoror
50. Victor Hugo,
Les Misérables
51. Lewis Carroll,
Alice au Pays des Merveilles
52. Musset,
Comédies et Proverbes
53. Jules Renard,
Journal
54. Homère,
L’Iliade
55. Dostoïevski,
L’Idiot
56. Emily Brontë,
Les Hauts de Hurle-Vent
57. Dostoïevski,
Les Possédés
58. Voltaire,
Contes
59. W. Blake,
Poèmes
60. Dostoïevski,
Crime et Châtiment
61. Plutarque, Vie des Hommes illustres (traduction d’Amyot)
62. Mme de La Fayette,
La Princesse de Clèves
63. Karl Marx,
Le Capital
64. Benjamin Constant,
Adolphe
65. Beaumarchais,
Théâtre
66. Agrippa d’Aubigné,
Les Tragiques
67. Alfred de Vigny,
Les Destinées
68. Lorca,
Poèmes
69. Malraux,
La Condition humaine
70. La Rochefoucauld,
Maximes
71. La Bruyère,
Les Caractères
72. Mme de Sévigné,
Lettres
73. Littré,
Dictionnaire de la Langue française
74. Jarry,
Ubu roi
75. Valéry,
Poèmes
76. Pascal,
Les Provinciales
77. T.E. Lawrence,
Les Sept Piliers de la Sagesse
78. Mérimée,
Nouvelles
79. Valéry,
Variété
80. Héraclite,
Fragments
81. Marivaux,
Théâtre
82. V. Hugo,
La Légende des Siècles
83. Kafka,
Le Procès
84. Voltaire,
Correspondance
85. Apollinaire,
Calligrammes
86. André Gide,
Journal
87. Andersen,
Contes
88. Alexandre Dumas,
Les Trois Mousquetaires
89. Casanova,
Mémoires
90.
Les Mille et une Nuits
91. Conrad,
Lord Jim
92. Novalis,
Poésies et Fragments philosophiques
93. Nietzsche,
Ainsi parlait Zarathoustra
94. Claudel,
Théâtre
95. Tristan Corbière,
Les Amours jaunes
96. V. Hugo,
Les Contemplations
97. Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure de l’
Âme
98. Gogol, Les
Âmes mortes
99. Virgile,
L’Énéide
100. Bernanos, Journal d’un Curé de Campagne

 

 

 

  

Raymond Queneau

 

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Mercredi 7 décembre 2005 3 07 /12 /Déc /2005 12:22
 
L’accès aux soins est le plus fondamental des droits de la personne malade. Il est la marque d’une organisation sanitaire plaçant le malade au coeur des préoccupations des professionnels de santé. L’accès aux soins peut se définir comme la faculté offerte à tous de recevoir des soins préventifs ou curatifs sans référence à des niveaux de revenus. L’organisation de l’accès aux soins en milieu hospitalier se caractérise par des valeurs éthiques garanties par de nombreux textes et par une démarche humaniste qui constitue le socle du fonctionnement hospitalier.
 
Le problème de l’accès aux soins se pose d’abord de manière vitale pour les personnes démunies ou en situation de précarité. Il est bien évident que la montée du chômage et de la pauvreté ont entraîné des difficultés pour accéder au système de soins. On constate malheureusement avec la même évidence que les personnes démunies sont généralement celles qui ont le plus besoin d’accéder à des soins. Pourtant, des dispositifs existent et l’hôpital doit rester un lieu privilégié où les plus démunis peuvent faire valoir leurs droits (circulaire du 21 mars 1995).
 
Mais parallèlement, les établissements d’hospitalisation publics sont contraints d’équilibrer leur budget et l’on a pu voir des hôpitaux refuser des soins à des personnes ne pouvant justifier une prise en charge par la Sécurité Sociale. Pour mettre fin à ces comportements, de nombreuses circulaires (celles du 13 septembre 1993, du 21 mars 1995, du 25 octobre 1996, du 19 août 1997) ont rappelé aux établissements leurs obligations en la matière. L’article L.711-4 du code de la santé publique reconnaît en effet à tout patient le droit d’être admis dans un établissement public de santé pour y être soigné. Comme le soulignent les articles 31 et 32 du décret n0 74-27 du 14 janvier 1974 relatif aux règles de fonctionnement des centres hospitaliers et hôpitaux locaux, cette obligation ne comporte pas d’éléments de discrimination par rapport à la nationalité du patient: elle s’impose aussi bien pour les Français que pour les personnes de nationalité étrangère, fussent-elles en situation irrégulière. L’article 4 de ce même décret impose également aux établissements de santé de soigner tout malade en état d’urgence:
Si l’état [du malade] réclame des soins urgents, [le directeur] doit prononcer l’admission, même en l’absence de toutes pièces d’état civil et de tout renseignement sur les conditions dans lesquelles les frais de séjour seront remboursés à l’établissement...
 
Deux textes récents ont complété l’organisation et la portée de l’accès aux soins, notamment pour les personnes démunies. Il s’agit de la loi n0 98-657 du 29 juillet 1998 d’orientation relative à la lutte contre les exclusions et la loi n0 99-641 du 29 juillet 1999 portant création d’une couverture médicale universelle (CMU).
Le premier texte souligne que l’accès à la prévention et aux soins des personnes les plus démunies constitue un objectif prioritaire de la politique de santé. La loi établit dans chaque région des Programmes Régionaux pour l’Accès à la Prévention et aux Soins (PRAPS) des personnes les plus démunies dont l’élaboration et la mise en oeuvre sont coordonnées par le préfet de région. Ces programmes comportent des actions de promotion de la santé, d’éducation pour la santé, de prévention, de soins, de rééducation et de réinsertion. Ils sont élaborés et mis en oeuvre en coordination, notamment, avec les collectivités territoriales, les organismes de protection sociale, les institutions et établissements de santé, les professionnels et les associations qui y participent. Dans ce cadre, les établissements de santé doivent mettre en oeuvre des Permanences d’accès aux soins de santé (PASS) adaptées aux personnes en situation de précarité et visant à faciliter leurs accès au système de santé et à les accompagner dans les démarches nécessaires à la reconnaissance de leurs droits. Par ailleurs, la loi étend les missions du service public hospitalier à la lutte contre l’exclusion sociale et impose aux établissements de santé de s’assurer, à la sortie des malades, de leurs conditions d’existence nécessaires à la poursuite du traitement. Le rôle social de l’hôpital est clairement réaffirmé et rappelé par les pouvoirs publics par la circulaire n0 98-736 du 17 décembre 1998 qui souligne que l’hôpital est un des acteurs engagés dans la prévention de la lutte contre les exclusions.
 
Le deuxième texte concerne la mise en oeuvre de la couverture maladie universelle. Le 1er janvier 2000, la loi n0 99-641 du 27 juillet 1999 portant création d’une couverture maladie universelle est entrée en vigueur. Elle réalise deux objectifs: généraliser complètement l’accès à l’assurance maladie, d’où le caractère universel du droit ainsi créé; assurer à tous l’effectivité de l’accès aux soins par la mise en place d’une couverture sociale.
 
Les grands principes de l’accès aux soins en milieu hospitalier peuvent être synthétisés ainsi:
— accueil de toutes personnes quels que soient leur origine, leur sexe, leur situation de famille, leur âge, leur état de santé, leur handicap, leurs opinions politiques, philosophiques ou religieuses;
—   libre choix du praticien;
—   libre choix de l‘établissement;
—   accueil de toutes personnes dont l’état de santé requiert des soins ;
—   accueil de jour et de nuit, 24 heures sur 24, 365 jours sur 365;
—   soins préventifs, curatifs ou palliatifs;
—   aucune discrimination entre les malades;
— dans les situations d’urgence, le directeur de l’établissement doit prononcer l’admission d’une personne démunie dont l’état de santé est constaté par un personnel médical, même en l’absence de toute pièce d’état civil ou de tout renseignement relatif aux modalités de prise en charge des frais de séjour;
—   les mêmes dispositions s’appliquent en cas de soins non urgents;
—  il n’appartient pas aux membres du corps médical de refuser des soins à un patient se présentant sans prise en charge;
—  l’hôpital doit rester le lieu privilégié ou les plus démunis peuvent faire valoir leurs droits.
 
 
• Problématique actuelle
L’accès aux soins garantit à tous même aux personnes démunies est une valeur essentielle qui caractérise le système hospitalier en France. C’est d’ailleurs en partie grâce à ce critère que la France a été classée récemment au premier rang du rapport annuel de l‘OMS (Organisation mondiale de la santé). Pour la première fois, l’OMS a choisi d’évaluer les systèmes de santé de ses 191 Etats membres en mettant au point un indicateur de performance qui ne repose plus seulement sur le niveau de santé de la population mais également sur l’équité du système, la réponse aux attentes des citoyens et le respect de leurs droits et libertés.
 
Mais l’accès aux soins peut aussi s’analyser en termes d’aménagement du territoire et l’on doit veiller à ce que les opérations de restructuration de l’offre sanitaire n’entraînent pas une désertification de la couverture hospitalière du territoire.
 
La loi n0 2004-810 du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie a réaffirmé ce principe d’accès aux soins pour tous. Ce texte souligne en effet qu’il revient à l’Etat de définir les objectifs de la politique de santé publique, et de garantir l’accès effectif des assurés aux soins sur l’ensemble du territoire.
 
 
• Textes
Article L.1111-1 et L.6112-2 du code de la santé publique.
Décret n0 74-27 du 14 janvier 1974 (JO du 16 janvier 1974).
Loin0 99-641 du 27 juillet 1999 (JO du 28 juillet1999).
Loi n0 98-657 du 29 juillet 1998 (JO du 31 juillet 1998).
Charte du patient hospitalisé, circulaire n0 95-22 du 6 mai 1995.
 
 
• Bibliographie
Dossier: La création de la couverture maladie universelle (CMU), Courrier juridique des affaires sociales, 2000, n0 24.
Daubech L., Le malade à l’hôpital: droits, garanties, obligations, Éditions Érès, 2000.
Jazeron F., Le service public hospitalier et la prise en charge des populations démunies.
Le réseau de médecine sociale et humanitaire mis en place par le CHU de Toulouse,
Revue hospitalière de France, 1997, n0 2.
 
 
• Sites Internet
 
 


Par Billy Rubin - Publié dans : santé publique
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Dimanche 27 novembre 2005 7 27 /11 /Nov /2005 01:48
« - Exactement comme pour les pierres, les prédicateurs chrétiens eurent de constants efforts à faire pour éliminer ce culte des arbres. Ils abattaient infatigablement les arbres à qui s’adressait un culte païen, comme ils l’ont fait chez les germains et les Lituaniens. Paulin rapporte que les païens prirent calmement la destruction de leurs temples, mais protestèrent énergiquement quand Saint Martin voulut abattre un pin sacré ; or ceci se passait à la fin du V e siècle. »
Jan de Vries : la religion des celtes ; Payot édition
 
Nion désigne le FRENE. Le mois s’étend du 18 février au 17 mars. Il était dédié à Poséidon, primitivement manieur de la foudre, comme Zeus, et patron des chevaux. Il devint patron des navigateurs quand les Achéens durent prendre la mer, chassés par l’invasion des Doriens, et qu’ils furent devenus les “peuples de la Mer ” reprenant à leur compte le nom des premiers Helladiens, les “Pélasges ”, dont ils avaient eux-mêmes envahi le territoire quelques centaines d’années auparavant.
C’est peut-être en ce  mois qu’Héraclès triomphe des oiseaux du lac Stymphale, volant en troupes immenses au-dessus des marais.
Dans le zodiaque actuel, le mois couvre la majeure partie du signe des Poissons. On attribue aux individus de ce signe une plasticité par rapport à leur environnement. Ils sont facilement disponibles et se mettent aisément à l’unisson. La tribu hébraïque de Zébulon (“parmi les bateaux ”) évoquerait ce mois des eaux. La pierre précieuse attribuée au mois du Frêne sur le pectoral du grand prêtre hébreu était le béryl dont le nom signifie “joyau de la mer ”.
Taliésin faisait dire au dieu en ce mois :
“ J’ai été une vaste étendue d’eau ”.
Depuis le début du mois du Bouleau, il s’est passé trois mois. Les étrusques ne les comptaient pas comme faisant partie de l’année sacrée car la nuit y occupait trop de place. Ils faisaient commencer l’année au mois suivant, ce qui correspond à la fête chrétienne de l’Annonciation.
DUIR désigne le Chêne, l’arbre de Zeus, de Thor, d’El, d’Allah... Le mois s’étend du 1o juin au 7 juillet.
Le chêne symbolise l’endurance, la solidité, comme les animaux à carapaces (scarabées, tortues, crustacés) ce qui explique que cest le Cancer qui correspond actuellement au mois du Chêne et que la plaie d’Egypte correspondante est vraisemblablement celle des scarabées. On trouve un crabe jouant un rôle épisodique dans les travaux d’Héraclès  c’est celui qui mord le héros tandis qu5il vainc l’Hydre de Lerne, monstre aquatique comme il sied à un signe d’eau.
Situé exactement au milieu de l’année, comme le Vénérable au centre de l’Orient d’une Loge, il est le septième mois.
Zeus étant devenu le roi des dieux, le droit de manier la foudre lui fut réservé, Si bien que Poséidon, le dieu du Frêne, qui jusque-là l’avait aussi maniée, dut se contenter d’un trident. Au roi des dieux correspondait la tribu israélite d’Asher (“des délicatesses royales sont sur son assiette ”).
Mais, jusqu’à l’arrivée des Achéens, le métier de roi sacré ne fut pas enviable tous les jours  le 24 juin il était castré, aveuglé au moyen d’un pal de gui, dépecé ou brûlé vif et mangé. Pour souligner que l’événement avait lieu le septième mois, ce pique-nique sacré était suivi d’une vacance de sept jours. Commençait alors, avec le 1er juillet actuel, la seconde partie de l’année, celle du roi du Houx, correspondant vraisemblablement au temps symbolique “de midi a minuit ” des travaux de Loges. L’Eglise chrétienne continue à évoquer cette préhistoire en célébrant le  1er juillet la “fête du Précieux Sang ”. Lorsque j’étais enfant, il était d’usage de vouer certains jeunes garçons au Sacré Cœur : ils portaient alors un cordon de moire rouge et participaient ainsi décorés aux processions qui se déroulaient pendant ce “mois du Sacré Cœur ”.
Taliésin disait du dieu que l’on brûlait et dont on allait dévorer le corps :
“Il met le feu à la tête avec de la fumée ”.
L’Eglise a déplacé ce sacrifice eucharistique (concile de Nicée, 325) et l’a associé à la pâque juive. Du même coup tout l’appareil des tabous du mois précédent s’est trouvé lui aussi décalé et est devenu le Carême. La vacance de sept jours est encore représentée chez les Chrétiens par la semaine pascale et chez les Juifs la tête durait sept jours. “ Faire ses pâques ”, c’est-à-dire dévorer la victime sacrée, est toujours une obligation pour un Chrétien. Les FRANCS-MAÇONS observent le même rituel, édulcoré à leur façon  leurs seules agapes d’obligation dans l’année se situent lors de leur fête solsticiale, donc en juin. Ils respectent la date originelle.
Entre - 40000 et - 25000, les hommes sacrifièrent un animal, souvent un ourson, parce que l’ours, dans les pays sans singes, est l’animal qui se rapproche le plus de l’homme il est intelligent et se tient  sur ses pattes de derrière lorsqu’il est attaqué. L’ourson avait été volé à sa mère quelques mois auparavant et élevé dans le village. Il ne songeait donc pas à se défendre lorsque hommes et femmes, un beau jour, se précipitaient sur lui et le dévoraient vivant. Ses forces de vie étaient censées passer en eux jusqu’au prochain sacrifice. Puis, vers - 25000, semblent apparaître les “rites caducéens ”  (Jacques Walter, Psychanalyse des rites- Denoél éditeur). On se rappelle que la Grande Déesse est souvent représentée entre deux animaux symbolisant son pouvoir sur toute la création. Lors des rites solsticiaux, les deux animaux sont alors figurés par deux hommes qui s’accouplent publiquement à une prêtresse ; après quoi on les enterre vivants tous les trois. De   25000 à - 5000, après le viol de la prêtresse les deux hommes s’affrontent, par exemple en des jeux de force tels que le jeu de la corde sur laquelle tirent leurs deux équipes. Le vainqueur est proclamé le roi de la fête et il tue son adversaire, lui-même restant en vie. De - 4000 à - 2000 il semble que le roi soit volontaire pour se laisser dépecer et dévorer vivant et cru. Tels auraient été les cas des Zeus annuels en Crête, des Héraclès à Argos, des Thésée à Athènes. Puis on les fit cuire. Enfin ils prirent goût au pouvoir et acquirent les moyens de le conserver et de l’exercer vraiment toute l’année durant et non plus seulement pendant un jour. Lorsque arrivait le temps du sacrifice, ils disparaissaient pendant la semaine cruciale. On leur choisissait alors un substitut, fils ou prisonnier, qui jouait le rôle du roi pendant cette semaine et que l’on tuait le septième jour, après quoi le roi véritable réapparaissait, comme rajeuni par cet échange d’une vie. C’est à l’origine de l’histoire du Minotaure de Crête à la place duquel étaient sacrifiées de jeunes victimes athéniennes. Dans le sud de l’Égypte, en Nubie, le souverain de Méroé n’était sacrifié qu’au bout de trente ans. Le roi des Mossi, le Mogho-Nuba, fêtait un jubilé au bout de trente ans également, mais il avait acquis le privilège de rester en vie et l’on célébrait seulement des fêtes évoquant son rajeunissement. Dans la plupart des cas ce rajeunissement des rois sacrés était symbolisé par un nouveau mariage avec une reine plus jeune que la précédente. Chez les Hébreux, Moïse et Aaron avaient été, eux aussi, des rois sacrés avec tout ce que cela comportait comme funestes échéances. Moïse, ou plutôt l’un des “moïse ”, tua Aaron, son taniste ou jumeau, ou prédécesseur, puis se fit tuer à son tour vraisemblablement par Josué, son successeur désigné. Les deux meurtres eurent lieu sur des montagnes comme le désiraient les traditions. C’est également pour respecter la même tradition que les feux de la Saint Jean se font encore de préférence sur des sommets de collines. Saint Jean-Baptiste, dans la mythologie chrétienne, remplit le rôle de taniste de Jésus (il y là un doublet avec Thomas qui, plusieurs pages plus loin, après la disparition de Jean, reprend le rôle de jumeau). Mais désormais les tanistes ne se tuent plus. Ils rendent témoignage l’un de l’autre. On aura remarqué que la parenté entre les deux “jumeaux ”est une parenté solaire  ils ne sont jumeaux qu’à la manière des deux solstices  de l’année, six mois séparent  les naissances du Baptiste et du Christ. La fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste n’est pas la seule que L’Eglise chrétienne ait placée à cette époque de l’année Est-ce en effet un hasard Si la tête des saints Pierre et Paul tombe le 29 juin, vraiment fort près de l’anniversaire sacrificiel rituel ? On sait que Pierre et Paul furent adversaires ; Paul peut avoir représenté dès lors, dans la nouvelle mythologie, une sorte de taniste de Pierre. Pierre dut être exécuté à Jérusalem, malgré le chapitre romancé des Actes des Apôtres qui le fait échapper miraculeusement a son sort mais qui se garde bien de donner désormais des détails sur sa vie après sa bizarre délivrance par un ange. C’est pour qu’il pût apparaître comme le taniste de Paul, taniste a la nouvelle mode, c’est-à-dire ami plus qu’adversaire, que L’Eglise l’a fait arriver à Rome on ne sait ni quand ni pourquoi, et se réconcilier avec son rival
Dans certaines mythologies les deux jumeaux ou rivaux fusionnent en un seul être auquel demeurent des traces de cette double origine : tel est le cas des dieux hindous à quatre bras, du dieu Mardouk qui avait quatre yeux et quatre oreilles, de Janus aux deux visages et de Proserpine qui avait également deux visages lorsqu’elle se rendait dans les Enfers rejoindre annuellement son mari. Ces deux jumeaux ou ces deux personnalités en une seule figurent l’étoile du matin et l’étoile du soir, c’est-à-dire la même planète Grande Déesse Vénus sous ses deux aspects de vie le matin et de mort le soir. Ce qui explique pourquoi tant de mythes, puis de romans d’amour sont aussi des mythes, ou des romans, de mort.
Je pense que le meurtre cannibale est à l’origine du rite des deux boissons que doit avaler le candidat à l’initiation en Franc-Maçonnerie. Selon les obédiences, les deux boissons, une amère et une douce, sont bues dans un ordre différent et à un des moments différents de la cérémonie d’initiation. Dans le rituel français pratiqué au Grand Orient, elles sont bues en fin d’initiation, après les trois voyages et juste avant que le bandeau ne soit retiré des yeux du néophyte. La boisson amère est bue avant la boisson douce. Dans le rituel écossais pratiqué a la Grande Loge l’initié doit boire en trois gorgées une boisson douce 4ui devient progressivement amère, puis on lui accorde une nouvelle boisson douce. Dans le rituel de Memphis-Misraim c’est la boisson douce qui est bue la première et avant toute autre épreuve, la boisson amère est bue en fin d initiation. Ce rituel spécifie que la boisson douce est une infusion froide d’aubépine et qu’elle joue le rôle de philtre d’oubli de ce qui a été la vie antérieure du profane. La boisson amère est une infusion de gentiane “destinée à dépersonnaliser ”, c’est-à-dire qu’il y a là un doublet fautif avec la boisson d’oubli précédente. On peut remarquer que, dans les Évangiles, c’est le vin des noces de Cana qui semble jouer le rôle de boisson douce ou agréable et qu’il est bu tout au début de la vie publique du Christ, c’est-à-dire au début du scénario initiatique. Dans la mythologie grecque il s’agit de l’ambroisie servie a la table des dieux ou encore de la boisson servie aux compagnons d’Ulysse par les Lotophages et destinée à leur faire perdre le souvenir de leur vie passée. Dans le rituel cannibale la boisson agréable était donc une boisson enivrante destinée a ôter toute raison aux acteurs du drame, aussi bien a la victime qui se trouvait ainsi sans défense (d’autant qu’elle n’avait pas le droit de porter de métal, c’est-à-dire d’armes, dans un enclos sacré) qu’aux autres protagonistes rendus incapables de comprendre l’horreur de leur acte.
Le rôle primitif de la boisson amère est un peu plus difficile a trouver. On la repère dans les Évangiles sous deux aspects l’aspect moral du calice d’amertume apparaissant au Christ au Jardin des Oliviers et qu’il supplie son père d’ôter de sa vue, puis l’aspect physique de l’éponge pleine de vinaigre à laquelle Jésus s’abreuve sur la croix avant de mourir. On la repère dans les anciens rites d’initiation aux mystères d’Éleusis les postulants à l’initiation devaient commencer par prendre une purge. Celle-ci était alors destinée à leur assurer une pureté morale a l’image de la pureté physique qu’elle déterminait dans leurs tubes digestifs. Mais c’est là encore une vision morale des choses et chaque fois que je rencontre une explication morale d’un rite, je soupçonne qu’elle remplace une explication physique originelle depuis longtemps oubliée. On peut déjà remarquer que le moment ou la boisson amère doit être avalée n’est plus le même chez les Évangélistes que chez les initiés d’Éleusis. On peut raisonnablement penser que l’initiation aux mystères d’Éleusis nous restitue, plus fidèlement que les Évangiles les rites antiques. Dès lors on peut admettre que c’est la boisson amère qui devait en effet être bue la première, avant toute épreuve, et qu’elle était chargée de vider les intestins. Elle sera remplacée dans plusieurs religions par des obligations de jeûnes plus ou moins prolongés à certaines époques. La raison de cette toilette intérieure devient facile a comprendre Si l’on se représente le spectacle dégoûtant que devait être le dépeçage de la victime palpitante. Quelques expériences particulièrement nauséabondes ont dû inspirer l’obligation de la purge.
Les crustacés changent de carapace périodiquement ; les scarabées sont le résultat de mues successives. Voilà qui explique pourquoi de tels animaux furent choisis pour symboliser la période de l’année où il était imposé au roi de rajeunir. On prétend d’ailleurs que le signe du Cancer favorise, chez ses natifs, les sentiments d’attachement à la mère et à l’enfance.
Comme le chêne était censé attirer la foudre (on en avait fait l’arbre de Zeus puisque l’on tuait les Zeus au mois du Chêne) le premier jour du mois du Chêne est devenu la Pentecôte des Chrétiens, la fête des langues de feu. Une semaine et demie plus tard L’Eglise catholique célèbre la Fête-Dieu. En effet, ce qui s’est passé pour les Quatre-Temps se reproduit ici. Le sacrifice eucharistique ayant été déplacé du solstice de juin à Pâques, on n’en continua pas moins à observer l’ancienne fête, à la symbolique anthropophagique, dans certaines campagnes. L’Eglise décida donc d’instituer une fête du corps du Christ à l’ancienne date et fit promener l’hostie en procession a travers les rues des villes et les chemins des campagnes ce fut la Fête-Dieu qu’institua Urbain IV en I 264 en prenant le prétexte de commémorer le miracle de l’apparition du sang sur une hostie près d’Orvieto.
Entre la Pentecôte et le jeudi de la Fête-Dieu se place tout naturellement le dimanche de la Trinité. En effet, le sacrifice du roi solaire du Chêne se plaçait normalement au terme de quelques jours de festivités en l’honneur de la triple déesse lunaire.
Étant donné l’époque de la procession de la Fête-Dieu, il sembla naturel de garnir de fleurs son parcours. C’est ce que faisaient déjà les Grecs lors des Anthesphories, fêtes des fleurs en l’honneur de Proserpine et de Cérès, en plein milieu du printemps ; on y jonchait le sol de fleurs.
Le mois du Chêne est à cheval sur deux signes du zodiaque contemporain. Pourtant la lettre phénicienne DALETH lui correspond, avec le symbolisme de “porte solide ”.
TINNE désigne le Houx, le Chêne vert ou le Térébinthe selon les lieux. C’est le mois du triomphe meurtrier du roi du Chêne. Sa lettre, le TAU, aura, à partir des Phéniciens, la forme de la croix, instrument de supplice. La hache à deux tranchants (chacun d’eux évoquant une phase de la lune) est également le symbole du second roi sacré de l’année : l’arme a servi à dépecer le roi du Chêne et marque donc le triomphe de la Déesse-Lune sur le Soleil dans l’ordre des préséances puisque le roi du Chêne est sacrifié précisément la nuit du solstice au moment où le Soleil vient de connaître son instant d’apogée au plus haut du ciel. Les Chrétiens ont déplacé la date mythique de la mort du Christ qui aurait dû survenir un 24 juin. C’est que la date véritable du supplice du Jésus historique a dû réellement se situer avant la pâque. Mais le triomphe de la Déesse-Lune est tout de même commémoré par les Évangélistes : au moment de la mort du Christ se place une éclipse totale de Soleil.
La tribu d’Israël correspondante est celle de Siméon (“ le Frère Sanglant ”). Le dieu qui présidait à ce mois était Seth, meurtrier d’Osiris, en Égypte. Peut-être le travail d’Héraclès correspondant était-il la capture des juments de Diomède  elles étaient en effet cannibales et c’étaient des juments, non des chevaux or les rois sacrés étaient mis â mort sur les ordres des prêtresses. A moins qu’il ne s’agisse de la mise à mort du lion de Némée. La liste des travaux d’Héraclès, comme celle des plaies d’Egypte, a été faite par des poètes aux temps desquels avait été déjà oubliée la plus grande partie des raisons de telles mythologies : l’ordre saisonnier n’y est donc pas respecté et certains épisodes comportent des symbolismes qui se chevauchent. Les poètes ne sont pas responsables de ces mélanges car ils ont retranscrit ces histoires à des époques où les religions qui leur avaient donné naissance étaient devenues hérétiques. Par exemple, la période de l’histoire entourant la naissance du Christianisme, période pourtant récente, a été tellement travestie à partir de Constantin qu’il est devenu impossible à des écrivains modernes de bonne foi de pouvoir la raconter dans son exactitude.
Le mois du Houx s’étend du 8 juillet au 4 août. Il recouvre donc une partie du Cancer et une partie du Lion et correspondrait plutôt au Lion ambitieux, autoritaire, rayonnant.
Taliésin faisait dire au dieu
“ J’ai été un géant abattant une armée ”.
La mythologie grecque fait mourir Dryas (“le Chêne ”) sous les coups de Térée (nom commençant par T).
On a vu que la fête des Lamas (2 août), fête du Soleil ardent, a été maquillée dans L’Eglise chrétienne en fête de la Transfiguration.
COLL désigne le Noisetier dans nos climats et l’Amandier plus au sud. La verge d’Aaron était en amandier.
Le mois s’étend du 5 août au 1er septembre.
C’est celui de la sagesse concentrée, c’est-à-dire de la connaissance, de la clairvoyance. C’est le mois du dieu Hermès car Hermès conduisait les âmes des morts aux Enfers, or la divination se pratiquait en interrogeant les morts. Il correspond à la tribu d’Éphraïm (“ la Fertile ”). La baguette de noisetier servait à découvrir l’eau, les trésors, voire les coupables de meurtre.
Le 13 août se plaçait la tête de la déesse Vesta (autre nom de Diane Némésis) ; elle devint la tête de l’Assomption de la Vierge chez les Catholiques. Il se trouve que le mois du noisetier recouvre le signe du Lion et celui de la Vierge, ce qui prouve que le calendrier des arbres encadrait mieux les fêtes traditionnelles que le zodiaque actuel dans lequel le 15 août ne fait plus partie du signe de la Vierge.
Dans les litanies de la Très Sainte Vierge Marie on trouve  “ Sedes Sapientae, ora pro nobis” (“ Trône de Sagesse, priez pour nous ”). Cela indique que la tête de la Vierge avait originellement sa place dans le mois de la Sagesse, bien avant que l’on ait inventé une vierge Marie. Il en est résulté que les vertus de raison, de contrôle, de réserve ont été tout naturellement transférées au signe zodiacal de la Vierge. On observera incidemment que L’Eglise a conservé, parmi les phrases composant les litanies des saints, certaines formules traditionnelles. Il serait instructif de se livrer à des recherches systématiques pour découvrir quelle divinité antique se dissimule à la date de la tête de tel ou tel saint chrétien.
Taliésin faisait dire au dieu :
“J’ai été un saumon dans l’étang ”.
En effet, dans les mythes celtiques, le saumon se nourrit de noisettes. La lettre phénicienne correspondant au signe de la Vierge est le HE qui signifie “l’enclos, la grange ”. Elle symbolise la mise à l’abri derrière une clôture, l’engrangement et, par suite, l’ordre un peu ennuyeux. Le travail d’Héraclès correspondant à ce mois est la quête des pommes des Hespérides (Vespérides), c’est-à-dire des jardinières de l’ouest, du couchant. En effet, chez les Druides, le pommier devait patronner le 1cr jour du mois du noisetier et doit donc être considéré comme la source de sagesse par excellence.
MUIN désigne la Ronce, dans le nord, ou la Vigne, dans le sud.
C’est aussi le mois de Minerve, des Muses, de l’inspiration poétique Opposée au discours raisonnable. Il devint le mois de Dionysos et d’Osiris. C’est Dionysos, élevé par la nymphe Iaccha, qui devint le Bacchus des poètes grecs puis romains.
Le mois s’étend du 2 septembre au 29 septembre. Sa pierre est l’améthyste ou pierre de vin  sa tribu d’Israël est celle de Managé (“ La Négligence ”). Il commande à la joie, à la gaieté, voire à l’emportement furieux. Il inclut l’équinoxe d’Automne que L’Eglise chrétienne meublera de la Saint Matthieu (21 septembre) dont elle tentera de faire le premier des Évangélistes ; c’est, en tout cas, celui qui donne le plus de détails correspondants à ce que l’on attend de la vie romancée d’un roi solaire traditionnel.
Taliésin disait du dieu en ce mois
“ J’ai été une colline de poésie ”.
Cela ne convient évidemment pas du tout au signe terre à terre de la Vierge dans le zodiaque moderne, bien que, le 8 septembre, les Chrétiens célèbrent la Nativité de la Vierge Marie. Cela convient plutôt à la Balance, le signe du charme, de l’affectivité, dont la devise pourrait être “ j’aime donc je suis ” (François-Régis Bastide, Zodiaque, Presses Pocket) qui invente tant de petites histoires sans motif, pour le plaisir. Le décalage s’accentue ici terriblement entre le calendrier des arbres et le zodiaque actuel  il atteint presque un mois. Peut-être serait-il bon, par conséquent, de résumer l’histoire du Premier de l’An.
Dire qu’au cours des âges il s’est déplacé tout le long de l’année est trop simple : dans un même pays, par exemple en Grèce, des cités voisines ne trouvèrent pas ridicule d’utiliser des calendriers complètement différents.
Dans le monde occidental il faudra attendre la réforme de Jules César pour que l’année civile et l’année religieuse coïncident.
Histoire du Premier de l’an
Janus, le dieu panique à deux têtes, considéré à la fois comme le dieu des portes et comme la charnière entre le passé et le futur, dut évidemment patronner, à l’origine, le Premier de l’An, moment où la vieille année cédait la place à la nouvelle, et ce Premier de l’An devait se situer à la fin des vacances de sept jours qui suivaient la mort du roi du Chêne, c’est-à-dire vers notre 1er juillet. Puis cette date se déplaça suivant certains mouvements de populations que nous appelons “invasions ” celtiques, doriennes, etc.  qui durent ressembler aux expansions françaises en Italie et en Dalmatie sous Bonaparte. Ces populations n’étaient pas plus “ nomades ” que les Français dans leur comportement habituel. A Athènes, le Premier de l’An tombait à la nouvelle lune la plus voisine du solstice d’été  à Sparte, il s’agissait de la nouvelle lune la plus voisine de l’équinoxe d’automne et toutes les colonies de l’empire spartiate, y compris la Sicile, adoptèrent ce Premier de l’An. C’était également celui des Perses et de toute la Celtie et cela n’est pas sans jeter des lumières sur la délimitation du territoire originel de cette Celtie. Chacun de leur côté, les Achéens et les Étrusques avaient adopté l’équinoxe de printemps ‘le Premier de l’An s’était donc fixé chez eux en mars comme on peut le déduire des noms des mois de SEPTembre, OCTobre, etc., qu’ils ont légué aux Romains et que les Romains nous ont légués. Les Thébains préféraient le solstice d’hiver.
En 432 av. J.-C., pour mettre fin à ce pêle-mêle, l’astronome athénien Méton réforma le calendrier et fit commencer l’année le 16 juillet.
Les Israélites, héritiers des traditions celtiques éoliennes puis achéennes par le canal des Philistins ou Peuples de la Mer, célébraient le Nouvel An à la nouvelle lune précédant l’équinoxe de printemps. De plus, leur calendrier fut calqué sur celui des Grecs car ils continuèrent avec la Grèce le commerce que les Philistins, grecs eux-mêmes, entretenaient avec elle ; et les rois hébreux, à partir de David, eurent des mercenaires grecs dans leurs armées. A partir de Méton leur année s’aligna donc sur l’année grecque réformée : elle eut douze mois, alternativement de trente et de vingt-neuf jours. Les 3e,6e,8e,11e,14e,17e,et 19e années de chaque période de dix-neuf ans, le douzième mois était doublé, ce qui était un souvenir de l’année des treize mois-arbres.
Le système de Méton avait été conçu, en partie, pour diminuer le nombre des jours en surplus dans les calendriers précédents. Par exemple, les treize mois de vingt-huit jours du calendrier des arbres faisaient 364 jours l’année civile comportait donc un jour de plus que l’année religieuse, le 365e. Les douze mois de trente jours des Égyptiens requéraient cinq jours en plus. Il y eut des époques où l’année romaine comporta 304 puis 355 jours. Les jours en surplus, implaçables dans l’année religieuse, furent considérés comme autorisant toutes les licences puisqu’ils se trouvaient hors des périodes de tabous. Les esclaves avaient le droit de s’y conduire en maîtres. Le souvenir s’en est perpétué jusqu’au XXe  siècle en Occident, à la campagne, où la semaine entre Noël et le Premier de l’An s’appelait encore la “ Vieille Semaine ” avant la guerre de 1914 et où les domestiques des fermiers cessaient de travailler et laissaient leurs employeurs se morfondre, ignorant si le personnel demanderait à renouveler ses contrats. Cette liberté temporaire évoquait le fabuleux “ âge d’or ” gouverné par Saturne et l’on avait appelé ces jours en surplus les Saturnales. On les retrouvera dans le calendrier révolutionnaire français sous le nom de “ Sans-culottides ”.
Or les jours en surplus devaient logiquement se placer après le terme de l’année religieuse. On comprend donc qu’ils aient, eux aussi, suivi les avatars du Premier de l’An. L’actuelle tête de la Saint-Michel, qui marque la fin des récoltes dans les champs, est un souvenir des Saturnales d’automne de l’empire de Sparte  la Mi-Carême est le Souvenir des Saturnales de printemps et la Vieille Semaine, dont parle Pierre-Jakez Hélias dans son Cheval d’Orgueil est le souvenir des Saturnales d’hiver.
Le cycle de Méton avait marqué un réel progrès, mais il n’était pas d’une justesse absolue tous les 76 ans il avançait d’un jour, ce qu’officialisa tout bonnement la “ réforme ” de Calippe de Cyzique au temps d’Alexandre. Mais à Rome on n’était pas parvenu à cette solution ~ il régnait une épouvantable confusion par la faute des pontifes chargés chaque année d’établir le calendrier des têtes et des foires et qui voulaient empêcher les Nones (les 5 des mois de vingt-neuf jours et le 7 des mois de trente et un) de tomber à la date des marchés publics qui se tenaient tous les huit jours. Il en était résulté des modifications successives telles qu’en l’an 190 le 1er janvier correspondait au 29 août et en 68 au 15 octobre  Prenant conseil de l’astronome égyptien Sosigène, Jules César mit fin à ce désordre. L’année - 47 compta 445 jours pour rattraper le temps astronomique. Le peuple l’appela “l’année de confusion ”. Les années suivantes comptèrent 365 jours et les années bissextiles 366. Le jour supplémentaire fut affecté au dernier mois de l’année d’alors, c’est-à-dire à février, et il y est toujours affecté.
Les Gaulois célébraient le début de leur année le même jour que les légionnaires romains célébraient la fête de Mithra, ce qui signifie que le culte de Mithra et le culte gaulois avaient des origines communes. L’année gauloise commençait donc le 1er Pantaranos (équivalent à notre  1er Octobre - lorsqu’elle était en correspondance avec l’année solaire, ce qui était rare). Elle était en effet lunaire, avançait de près d’un mois par an et avait besoin d’une remise en place annuelle. Elle se composait de vingt-six mois de quinze jours ou, plus exactement, de treize mois de trente jours, chaque mois étant divisé en deux parties, la seconde étant affectée de l’adjectif atenoux (Pantaranos atenoux, Samonios atenoux, etc.) ; les druides indiquaient par là que certains “versants ” des mois étaient fastes et d’autres néfastes pour entreprendre des actions.
Cependant, dans chaque période faste ou néfaste se trouvait un jour au destin opposé, exactement comme dans le T’AI KI chinois, figure circulaire moitié noire et moitié blanche, il se trouve un point blanc dans la moitié noire. Il est très vraisemblable que ces deux traditions proviennent d’un fonds commun.
Le résultat obtenu par César était trop beau : l’année chrétienne commença au 1er avril. En France, les Mérovingiens firent commencer l’année le 1er  mai, jour où ils avaient l’habitude de passer leurs troupes en revue. Les Carolingiens la firent commencer à Noël, c’est-à-dire au solstice d’hiver. Les Capétiens la firent commencer à Pâques. Enfin, en 1564, Charles IX la fit commencer au 1er janvier comme l’avait décidé L’Eglise, ce qui détermina les plaisanteries le 1er avril suivant. En 1582, Grégoire XIII supprima dix jours qui s’étaient accumulés en trop. Quant à l’année liturgique, elle avait fini, de son côté, par se déplacer de Pâques au premier dimanche de l’Avent (le plus proche de la Saint André), quatre semaines avant Noël.
[1]Lorsque Robert Graves précise les correspondances de jours entre le calendrier des arbres et le calendrier actuel, par exemple lorsqu’il indique que le mois du Houx s’étendait du 8 juillet au 4 août (et ce sont ses indications que j’ai reprises ici), il ne se rend pas compte que les mois-arbres, étant lunaires, se déplaçaient obligatoirement chaque année. Exactement comme les mois druidiques gaulois. Je constate par exemple qu’en 1965 le 1er Pantaranos correspondait au 18 septembre mais qu’en 1966 il correspondait au 8 octobre. Graves s’imagine donc que le calendrier des arbres était luni-solaire, c’est-à-dire que ses repères étaient fixes. L’histoire nous prouve que l’utilisation de repères fixes et l’établissement de têtes fixes n’a pu s’effectuer qu’après le rejet de toute division lunaire. Si j’ai conservé les indications de Graves, c’est qu’elles sont commodes pour le lecteur non averti, Si commodes, du reste, qu’elles correspondent à des années où les deux calendriers, le lunaire et le solaire, ont coïncidé vraiment, c’est-à-dire où le festiaire et les travaux des champs correspondants ont coïncidé. C’est à partir de telles coïncidences qu’ont dû s’imposer certaines fêtes fixes dans les campagnes, à des dates plus ou moins approximatives, hors de tout cérémonial officiel. Ces têtes fixes furent les ancêtres des têtes fixes du Christianisme.
 Graves suppose que les cultivateurs et leur bas clergé avaient une telle expérience de la mesure du temps qui s’écoule qu’ils avaient pu mettre au point un calendrier fixe à partir des solstices repérés de façon précise. Une telle découverte aurait été Si utile que tout le monde sans exception l’aurait adoptée. Or il n’existe aucune indication que quiconque l’ait fait. C’est donc que Graves prête à nos ancêtres celtes une intelligence qu’ils n’ont pas eue.
On sait que les tribulations du Premier de l’An ne prirent pas fin avec la réforme de Grégoire XII : le 22 septembre 1792 devint en France le 1er Vendémiaire, premier jour du calendrier républicain. Par un hasard remarquable il s’agissait d’un équinoxe vrai d’automne.  
GORT désigne le Lierre.
Le mois s’étend (tout à fait théoriquement, nous le savons désormais) du 30 septembre au 27 octobre.
C’est celui pendant lequel Seth, déguisé en sanglier, tue l’Osiris du lierre. La “ Fille du Lierre ”, dernière gerbe de la moisson et symbole de la résurrection à venir, est l’adversaire du “ Gars du Houx ”, symbole de mort.
La tribu de Dan avait pour devise “ Comme un Serpent ”. Le serpent évoque la liane de lierre.
Taliésin disait du dieu en ce mois
“ Je suis un sanglier cruel ”. C’est en effet un sanglier qui tue Adonis, Osiris, etc. On a là l’indication que la Grande Déesse locale avait été assimilée à une truie. Lorsque la Grande Déesse était assimilée à une vache le roi sacré était assassiné par un de ses compagnons déguisés en taureau lorsqu’elle était assimilée à une biche l’exécuteur était déguisé en cerf. D’où l’origine des tabous sur certaines viandes ; l’origine de ces tabous n’a rien a voir avec l’hygiène ;  la Grande Déesse avait été symbolisée par l’animal le plus utile dans la région, cette utilité englobait évidemment le chapitre de la nourriture. C’est par un contresens ahurissant que l’on en vint à interdire de manger l’animal symbolisant la Grande Déesse : on lui ôtait dès lors toute utilité. Tel est le cas du porc chez les Arabes ou de la vache chez les Indiens.
La lettre phénicienne correspondant au signe du Scorpion était le ZAIN qui signifie peut-être “ dard ” même dans sa signification argotique de sexe masculin. Or le véritable mot pour désigner les sangliers des mythes évoqués signifiait “ verrats ”. Mais le mois commandé par le signe du Scorpion et le mois du Lierre n’ont que trois jours en commun ; la Balance occupe tout le reste du mois du Lierre.
La plus grande fête de Mithra se célébrait le 2 octobre. Il semble bien que  L’Eglise ait tenté, ici encore, de remplacer cette fête d’un héros solaire par celui de ses héros propres le plus apte à tenir le rôle. Il s’agit de Saint Michel (29 septembre). La fête était encore très importante à la campagne il  y a peu d’années et marquait le jour anniversaire des contrats de fermage ou de locations d’immeubles. D’ailleurs cette fête est qualifiée par l’Église de “ double de première classe ” (alors que saint Matthieu n’a droit qu’à la seconde classe). Il est évident que la fête fut originellement une fête équinoxiale et qu’elle fut légèrement déplacée par la suite, à moins que sa date ait été mal calculée. En tout cas il est très symptomatique que L’Eglise chrétienne fasse de la Saint-Michel l’exact pendant de la Saint-Gabriel dans l’autre moitié de l’année.
La religion de Mithra n’admettait pas les sacrifices humains et représentait donc une amélioration par rapport aux fêtes primitives de la fin de la moisson où l’on sacrifiait une victime humaine, fille du lierre ou gars du houx. A Jérusalem, avant l’exil, une fois la moisson terminée, le grand prêtre représentant Iahvé célébrait son mariage religieux avec la déesse Anatha (Athéna) pour assurer de bonnes récoltes l’année suivante. Leurs enfants étaient les grains de blé à venir.
 PETHBOC ou NGETAL dans les alphabets celtiques ne comportant pas de P.
PETHBOC, ou NGETAL, désigne le hièble, la boule de neige, la viorne, mais surtout, à l’origine, le Roseau sous tous ses aspects, même celui de jonc marin insigne de la royauté des pharaons, d’où les plaisanteries du prophète Isaïe sur l’Égypte qu’il compare au roseau fragile.
Le mois s‘étend du 28 octobre au 24 novembre. C’est le douzième mois. Douze symbolise donc le pouvoir établi, représenté aussi bien par le jonc pharaonique que par le chaume de roseau qui couvre une maison, c’est-à-dire qui l’achève et autorise à ce qu’on l’appelle désormais maison. Le mois inclut la veille de la Toussaint : désormais la lumière s’achemine vers son point le plus bas.
Taliésin disait du dieu en ce mois
“ J’ai été une flèche décochée dans une bataille ”.
En effet la hampe des flèches était faite avec la tige d’un roseau.
Ruis désigne le Sureau porte-malheur, celui-là auquel se serait pendu Judas Si l’on avait, du moins, laissé Judas se pendre et Si l’on n’avait pas préféré l’éventrer. A la fin du mois, le roi du Houx est mis à mort pour laisser la place au Divin Enfant représentant la Nouvelle Année et dont le sort sera d’être mis à mort à son tour au solstice d’été suivant. On pourrait en tirer comme conclusion symbolique qu’il semble normal que le nombre treize soit considéré comme un porte-malheur. Ce n’est pas certain du tout. Le fait que treize soit devenu un porte-malheur est vraisemblablement imputable à l’une des religions à douze mois qui ont succédé à la religion aux treize mois-arbres, et l’on ne peut s’empêcher, évidemment, de penser à la religion chrétienne, puisque les religions grecques et romaines intermédiaires n’ont jamais combattu, elles, les “ mystères ” des Grandes Déesses ou de Dionysos ou d’Adonis qui assuraient, de façon discrète mais quasi-officielle, la pérennité des anciens mythes. Le treize doit donc être considéré simplement comme le nombre des lunaisons au cours d’une année solaire.
Le mois du Sureau s’étend du 25 novembre au 22 décembre.
C’est donc lui qui correspondrait au Capricorne, le signe froid du jeune Harold, passionné de suicides et d’enterrements dans le roman Harold et Maud. Le travail Héraclès correspondant est la visite aux Enfers et la capture du chien Cerbère.
Taliésin disait du dieu en ce mois

“ Je suis une vague de la mer ” pour exprimer, sans doute, le perpétuel mouvement des années qui se recouvrent l’une l’autre.



[1] Guy Trévoux : Lettres, Chiffres et Dieux.
à suivre...
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Samedi 26 novembre 2005 6 26 /11 /Nov /2005 23:24
 
Comme le souligne le rapport public 1998 du Conseil d’État intitulé Réflexions sur le droit à la santé:
Le médecin doit informer le patient en vue d’éclairer son consentement aux soins et de lui permettre d’adapter sa conduite à la maladie et à la thérapeutique prescrite.
 
La question de l’information du patient est donc d’abord une obligation déontologique qui concerne les praticiens hospitaliers comme leurs confrères libéraux. Elle comporte différentes dimensions précisées par plusieurs articles du code de déontologie médicale. Mais l’obligation d’information pèse aussi sur les autres professionnels de santé et les établissements hospitaliers.
 
L’INFORMATION ET LA DÉONTOLOGIE MÉDICALE
 
L’obligation déontologique qui impose aux praticiens hospitaliers d’informer le patient sur les actes et les thérapeutiques trouve son fondement dans l’article 35 du code de déontologie médicale. Celui-ci souligne que le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou conseille une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose. L’article L. 1111-2 du code de la santé publique introduit par la loi du 4 mars 2002 indique clairement que toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé. Et précise que cette information doit porter sur les investigations, traitements ou actions de prévention proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, ainsi que sur les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu’ils comportent.
L’information du patient est le préalable indispensable aux soins et actes médicaux proposés par le médecin. Elle constitue un élément concret du principe du consentement. Toutefois, l’information donnée doit être adaptée et le médecin peut, dans l’intérêt du malade et pour des raisons légitimes qu’il apprécie en conscience, tenir un patient dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic graves, sauf dans les cas où l’affection dont il est atteint expose les tiers à un risque de contamination.
 
 
Le code de déontologie impose également au praticien de ne révéler un pronostic fatal qu’avec circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si le malade a préalablement interdit cette révélation ou les tiers auxquels elle doit être faite.
 
Avec la charte du patient hospitalisé, l’information du malade n’est plus seulement une obligation déontologique pour le médecin: elle devient un droit pour l’intéressé. Cette charte du 6 mai 1995 énonce les droits et devoirs des personnes hospitalisées. Le chapitre Il décrit les sujétions qui s’imposent aux professionnels de santé en matière d’information du patient.
 
L’information du patient doit également être replacée au niveau de l’engagement de la responsabilité médicale pour défaut d’information. La jurisprudence —judiciaire puis administrative — a considérablement évolué en la matière. Jusqu’à une période récente, les juges estimaient que les praticiens n’étaient pas tenus d’informer le patient des risques inhérents à un acte médical proposé lorsque les risques étaient exceptionnels. Par ailleurs, la charge de la preuve du défaut d’information pesait sur le patient.
 
Plusieurs arrêts récents (C. Cass. 25 février 1997 - Hedreul; CE. 5 janvier 2000, Telle, n0 181899/Guilbot, n0 198530) infirment cette jurisprudence. Les juges —tant judiciaire qu’administratif — considèrent désormais que lorsque l’acte médical, même accompli dans les règles de l’art, présente des risques connus de décès ou d’invalidité, le patient doit en être informé afin de recueillir son consentement éclairé. La seule circonstance que ces risques ne se réalisent qu’exceptionnellement ne dispense pas les praticiens de leur obligation. La jurisprudence a également évolué en matière de charge de la preuve puisque ces arrêts ont inversé la charge de la preuve d’information à l’encontre de l’hôpital. Celui-ci doit désormais prouver que le devoir d’information du malade par le médecin a bien été respecté.
 
L’INFORMATION ET LES PROFESSIONNELS DE SANTE
 
Le praticien hospitalier n’est pas le seul concerné par l’obligation d’information du malade. Ainsi, l’article 32 des règles professionnelles des infirmières issues du décret n0 93-221 du 16 février 1993 impose l’information du patient ou de son représentant légal sur les soins, les moyens et les techniques mises en oeuvre.
 
Dans le cadre du statut des personnels hospitaliers, la loi n0 86-33 du 9 janvier i 986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière prévoit, dans son article 27, que les professionnels ont le devoir de satisfaire aux demandes d’information du public dans le respect du secret professionnel.
 
La structure hospitalière doit également communiquer avec sa clientèle. Trois aspects peuvent être soulignés: la remise du livret d’accueil; la communication du dossier médical; l’information spécifique définie par différents textes (don d’organes, administration de produits sanguins, maladies vénériennes...). Par ailleurs, la charte du patient hospitalisé demande aux établissements de veiller à ce que l’information médicale et sociale des patients soit assurée et que les moyens mis en oeuvre soient adaptés aux éventuelles difficultés de communication et de compréhension des patients afin de garantir à tous l’égalité d’accès à l’information.
 
La mesure la plus attendue par les patients dans la loi du 4 mars 2002 était sans doute la réforme de l’accès aux éléments du dossier médical. Alors qu’antérieurement il était nécessaire de faire transiter le dossier médical par l’intermédiaire d’un médecin que le patient désignait, désormais le principe de communication directe à la personne est la règle. Des délais très courts sont prévus (8 jours ou 2 mois si les informations datent de plus de  5 ans). Un des intérêts de cette nouvelle disposition réside dans l’obligation faite aux établissements de réfléchir globalement à la question du dossier du patient, de sa constitution à son archivage.
 
L’opacité du monde hospitalier a souvent été dénoncée. Les nombreuses enquêtes comparatives d’établissements ou de services spécialisés irritent les responsables hospitaliers et les praticiens qui n’ont pas été habitués à ces appréciations extérieures. Certes, les méthodes et indicateurs de comparaison doivent être affinés pour être valables mais il faut bien considérer que les patients veulent — dans un souci de sécurité — une plus grande transparence sur l’activité ou sur les « performances »des établissements de santé. Ajoutons que la procédure d’accréditation qui s’impose à tous les établissements prévoit une communication publique du compte rendu d’accréditation.
 
 
• Problématique actuelle
L’information sur l’hôpital est un enjeu de démocratie sanitaire que les pouvoirs publics souhaitent développer, répondant ainsi aux attentes des usagers. Quoi de plus naturel en effet que de connaître les forces et les faiblesses d’un établissement de santé dans lequel on confie parfois sa vie?
 
L’article L. 1111-2 impose également aux professionnels de santé le principe de l’information des patients sur les risques nouveaux identifiés postérieurement à l’exécution des actes. C’est le fondement du principe de signalement qui commence a s’imposer progressivement dans les établissements de santé.
 
L’effort de transparence doit porter sur les projets de l’établissement (projet médical notamment) mais doit également informer l’usager sur les mesures prises pour assurer sa sécurité et la qualité des soins. Il ne faut pas oublier à cet égard que le rapport d’accréditation de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé ou ANAES est rendu public. De nombreux établissements ont commencé à prendre conscience de cette nouvelle dimension d’information du patient en créant notamment des services de communication et en ouvrant des sites Internet.
 
Au sein du Manuel d’accréditation, certaines références s’intéressent particulièrement aux pratiques des professionnels dans le domaine de l’information du patient.
 
Dans le but d’aider les établissements de santé dans le processus d’information du patient, l’arrêté du 5 mars 2004 a homologué les bonnes pratiques relatives à l’accès aux informations concernant la santé d’une personne, et notamment ‘accompagnement de cet accès.


• Textes
Code de déontologie médicale, décret n0 95-1000 du 6 septembre 1995 (JO du 8 septembre 1995) modifié par le décret n0 97-503 du 21 mai 1997 (JO du 22 mai1997).
Articles L. 1111-2, L. 1111-3, L. 1111-7 du code de la santé publique, loi n0 2002-303 du 4 mars 2002 (JO du 5 mars 2002).
Décret n0 2002-637 du 29 avril 2002 relatif à l’accès aux informations personnelles détenues par les professionnels de santé et les établissements de santé en application des articles L. 1111-7 et L. 1112-1 du code de la santé publique (JO du 30 avril 2002).
Charte du patient hospitalisé, circulaire n0 95-22 du 6 mai 1995.
Arrêté du 5 mars 2004 portant homologation des recommandations de bonnes pratiques relatives à l’accès aux informations concernant la santé d’une personne, et notamment l’accompagnement de cet accès (JO du 17 mars 2004).
 
 
• Bibliographie
Rapport public du conseil d’État 1998, Réflexions sur le droit de la santé.
Information et formation du patient, Ordre des médecins, 1999.
Information des patients, recommandations destinées aux médecins, ANAES, 2000.
Manuel d’accréditation des établissements de santé, 2e procédure d’accréditation, ANAES, 2004.
 
 
• Jurisprudence
C. Cass. 25 février 1997, Hedreul; CE. 5 janvier 2000, Telle, n0 181899/Guilbot n° 198530
 
Par Billy Rubin - Publié dans : santé publique
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