hepatite-c

Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /2005 00:00
Fais gaffe à mon immunité, salope !
 
Une fois toutes ces informations digérées, j’ai eu une grande discussion philosophique avec ma copine sur le thème : « Tous les hommes ne naissent pas libres et égaux, ils essaient vainement de le devenir. »  Anne, ma copine qui étudie la science sérieusement,  me dit que le bagage génétique de chaque individu devrait être identique mais que l’évolution des espèces se fait par mutations successives et qu’une grande variabilité se produit dans ces mutations. Certains guérissent spontanément de l’attaque d’un virus et subissent gravement celle d’un autre type. Nous possédons logiquement tout ce qu’il faut pour nous défendre sauf quand des altérations génétiques se sont produites en nous. Nous sommes constamment en devenir depuis la naissance de la vie. 
A la suite de cette discussion, Anne m’a donné des livres et des textes extraits de revues portant sur l’immunité. Ça ne s’avale pas comme « les Veillées des Chaumières » mais c’est assez passionnant lorsqu’on fait l’effort de comprendre. J’arrive à mieux comprendre la recherche sur les nouvelles thérapies à partir du fonctionnement de l’immunité. Je vais essayer de t’expliquer la chose, accroche-toi bien.
Les cellules des organismes supérieurs (dits eucaryotes) ont un noyau qui contient de L’ADN, un patrimoine héréditaire. Lorsqu’une cellule se divise, elle recopie l’ADN de façon à fournir une nouvelle molécule d’ADN à chacune de ses deux cellules filles. Cependant en cas d’erreur, ou, lorsqu’un des brins d’ADN est sectionné, par exemple par le rayonnement cosmique, il arrive que les enzymes de réplication et de réparation de l’ADN ne recopient pas fidèlement le brin de départ. C’est une des façons par lesquelles une mutation est susceptible de survenir dans un gène et de modifier ses mots de code.  Nous possédons l’une des choses la plus performante de l’univers : le système immunitaire.
Le système immunitaire en tant que système est capable de distinguer au niveau moléculaire entre soi et non-soi. Par exemple, il est chargé de détecter les caractéristiques  chimiques des envahisseurs bactériens  et viraux (le non-soi) et d’y réagir. Autrement, ces envahisseurs viendraient à bout des ensembles de systèmes cellulaires des individus (le soi). Un système immunitaire convenablement stimulé est capable de faire la différence entre deux grandes molécules protéiques étrangères composées chacune de milliers d’atomes de carbone et ne se distinguant l’une de l’autre que par l’orientation légèrement différente  (quelques degrés) d’une seule de leurs chaînes carbonées. Et il peut également distinguer ces molécules de toutes les autres molécules et, ayant initialement acquis la capacité de le faire, conserver cette capacité. Autrement dit, il possède une mémoire.
Avant, on pensait que : dans le système immunitaire, les molécules étrangères transfèrent de l’information concernant leur forme et leur structure au site de liaison des molécules d’anticorps. Ensuite, lorsqu’elles se retirent de ce site, elles laissent une empreinte dont la forme est complémentaire de la leur et qui pourra donc par la suite se lier à toutes les molécules étrangères possédant des régions dont la forme sera identique à celle qui a laissé son empreinte. On appelait cette théorie « théorie de l’instruction » elle postulait qu’il est nécessaire de transmettre de l’information à propos d’une structure tridimensionnelle afin d’instruire le système immunitaire quant à la façon de construire la molécule d’anticorps dont la chaîne polypeptidique, en s’enroulant autour de cette structure, créera la forme complémentaire adéquate.
Il se trouve que cette théorie est fausse, celle qui prévaut aujourd’hui a été formulée pour la première fois par Franck Macfarlane Burnet[1] elle est connue sous le nom de théorie de la sélection clonale.
Selon Burnet, avant même une confrontation avec des molécules étrangères, l’organisme de tout individu est capable de fabriquer un immense répertoire de molécules d’anticorps ayant chacun un site de liaison de forme différente.
Le système immunitaire fonctionne comme un système sélectif de reconnaissance. Il sait distinguer les molécules étrangères (non-soi) des molécules de votre corps (soi) en vertu du fait qu’elles ont des formes différentes. Il y parvient en fabriquant des protéines appelées anticorps. Chaque cellule immunitaire fabrique un anticorps dont la région variable est différente de celles des autres : chaque région variable possède un site de liaison dont la forme est différente. Lorsqu’une molécule étrangère ou antigène pénètre dans l’organisme, elle ne se lie qu’aux anticorps (présents à la surface des cellules immunitaires) dont il se trouve que la forme s’ajuste à celle de certaines de ses parties. Cet ensemble de cellules se divise alors et forme des « clones », des populations de cellules semblables, portant chacune des anticorps semblables.
Lorsque l’antigène sera présenté une seconde fois, un grand nombre de copies de ces mêmes anticorps seront là pour aider à le détruire. Certaines cellules seront plus nombreuses que d’autres et reconnaîtront plus rapidement les molécules étrangères la prochaine fois que celles-ci s’introduiront dans l’organisme. Les intruses peuvent être des molécules présentes à la surface d’un virus ou d’une bactérie. Ce système est sélectif parce qu’un grand nombre de formes d’anticorps différentes, susceptibles de se lier à des antigènes, existe (chacune sur une cellule différente) avant l’entrée en scène des antigènes. Les antigènes ne sélectionnent qu’un petit nombre de ces formes d’anticorps, dont la production est alors énormément amplifiée par la division clonale des cellules correspondantes, ce qui aboutit à la présence d’énormes quantités de ces anticorps-là. Ainsi, la population d’anticorps se modifie avec l’expérience.
En résumé, si l’on injecte dans l’organisme d’un individu une protéine qui ne ressemble pas à ses propres protéines, certaines cellules spécialisées, les lymphocytes, vont réagir en fabriquant des anticorps. Ces derniers vont se lier à l’intrus en s’emboîtant sur des portions spécifiques et caractéristiques de cette molécule, appelée antigène. Par la suite, lors d’une deuxième rencontre, ces anticorps ne se lieront qu’à ces antigènes-là, de façon plus efficace encore. Le plus étonnant dans cette affaire, c’est le fait qu’une reconnaissance spécifique ait lieu même vis-à-vis des nouvelles molécules synthétisées par les chimistes organiciens, des molécules qui n’ont jamais existé auparavant, ni chez l’espèce produisant la réaction immunitaire, ni sur terre d’ailleurs.
Le système sélectif immunitaire possède un certain nombre de propriétés fascinantes. Premièrement, il existe plus d’une façon de réussir à reconnaître une forme donnée. Deuxièmement, cette façon n’est jamais exactement la même d’un individu à un autre ; autrement dit, deux individus donnés n’ont jamais des anticorps identiques. Troisièmement, le système possède une sorte de mémoire cellulaire. Suite à la présentation de l’antigène à un ensemble de lymphocytes capables de s’y lier, certains de ces lymphocytes ne se diviseront que peu de fois, tandis que les autres s’engageront de façon irréversible dans la production d’anticorps spécifiques de l’antigène, puis mourront. De ce fait, les quelques cellules qui se sont divisées sans aller jusqu’à la production d’anticorps forment alors, au sein de la population cellulaire totale, un groupe de cellules plus grand qu’il ne l’était initialement. Par la suite, ce groupe pourra réagir au même antigène de façon beaucoup plus rapide. Cela veut dire que le système présente une sorte de mémoire au niveau cellulaire.
Mais alors, me diras-tu mon cher journal, pourquoi que ce virus de merde il te pourrit le foie malgré ton beau matos génétique ? Bonne question mon gars ! Tout d’abord ce n’est pas le virus qui massacre directement le foie, ce sont les défenses immunitaires. Prenons le cas du virus de la B.
Nous savons déjà, mais il est bon de le redire que : Le virus est constitué par une nucléocapside enveloppée dont la structure résulte de l'association de :
                               une molécule d'ADN circulaire, d'une taille de 3200 nucléotides ( nucléotide : constituant de la cellule résultant de la combinaison d'un nucléoside et d'acide phosphorique), partiellement double brin résultant de l'hybridation de 2 molécules d'ADN simple brin de tailles inégales
                               une enzyme : l'ADN polymerase (douée d'une activité transcriptase reverse qui permet la synthèse d'ADN à partir d'une matrice ARN)
                               la protéine ou antigène HBc (AgHBc) (qui contient et protège l'ADN et la polymerase)
                               une enveloppe, provenant de la membrane plasmique de la cellule hôte, dans laquelle se trouve insérée la protéine majeure appelée antigène HBs (AgHBs).
Le diamètre de la particule virale complète, ou particule de DANE, est de 43 nm.
Il existe aussi 2 types de particules défectives qui peuvent être produites en excès par rapport aux particules virales complètes (c'est à dire contenant l'ADN viral). Elles sont constituées uniquement de l'enveloppe sous forme de sphères de 20 nm ou de filaments de 20 nm de diamètres et de longueur variable.
Les trois types de structures décrites ci-dessus sont sécrétées dans la circulation sanguine à partir des hépatocytes.
Ainsi, tous les produits du sang mais aussi la salive ou les sécrétions sexuelles, l'urine, le lait maternel... etc., peuvent contenir, à des concentrations variables, le virus et assurent par conséquent sa dissémination.
A partir de 1979 l'isolement et la connaissance des séquences du génome de l'HBV ont permis d'étudier très précisément la stratégie de réplication et d'expression de ce virus.
Les différents gènes viraux sont répartis (selon les 3 cadres de lecture) sur la molécule d'ADN circulaire d'une longueur de 3200 nucléotides.
On distingue :
le gène S et les régions Pre S1 et Pre S2  (La séquence des bases d’une région de l’ADN(un gène) impose la séquence des acides aminés d’une protéine particulière. C’est ce qu’on appelle le code génétique.)
                                Le gène S code pour l'antigène majeur AgHBs.
 
                                Les régions Pre S1 et Pre S2, en phase avec le gène S, engendrent la synthèse de protéines plus longues (par leur extrémité N-terminale). Elles sont retrouvées principalement dans l'enveloppe des particules de DANE et interviennent dans le mécanisme de fixation du virus sur les récepteurs spécifiques des hépatocytes.
                               le gène C et la région Pre C
                                Le gène C code pour la protéine de la nucléocapside, l'Ag HBc
                                La région Pre C en phase avec le gène C, permet la synthèse d'une protéine plus longue par son extrémité N-terminale. Cette dernière est un précurseur de l'AgHBe produit après le clivage aux 2 extrémités de la molécule (N-terminale et C-terminale).
                               L'AgHBe est un produit soluble sécrété dans la circulation périphérique.
                               le gène P code pour l'ADN polymérase
                               le gène X
Il code pour un facteur de régulation, activateur de la transcription virale par son interaction avec une séquence "enhancer", située dans la région 3' du gène de la polymérase entre les gènes S et X.
Ce facteur a également des propriétés transactivatrices relativement aux systèmes de régulation de la cellule humaine infectée.
Il est possible qu'il ait un pouvoir oncogène. (qui est responsable du développement des tumeurs)
La réplication du virus
Après la capture de la particule virale par la cellule infectée, l'enveloppe est éliminée et l'ADN viral se trouve compartimenté dans le noyau de la cellule.
La réplication du virus s'apparente alors à celle des rétrovirus par la synthèse d'un ARN prégénomique qui sera copié ultérieurement (grâce à la polymérase virale) en ADN complémentaire pendant la phase d'encapsidation (formation de la nucléocapside).
La différence majeure avec les rétrovirus réside dans l'absence d'ADN proviral intégré dans le génome cellulaire. L'ARN prégénomique est transcrit directement à partir du génome viral circulaire épisomal. (Épisome : en biologique, particule cytoplasmique de la bactérie, indépendante du chromosome).
De nombreuses études effectuées à partir de carcinomes hépatocellulaires ont montré la présence de séquences virales partiellement délétées (séparées d’un morceau) intégrées au génome des cellules tumorales. Mais le phénomène ne s'est pas révélé spécifique de ces lésions si bien qu'il n'est pas possible d'affirmer que l'intégration est systématiquement à l'origine de la carcinogenèse.
La réponse immune de l'hôte joue un rôle prépondérant dans la physiopathologie de cette atteinte. Le virus n'est pas cytolytique (il ne détruit pas les cellules), et la composante cellulaire de la réaction immune est responsable de la nécrose hépatique faisant suite à la lyse  ( destruction des cellules ou des tissus sous l’action d’agents chimiques, physiques ou biologiques ) des hépatocytes (cellules du foie) infectés. L'immunité cellulaire est dirigée contre les hépatocytes qui expriment, au niveau de leur membrane cellulaire, les protéines virales de la nucléocapside. 
Lorsque l'immunité du patient est exacerbée, on assiste à une hépatite fulminante entraînant en quelques jours la destruction du tissu hépatique.
A l'opposé, si celle-ci est défaillante, l'infection évolue alors vers la chronicité.
Dans ce dernier cas, il a été remarqué une anomalie de la sécrétion de l'interféron par les cellules sanguines mononucléaires.  Nous savons déjà que : 90 % des hépatites B sont asymptomatiques. 5 à 10 % des primo-infections évoluent vers la chronicité.
Les différentes étapes de l'infection sont suivies par des marqueurs sérologiques directs ou indirects de l'activité virale. Des tests d'immunodétection permettent de déterminer la présence des antigènes viraux AgHBe et AgHBs, et aussi la présence des anticorps anti-HBc (AcHBc), anti-HBs (AcHBs) et anti-HBe (AcHBe).
La concentration sérique des transaminases est un indicateur de la lyse des hépatocytes. Lors d'une évolution chronique, la biopsie de foie analysée par histologie ou immunohistochimie permet d'évaluer le degré de nécrose et de fibrose du tissu mais aussi la présence de l'AgHBc dans les hépatocytes.
Le schéma le plus classique consiste en une guérison rapide pendant laquelle on assiste à une séroconversion[2] d'abord du couple AgHBe/AcHBe puis AgHBs/AcHBs.
Lors d'une évolution chronique on assiste à un retard de la séroconversion AgHBe/AcHBe, celle-ci peut être retardée de plusieurs mois à plusieurs années. La séroconversion AgHBs/AcHBs ne s'opère pas ou bien très tardivement.
Les lésions hépatiques irréversibles se constituent pendant la phase de faible ou moyenne réplication après la primo-infection et plus particulièrement lors de la séroconversion AgHBe/AcHBe.
Dans la phase de réplication précédant la séroconversion AgHBe/AcHBe, 2 mécanismes différents se juxtaposent :
                               la nécrose du tissu hépatique qui s'accompagne d'une forte réaction inflammatoire ainsi que d'une régénération.
                               l'interaction du génome viral avec le génome des hépatocytes infectés qui échappent à l'action cytotoxique du système immunitaire défaillant.
Il n'est pas encore possible d'établir assurément les relations existantes entre la cirrhose hépatique et le développement d'un hépatocarcinome mais il est admis que la probabilité d'apparition de ces 2 types de lésions est liée à la durée pendant laquelle le virus a perpétué son activité de réplication.
On peut donc dire que le système immunitaire fait correctement son travail et que la différence entre les  90% de gens qui guérissent de la B et les 10% qui chronicisent ou font des hépatites fulminantes se situe dans la nature et le degré de réponse de l’immunité face aux protéines virales de la nucléocapside exprimées dans les cellules du foie.


 BURNET sir FRANCK MACFARLANE (1899-1985)
Diplômé de médecine en 1923 à l’université de Melbourne, Burnet fut chercheur (1926-1927) à l’Institut Lister de médecine préventive à Londres. Il devint directeur adjoint de l’Institut Walter et Eliza Hall de recherche médicale à l’hôpital royal de Melbourne en 1928, puis en 1944 fut promu directeur et professeur de médecine expérimentale à l’université de Melbourne.
Burnet formula en 1949 la prédiction que la tolérance est une propriété générale de tout système immunologique, au même titre que la production d’anticorps. Le but des recherches semblait être le suivant: montrer que si l’on soumet un embryon à l’action d’un antigène, il se comportera à son égard comme à l’égard de ses propres constituants et la tolérera ensuite pendant toute sa vie. Les premières tentatives entreprises par Burnet et Fenner aboutirent à des échecs, en raison notamment de la nature des antigènes employés (globules rouges et virus).
Outre ses travaux sur les greffes humaines, Burnet découvrit une méthode d’identification des bactéries par les bactériophages qui les attaquent, et il mit au point une technique (désormais de pratique courante dans les laboratoires) de culture des virus sur les embryons vivants de poulet. Par ses recherches sur les virus, il accrut nos connaissances sur le caractère infectieux du virus de la grippe et accéléra la victoire sur des maladies telles que la myxomatose, la fièvre de la vallée du Murray (arbovirose du groupe B) et la fièvre Q. Il isola l’agent de la fièvre Q: Rickettsia burneti ou Coxiella burneti.
Parmi ses publications, il faut citer: Les Virus et l’homme (1953), Principes de virologie animale (1955), et Théorie de l’immunité acquise fondée sur la sélection clonale (1959).
Il partagea avec Peter Medawar le prix Nobel de médecine (1960) pour ses travaux sur la tolérance immunologique.
[2] Apparition de la séropositivité (caractère d'un sérum contenant des anticorps pour un antigène donné) après un délai d'incubation d'une maladie
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /2005 00:00

 Les signes de la maladie

Après une incubation de 2 à 3 mois, l'hépatite B aiguë se déclare par des signes identiques à ceux qui ont été décrits pour l'hépatite A. En fait l'hépatite B aiguë sera inapparente dans 60 à 70% des cas et passera souvent inaperçue. L'insuffisance hépatique fulminante est une complication rare qui intervient dans environ l % des cas d'hépatites aiguës avec ictère. En dehors des formes fulminantes, les formes très bruyantes avec ictère intense vont toujours guérir sans séquelle. Les formes frustres s'exprimant par peu ou pas de symptômes sont susceptibles de durer plus de 6 mois et d'évoluer ainsi vers la chronicité avec un risque de cirrhose puis de cancer du foie.
Sans que l'on sache vraiment pourquoi, 5 à 10 % des adultes infectés par le virus B vont développer une infection chronique. Ce pourcentage sera de 80 % chez le nouveau-né de mère porteuse du virus B du fait de l'immaturité de son système immunitaire.
Ce n'est pas le virus qui est responsable de la destruction des cellules du foie, mais le système immunitaire lui-même. Les anticorps s'attaquent aux cellules hépatiques infectées qui présentent à leur surface les antigènes du virus. Ainsi en se défendant contre le virus, l'organisme détruit ses propres cellules. Quand cette défense est vigoureuse, certaines cellules sont détruites et le virus est éliminé. Quand cette défense est faible ou inappropriée, l'infection persiste et peut devenir une maladie de toute la vie.
Dans le sang, les différents marqueurs de l’hépatite B apparaissent stades de la maladie. Ils vont permettre pour le médecin de poser le diagnostic d'hépatite B. Dans un premier temps, on peut détecter l'antigène HBs (antigène de surface de l’hépatite B.) Simultanément apparaît l'antigène HBe (antigène de l’hépatite B) témoin de la multiplication du virus. C'est là que les risques de transmission sont le plus élevés. Après les antigènes, viennent les anticorps produits par l'organisme pour lutter contre le virus. Le premier à apparaître est l'anticorps anti HBe. Cet anticorps anti HBe sera de classe lgM (anticorps contre l’antigène central du VHB) lorsqu'il s'agit d'une hépatite B aiguë. Quand tout se passe bien, l'antigène HBe est très rapidement remplacé par l'anticorps anti HBe qui traduit l'arrêt de la multiplication virale.
  L'antigène HBs va ensuite disparaître, remplacé par l'anticorps anti HBs. Ce dernier pourra demeurer plusieurs années avant de disparaître à son tour. Il ne restera que l'anticorps anti HBe témoin d'une hépatite B ancienne et guérie. Si l'antigène HBe persiste au-delà de 2 mois après l'apparition des symptômes, c'est que la multiplication persiste et qu'une infection chronique se développe. Dans ce cas, l'antigène HBs ne disparaîtra pas et persistera pratiquement toujours.
Lorsque l'on soupçonne l'existence d'une hépatite chronique par la persistance de l'antigène HBs et de l'antigène HBe, il est nécessaire d'examiner l'ADN même du virus. Cette recherche est faite par hybridation moléculaire, amplification du signal (bdna) ou amplification génomique (Monitor). Elle permet d'apprécier l'intensité de la multiplication virale. Ces marqueurs sont également très utiles quand on est confronté à un virus B mutant qui se multiplie sans produire d'antigène HBe. L'hépatite chronique B en phase de multiplication virale doit faire réaliser un prélèvement millimétrique du foie dénommé ponction biopsie hépatique, seule à même à taire un constat précis des lésions.
Le portage chronique du virus B survient dans l’évolution d’environ 2 à 5 % des hépatites aiguës B de l’adulte (mais beaucoup plus fréquemment chez les nouveaux nés : 80 % ou chez les patients immunodéprimés.) Les hommes sont nettement plus souvent porteurs chroniques du VHB que les femmes (8 pour 2). Le portage chronique du VHB n’est pas constamment synonyme d’hépatite chronique puisque environ un tiers des porteurs chroniques sont des porteurs sains c’est à dire n’ayant pas d’inflammation du foie. A l’inverse, 70 % des porteurs chroniques du VHB développeront une hépatite chronique et 20 % évolueront vers la cirrhose. La cirrhose expose, particulièrement chez les hommes, à un risque de développement de carcinome hépatocellulaire (tumeur cancéreuse du foie) de l’ordre de 10 à 30 % (incidence annuelle de 2 à 5 % chez les cirrhotiques).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Interprétation des marqueurs d'infection par le virus de l'hépatite B.
 

AgHBs
Anticorps anti-HBs         
Anticorps anti-HBc                    
Interprétation
 
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-
 
-
 
Absence de contact avec le virus :
indication à la vaccination
 
-
 
+
 
+
 
Infection ancienne et guérie*
 
-
 
+
 
-
 
Infection ancienne avec  clairance
spontanée des anti-HBc*
Vaccination efficace
 
-
 
-
 
+
Infection ancienne avec clairance
spontanée des anti-HBs*
Hépatite aiguë à une phase « fenêtre »
où l'Ag HBs n'est plus détectable et
les anti-HBs non encore détectés**
 
+
 
-
 
+
Infection par le VHB***
(portage de l'Ag HBs)

* Le sujet est protégé contre le VHB et il est inutile de le vacciner.
** Intérêt de la recherche de l'ADN du VHB.
*** La recherche de l'lgM anti-HBc, de l'Ag HBe et des anticorps anti-HBe, de l'ADN du VHB dans le sérum et la mesure des transaminases permettront de distinguer une infection aiguë d'une infection chronique, un portage sain du virus sans multiplication virale, d'une hépatite chronique avec multiplication virale.
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /2005 00:00
7
Mon journal à moi, plus ça va et moins je te consacre de temps, enfoncé dans la découverte des hépatites virales et parfois rivales entre elles ou associées quand elles veulent faire chier le bonhomme à mort. La dernière fois, je t’ai parlé de la A, pas besoin de sortir de « polytechniquetamère » pour savoir qu’après le a vient le b. Ma vie s’écoule à vannes ouvertes, au rythme des infos que j’avale. Pour la B, il a fallut plus de temps que pour la A. C’est une petite vicieuse cette salope.
Le virus de la A est un petit virus constitué d’ARN[1] ou acide ribonucléique. Il est résistant à l’éther, à la chaleur moyenne (60° C) et à l’acidité ce qui explique sa survie dans le milieu extérieur. Pour le détruire, il ne faut pas le faire mijoter, on doit le porter à 120° C pendant 20 mn. Il est sensible à l’action du chlore (javel) et du formol. Les coquillages qui filtrent de grandes quantités d’eau (plus de trois cents litres) peuvent héberger le virus A pendant plusieurs mois.
Le virus de la B, identifié en 1967 est lui un virus à ADN, acide désoxyribonucléique, circulaire en partie double brin.  J’ai voulu en savoir plus sur la nature des virus et leurs différences voici en gros ce que j’ai trouvé.
Les virus sont constitués de matériel génétique (soit d'ADN ou d'ARN), entouré d'une couche protectrice de protéines. Certains virus d'animaux sont également entourés d'une membrane de lipides (gras). Un virus n'est pas un organisme vivant de manière autonome. On ne peut pas parler de « bestioles » comme certains le font, sa structure est plus proche de celle des cristaux que des animaux. Les virus n'existent que pour se multiplier, et à moins qu'un virus ne se trouve dans une cellule vivante, il est inactif et ne peut se reproduire. Lorsqu'un virus ou une partie de virus parvient à pénétrer dans une cellule, on parle d’infection.
Selon le virus, c'est le virus tout entier qui pénètre dans la cellule ou seulement son matériel génétique qui est  « injecté » dans la cellule tandis que la couche externe demeure à l'extérieur. Dans le cas du bactériophage T14 (un type de virus qui infecte certaines bactéries), l'ADN interne est injecté dans la cellule à infecter. En revanche, tout le virus du sida (appelé VIH) pénètre dans les cellules T[2] de l'être humain pour les infecter.
Dans les deux cas, par suite de l'infection virale, le matériel génétique du virus pénètre dans le cytoplasme (la partie fondamentale) de la cellule, qui renferme tous les enzymes nécessaires et d'autres matériels indispensables à la reproduction du matériel génétique du virus et à la synthèse de ses protéines.
Un virus nuit à la cellule qu'il infecte, car il « prend les commandes » du gène de la cellule et de la machine à fabriquer les protéines, ce qui donne lieu à la production de morceaux de virus uniquement. Une fois ceux-ci fabriqués, ils forment une myriade de nouveaux virus, qui remplissent la cellule.
Ces nouveaux virus quittent la cellule, quelques-uns à la fois (bourgeonnement) ou par un processus appelé lyse (lyse ou cytolyse : destruction d'un élément organique sous l'effet d'un agent extérieur), où l'on assiste à une rupture de la membrane cellulaire, qui libère toutes les particules du virus en même temps, ce qui a pour effet de tuer la cellule hôte, tandis que les particules du virus libérées s'en vont infecter d'autres cellules.
Mais revenons à notre virus de la B.
L’ ADN du virus B est constitué de 3200 nucléotides[3] (un des constituants de la cellule), soit le plus petit bagage génétique de virus à ADN parasitant l'homme ou les animaux (en comparaison l'ADN du virus herpès comporte 10000 nucléotides). Le virus B est considéré comme le prototype de la famille des hépadnaviridae, auquel appartiennent également les virus de l'hépatite de la marmotte, de l'écureuil et du canard de Pékin qui ont servi très utilement de modèle à l'infection humaine. C'est un virus enveloppé, relativement résistant. Il peut persister dans le milieu extérieur et garder son pouvoir infectieux plusieurs jours. Sans entrer dans les détails, la multiplication du virus de l'hépatite B apparaît comme complexe et passe par une phase de transformation de l'ARN en ADN ou transcriptase inverse qui l'apparente au rétrovirus comme le virus du SIDA.
L'examen au microscope électronique du sang d'un sujet atteint d'hépatite B en phase de multiplication montre trois types de structures : le virion, les sphères et les filaments.
Le virion[4] ou particule de Dane représente la partie infectieuse. Il a un diamètre de 42 nm (nanomètre, un milliard de fois plus petit que le mètre) et comprend une enveloppe composée des antigènes (substances provoquant la formation d'un anticorps) de surface (Ag HBs) et une nucléocapside (dans un virus, structure constituée d'un nucléoïde et de protéines formant la capside) ou cœur du virus portant les antigènes de capside (Ag HBc et Ag HBe.) L'antigène HBc ne circule pas dans le sérum.
La nucléocapside contient l'ADN viral et l'enzyme qui permet la multiplication virale ou ADN polymérase[5].
Les sphères et bâtonnets sont constitués de protéines d'enveloppes (Ag HBs) en large excès par rapport au virion. Ces enveloppes vides dépourvues d'ADN ne sont pas infectieuses et entraînent une immunisation anti HBs.
Quatre régions ont été identifiées dans le matériel génétique du virus de l'hépatite B. Ces régions permettent la fabrication de protéines que sont les protéines d'enveloppes, les protéines de la capside (AgHBe), les protéines de l'enzyme de multiplication (ADN polymerase) et la protéine X dont la fonction est très complexe. Lorsque le virus B est en phase de multiplication active, on décèle dans le sang des virions entiers ou particules de Dane, l'antigène HBe, l'ADN viral et l'enzyme de multiplication ou ADN polymerase. Lors d'une hépatite aiguë qui évolue vers la guérison, la phase de multiplication est très fugace. A l'inverse, dans les formes qui durent plus de 6 mois et deviennent chroniques, la multiplication du virus va persister pendant des années. A un stade ultérieur, la multiplication virale cesse et le virus s'intègre dans le génome humain.( Génome : ensemble des gènes des chromosomes propre à une espèce.)  
Pendant longtemps, l'importance de la variabilité des séquences nucléotidiques qui composent le matériel génétique du virus B est restée insoupçonnée en raison de la complexité de ce matériel. Il existe différents souches ou génotypes du virus B qui présentent une variabilité génétique dans le matériel génétique qui code pour l'antigène de surface (Ag HBs). Il existe six (A-F) génotypes du virus de l'hépatite B. Le génotype A est prédominant en Europe de l'Ouest, les génotypes B et C en Asie, les génotypes D et E dans le bassin méditerranéen.
À côté de ces génotypes, il faut individualiser l'existence de variants du VHB qui correspondent à l'apparition de mutations de séquence d'acides nucléiques sous la pression immunitaire de l'hôte qui va avoir pour principal objectif de se débarrasser du virus. Deux mutations principales ont été décrites :
a) une mutation dans le domaine de la région qui code pour l'enveloppe du virus. Cette mutation rare pourrait rendre le virus insensible à la vaccination ;
b) une mutation beaucoup plus fréquente dans le domaine qui code pour les antigènes de la capside. Cette mutation conduit à l'arrêt de la synthèse de l'antigène HBe alors que les autres marqueurs de multiplication (ADN viral, ADN polymérase sont présents dans le sérum).
Cette mutation nommée pré-C est très fréquente. Elle serait retrouvée dans 50 % des hépatites chroniques B observées dans le bassin méditerranéen.
La transmission du virus B découle des notions suivantes :
1 - la contamination se fait essentiellement par le sexe, le sang et de la mère à l'enfant.
2 - une grande quantité de virus est présente dans le sang d'un sujet infecté, ce qui explique que la transmission ne nécessite que de très faibles quantités de sang et un contact bref.
3 - Le portage dure pendant de nombreuses années, multipliant les occasions de contage. (période de contagion)
4 - Le virus et l'antigène HBs sont présents dans de nombreux liquides biologiques non seulement le sang mais aussi le sperme.
a. Les transfusions sanguines
Elles ont été pendant longtemps la voie préférentielle : le sang mais aussi les éléments du sang : le plasma, les plaquettes, les produits utilisés pour traiter les hémophiles (concentrés de facteur de coagulation VIII et IX) le fibrinogène et la thrombine humaine ont véhiculé le virus. Le risque d'hépatite post transfusionnelle était proportionnel au nombre d'unités transfusées et au nombre de donneurs utilisés pour préparer le produit dérivé. Depuis 1971, le dépistage des porteurs du virus B par la recherche systématique de l'antigène HBs puis par la recherche de l’anticorps anti HBc (1988) ont été rendues obligatoires chez les donneurs de sang.
Ce dépistage ainsi que la préparation des produits dérivés du sang par chauffage, et l'utilisation de matériel à usage unique, ont rendu la transmission du virus B par le sang et les produits du sang exceptionnelle.
  b. La toxicomanie par voie intraveineuse
Elle implique le partage des seringues et du matériel (filtres, cuillères, eau) habituellement contaminé par plusieurs virus. Elle est un mode de transmission qui reste important malgré les campagnes anti SIDA et la montée en puissance des traitements de substitution. Un marqueur d'exposition au virus B (anticorps anti HBc) est présent chez 80 % des toxicomanes. Ce qui veut dire que 80 % des sujets toxicomanes ont rencontré le virus de l'hépatite B.
c. La transmission sexuelle
Elle est probablement en France le mode le plus fréquent de transmission. L'hépatite virale B est considérée comme une authentique maladie sexuellement transmissible. Elle touche les homosexuels et les hétérosexuels à partenaires multiples.
d. La transmission mère-enfant
Elle est le mode de transmission le plus fréquent dans les pays à forte prévalence comme l'Asie. Si la mère est porteuse du virus en phase de multiplication, le risque de transmission à l'enfant est de 80 %. Si la mère est porteuse de l'anticorps anti HBe, le risque de transmission existe car la multiplication bien que très faible peut être présente. La transmission de la mère à l'enfant se fait habituellement par le contact avec le sang et les sécrétions lors du passage de la filière vaginale au cours de l'accouchement. Bien que pouvant être présent dans le lait, le virus n'est vraisemblablement pas transmis de la mère à l'enfant lors de l'allaitement. A l'inverse, la transmission aux parents à partir du nourrisson contaminé n'est pas rare et a été démontrée chez les parents adoptifs des nourrissons.
e. La transmission dite « parentérale[6] »
Inapparente, elle est un phénomène non négligeable. Elle peut se produire lors de piqûres accidentelles souvent passées inaperçues chez le personnel médical ou paramédical, lors de la projection de liquides infectés sur des plaies cutanées, les muqueuses ou les yeux. Le problème est posé de la transmission par les instruments de toilette (rasoirs, brosses à dents...). Ce mode de transmission pourrait rendre compte de la contamination intrafamiliale qui est retrouvée dans environ 30 % des cas.
f. Chez le personnel de santé
L'hépatite B est une maladie professionnelle. Les personnels travaillant dans les services d'urgence, les services de reins artificiels et les laboratoires sont les plus exposés.


[1] ARN : Abréviation pour Acide Ribonucléique. Dans une cellule vivante, l'ARN transmet l'information génétique portée par l’ADN.   Pour le virus VIH, tout le matériel génétique est formé par une molécule d'ARN. L'ARN est le bagage génétique des virus A ,C, D, E et G.
ADN : L’acide désoxyribonucléique est une molécule formée de deux brins complémentaires constitués chacun d'une longue chaîne de nucléotides,  déterminant  l'ensemble des caractères génétiques spécifiques à un organisme vivant. La présence de l'ADN viral de l’hépatite B signale donc la présence du virus. Le bagage génétique des autres virus en dehors du TTV est l'ARN.  
[2] Toutes les réactions immunitaires ont en commun de présenter une spécificité d’une remarquable finesse pour les substances qui les induisent, les antigènes. Cette spécificité est assurée par des récepteurs de reconnaissance présents sur les lymphocytes, qui peuvent être sélectionnés par fixation sur les récepteurs de l’antigène qui leur correspond avant de se différencier en cellules productives d’anticorps ou en cellules cytotoxiques (capable de tuer les cellules cibles, par exemple les cellules constitutives d’une greffe). On distingue deux familles de lymphocytes totalement distinctes, les lymphocytes B et les lymphocytes T qui maturent dans le thymus. Les cellules B produisent les anticorps, les cellules T régulent de façon tout à la fois positive (cellules T helper) et négative (cellules T suppressives) la différenciation des lymphocytes B en plasmocytes, qui produisent les plus grandes quantités d’anticorps. Les cellules T ont aussi la capacité d’intervenir directement en l’absence d’anticorps soit par des phénomènes de cytolyse, soit en libérant des protéines, les cytokines, qui attirent les macrophages au site de la réaction immunitaire et les activent en les rendant capables à leur tour d’exercer une activité cytolytique.
 
[3] [3]  Nucléotide : constituant de la cellule résultant de la combinaison d'un nucléoside et d'acide phosphorique
 
[4] Virion : virus infectieux, agents pathogènes caractérisés par une très faible taille (invisibles au microscope optique).
[5] Polymérase : en biologie, enzyme de transcription assurant la synthèse d'une chaîne de ribonucléotides.
[6] Parentérale :
Voie d'administration d'un produit ou d'un médicament, différente de la voie digestive. Exemple : voie veineuse périphérique ou centrale.  On parle de contamination "parentérale" pour l'essentiel des virus qui nous intéressent ici (sauf hépatites A et E)
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /2005 00:00

6

Dans la période où j’attendais les premiers résultats d’analyses biologiques, j’ai essayé de me renseigner au maximum sur la maladie. Quand j’y repense, j’ai l’impression d’avoir fait une démarche à la Christophe Colomb. Je voulais m’embarquer à tout prix dans la traversé, je savais que j’arriverais quelque part, je savais que c’était un continent immense et peu connu, mais je n’avais que la certitude de vouloir le faire pour savoir. Ce n’était pas le continent que j’attendais, il était plus vaste, plus sauvage, plus inaccessible, un nouveau monde fascinant et terrible.

 

 

 Tout était bon pour essayer de comprendre la C : Internet, les livres, les cours. J’ai tout d’abord abordé l’histoire du virus de la C. Cette saloperie se planquait tellement bien qu’on ne l’ait identifiée qu’en 1989.

 

 

J’ai appris que la jaunisse a été citée pour la première fois par le Talmud babylonien, c’est un livre complètement épuisé à l’heure actuelle ne le cherchez pas. Puis 500 ans avant JC, l’école de Médecine d’Hippocrate a décrit la jaunisse et reconnu le foie comme l’organe responsable. Cinq cents ans ap. J.-C., l'école romaine de Galien[1]  s'est intéressée à la jaunisse et a distingué les causes dues à un obstacle à l'écoulement de la bile de celles liées à une maladie du foie. Au VII eme siècle, le pape Zacharie (saint, pape de (741 à 752)  évoquait pour la première fois la possibilité d'une contagion. Ce pape a recommandé l'isolement des sujets atteints de jaunisse. Il devait être moins con que l’actuel pape face au sida.

 C'est un médecin français, Chardon qui, ne manquant pas de piquant et ne se prénommant pas Marie, en 1842 avança le premier l'hypothèse d'un agent infectieux : un miasme était responsable des épidémies de jaunisse. Ce n'est qu'en 1905 qu'un autre visionnaire, un écossais du nom de Mac Donald (il y a des Mc Do pas trop nazes) suggéra que certaines hépatites graves étaient provoquées par un agent infectieux transmissible. En 1931, Finlay concluait de l'observation de plusieurs épidémies provoquées par des actes médicaux que la fameuse hépatite catarrhale était en fait transmissible par des fluides humains. Il restait ensuite à trouver que ces fluides étaient contaminés par un agent infectieux appelé virus.

 

 

Le premier virus a été découvert en 1935 par Stanley[2]. Il s'agissait du virus de la mosaïque du Tabac. Cette découverte sera rapidement suivie par celle du virus de la fièvre jaune, de la variole et de la poliomyélite. Dans les années 1940, l'apparition du microscope électronique permit d'observer les virus pour la première fois (ces fumiers sont invisibles au microscope optique) puis grâce à des centrifugeuses à grande vitesse, les chercheurs purent ensuite les concentrer et les purifier. Le premier démembrement des hépatites a été réalisé au cours de la seconde guerre mondiale. Vingt-mille conscrits enrôlés dans l'armée américaine ont reçu un vaccin contre la fièvre jaune, contaminés par un virus des hépatites, celui de la B. (On savait déjà faire des conneries, surtout dans l’armée et ça a continué plein pot pendant la guerre du Golfe.)

 

 

Des milliers de soldats ont développé une hépatite et soixante d'entre eux en sont morts. A la suite d'expérimentations très discutables et condamnables réalisées à cette période sur des prétendus volontaires (absorption de bile ou injection de sang de sujets souffrant d'hépatite) deux types d'hépatites furent identifiés :

 

 

- le premier type, appelé hépatite A était transmise par voie orale (par les extraits de bile ou les extraits de selles). Cette hépatite dite épidémique avait une période d'incubation courte (de 15 à 45 jours) ;

 

 

- le second type : l'hépatite B était transmise par le sang ou le sérum et fut appelé hépatite sérique, d'incubation plus longue (60 à 90 jours.) Il faudra attendre ensuite vingt ans pour que le premier virus, celui de l'hépatite B soit identifié.

 

 

L’hépatite virale A, maladie des mains sales transmise par l’eau et les aliments souillés, est contagieuse par les contacts habituels de la vie courante. Elle est appelée à disparaître des pays qui améliorent sans cesse leur hygiène. Inapparente chez l’enfant, elle est responsable de symptômes (jaunisse et fatigue) souvent importants chez l’adulte. Elle ne dure jamais plus de six mois et guérit toujours.

 

 

Une hépatite A dure en général de 4 à 6 semaines après 15 à 45 jours d'incubation. Chez l'adolescent et l'adulte jeune, la maladie débute par une fièvre de quelques jours, remplacée par une jaunisse avec urines foncées et une fatigue intense. Le diagnostic d'hépatite repose sur l'élévation du taux des transaminases qui dépasse en général 10 fois la normale. Les transaminases ALAT (ou SGPT) et ASAT (ou SGOT) sont des enzymes contenues en abondance dans le foie. Quand la cellule du foie est lésée, elle  libère  une  partie  de  son contenu dans le sang et le taux des transaminases augmente.  Le taux de bilirubine est souvent très élevé. La bilirubine est un pigment issu de la dégradation des globules rouges, qui donne sa couleur à la bile. Quand le foie lésé ne réussit pas à évacuer la bile vers la vésicule biliaire, le taux de bilirubine sanguine augmente.   Chez la personne âgée, la maladie peut prendre un aspect plus grave. Il faut connaître le risque de rechute qui s'exprime par une nouvelle remontée des transaminases. Cela arrive dans 20 à 30% des cas mais la normalisation définitive des transaminases est toujours observée.

 

 

Quant au risque d'hépatite fulminante, il est très faible de l'ordre de l %. Les formes fulminantes surviennent souvent chez les personnes âgées ou lorsqu'il existe une maladie hépatique préexistante. L'association à une infection par le virus B ou le virus C est également un facteur d'aggravation.

 

 

Les antigènes du virus ne sont pas détectables dans le sang. Aussi, le diagnostic d'une hépatite A aiguë repose sur la présence d'anticorps anti VHA de type IgM (Immunoglobuline[3] : protéine sanguine agissant comme un anticorps.), témoins de la réponse immunitaire précoce de l'organisme. Ces anticorps apparaissent dès les premiers symptômes et persistent en général pendant 3 mois. Devant une élévation des transaminases, il faut exiger la présence d'un anti VHA IgM pour parler d'une hépatite virale A aiguë. Plus tard, les anti VHA de type IgG apparaissent. Ils sont le signe de l'immunisation de l'individu.

Retrouvés seuls, chez un sujet présentant des signes cliniques et biologiques d'hépatite, ils témoignent d'une hépatite A ancienne et guérie. Ils sont présents chez 50 % des Français après 40 ans. Chez l'adulte, la détection de l'anti VHA IgG qui renseigne sur la présence d'un contact avec le virus doit précéder l'injection du vaccin

 

 

 II n'existe aucun traitement spécifique de l'hépatite A. La prévention de l'hépatite A repose sur l'hygiène de l'eau, le lavage des mains, l'immunisation passive et désormais la vaccination. Commercialisé en France depuis la fin de l'année 92, le vaccin contre l'hépatite A a été obtenu à partir d'un virus inactivé.

Je ne sais pas pourquoi ni comment mais l’histoire de ces maladies de merde commençait à m’intéresser sérieusement, c’était autre chose qu’une curiosité morbide. Au fur et à mesure que je découvrais les hépatites, j’imaginais la masse des gens que ça concernait.

Tout d’abord ces milliers de malades à travers le monde : 200 000 000 de porteurs de l’hépatite B dans le monde, deux à trois millions de décès annuels. En France, 5 à 10 % de la population a déjà été en contact avec le virus de la B, plus de 8 millions de personnes sont à risque. 170 000 000 de porteurs chroniques du virus de la C dont 4 000 000 aux USA, 5 000 000 en Europe de l’ouest dont 650 000 en France, c’est à dire 1% environ de la population. Dans mon bled de 9000 habitants, il y a peut-être entre cinquante et cent personnes qui ont la C. Je n’en connais qu’une : moi. Tout ce monde malade ça fait réfléchir.

Puis tous les gens qui cherchent à éradiquer le virus, médecins, chercheurs dans différents domaines (biologie moléculaire, pharmacologie, soins divers) souvent isolés dans leur coin, sans crédits suffisants pour vaincre la difficulté. Les associations de malades qui se battent contre l’ignorance dans laquelle on préfère souvent maintenir le malade, contre l’inertie et la tiédeur des pouvoirs publics en matière de santé et de prévention.

Ma première réaction, en face de cette masse de gens touchés et du peu de moyens mis en œuvre pour remédier à cela, est de l’ordre du dégoût et de la colère. En Afrique , en Asie, au Moyen Orient, pays les plus touchés comme pour le sida, rien de collectif mis en place par les pays enrichis sur leur dos pendant des années. Les dépenses militaires de pays comme le nôtre en face des dépenses de santé m’agacent et me révulsent. J’échange un porte-avions nucléaire contre un vaccin. J’échange tous les trésors originaires de l’ancienne Égypte contenus dans les musées occidentaux contre un traitement interféron/ribavirine pour les 25 % de la population égyptienne,  contaminés par le virus de la C suite à la pauvreté de moyens dont les services de santé disposaient pour une campagne nationale de vaccination contre la bilharziose, campagne qui a flanqué la C à tout va.

Je suis un rêveur, tu le sais toi, et on ne va pas me refaire, je l’ai déjà dit ! Je vais me remettre un vieux Dylan dans les étiquettes, « Like a Rolling Stone » traduction du refrain :

 « Qu’est-ce que tu ressens, tout seul sans maison, comme un complet inconnu, comme une pierre qui roule? »



[1] (Galien Claude, Claudius Galenus en latin (131 env.-env. 201 )Sa thérapeutique est diététique et médicamenteuse, et son étude des plantes médicinales gardera le nom de «pharmacie galénique».)

[2] STANLEY WENDELL MEREDITH (1904-1971)

 

 

Biochimiste américain créateur de la virologie moderne. Stanley, né à Ridgeville dans l’Illinois, étudie au collège de Richmond et est docteur en chimie de l’université de l’Illinois en 1929. Il va poursuivre ses études en Allemagne et séjourne au laboratoire de chimie de l’université de Munich (1930). À son retour aux États-Unis, il entre comme assistant de recherches au Rockefeller Institute for Medical Research de New York qu’il quitte l’année suivante pour celui de Princeton où il restera jusqu’en 1948, date à laquelle il est nommé professeur de biochimie et directeur du Virus Laboratory de l’université de Californie à Berkeley.

 

 

Lorsque Stanley s’attache à leur étude, les virus, dont on connaît l’existence et les symptômes, sont invisibles au microscope optique (on ne les verra qu’avec le microscope électronique) et leur nature, protéinique ou non, est très discutée. Dès son arrivée à Princeton (1932), il conçoit que, si un virus est une protéine, on doit pouvoir le purifier et il choisit d’étudier le virus de la mosaïque du tabac. En 1935, il réussit le premier à cristalliser ce virus, démontrant ainsi la nature protéinique des virus. En 1936, à partir de ces cristaux, il isole l’acide nucléique et met en évidence la responsabilité de cet acide dans l’activité du virus: il affirme, en 1937, que le virus de la mosaïque du tabac est une nucléoprotéine. Ce premier isolement d’un virus cristallisé, pour lequel il reçoit, en 1946, le prix Nobel de chimie, a ouvert la voie aux travaux des nombreux chercheurs qui devaient préciser les relations entre la structure des virus et leurs propriétés biologiques, autrement dit la voie de la biologie moléculaire.

 

 

 

 

 

[3] Immunoglobulines :
Protéines  (naturelles ou administrées comme un médicament) qui peuvent agir comme des anticorps   pour aider l'organisme à se défendre
.  

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /2005 00:00

5

Comme je te le disais l’autre jour, je suis allée passer deux jours à Saint-Louis en hôpital de jour. Je devais arriver à jeun le matin à huit heures. Ça a commencé à me gonfler sérieusement, dès mon arrivée à huit heures moins le quart. Une demi-heure d’attente à l’accueil pour remplir un dossier d’admission. Des tas de personnes que l’on baguenaude de guichet en service. Mais je ne me plains pas, je sais lire et je parle français. Ceux qui ne sont pas dans mon cas n’ont pas de chance. Aucune indication dans une autre langue, pas d’hôtesses pour ceux qui ne savent pas lire et le surnombre. C’est fou le nombre de gens qui sont malades, si les toubibs étaient payés au résultat, m’est avis que beaucoup crèveraient de faim !

 

 

 

 

On a commencé par me faire tout un tas de prises de sang et une échotomographie de l’abdomen qui a révélé une hépatomégalie (enfin mégalo quelque part !) Ensuite, on m’a conduit dans un autre service pour faire une fibroscopie. On te met un coup de spray anesthésiant dans la gorge et tu sers les dents autour d’une espèce de bobine percée d’un trou en son centre. C’est par ce trou que l’on descend une fibre optique de la taille d’un doigt qui va photographier l’intérieur de ton œsophage afin de détecter d’éventuelles varices œsophagiennes. Il faut savoir qu’une hépatite active entraîne une destruction des cellules du foie et une inflammation importante qui, si elle n’est pas soignée par les médicaments antiviraux, conduit inévitablement à la fibrose. La fibrose c’est la formation d’un tissu cicatriciel à la place du tissu hépatique et qui conduit à la cirrhose. Le foie devient de plus en plus rigide, ferme puis dur comme de la pierre. Le sang circule très mal dans les cellules hépatiques, il contourne le foie qu’il ne peut plus traverser par le circuit veineux. Certaines de ces veines se dilatent et peuvent provoquer des hémorragies digestives qui peuvent être très graves.

 

 

 

 

La fibroscopie c’est un peu comme si tu taillais une pipe à un mammouth, tu as l’impression que tu vas mourir étouffé. Mais la plaisanterie n’était pas terminée, on m’a conduit en ambulance à la Pitié-Salpetrière pour une PBH : ponction biopsie hépatique. Il s’agit de prélever un minuscule échantillon de foie qui peut être examiné au microscope. On le fait habituellement à l’aide d’une aiguille fine qui passe entre les côtes. Vu mon nombre peu élevé de plaquettes sanguines et le risque sur le plan de la coagulation, j’ai eu droit à une biopsie transjugulaire sous contrôle radio. On te met du gel anesthésiant sur le cou et on rentre une sonde par un cathéter dans la veine jugulaire. On descend la sonde jusqu’au foie par la veine cave, les veines sus-hépatiques et on prélève les petites carottes de foie qui seront analysées, sans perforation de la capsule du foie, par l’intérieur. Ça dure trente minutes environ et au-delà de la trouille que cela provoque, on ressent juste un picotement au foie. Tu ne dois pas bouger de la journée et faire aucun effort pendant une semaine.

 

 

 

 

Trois semaines après, j’ai revu l’hépato. Le docteur A, adjoint au professeur chef du service de gastro-hépato-entérologie, est un jeune médecin assez sympa. Il m’a annoncé l’étendue des dégâts :

 

 

 

 

Hépatite chronique d’activité moyenne A2/F4, génotype 3A, vraisemblablement transmise par la seringue.  C ’est à peu près tout ce que j’ai retenu sur l’instant. Deux raisons à cela : Le toubib ne te délivre pas toute l’information et comme tu ne sais pas de quoi il s’agit, il y a plein de détails qui te passe à toute allure dans la tête et seule ton obsession reste en grosses lettres : MALADIE ! J’ai demandé si ça se soignait et comment. D’après le toubib, il y avait plusieurs facteurs reconnus, qui plaidaient en faveur d’une réponse possible à un traitement par l’interféron, ces 5 facteurs sont :

 

 

 

 

1-Le sexe féminin.

 

 

 

 

2-Un âge jeune (25 ans).

 

 

 

 

3-L’absence de cirrhose.

 

 

 

 

4-Les transaminases inférieures à trois fois la limite supérieure.

 

 

 

 

5-Un génotype autre que le type II. (type III)

 

 

 

 

 Je sais que je n’avais pas tout bon, je n’avais pas le 1, le 2 était  dans le désordre :52 ans, le 4 et le cinq plaidaient en ma faveur et je n’avais pas entendu le mot « cirrhose » dans la bouche de mon hépato. Mais même un facteur sur cinq ça se tente dans ma philosophie personnelle. J’ai dit que je voulais commencer tout de suite, il n’était pas très chaud et voulait que je réfléchisse, je lui ai rétorqué.

 

 

 

 

·    Plus j’attends, plus l’autre salope me bouffe le foie !

 

 

 

 

·    Oui, dit-il,  mais une bi-thérapie interféron-ribavirine ne se décide pas à la légère. Il y a des effets secondaires possibles assez désagréables, certains obligent à suspendre ou réduire le traitement. Il faudra tout d’abord vérifier le fonctionnement de votre thyroïde, faire un électrocardiogramme, un examen ophtalmologique, quelques examens biologiques supplémentaires et si tout va bien nous pourrons commencer.

 

 

 

 

Il m’a demandé si je n’avais pas fait de dépression sérieuse ou de tentative de suicide. Je lui ai répondu qu’à part quelques tentatives de meurtre, je n’avais pas eu d’idées aussi saugrenues. Quinze jours plus tard, il m’expliquait comment se piquer soit même à l’aide du stylo. Je pouvais commencer à péter la gueule à la C, ce n’était pas top tôt, sept mois s’étaient écoulés entre les premières analyses et la première injection. Je ne savais pas le quart de ce que je viens d’écrire sur la C et je ne savais pas non plus que j’entamais une autre existence faite d’espoirs et de déceptions, de douleurs et de rage. J’entrais aussi dans une famille, un club et parfois une caste un peu comme les parias en Inde. Les premiers temps, personne ne m’a souhaité la bienvenue. Ça n’est pas grand chose mais c’est un truc qui m’a sacrément manqué.  

 

 

 

 

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