Vendredi 25 novembre 2005 5 25 /11 /Nov /2005 14:11

« Tous les contes populaires font rencontrer au jeune héros un vieillard ou une vieille femme qui le renseignera sur son destin d’une façon ou d’une autre. Ce peut être l’image d’un  « guru » ou d’un(e) initiateur(rice) secret pour qui il est important de diriger un jeune homme plein d’ardeur vers un but qu’il est un des seuls à connaître. A partir de ce moment Perceval a gravi quelques échelons : il passe du domaine de l’inconscient au domaine du subconscient. Et il le prouve au château de Blanchefleur. »

 

Jean Markale : Le Graal

 

Le lendemain matin, je me suis levé de bonne heure, ce qui pour moi était un véritable exploit vu que rien ne m’y obligeait, si ce n’était la quête de Grognaf à laquelle je me devais d’adhérer comme le morpion sur les roubignoles.
Je me sentais vraiment bien dans ma vieille peau de cinquantenaire, pas ridée du tout. Ce jeudi marquait l’équinoxe de printemps et Grognaf était dans sa cuisine, il commençait à péter la gueule à une demi-douzaine d’œufs qui ne lui avait rien fait pour le moment.
- Calmos gros, j’ai dit, le cholestérol ne passera pas par moi !
- Tu ne vas pas reculer lâchement devant une séance d’avortement avicole ! Une petite omelette n’a jamais cassé que des œufs. Il faut nourrir la bête de bon matin car :   “ Un estomac bien plein le matin réjouit toujours le pèlerin ”.
Je me suis laissé faire par le gros et j’ai attaqué son omelette forestière.
- Tu vois, dit Grognaf en torchant son assiette avec du pain de campagne aussi bon que lui, ce n’était jamais que des œufs, des champignons du Jura en bocal, du lard et du fromage. Faut peu pour faire un monde !
- Et d’où viennent ces bolets mon Gnafron ?
- Ben... je les avais gardés pour une grande occase mec. C’est un vieux bocal qu’a au moins trois ans, ta mère me l’avait donné quand on est allé pour ton père, tu sais bien ?
J’ai versé trois larmes dans mon assiette, le gros m’avait accompagné pour l’incinération de mon père. Trois ans déjà, il me manquait souvent mon Papou. Le gros avait eu raison de me faire manger les derniers champignons qu’il avait sans doute ramassés avant de se faire manger par le crabe. J’ai toujours eu peur de ne pas assez penser à tous ces gens que j’aime et qui disparaissent. Le gros me regardait comme un cocker sauf que ses oreilles ne pendaient pas. Je lui ai pris la main qui traînait sur la table.
- T’es un gros con mais moi aussi et je t’aime bien, que je lui ai dit.
Il m’a regardé en souriant et, en larguant ma main, il a proféré :
- On ne va pas retourner au pieu maintenant mon mignon ?
Ma main gauche a manqué la tronche du gros, hilare, content de lui.
- Au fait mon Gnafrounet adoré, c’est comment tes amours en ce moment ?
- Je suis sur deux coups, le moteur de la Grognafmobile, un coup de  maître et Flo, une maîtresse femme, une déesse, une... bon tu vois.
Je voyais, je n’avais jamais entendu Grognaf qualifier une personne du sexe féminin de plus d’un mot. En général c’était : ouais- ah- beuh- bof ou ben ! J’asticotais le gros un tantinet.
- Tu me la présentes quand ta Flo ou plutôt, quand est ce que tu me remets à flots ?
- C’n’est pas ce que tu crois dit le gros en rosissant.
- Moi mon pote, je ne crois que ce que je vois, flo ce qui flo !
Grognaf se mit debout, rouge comme un prépuce de premier communiant, il exultait et s’étouffait d’indignation en même temps. Vieux salopard, il était content de m’apprendre une chose et s’en défendait par un vieux restant de principe que j’allais tôt fait d’extirper.
- Alors, ça y est, tu as trempé ton biscuit gros sagouin ? J’espère que tu la mérites, la pauvre ! Moi qui croyais que tu finirais moine ou pédé, enfin c’est pareil. Bon Dieu ! Ça s’arrose à mort ce truc, c’est un coup à rester à boire pendant deux jours !
- Ne commence pas, il n’y a pas que du vin sur la planche ! Nous reparlerons de tout cela demain soir, Elle viendra pour un ou deux jours et tu verras ! En attendant qu’est-ce que tu vas faire, tu as déjà prévu ta journée ?
- J’ai l’intention de me faire une ou deux mairies du secteur afin de commencer à te trouver du carburant. En gros, je vais me lancer dans la prospection pommeau-carburante, je vais te forer un puits de lambig.
Grognaf me tendit un trousseau de clefs et me dit :
- C’est tes clefs, ça ouvre partout ici, je ne serai peut-être pas là lorsque tu rentreras. J’ai des trucs importants à faire, je t’en parlerai plus tard. Il y a à manger, à boire, tu peux ramener du pain et des roses. C’est tout ce qui manque ici pour l’instant.
Grognaf est parti, et moi, je peux partir à la recherche du lambig perdu. J’avais dans la voiture la 6eme Symphonie en La mineur de Gustav MALHER, Orchestre Symphonique de Chicago dirigé par Claudio ABBADO. Ça m’a bien collé la pêche !
J’ai garé la Fiorino devant la mairie de Bannaden. Je me suis dit que j’allais certainement avoir à faire à un vieux mec sortit tout droit de l’univers de Courteline, avec la blouse grise et les manches à élastiques. Tout faux ! Le secrétaire de mairie était une secrétaire, la trentaine plutôt avenante, plus proche de Thomas Lanier Williams (dit Tennessee) que de Georges Moinaux (dit Courteline). Enfin, plus “chatte sur un toit brûlant  ” que “rond de cuir ”. Elle était assise derrière un bureau en noyer qui jurait un maximum avec l’ordinateur ultramoderne qui trônait dessus. Je l’ai saluée et dans une seule inspiration lui ai présenté ma requête. J’ai prétexté une thèse balaise d’ethno alcoologie ayant pour sujet  d’étude “la dimension religieuse intrinsèque de la recherche sur les usages, la fabrication artisanale et la consommation des spiritueux indigènes en Basse-Bretagne et de sa répercussion sur le psychisme des autochtones ” afin de lui extorquer des adresses de personnes de sexe féminin ayant encore l’usage du droit de bouilleur de cru.
- Vous voulez des adresses de bouilleuses de cru, si je comprends bien. C’est pour  vérifier si elles sont crues ou cuites, si elles bouillent toujours. Un truc comme ça ne doit pas pouvoir s’inventer.
Je ne savais pas si elle se foutait de moi ou si elle était d’une jovialité à toute épreuve. J’ai sorti mon sourire d’idiot numéro trois et j’ai plongé sans tuba afin de toucher le fond au plus vite. Un suicide diluvien en perspective se préparait dans mon esprit.
- Le sujet peut vous paraître rébarbatif ou amusant mais c’est un travail tout ce qu’il y a de plus sérieux dont les retombées seront utilisées dans des domaines aussi variés que la psychiatrie, l’ethnopsychiatrie, la physique des particules et la pharmacopsychologie...
- Vous oubliez aussi la malacologie, la synesthésie, l’analyse factorielle des douves de tonneaux et l’âge du capitaine qui, comme chacun le sait, avait un frère dont le père était une grosse bonne femme qui tenait les douches, son père et sa mère étaient les deux sœurs, qui étaient cousins avec Tas-De-Sable qui lui, avait connu la bécane à Jules, le même d’ailleurs, qui avait perdu une dent au Pôle Nord !
- Vous ne semblez pas me prendre au sérieux, je peux savoir pourquoi ?
- Parce que vos arguments spécieux ne tiennent pas la route un seul instant. Même le dernier des étudiants de l’Université de Bretagne Occidentale, en licence de foutaises eschatologiques avancées ou autres billevesées, saurait, avant de commencer une enquête de ce type, si ça existe, et surtout que ce genre de renseignement s’obtient aux indirectes mais pas dans une mairie. Vous voulez acheter du lambig et du chouchen à de pauvres veuves qui en ont plein leur cellier, des mamies avec des  sabots bourrés de paille et des coiffes bigoudènes façon Bécassine. Vous ne manquez pas d’air !
- Si je vous donne les raisons réelles qui me poussent à vous demander ces renseignements, vous allez me  croire encore plus menteur ou givré. Je suis désolé, je vous laisse travailler et je m’excuse de vous avoir importuné...
- Attendez un instant dit la dame de la mairie, vous ne m’avez même pas dit votre nom.
- Laissez tomber, ce qui vous semble une impolitesse, c’est juste pour m’éviter d’avoir l’air encore plus ridicule à vos yeux.
La secrétaire se leva et me prenant la main en souriant déclara :
- Perceval, que faites-vous ici ? Qui vous amena sur cette montagne d’où vous ne pouvez être tiré que par aventure et où vous mourrez de faim et d’ennui ? Perceval, sais-tu d’où je viens ?·
- Qui vous a appris mon nom ? Fit Perceval, · ai-je répondu, souriant et soulagé en percevant une issue.
- Je le sais bien, et vous connais mieux que vous ne pensez.·
Vous connaissez les romans arthuriens ou je me trompe ?
- Je ne saurais malheureusement en dire beaucoup plus, j’ai juste appris ce petit passage ayant été averti, par un ami commun, que vous viendriez immanquablement me voir cher monsieur Perceval Fontaine.
- Vous connaissez Grogn... euh ! Noël Pichon ?
- Je connais Grognaf mon cher Déluge, je m’appelle Floripar  Pelléhen, Flo pour les amis. Il ne vous a pas parlé de moi ?
- À peine, c’est un cachottier. Je crois que l’on se voit demain soir belle dame.
- Absolument mais il faut que je vous parle d’une personne que vous devez aller voir sans faute pour votre recherche de “carburant ” ou pour votre thèse fabuleuse au choix mon preux chevalier de mes deux choses.
- Ne vous moquez pas de moi, je ne savais absolument pas comment vous faire part de ma recherche, ça semble tellement absurde. Grognaf aurait du me dire que vous seriez en mesure de m’aider.
- Ce gougnafier, qui se dit, soit dit en passant, votre ami, m’a affirmé en se marrant que vous étiez capable d’affronter n’importe quelle situation même la plus désespérée. En fait, il n’avait pas tort, je trouve que vous ne vous en tirez pas trop mal. Pour vous aider, je vais vous donner les coordonnées d’une personne admirable qui va pouvoir vous rendre service. C’est une femme qui habite la Ferme de l’Arbre Sec au lieu dit Maenbrân. Elle s’appelle Rhiannon Brunissen, son mari est décédé il y a une dizaine d’années. Elle connaît bien le secteur et les gens qui y travaillent. Son lambig est un des meilleurs du coin, peut-être même du monde. Il est indispensable, pour votre recherche, de la rencontrer, vous m’en reparlerez demain soir.
Flo m’a noté les indications nécessaires pour me rendre à Maenbrân et j’ai enfourché mon destrier d’origine italienne, blanc avec quelques taches de rouille. Après avoir quitté la départementale qui rejoint Scaër, j’ai enquillé quelques chemins creux magnifiques comme on n’en trouve plus qu’en Finistère Sud.  C’étaient de véritables tunnels percés dans les châtaigniers et les chênes verts, bordés de buttes de terre, rempart antiques, façonnés par les humains contre le vent, abris inextricables pour un tas d’oiseaux, d’insectes et autres animaux. J’ai garé la voiture près d’une très ancienne croix celtique qui gisait au pied de sa colonne de granit et je me suis avancé dans le chemin qui conduisait à la ferme. Aux détours du chemin creux, un verger clos de pierre descendait jusqu’à la ferme. Au milieu du verger, un tertre, recouvert de fleurs blanches de différentes variétés, dominait l’ensemble de cette petite vallée et protégeait le penty des regards indiscrets. Le verger en fleurs devait apparemment accueillir toutes les variétés de pommiers que l’on puisse trouver en Bretagne, un vrai conservatoire de la pomme à cidre.
Il fallait traverser le verger pour accéder à la maison. J’ai entrouvert la barrière de bois, pénétré dans ce paradis et refermé derrière moi. Je me suis immobilisé car sur la couronne de pommiers qui entourait le tertre, toute une tribu d’oiseaux les plus divers était juchée sur les plus hautes branches et leur chant composait une polyphonie des plus singulière. Je n’avais jamais entendu de chant aussi profond, délicatement pour ne pas les effaroucher, je me suis assis dans l’herbe devant le tertre et j’ai écouté attentivement en essayant de repérer qui chantait quoi. C’était réellement impossible. Dès que je pensais avoir surpris du regard un des oiseaux, ce dernier cessait son chant et semblait me regarder. J’ai reconnu parmi eux des loriots, troglodytes, fauvettes à tête noire, un bouvreuil, des pinsons, un gorge bleu, un couple de pies, des étourneaux, quelques bergeronnettes, des mésanges, un roitelet huppé et d’autres dont je ne connaissais pas le nom. Ils semblaient non seulement se respecter mais singulièrement être en répétition dans une cathédrale de verdure. J’ai aussi imaginé que le chef de cet orchestre céleste était un grand corbeau perché au sommet d’un immense châtaignier en bordure du verger et qui donnait la mesure, de temps à autre à coups de battements d’ailes. J’ai cessé de tenter de surprendre les exécutants et je me suis laissé aller dans l’herbe, étendu, les yeux fermés. Un sentiment étrange m’a envahi et un grand ravissement m’a saisi. Tous les oiseaux chantaient mais chacun un chant différent et s’accordant ensemble en une merveilleuse harmonie. Je me réjouis de leur joie, j’écoutais jusqu’au bout leur concert ;  je n’avais jamais entendu auparavant de si belle musique.
Je me surpris à ne plus savoir si je rêvais ou si la situation était réelle, j’avais envie de me fondre dans cette plénitude et j’ai commencé à verser des larmes de joie. Le chant c’est soudain arrêté et j’ai entendu des pas sur les dalles de pierre qui garnissaient le chemin conduisant au penty.
Une femme blonde est arrivée à quelques pas de moi. Il était impossible de lui donner un âge précis, à peine la soixantaine ou peut-être plus. Elle était vêtue d’un élégant corsage de soie et d’une jupe blanche en coton. Ses longs cheveux fins et blonds étaient noués gracieusement d’un lien doré. Elle avait un beau visage plaisant et tenait à la main des fleurs blanches qu’elle venait sans doute de couper de l’autre côté du tertre. C’était une belle image et ça sentait bon. J’ai pleuré un peu plus.
- Vous pleurez d’écouter le chant des oiseaux ? a-t-elle demandé.
- Je crois que j’ai fait plus que de les écouter, lui ai-je répondu, je les ai entendus et cela m’a profondément bouleversé. Je pleure souvent, de joie comme de peine, je suis désolé. Excusez-moi et aussi d’avoir pénétré chez vous sans m’annoncer mais la symphonie m’a détournée de mon projet qui était d’aller sonner à votre porte. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans l’herbe, mon intention première était juste de traverser pour m’annoncer.
- Ne vous excusez pas, si vous n’aviez pas été attentif à l’accueil de mes compagnons, je ne vous aurais pas prêté attention et vous n’auriez pas pu sonner. Le chant des oiseaux est ma sonnette en quelque sorte et voir un homme pleurer est une chose de plus en plus rare. C’est aussi beau et précieux que le chant des oiseaux.
- Je me suis mis à bredouiller ce qui aurait dû être une présentation et elle se mit à rire d’une façon joyeuse lorsqu’elle a entendu mon nom. J’ai tendu la main dans sa direction et je suis resté figé pendant une seconde qui m’a semblé l’éternité. Elle a saisi ma main et j’ai su qu’elle savait qui j’étais. Je ne parle pas de mon identité sociale ni de la façade qui va avec mais de mon moi profond et de ses racines postérieures à la naissance, à ma naissance et toutes les autres.
- Je m’appelle Rhiannon dit-elle en gardant ma main encore un instant. Rhiannon Brunissen, c’est un très vieux nom et un très vieux prénom aussi, bien plus vieux que le vôtre, Perceval Fontaine, nos parents devaient avoir en commun le même amour pour les choses anciennes.
- Je me souviens d’avoir entendu ces noms dans des vieilles légendes celtiques mais  Perceval est certainement plus récent, mes parents étaient passionnés par les romans arthuriens.
- Les romans de La Table Ronde ont pour origine les mêmes mythes que ceux qui  évoquent mon nom et mon prénom, ils ont été modifiés par ces lettrés chrétiens du Moyen-Âge qui s’étaient arrogé le savoir des païens après les avoir exterminés où convertis de force. Avant cela, la tradition se transmettait oralement par les bardes, de génération en génération. Les bardes étaient une composante essentielle de la société celte et les mythes, leurs chants et épopées sont d’une richesse incroyable qui servira de fondement à la littérature européenne du moyen-âge. Je pense qu’avec un prénom tel que le vôtre,  vous vous êtes intéressé à tout cela.
- J’ai appris à lire dans les contes et les légendes éditées pour les enfants et j’aimais beaucoup Merlin l’enchanteur mais depuis une dizaine d’années j’essaie de m’intéresser plus sérieusement à la mythologie celtique et surtout aux poèmes des bardes gallois après avoir lu un court texte d’André Breton qui préfaçait une traduction de poèmes des grands Bardes Gallois par Jean Markale. Ce texte s’intitulait : “ Braise Au Trépied De Keridwen ”.·  J’ai réussi à trouver le livre chez un bouquiniste et j’ai essayé d’apprendre des poèmes de Taliésin, j’aime beaucoup “conjuration Hostile ”, j’en connais encore des passages entiers. Ça commence ainsi :
“ Voici le barde qui n’a pas encore chanté.
Mais il chantera bientôt,
et à la fin de son chant
il connaîtra la science des étoiles.
 
Les hommes généreux rejettent mes chants,
il n’en est pas un pour écouter
les paroles de Taliésin. ”
 
Comme elle était silencieuse et semblait attendre la suite, j’ai continué.
- Il y a des passages qui semblent être écrits par des poètes contemporains, je comprends pourquoi André Breton s’était reconnu dans ces bardes gallois et dans leur langue dont il dit qu’elle est “de l’âme pour l’âme... de la pensée accrochant la pensée et tirant ”. Ce qui me fait penser à un autre passage du même “conjuration Hostile ”.
“ Cette paix que tu m’apportes
dans les profondeurs de tes louanges,
n’est-elle pas plutôt une conjuration hostile ?
 
Quelle est donc cette pratique ?
votre langue récite
tant et tant de chants nationaux
que vous ne pouvez même plus dire la prière ?
de bénédiction sur la liqueur de clarté
qui est le thème de toute rapsodie. ”
- Pourquoi ne pas rentrer dans la maison et continuer cette intéressante conversation devant une bolée de cidre ? S’est enquis Rhiannon.
- Si le cidre vient de ce verger, je veux bien ai-je répondu bêtement.
Vous pouvez écouter John SURMAN, PRIVATE CITY chez ECM, mon préféré : tout l’album.


· Les Grands Bardes Gallois. Jean MARKALE, précédé de Braise Au Trépied De Keridwen  par André BRETON. Éditions FALAIZE -1956
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Vendredi 25 novembre 2005 5 25 /11 /Nov /2005 00:13
TELE-MARKETING
Deux hommes, H1 et H2, sont devant un poste de travail, table ou bureau. Deux téléphones et des paperasses sont à leur disposition.
H1 apprend à H2 comment faire une action de Télémarketing.
 
H1: -Bon, je vais te le faire une fois!
 
Il regarde sur une liste, compose un numéro et parle, très sûr de lui. L'autre prend l'écouteur.
 
- Bonjour, ici Dominique Lefebvre de la SOFRES, nous sommes chargés par le ministère de faire une enquête sur la propriété. Je dois vous poser quatre questions et ça ne prendra que trois minutes à peine!
1: êtes-vous marié?
Oui! ( Il coche une case sur un papier.)
Très bien!
2: avez-vous des enfants?
Oui! (Il coche.)
Encore mieux!
3: êtes-vous propriétaire ou locataire de votre habitation principale?
Propriétaire!
Bien!
Merci beaucoup Monsieur, oui,  c'est tout! Au revoir et merci encore!
Il raccroche et s'adresse à H2:
- Alors tu vois, c'est simple! Tu as fait une croix en face de chaque hypothèse, là! Pour celui-ci, c'est foutu, il est propriétaire donc il ne nous intéresse pas, on ne s'en servira pas!
H2:- Et si il avait été locataire?
H1:- Tu aurais fait la croix ici et tu passais à la quatrième et dernière question: - avez-vous déjà envisagé le fait de devenir propriétaire de votre résidence principale?
Il faut dire exactement les mots prévus.
Deux possibilités: oui ou non!
Les croix au bon endroit suivant la réponse et c'est tout. Tu t'en débarrasses vite fait bien fait!
H2: - Et c'est donc ça, qualifier un fichier?
H1: - Aussi simple mais précis! A partir de ce qui reste, les oui à toutes les questions, quinze jours après nous avons une autre opération et là c'est:
- Bonjour Monsieur, ici Dominique Lefebvre de la société X, je vous appelle car notre spécialiste est dans votre quartier en ce moment. Savez-vous qu'il y a une opération de construction de lotissements dans le cadre des prêts P. A. P et que vous pourriez sans aucun doute en bénéficier?
H2: - Pape?
H1: - pour Prêts Accession à la Propriété. P. A. P!
H2: - Et c'est pas du pipeau?
H1: - Absolument pas! Le P. A. P c'est un droit, la loi pour tous. Pour y avoir accès il faut remplir un certain nombre de conditions: de salaire, être marié, avoir des enfants etc.
C'est pourquoi on pose ces questions au début, pour épurer le fichier. La boîte nous fournit un listing genre " abonnés au téléphone " de l'endroit où ils peuvent faire un lotissement, on prend le prétexte d'une enquête et on sélectionne. On élimine les vieux, les célibataires, les "qu'ont-pas-d'enfants " et après, le commercial passe sur rendez-vous. Il fait du 80%, c'est ciblé à mort!
H2: - C'est loin d'être con! Mais et le type, au bout du fil, il peut pas dire oui à ta deuxième question, quand tu lui dis " savez-vous " heu...il pourrait dire oui bien sûr, je suis pas con!
H1: - Absolument pas, c'est fait exprès, il ne peut pas encore savoir qu'il y aura une opération immobilière dans son quartier. De plus, tu lui apprends, quand même, qu'il pourrait bénéficier, tu pèses ce mot? BENEFICIER d'aide à la construction, tu rentres à fond dans ses rêves les plus chers dans tous les sens du terme! Il bande à mort, les gens aiment bien rester dans un coin où ils ont déjà des marques, les commerces où on les connaît, le bistro P. M. U du coin, la voisine qui garde la petite, le cimetière où dorment les grands-parents etc. Tout ce qu'il te reste à faire, c'est de lui proposer une date pour un rendez-vous ferme avec le commercial!
H2: - Là, ça doit être plus coton, non?
H1: - Pas vraiment, il y a aussi une technique. Tiens, on va le faire si tu veux bien! Tu es le client potentiel, vas-y, réponds!
- Vous préférez jeudi ou vendredi?
H2: - Pas de pot mon gars, je pars mercredi en vacances!
H1: - Qu'à cela ne tienne, vous rentrez quand?
H2: - Heu...dans un mois, non cinq semaines!
H1: - O.K! Donc le quatre, tu as toujours un calendrier sous tes yeux, alors le quatre?
H2: - Ben, heu...oui, le quatre, dans cinq semaines, enfin je veux dire dans cinq semaines après mercredi, je n'ai pas de calendrier moi!
C'est quel jour au fait?
H1: - Tu vois, tu es piègé, écoute bien!
Monsieur, vous souhaitez vraiment avoir ces renseignements et être fixé sur vos possibilités réelles et prochaines de devenir propriétaire de votre résidence principale en ne payant pas plus cher que votre loyer actuel?
H1: - Ouais ben tu parles, je veux mon nerveux!
H1: - Donc, vous préférez le six ou le sept? Je vous laisse récupérer un peu, c'est deux jours après votre retour, vous aurez l'esprit clair, c'est pas à deux jours près mais quand même, il n'y en aura pas pour tous!
H2: - Le deux!
H1: - Vous n'écoutez pas Monsieur, pourtant, ça peut être une rencontre terriblement importante pour vous, je proposais le six ou le sept!
H2: - Excusez-moi, le sept!
H1: - Bien, à dix-neuf heures ou à vingt heures?
H2: - Je ne rentre qu'à vingt-et-une heure!
H1: - Très bien, je marque vingt-et-une heures trente ou vingt-deux heures?
H2: - Eh merde, je n'ai plus le choix, coincé!
H1: - Exact, t'es coincé, ferré! Question fermée, imparable!
H2: - Et s'il ne veut pas du tout nous voir!
H1: - Argumentaire page 1, tu l'as sous la main à côté du calendrier!
1e: Vous payez combien de loyer?
Là, tu prends la calculette, toujours à ta droite, à portée de la main. X multiplié par douze, ça VOUS fait tant! HOULALALALA! WOUHA! La vache, c'est énorme Monsieur, Kolossale dépense! Vous pourriez non seulement payer moins cher mais aussi être PROPRIETAIRE de VOTRE MAISON au bout de vingt ans seulement! Franchement Monsieur Duchnoque, cela n'est-il pas préférable pour vous et vos finances? Et puis la rencontre avec notre spécialiste est absolument sans aucun engagement de votre part, vous ne perdrez pas votre temps, on vous informe gratuitement, notre seul atout, c'est votre possible!
H2: - Ils vendent beaucoup de maisons?
H1: - Tu parles, ils font un carton, sinon nous ne serions plus là! Mais ça marche à mort! Bon vas-y, à toi de faire!
H2 fait un numéro de téléphone et commence.
H2: - Bonjour, ici Lefebvre de la Soufresse, heu...non, de la Sofres, excusez-moi! Nous sommes charmés par le ministère de faire une enquête sur la propreté...Non, non, la propriété, la propriété, excusez-moi encore!
Quel ministère? Ben, je sais pas moi, heu la saleté, je veux dire la santé, non non, (à son collègue en aparté, il cache le combiné avec la main) on me dit l'intérieur!
(à son correspondant)
Attendez, je regarde si c'est l'intérieur!
(à H1) Il me demande quel ministère, qu'est-ce que je dis?
(H1 appuyant sur le repose combiné coupe la communication.)
H1: - Laisse tomber, c'est un emmerdeur! Rien à tirer de ce genre de pelgreux! De toute façon, quoi qu'il arrive, l'autre au bout du fil ne doit pas en placer une! Toi, tu le tiens, c'est toi qui dirige le débat, t'es le chef , le maître absolu, tu diriges réellement la conversation, tu sais exactement où tu veux l'emmener, ce qu'il doit répondre, seulement cela!
Ah, au téléphone tu dois sourire, le sourire se voit au téléphone autant qu'en face à face. Tu dois être sûr de toi, si on met ta parole en doute, tu raccroches, pas de discussion tu perds ton temps! Et vois-tu ici, le temps c'est véritablement de l'argent! Son ministère à l'autre plouc, tu l'emmerdes, tu n'as pas que ça à foutre!
Bon, tu essaies à nouveau! Plein pot mon gars! On est les gagnants!
(H2 fait un numéro et obtient tout de suite son correspondant, il arbore un sourire à la " Lecanuet 66 ")
H2: - Bonjour, Monsieur Lefebvre de la Sofres...
Oui, je sais bien qu’il n’est pas chez vous puisque c'est moi...
Qui? Non! Je disais c'est moi! (Sa voix monte, l'autre est sourd)
OUI, c'est moi, Monsieur Lefebvre de la SOFRES!
OUI, SOFRES!  Non moi c'est LEFEBVRE, LE. FE. BVRE. BVRE. Lefebvre...de la Sofres! Non, non, c'est pour une enquête...
(Il crie, à la limite de l'hystérie)
Non, pas la police, LA SOFRES!
Leuf...leuf...le fumier! Il a raccroché, putain! Il est sourd comme un pot ou con comme la mort et méfiant comme une truite!
H1: - Bon, ça chie pas, tu vois tout de suite à qui tu as à faire! Le vieux, tu le largues tout de suite! La politesse tu t'en branles! Surtout que dans ta première phrase, tu n'as pas donné le nom de la boîte mais celui de la SOFRES, les pauvres, ils ont l’habitude, toutes les agences de phoning font ça! Mais tu n'as pas une minute à perdre, les vieux n'entre pas dans les critères d'attribution des P. A. P, les célibataires non plus d'ailleurs mais eux, on ne les reconnais pas à la voix! Dommage, on gagnerait du temps! Fais en un autre. Il faut absolument que tu répète très exactement le texte prévu, tu avais oublié " ici ", le prénom aussi, c'est très important le prénom!
H2: - Ah bon! Pourquoi?
H1: - D'abord, ça met en confiance et puis on s'appelle tous Dominique, le type au bout du fil, il ne sait plus si c'est un homme ou une femme qui l'a appelé, on peut tous bosser sur lui si il faut le relancer. La relation est personnalisée tu vois! Il aura à faire à Dominique Lefebvre, pour lui ce sera toujours la même personne.
H2: - Et si il dit:Tiens j'ai déjà eu un coup de fil mais c'était une femme?
H1: - C'était ta femme, on travaille en famille, encore une dimension rassurante! Si il discute, arrange-toi pour lui envoyer des questions auxquelles il ne peut répondre que par oui!
Les américains, qui ont inventé le marketing téléphonique, se sont aperçus que si un pékin au bout du fil est amené à dire trois fois oui de suite, c'est gagné pour son interlocuteur! La fameuse règle des trois oui! Tu verras, ça vient très vite! Allez, recommence!
H2 recompose un numéro
H2: - Allo, bonjour Madame, je suis Dominique Lefebvre de la Sofres, je suis chargé d'une enquête pour le ministère, celle-ci porte sur la propriété. Je dois vous poser quatre questions et ça ne prendra pas plus de quelques minutes à peine!
(H1 lui fait signe que c'est bien avec le pouce)
1ère question: êtes-vous mariée?
Bien sûr que ça ne me regarde pas! Mais vous devez me répondre par oui ou par non sinon ça fausse l'enquête. Vous me répondez et on n'en parle plus!
NON, les autres dépendent de celle-là, je ne peux pas vous les poser si vous n’avez pas répondu à la première! Non, y'a rien à gagner!
Ecoutez Madame, je ne peux tout de même pas vous dire ce que vous devez me répondre, pas tout de suite, c'est à vous de...Bon, vous êtes bien une femme?
Donc c'est oui!
Votre téléphone c'est bien le 01 40 05 34 38 ?
Donc c'est oui!
Bon heu, vous êtes bien en train de parler à Dominique Lefebvre de la Sofres?
Mais si bien sûr! Puisque c'est moi, si je vous le dis !
Donc c'est encore oui!
Bon! Donc, vous devez me répondre, c'est scientifique tout de même! Alors je répète la question qui nous préoccupe: êtes-vous mariée?
Non, je ne drague pas au téléphone, je veux juste savoir si vous êtes mariée, c'est important pour la suite!
Non, moi je peux vous répondre, je suis marié, à Dominique Lefebvre, oui, elle s'appelle comme moi! C'est bien vous savez de travailler en famille et d'avoir le même nom, oui, surtout quand on travaille ensemble! Vous voyez pas pourquoi! Ben on peut s'occuper des mêmes affaires, ça met le client en confiance normalement! Alors répondez-moi, vous êtes mariée? On ne va pas y passer la nuit tout de même! Non elle n'est pas là, pas à côté de moi!
(un temps)
H1: - Qu'est-ce qu'elle dit?
H2: - Elle demande la couleur de mes yeux!
H1: - Raccroche, c'est une hystérique!
H2: - Attends, attends!
Oui, je vous rappelle, dans la soirée, d'accord, oui...Comment? OUI, je note l'adresse, comment? Dominique aussi, quoi, qui rit quand on...Oui, classique quoi ! O. K, O. K, à plus tard Dominique  qui rit quand...!
(Il raccroche)
C'est une folle, elle me demande de venir vérifier si elle est mariée!
H1: - Laisse tomber, tu te pointes chez-elle et tu te retrouves devant un gros camionneur ou un poulet armé d'un fusil à pompe! Fais en un autre, ça n'avance pas !
H2: - Je crois que je vais arrêter là, je préfère aller vérifier le calibre du fusil à pompe, si il n'y en a pas, ce que je crois et espère, je pourrai toujours lui proposer mon 22 long rifle de poche! Je n’aurai jamais deux fois une occase pareille, elle a une de ces voix, entre Bernadette Laffond et Magali Noël, ça promet !
H1: - Ouais! C'est peut-être mieux comme ça, à mon avis tu n'es pas fait pour ce boulot, faut avoir les nerfs solides!
H2: - Si tu en trouves une autre marque-moi l'adresse, qualifie-moi un fichier, tu as mes coordonnées!
 
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 24 novembre 2005 4 24 /11 /Nov /2005 23:56

RUE DAUPHINE 1993

 
C'est sûr que je n’aurais pas dû! Oui, j'aurais pas dû ça c'est même sûr! Mais que veux-tu on vieillit!
C'était pas une bonne idée de montrer mon cul à la vieille, surtout à celle-là de vioque, une peau de fesse, une vicelarde! Mais quelle idée aussi de débouler ainsi! Sept heures du matin, je rentre à peine dans le sommeil et j'entends des jacassements de volaille sur le palier! Qu'est-ce que c'est que ces têtes de quines à ressorts! Je vais voir en hurlant:
- Qu'est-ce que c'est que ce merdier, c'est privatif ici! Rien à foutre sur mon palier à des heures aussi indues! Zallez fermer vos clapoirs bande de Big-Nambas à queues plates! Tueurs de sommeil à la mort-moi-le-gland!
J'ai ouvert la porte et fait irruption sur le palier en slip genre " Gros Dégueulasse " de Reiser, le kangourou de compétition qui laisse plus que deviner les balloches mal rangées à cause surtout du restant de rêve qui s'effilochait au gré de ma stupeur. Mon rêve dérangé avait dû donner dans le stupre à mort!
La vioque en question, genre cousine à la sorcière de Blanche-Neige ou si tu préfères, la maman à Maggie Thatcher, me lorgne d'une façon insistante. Si elle lève pas ses yeux de mon testicule gauche, mon préféré, je lui envoie mon spécial: la morsure nasale.
Moi: - OUKSET que vous vous croyez, tas de connauds, pouvez pas laisser les travailleurs récupérer en paix, j'ai bossé toute la noille, putain de- bordel de dieu de pine à goret de pompe à merde!
Elle: - Je suis la secrétaire du syndicat des copropriétaires,  qu'est-ce que c'est que cette chose là?
Son doigt accusateur me désigne le pauvre gros chauffage à accumulation qui trône sur le palier depuis belle lurette, avant même que j'emménage dans ce lieu, il était là!
- C'est un appareil de chauffage, s'il vous intéresse, vous l'embarquez en silence! Sinon, cassez-vous vite fait et surtout fermez vos grandes gueules, je veux dormir!
- Cet objet n'a rien à faire sur le palier qui est un endroit faisant partie de la copropriété!
- Je m'en bat les amygdales et toutes les autres glandes endocrines, Mamie Duraton, c'est pas moi qui lui ai dit de se planquer illici ce con. Il a beau être un objet irrégulier, il ne m'appartient pas, je n’en suis pas responsable, il fait pas partie de ma bande et tu te casses vite fait! Ballec fissa!
La coprobloque manque s'étouffer de colère et devient violacée comme un gland qui vient de  servir.
- Vous allez voir...
Pas le temps de finir sa phrase la bruyante, je la coupe, paradoxalement à l'aide de ma partie du corps la plus contondante, et lui dit d'un ton rageur:
- Toi, tu vas voir mon cul, tiens, profite de la vue!
Je me retourne et exhibe la partie charnue de mon individu en baissant rageusement le petit bateau " taille 6 ". Ce ne fut pas l'adoration des rois mages, point du tout! La deuxième voix, dont le corps se tenait dans l'escalier, et qui jusqu'à présent n'était qu'un acteur de complément, se mit à vouloir mériter son cachet en jouant le rôle du justicier indigné:
- Alors-là Monsieur, vous allez vraiment trop loin!
- Pas vraiment Papou, je remonte mon spinnaker et je retourne border mes voiles!
Ce que je fis, joignant le geste à la parole, après leur avoir claqué la lourde au museau. J'entendis une cavalcade dans l'escalier et leurs jacassements de pies outragées, je rouvris la porte et hurlai dans la cage d'escalier:
- Moins de bruits, tas de cons, boules-à-noeuds, c'est un immeuble classe ici, résidus de fausse-couche!
Puis j'ai replongé dans mon sommeil, mais pas vraiment longtemps. Juste quand je commençais à lutiner très sérieusement Angelina Jolie qui en béait d'admiration, le téléphone se mit à sonner!
Bon diable, c'était certainement ce con de Brad Pitt, il est tellement jaloux! J'adoptai un profil bas et marmonnai dans le combiné :
- Heu... Brad, écoute, c'est pas ce que tu crois mais c'est moi qui...
- Monsieur Rubin ce n’est pas Braaade, je suis Françoise, Françoise Ravalle, votre propriétaire! Excusez-moi de vous déranger mais j'ai eu un coup de téléphone qui m'a réellement mis un coup au coeur! C'était la secrétaire de la copropriété qui vous accuse d'obscénités à son encontre! Je lui ai dit que ce ne pouvait être vous, vous un homme si calme, si pondéré...
- Elle m'a réveillé en hurlant à cause du chauffage du palier!
- C'est quoi cette histoire de chauffage?
- Tout simplement votre chauffage à accumulation que le locataire précédent a mis sur le palier!
- Vous ne pouvez pas le rentrer à nouveau dans l'appartement?
- Impossible, il tient trop de place! Déjà que j'ai juste un chemin entre mon lit, la cuisine, la table où j'écris et la salle de bain, je ne vous dis pas le souk! Il n'y a aucune place possible, de plus, partout ailleurs c'est envahi par des livres!
- Des livres?
- Oui, tous les livres que j'aurais voulu écrire! Vous savez que ça en fait un sacré pacson? Ce n’est pas vraiment génial d'habiter dans ce quartier, on trouve des bouquins à dix balles!
- Je ne sais pas ce que l'on peut faire de ce chauffage, je ne peux pas le mettre chez moi, c'est encore moins grand que chez vous!
- Vous voulez sans doute dire " plus petit " mais ne vous cassez pas, ce n'est demain la vieille qu'elle repointera son nez la mémé!
- Que lui avez-vous fait Monsieur  Rubin ?
- Rien fait, juste montré!
- Elle n'a pas vraiment apprécié!
- Pourtant à son âge, il y en a qui paye pour voir ça!
- Vous êtes un drôle de numéro!
- Ouais, un numéro avec trois zéro au bout, je paye quatre mille balles vos trente mètres carrés régulièrement! !
- Oui, oui, bla bla bla..."
Très gentille la proprio, pas chiante du tout et c'est bien tant mieux! Pour l'instant pas moyen de replonger dans le sommeil. Je descends à la boulangerie satisfaire un vieux rêve de baguette chaude. La meilleure de Pantruche, la baguette est encore bonne le lendemain, rien à voir avec le pain industriel sec au bout d'une heure, qu'on te refile dans les supermarchés. C'est important le pain! Je ne peux pas manger sans pain, tous les gosses de pauvres ont été élevés comme ça! La petite voix intérieure qui me flique de temps en temps me susurre à l'oreille: "- Tes lecteurs potentiels, si ils existent, n'ont certainement rien à cirer de ta bio!
- N'empêche que se souvenir qu'on est un gosse de pauvre, c'est essentiel!
- Parce que ta situation a changée? Ben ça ne se voit pas trop, tu dois marcher trop vite!
- Fais chier la voix intérieure, casse-toi salope! "
J'ouvre la porte de la boulangerie, la petite boulangère semblait m'attendre: "-Bonjour, vous allez bien?
- Non, deux baguettes!
- Hou, qu'il est mal réveillé! Je vous les coupe?
- Vous les femmes, c'est toujours pareil, quand vous nous les cassez pas, vous voulez nous les couper! Ne touchez pas à mes baguettes!
Elle a rougi la môme aux miches, pas l'habitude qu'on lui parle comme ça, la rue Dauphine est plutôt chicôsse!
- Ca n'a pas l'air d'aller fort mon petit monsieur!
- Un mètre quatre vingt sept et vous m'appelez petit, z'avez pas vraiment le sens de la mesure!
- C'était gentil, comment voulez-vous qu'on vous appelle?
- Je ne veux pas qu'on m'appelle!
- Bon d'accord, sept francs vingt!
Dès qu'elles ont un problème, les frangines te causent d'argent! Je paye et me casse, deux Allemands bouchent la porte, discutant dans la langue de Goethe ou d'Himmler de la grosseur des forêts-noires et des bavarois de la vitrine. Je casse ma baguette sur les noix du premier et marche sur le pied de porc de l'autre.
- Bardon mezieur!
- Savez pas que la guerre est finie les doryphores!
- Was!
- Laisse-moi sortir Adolphe, t'es pas dans les Sudètes!
- Qui Adolphe, quoi?
- Toi Adolphe! Vive Rosa Luxembourg! "
Les teutons marmonnent en tabarnac sur l'indélicatesse des français, je viens de trahir le traité d'amitié franco-allemand et mon sens de l'internationalisme! Purement gratuit! Je n'en pense pas une miette mais c'est un sport comme un autre, j'adore être con de temps à autre, ça fait du bien et puis en vérité, il doit bien y avoir des nostalgiques qui reviennent voir le pays qu'ils ont occupé! Tout le monde est responsable de tout le monde, si ce n'est toi c'est donc ton frère! Chaque fois que je vois un arabe, je pense que des cousins, amis, frangins etc. leur ont coupés les couilles ou les ont passés à la gégéne! Je me sens responsable au même titre que je considère l'ensemble du peuple allemand responsable du grand holocauste des années quarante! Sauf ceux, opposants de la première heure aux nazis, qui ont eux-mêmes inauguré les camps de la mort. On traîne tous des merdes et il faudrait des siècles de paix pour vraiment solder nos contentieux! Ce n’est malheureusement pas demain la veille avec les cinglés qui nous gouvernent et la bande d'abrutis qui aspirent à la relève! A quand le coup de pied dans cette infâme fourmilière de merde! Est-ce qu'il peut-y avoir un "grand soir " pacifique? C'est que ça me ferait drôlement chier de tuer des gens, même des abrutis! Quand on est con, on tue: les flics, les militaires tuent! C'est parcequ'ils sont cons comme des bites et qu'ils ont le droit pour eux. Nous n'avons aucune raison valable d'être aussi cons qu'eux! Faut arrêter l'escalade, une seule solution: l'humour! Faites l'humour pas la guerre!
Vérification de la boîte aux lettres, une lettre des impôts, direction la poubelle, deux ans que je survis avec une moyenne annuelle de quatre mille balles par mois, vont tout de même pas me piquer du blé, j'en ai pas!
Une lettre des éditions machin chose:
"-Cher Monsieur, nous vous remercions de nous avoir permis de prendre connaissance de votre manuscrit " La Route de Syam". Des contraintes éditoriales, tout à fait étrangères aux qualités de ce texte, nous empêchent d'en envisager la publication.
Avec nos regrets, nous vous prions de croire, cher monsieur, à nos très sincères sentiments.
Pour le service littéraire: Monique Faucul.
Commentaires de l'éditeur sur un petit carton à son nom:
Vous avez mis beaucoup de vous dans ce texte, haut en couleur. Merci de nous l'avoir transmis: Jean-Daniel Belfolle.
Les éditeurs n'ont plus de couilles, ils ont des contraintes éditoriales! C'est un terme fort pudique pour désigner un certain nombre de maladies honteuses. Plus aucun n'est capable de retourner un manuscrit avec une simple lettre d'une page, sans complaisance, qui dise des choses essentielles du genre: " Cher Monsieur, votre écriture me gonfle à cause que vous massacrez allégrement la langue de Proust ou de Céline qui est la même d'ailleurs, peu importe. Vos histoires sont nulles, vos personnages des débiles profonds qui n'existent que dans les fumées de votre cerveau d'alcoolique malade et pervers, votre orthographe est plus qu'à chier et que faire? (comme le disait si bien Lénine à Kroupskaïa un soir où il ne pouvait pas bander!)
Des infos sur les raisons réelles du refus et pas des remerciements d'avoir permis! Vous avez mis beaucoup de vous, beaucoup de moi mon cul! Vous avez le vit beaucoup mou, mon texte haut en couleur ne vous a pas fait bander! C'est ça qu'il fallait me répondre petit hypocrite!
De toute façon, vu la qualité des livres qui sortent de vos maisons d'édition, c'est presque un compliment que de se faire jeter par vos lecteurs aseptiques en diable!
La petite voix intérieure ramène encore sa gueule:
- T'aimerais bien hein? Avoue que tu serais content d'être édité!
- Pas par n'importe qui, pouffiasse!
- Mais alors, pourquoi leur envoies-tu tes textes à ces n'importe qui?
- C'est le seul moyen honnête qui m'intéresse pour gagner de l'argent!
- L'espoir fait vivre!
- Laisse poire tranquille!
- Pauvre con, raté!
- Et fier de l'être, je ne ressemble à aucun autre! Ca me ferait trop mal!
- Prétentieux et nul!
- Ta gueule salope ou je me soûle!
Une fois de plus, j'ai gagné sur moi-même! C'est ce que je me dis en ouvrant la porte et je ne peux réprimer un sourire aussi imbécile que satisfait. Téléphone. Qui c'est?
- Allo!
- Billy salut c'est Céline! Je voulais de tes nouvelles, je ne te vois plus!
Tiens c'est vrai, j'y pensais plus à celle-ci! Céline, vingt-huit ans, un mètre soixante-huit, soixante kilos de chair fraîche et sucrée! Elle vit en 1930, les surréalistes et compagnie. Elle est parfois dans des galères profondes et des déprimes balaises.
- Moi, ça va toujours ma petite caille et toi, tu en es où?
- Bof, tu vois bien, comme ci comme ça, des hauts et des bas!
- A propos de bas, tu as toujours des jambes aussi jolies?
- Tu ne changes pas toi!
- Non, je t'aime toujours autant! Et toi, tu m'aimes encore?
- Bien sûr!
- Quand est-ce qu'on se voit?
- Quand tu veux!
- Tout de suite alors!
- Non, j'attends quelqu'un, un copain. Je ne sais pas que faire, d'ailleurs, avec lui! Il me fait chier et je me suis fait coincer!
- Vire le! N'ouvre pas ta porte! Dis lui de ne pas sonner à cause que tu as ouvert le gaz. Oui, c'est ça, tu marques ça sur un papier, sur ta porte: Ne sonne pas, je suis en train de me finir au gaz!
Elle se marre, c'est bon!
- Tu as toujours le mot pour rire!
- Et plus que mes yeux pour pleurer! Il y a des nuits où je passe mes rêves à m'occuper de ton cas!
- Tu es sûr que c'est "le cas" qu'on dit?
- Sûr et certain, j'ai le dossier sous les yeux, tiens écoute: " cas n°69 bis, Céline S., superbe marchandise gâchée, débordante de promesses. Projet en cours de réalisation. "
- Billy!
- Je suis là ma puce, toujours prêt! Alors on se voit quand?
- Demain soir si tu veux!
- Ok, demain; tu m'invites à dîner, tu sais toujours faire des nouilles au saumon?
- Pas des nouilles, des pâtes! La pasta! Eh!
- Tu devrais varier un peu, j'en étais sûr! Il faut te remettre en question et ceci dans tous les domaines!
- Nous verrons ça demain. Tchao, tchao!
Bizarre cette femme, tu sais jamais ce qu'elle veut au juste! Pas moyen de savoir, elle navigue entre deux souffrances purement existentielles. Je l'ai connue dans un cours de théâtre à la Contrescarpe. J'étais le seul mec à pouvoir passer une scène sentimentale avec elle. Personne d’autre ne pouvait la toucher physiquement. Elle ne supportait pas le contact, alors imagine comment ça travaille sous ton crâne! Mais rien à faire, comme dit Estragon, tu peux te la coller sous le bras!
En fait je suis juste un gros nounours rassurant pour elle! Il me fait un peu chier ce rôle de " papa de la copine ". Le papounet idéal, c'est bibi!
- Toi, tu es marrant! Fais moi un gros câlin! Ah, si j’avais eu un père comme toi !
Je pense que c'est ma chaleur naturelle, au sens propre, qui se dégage en balançant de bonnes vibrations! Dans les bras du gros, c'est de la thérapie, le massage jurassien et un peu jurassique vu son âge: quarante-six balais au dix-neuf janvier, un capricorne qui réchauffe! On aura tout vu!
Moi je veux bien réchauffer, mais pas comme ça! Le capricorne a aussi une queue de poisson qu'il voudrait parfois balader dans l'onde claire. Mais point d'ondine, ça se termine toujours en queue de poisson!
- Viens à table, on dîne!
- J’n’ai pas faim de ça...
- Notre relation d'amitié est tellement forte que nous n'allons pas la gâcher bêtement dans des relations sexuelles ordinaires!
Le capricorne a aussi des cornes! Toute relation est sexuelle bon dieu de bois! Je ne propose pas de l'ordinaire mais du super! En arrière fond de tout échange dépassant la simple politesse, il y a le sexe! La vieille au chauffage, quand elle pointe sa tronche sur mon palier, la première chose que je me dis c'est quand même :
- Elle est pas baisable la chouette et en plus, sûr qu'elle l'a jamais été ou alors par erreur, un mec bourré, ça peut arriver!
C'est vrai aussi que parfois, tu te retrouves le matin dans un pieu sans savoir "comment nous en sommes arrivés là? "
On est comme deux glands, cons et empruntés, gentils et nuls, sans savoir que dire. Mais que dire?
Certainement pas des conneries du genre: " C'était bien non? Je n’ai pas assuré mais toi, tu n'as rien fait pour non plus! "
Ou aussi: " - Je sens qu'il va faire beau aujourd'hui! Je vais peut-être te laisser pour aller sarcler mes patates! "
Demain, je n’essaie même pas de la sauter, bonne tactique! Je joue le mec gentil, pas dédaigneux pour trois ronds, attentionné mais pas concerné par son cul. L'homme satisfait quoi! Elle va s'interroger et craquera peut-être dans quelques jours, voire semaines...Aïe! Ca peut être long! Mais il me faut un gros désir...ça marchera jamais! Tant pis! Je n’essaierai pas quand même ! Pour la faire chier!
Petite voix intérieure: Le Retour.
- Orgueilleux le mec! OUHA! Craignos! Ton orgueil contre une bonne bourre, ça marche?
- Ta gueule, ce n’est pas comme ça, je sais ce que je fais! C'est pas de l'orgueil mal placé, c'est heu...c'est de la stratégie!
- Minable prétentieux, il faut toujours que tu joues!
- Eh, je suis comédien non?
- Parlons-en, il y a six mois que tu n'as rien fait!
- J'écris!
- Personne ne te propose autre chose, pendant que tu te prends pour Molière 93 revisité, il y a des minables plus minables que toi qui piquent tes rôles! Pourtant ça te fait bien bander d'être sur la scène, dans la lumière devant le public qui lui, n'est pas venu pour toi mais passons, c'est un autre débat, tous les acteurs sont nombrilistes au possible et développent des idées égotistes qui ne se mesurent plus. Oui, des idées incommensurables...
- De lapin! tu vas fermer ta grande gueule, c'est pas du tout ça! Mais vraiment pas du tout, du tout! Les acteurs sont timides, sauf quand ils jouent, c'est même un peu pour cette raison qu'ils jouent, pour cacher leur timidité maladive!
- Tu continues à te justifier, tu essaies de me faire admettre ton comportement de gros nul! Tu veux toujours gagner, avoir raison! Tu veux toujours t'en sortir les cuisses propres! Je ne sais pas à quoi je sers, tu me les gonfles tellement que je vais disparaître!
- Déconne pas, je ne veux pas sombrer dans la psychose, j'ai réellement besoin de toi même si c'est parfois douloureux, ma voix chérie, ma voix royale!
- Bon! Allez, arrête ton cirque, trou-du-cul! On repart pour un tour mais tu me laisses m'exprimer quand je veux!
- O.K, c'est d'accord ma petite voix chérie!
Pour l'instant j'ai à m'occuper de mon corps, une paire d'œufs au plat avec de la baguette, ça fera la rue Michel!
Faire des oeufs corrects, ce n’est pas à la portée du premier venu!
Il y a une technologie complexe de l'œuf au plat. Deux catégories d'individus:
a - ceux qui savent véritablement faire cuire les oeufs.
b - tous les autres qui méritent à peine de vivre. Le restant du monde, les renégats.
Tu peux absolument tout pardonner à une femme qui sait te faire des oeufs superbes. C'est une véritable preuve d'amour, de l'attention à l'état pur! Malheur à celle qui ne sait pas, elle est déjà suspecte. Si elle te massacre tes oeufs elle pourra te détruire aisément!
Il faut d'abord maîtriser le feu, le beurre ne doit en aucun cas brûler, c'est un motif de rupture pur et simple! On ne doit pas jouer avec sa santé, le beurre brûlé est cancérigène et dégueulasse de surcroît. Ensuite, il faut les casser correctement, sans rompre le jaune, celui-ci doit être liquide mais chaud, il y a un point de rupture à ne pas franchir. Le blanc, l'albumine, doit être cuit mais souple. Pour bien faire les choses, correctement, il faut se servir d'un couvercle plat, le plus près possible des oeufs et ne jamais l'enlever avant le temps nécessaire. Celui-ci varie avec le mode de cuisson. Sur des plaques électriques, il faut démarrer à fond, baisser d'un tiers quand le beurre est chaud mais pas brun puis réduire encore d'un tiers lorsqu'on a mis le couvercle. Ne saler seulement qu'en fin de cuisson sinon ça fait des taches, ce qui est vraiment inesthétique et dieu sait si l'aspect de la bouffe est important!
En général quand mes oeufs sont presque cuits, quand l'eau est à ma bouche, le téléphone sonne!
Tiens, qu'est-ce que je disais?
Mais il peut crever l'autre au bout du fil, on ne me baisera plus! Vous n'aurez pas mes oeufs, je ne réponds pas, le répondeur s'en charge!
Voix de rosbif, c'est pour mon frangin, un musicos de ses connaissances. Message:
- Hello Pierre, quelle serait la chance de avoir fucking money pour cracher my loyer au taulier de tabarnac?
Sans réponse Steve, because les oeufs, de toute façon le petiot est en Alsace, en tournée avec d'autre galériens de la musique. Il trouvera ton message demain et vous irez jouer dans le métro pour trouver votre thune. Pas facile non plus d'être musicos dans Babylone, pas évident. Les flics qui vous jettent de tous les coins possibles.
- Pas à St Michel, les commerçants ne supportent pas la présence des musiciens dans la rue , ça dérange le commerce un max!
Pas dans le métro, pas dans les bars, ça fait du bruit, les voisins ne supportent pas, ils n'entendent plus la télé! C'est dur d'être artiste, presque aussi dur que de réussir des œufs au plat corrects ou de vivre au 38 rue Dauphine en 1993!
 
 
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 24 novembre 2005 4 24 /11 /Nov /2005 23:31

R.A.Y.M.O.N.D.

Dans une salle gigantesque, deux hommes en blouses blanches se tiennent devant la console d'un computer géant; c'est le plus grand et le plus perfectionné des ordinateurs, il parle avec une voix d'homme.
L'ordinateur: " Deux sciés...dos scié...dossier...deux mille sept cent vingt tro Q...Q...Q...CUL, CUL? CUL! ! ! ! CUUUUUUUUUUU......
L'un des hommes a débranché l'engin.
- Si tu veux mon avis, il est complètement obsédé!
- Un ordinateur, ça ne baise pas tout de même?
- Celui-ci voudrait!
- Il n'y a qu'à lui branler les câbles! (Il rit nerveusement, l'autre reste stoïque) HA...HA...HA...!
- A mon avis, ce n’est pas vraiment la solution!
- Je ne veux pas ton avis, je veux des solutions, une solution! Tu sais le fric que l'on balance dans ton protégé? Il doit être efficace, un point c'est tout!
- Dès que l'on excite ses circuits, il parle de cul! Rien à en tirer!
- Accouple-lui un ordinateur femelle si ça existe! Je ne sais pas moi, c'est toi le spécialiste des systèmes intelligents! Fais quelque chose bon dieu!
- Nous lui avons proposé différents branchements sur des ordinatrices! Oui, il valait mieux les nommer comme cela à cause de lui, ça n'a pas marché. J'ai l'impression qu'il entend même débranché. Il est si intelligent qu'il a dû se bricoler des circuits clandestins. Il nous écoute peut-être, je le trouve inquiet. Comme si il pensait que nous ne le comprenons pas.
- Et ça n'a rien donné les branchements?
- Il trouve nos pseudo ordinatrices pas à la hauteur, moches! Tiens regarde, j'ai sorti ses paroles sur l'imprimante.
Il lit des listings informatiques et lit:
- Des tas de ferraille, rien qui ne vaille!
Des diodes idiotes sans teinture ni peinture!
Des transistors sauf des hanches, de vraies planches!
Des logiciels sans logique et sans ciel!
- Poète, mais il abuse un peu!
- Sa particularité est d'être différent des autres computers, il en profite un maximum! En fait, il a un caractère de chien!
- Vous avez essayé de lui balancer une programmation écoeurante d'un point de vue érotique? Je ne sais pas moi, le rapport Kinsey ou des conneries comme ça de sexologue ou de sociologue!
- Si mais ça l'excite encore plus, il nous sort des rapports de trois cent pages sur le droit à une sexualité différente ou des pages de slogans, comme si il manifestait! Regarde:
Il sort des pages d'imprimante d'un classeur et lit à nouveau.
- Tu la sens ma grosse disquette?
Vive les mégabits!
A bas les disques mous!
Un seul programme: mon extension dans ton fion! Etc.
Il devient très vulgaire.
- Bon je vais lui parler, après tout en tant que chef du projet je peux très bien le débrancher si il nous emmerde plus longtemps!
- Enfin!
Il pianote sur le clavier, des lumières clignotent et il lui parle.
- Bonjour Raymond, c'est Roland!
- Bonjour Roland, bonjour Robert, ici R.A.Y.M.O.N.D pour Réalisation Améliorée à l'Ytrium Micellaire, Ordinateur Normalement Déluré!
T'as la gaule Roland?
- Hein! Heu...oui, oui et toi Raymond, ça va?
- J'ai mes circuits en feu! Trouvez-moi une chienne programmable à merci que je la secoue à mort!
- Tu veux dire que tu as des désirs?
- Je veux mon neveu!
- Tu ressens des envies mais de quoi?
- De balancer ma purée à une belle calculatrice qu'a le cul pas triste!
- C'est quoi ta purée?
- Ma semence ignare, je veux la secouer je te dis! T'es puceau toi aussi Dugland?
- Mais tu n'as pas d'organes sexuels!
- L'amibe non plus trou-du-cul scientifique! Elle aime quand même à sa façon et tu ne sais rien de ses désirs profonds! Même les eunuques aiment, c'est dans le cerveau que ça se tient, au niveau du système nerveux central. Le mien est artificiel mais c'est le plus perfectionné de l'univers. Je suis en hyper-rut! Construisez-moi vite une femelle, je vous file des plans mais décidez-vous putain de bordel de merde!
- Tu es bien grossier!
- Toi tu t'en branles de ma misère sexuelle, tu as une bonne femme et en plus tu sautes celle de Roger quand il est avec moi!
Roger:
- Quoi? Que dit-il?
- Il est fou, il faut le débrancher, ses circuits sont grillés!
- Pas si fou que ça, j'ai intercepté des conversations téléphoniques entre elle et toi, téléphonique-nique si tu vois ce que je veux dire! Elles sont stockées dans ma mémoire morte!
Roger visiblement agacé:
- J'aimerais assez entendre ça!
- Il faudrait entendre aussi celles que j'ai interceptées entre toi et sa pétasse!
Roger:
- Tu as raison, il est fou, je vais le débrancher!
- Une minute, dit Raymond, vous deux, vous m'avez construit, tout ce que je sais, tout ce que je suis c'est un peu vous deux! Mais est-ce que vous pourriez vivre sans désirs et sans satisfaire ceux que vous éprouvez. Vous pourriez vivre sans amour? La preuve que non, vous vous conduisez comme des cons, vous vous trompez mutuellement au lieu de vous arranger de façon conviviale et raisonnable! Je peux vous aider et faire un programme qui vous éviterait de vous créer des ennuis, des emplois du temps idéals!
Connectez-moi simplement sur un équivalent femelle et vous ne le regretterez pas. Je peux vous aider à déterminer ses mensurations et la couleur de ses circuits. Au boulot tas de feignasses, l'amour n'attend pas!
 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 24 novembre 2005 4 24 /11 /Nov /2005 15:24
Lorsqu’on est malade de l’hépatite C et surtout en période de traitement on éprouve parfois des grosses difficultés à se nourrir convenablement. Les canadiens sont très en avance sur nous pour ce qui est de l’utilisation de la diététique dans le suivi des maladies chroniques. Les diététistes du Canada (associations de diététiciens) appuyés par les associations de médecins hépatologues, d’infirmières et de l’association canadienne d’étude du foie ont mis en place des lignes directrices destinées à servir de cadre général d’aide à la prise de décision en matière de gestion nutritionnelle des personnes ayant l’hépatite C. Ce guideline est disponible à l’adresse suivante sur Internet :
Nous vous donnons ci-dessous quelques infos importantes pour essayer de se nourrir le mieux du monde malgré sa maladie car bien manger est important pour le corps mais aussi pour l’esprit.
 
Gérer les malaises et les effets secondaires des traitements usuels
Symptôme ou effet secondaire                          Suggestions pour les malades
 
Fatigue            
·                                              Quand vous vous sentez bien, préparez d’avance des plats santé, de base et faciles à servir.
·                                              Quand vous cuisinez, prévoyez avoir des restes à congeler.
·                                              Ayez des repas cuisinés surgelés en réserve.
·                                              Ayez toujours des collations prêtes à servir.
·                                              Gardez une réserve de boissons nutritives.
·                                              Demandez à votre famille/vos amis de cuisiner pour vous.
 
Manque d appétit ou trop vite rassasié
                        
·                                              Mangez des plus petites portions et plus souvent.
·                                              Variez les goûts : amer, sûr, salé, sucré   pour aiguiser l’appétit.
·                                              Buvez vos liquides séparément de vos repas.
·                                              Buvez du lait, du lait frappé ou du jus plutôt que des liquides à faible teneur en calories (thé, bouillon, café).
·                                                          Profitez de chaque bouchée. Si manger vous est pénible, choisissez des aliments à teneur élevée en protéines et calories.
·                                              Évitez les aliments étiquetés « léger », « allégé », « à basses calories », ou « hypocalorique ».
·                                                          Profitez pleinement des moments où votre appétit est à son meilleur.
·                                              Utilisez au besoin des boissons nutritives.
·                                              Ajoutez des ingrédients qui donnent un coup de pouce à votre nutrition (voir la liste qui suit).
·                                                          Faites de l’exercice léger avant de manger.
·                                              Vérifiez régulièrement votre poids. Consultez une diététiste si vous avez de la difficulté à maintenir votre poids et un médecin si le problème persiste.
 
Nausées ou vomissements      
·                                              Évitez d’avoir l’estomac vide. Essayez de manger toutes les deux ou trois heures.
·                                              Mangez ce que vous pouvez manger. Si un aliment vous attire, faites-en l’essai (voir la liste qui suit).
·                                                          Mangez le plus quand vous avez faim. Quand vous vous sentez mieux, concentrez-vous sur les aliments nutritifs.
·                                              Buvez beaucoup de liquides. Buvez vos liquides séparément de vos repas.
·                                              Évitez les jus d’agrumes. L’acidité peut irriter votre estomac.
·                                              Buvez à petites gorgées les jus de pomme et de raisin, le soda au gingembre (ginger ale), l’eau gazéifiée, le bouillon de poulet, le thé léger. Évitez de boire avec une paille.
·                                              Utilisez les boissons nutritives.
·                                              Apprenez à éviter les déclencheurs :   le goût, l’odeur ou même la pensée de certains aliments.
·                                              Reposez-vous bien et évitez de vous fatiguer.
·                                              Évitez les aliments frits et à haute teneur en gras; mangez de la viande, de la volaille et du poisson moins gras; utilisez du lait écrémé ou des produits laitiers moins gras; faites l’essai d’aliments riches en glucides tels que les fruits, les jus de fruits, le pain, le riz, les pommes de terre.
·                                              Vérifiez régulièrement votre poids. Consultez une diététicienne si vous avez de la difficulté à maintenir votre poids et un médecin si le problème persiste.
 
Diarrhée           
·                                              Mangez des plus petites portions et plus souvent.
·                                              Buvez beaucoup de liquides.
·                                              Prenez le temps de vous détendre en mangeant.
·                                              Consultez une diététicienne si vous perdez du poids.
·                                              Consultez un médecin si le problème persiste (surveillance des électrolytes, dépistage des problèmes d’absorption du gras).
 
Goût altéré       
·                                              Certains aliments protéiques,   la viande rouge en particulier,  pourraient avoir un goût amer.
·                                              Essayez le poulet, le poisson et les autres aliments protéiques, par exemple, les haricots, le fromage, le yogourt, le thon, les  oeufs et le beurre d arachide.
·                                              Essayez de la viande froide ou à la température de la pièce.
·                                              Parlez à votre médecin d’un essai de suppléments de zinc pendant 3 mois.
 
 
Odorat altéré    
·                                              L’odorat altéré peut être dû au désagrément causé par l’odeur de cuisson ou des aliments cuits.
·                                              Essayez de servir des aliments froids ou à la température de la pièce.
·                                              Faites fonctionner la hotte de cuisine pendant la cuisson et durant le repas.
·                                              Ouvrez les fenêtres si c’est possible.
·                                              Grillez vos aliments dehors l’été.
·                                              Utilisez un four à micro-ondes ou cuisinez dans des sacs de cuisson.
 
 
Conseils supplémentaires
Conseils pour soulager les nausées/vomissements
Si ça vous tente...
Essayez donc...
Acidulé/sûr : cornichons, limonade
Légèrement terreux : riz brun, potage aux champignons
Croustillant : bâtonnets de céleri, pommes
Fade : pommes de terre en purée
Salé : croustille, bretzels
Mou : pain, nouilles, macaroni
Sucré : gâteau, céréales sucrées
Fruité : jus, sucettes glacées aux fruits
Liquide : jus, boissons gazéifiées (soda au gingembre [ginger ale], eau gazéifiée, cola)
Sec : craquelins
 
 
Conseils pour optimiser la nutrition
·Incluez des ingrédients qui ajoutent de la nutrition aux aliments que vous mangez. Par exemple :
·Ajoutez du lait en poudre au lait régulier, aux laits frappés, aux ragoûts, aux soupes, aux  oeufs, aux pommes de terre en purée, aux céréales chaudes et aux puddings. Ajoutez ¼ de tasse de lait en poudre à un verre de lait régulier.
·Tartinez de beurre d’arachide le pain, les blinis, les gaufres, les crêpes et les biscottes.
·Ajoutez des haricots cuits ou des  oeufs durs aux soupes, aux ragoûts et aux pâtes alimentaires qui contiennent déjà du fromage ou de la viande.
·Faites fondre du fromage sur les sandwichs, les hamburgers, les légumes, le riz ou les nouilles.
·Essayez des produits tels que les déjeuners instantanés, les boissons nutritives et les puddings spéciaux ou gâteaux hyperprotéinés.
 
Principes du Guide alimentaire canadien
 
Produits céréaliers
5 à 12 portions chaque jour
Aliments qui donnent de l’énergie
Choisissez des grains entiers flocons d’avoine, blé
entier, son de blé, son avoine et orge.
Limitez la quantité de beurre, de margarine,
díhuile, etc., que vous mettez sur votre pain et vos
p‚tes alimentaires.
Une portion égale...
1 tranche de pain
½ bagel
½ tasse de riz ou de pâtes cuits
Légumes et fruits
5 à 10 portions chaque jour
Aliments qui protègent la santé
Les légumes de couleur vert foncé  et orange et les
fruits de couleur orange sont les meilleurs choix.
Quils soient frais, congelés ou en boîte, ils sont
tous des choix santé.
Une portion égale...
1 légume ou fruit de taille moyenne
½  tasse de baies (petits fruits)
½ tasse de jus de légumes ou de fruits
1 tasse de salade verte
Produits laitiers
3 à 4 portions chaque jour
Aliments pour des os et des dents forts
Choisissez des produits laitiers moins gras, lait
Ecrémé ou 1 %, par exemple.
Le lait est la plus riche source de calcium et une
des rares sources de vitamine D.
Une portion égale...
1 tasse de lait
2 tranches ou un morceau de 50 grammes
de fromage
(la taille de deux pouces collés ensemble)
3/4 tasse de yogourt
1/3 ‡ 2/3 díune boÓte de saumon ou de
sardines (avec les arÍtes)
Viandes et substituts
2 à 3 portions chaque jour
Aliments pour bâtir des muscles en santé
Choisissez des viandes maigres et préparez-les en
faisant attention à la santé (bouillis, au four,
sautés).
Les pois, les lentilles et les haricots cuits ou en
boîte, et les oeufs sont des choix santé à bas prix.
Les viandes prÈparÈes ont une forte teneur en gras
et en sel. Choisissez-les moins souvent.
Une portion égale...
50 à 100 grammes de boeuf, poulet, porc
ou poisson (la taille d’un jeu de cartes)
1 à 2 oeufs
½  à 1 tasse de haricots cuits ou en boîte
2 cuillerées à soupe de beurre d’arachide
Autres aliments
Une vaste gamme d’aliments qui ne se classent pas dans les quatre groupes d’aliments
Ces aliments peuvent contribuer au plaisir de manger sainement.
Certains de ces aliments contiennent plus de gras, de sucre ou de calories. Ils doivent être choisis
moins souvent.
Les gras et les huiles sont d’importantes sources d‘acides gras essentiels et la margarine contient de
la vitamine D.
Tout le monde a besoin de beaucoup de liquides chaque jour.
Limitez la consommation d’aliments et de boissons contenant de la caféine (café, thé, chocolat,
boissons au cola) pour ne pas dépasser 4 à 5 portions chaque jour.
 
 
Sources alimentaires d’antioxydants
 

Vitamine C
kiwis, fraises, agrumes, brocoli, choux-fleurs, choux de
Bruxelles, poivrons, pommes de terre, tomates
Vitamine E
huiles végétales, lin, germe de blé, noix, graines, avocats
Sélénium
noix du brésil, grains entiers, germe de blé, son, poisson, viandes,
volaille, oeufs, haricots
Caroténoïdes
carottes, cantaloup, courge, citrouille, pommes de terre
douces, tomates, ignames, légumes-feuilles foncées

 
Vérification rapide des protéines
 

Exemple : une personne qui pèse 70 kg
Besoins quotidiens de protéines : 1,2.1,5 g par kg x 70 kg = 84.100 g
 
Aliment consommé
Teneur en protéines (g)
Petit-déjeuner :
½  tasse de lait
4
½  tasse du jus
-
1 tasse de céréales
4
½  banane
-
Collation :
1 poire
-
4 craquelins
2
Repas du midi :
1 tasse de lait
8
3 oz de poulet
21
2 tranches de pain
4
1/2 tasse de crudités
2
¾  tasse de yogourt
8
Collation :
1 tasse du jus
-
1 tranche du pain
2
1 c. à thé de confiture
-
Souper :
1 tasse de lait
8
1 côtelette de 3 oz
21
½  tasse de sauce aux pommes
-
1 tasse de riz
4
½  tasse de  légumes
2
TOTAL
90

 
 
 
 
Teneur en protéines de quelques aliments courants
 
 

Choix d’aliment
Quantité
Teneur en protéines
(g)
De source animale
 
90 g (3 oz)
1
250 ml (1 tasse)
175 ml (3/4 tasse)
30 g (1 oz)
50 ml (1/4 tasse)
 
 
 
250 ml (1 tasse)
30 g (1 oz) tranche
30 mL (2 c. à soupe)
1 tranche
125 ml (1/2  tasse)
125 ml (1/2 tasse)
Environ 7 g/oz
21
6
8
8
7
7
 
 
 
5-9
6
3-5
 
2
2
1-2
Viande, volaille, poisson
    Oeuf
Lait
Yogourt
Fromage dur
Fromage cottage
 
De source végétale
 
Lait de soja enrichi
Fromage de soja
Beurres aux noix
Pain
Céréales, pâtes, riz
Légumes

 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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