Lundi 31 octobre 2005 1 31 /10 /Oct /2005 00:00

Pleure mon cœur, tu pisseras moins demain.

 

 

 
 
C’est d’abord la Quête, c’est-à-dire la recherche, dans tous les domaines, et plus particulièrement la recherche de l’équilibre de l’Homme, de son bonheur, dans une harmonie complète avec la nature. Mais le bonheur se gagne lorsqu’on a subi tout une série d’épreuves, qui sont celles de la vie, épreuves violentes, dures, sanglantes : alors l’Homme sait, il connaît la formule miraculeuse qui lui permet de faire face à son destin, car cette formule miraculeuse, personne ne peut la lui apprendre, il n’y a que lui à pouvoir la déchiffrer, patiemment, le long des routes qu’il sillonne, dans les batailles où rôde la mort, dans la victoire qui est dans ses mains.
Jean Markale : L’Épopée Celtique En Bretagne
 
Je voulais écrire un texte drôle mais je n’y arrive pas. Je n’arrête pourtant pas d’être drôle d’après mes amis. Je passe même plutôt pour une espèce de guignol que pour un gus très sérieux mais...
Brautigan est mort et je ne sais toujours pas où acheter un ouvre-boîtes critique pour l’offrir à mes amis. Surtout à Zézette, cette fille est persuadée qu’elle me connaît profondément. Est-ce parce qu’elle m’a vu souvent à poil ?
Je n’ai pas les mêmes prétentions que Zézette-la-vieille-côtelette. Oui, je l’appelle comme ça et ça la fout drôlement en pétard. J’ai beau lui dire que c’est une référence archéo-testamentaire - c’est un beau mot n’est-ce pas ? - elle ne supporte pas la référence biblique des vieux chrétiens. La femme née d’une côte de porc dit Zézette ! Pourquoi pas d’une tête de veau ou d’un pied de porc frit !  ( Elle adore que je lui fasse des pieds frits, elle dit : “ qu’au moins pendant que je fais ça, je ne casse pas les siens ”. )
Attendez un instant, je suis en train de m’apercevoir que je voulais aussi écrire spécialement pour vous, quelque chose qui serait jeté comme un pont entre vous et moi. Pourquoi vous ? Ce n’est tout de même pas à moi de répondre mais vous le savez bien. Chacun mérite de l’attention de la part de son prochain, même si c’est un enfoiré de première, ne serait-ce que pour pouvoir mieux le voir venir vous marcher sur les mains. L’écriture, ce n’est pas tout, il y a aussi la musique. Je vais donc vous demander d’écouter, tout en me lisant tranquillement, un peu de musique, ce qui devrait renforcer le pont. On pourrait commencer avec un vieux Neil Young, l'album "Harvest Moon". Mon morceau préféré sur le disque : "Natural Beauty". Vous n’êtes pas obligés de tout écouter le disque mais vous pouvez aussi cesser de lire et prendre le temps d’écouter la musique.
En fait, si Zézette est une côtelette, elle est loin d’être vieille. Juste un peu âgée mais je ne peux pas dire tout de suite son âge. Imaginez le topo : un soi-disant ami qui vous balance une chose confidentielle avant la fin de la deuxième page. Ça craint un maximum !
Un jour j’ai cherché pour elle un qualificatif spécial, qui ne pourrait s’appliquer qu’à elle, à personne d’autre de ma connaissance. Étant capricorne, je suis tenace, particulièrement  tenace, je me suis tapé le dico toute la nuit malgré ses ruades et ses cris. Elle voulait absolument dormir et donc que j’éteigne la lumière. J’en étais à la page 316 de mon Larousse illustré, édition de 1980, lorsque j’ai décidé de continuer ma recherche sur la cuvette des gogues, ses coups de pied me dérangeant un peu.
J’aurais pu rester sur  “ diaboliquement ”  mais ça ne convenait pas.   “ Dialypétale ”  me plaisait assez mais c’était une sous-classe de dicotylédones comprenant plusieurs familles dont les fleurs sont à pétales séparés. La fleur de Zézette-la-vieille-côtelette n’avait rien d’une quelconque ombellifère à pétales séparés. Elle était plus proche de l’orchidée dont le nom vient du grec orkhis qui veut dire testicule. Les orchidées de plus sont souvent épiphytes. Un végétal épiphyte est un végétal fixé sur un autre mais non parasite. Ça se précisait dans ma tête, une orchidée, une fleur  admirable  qui se fixe sur la tige d’une autre fleur, pas pour la parasiter mais pour l’embellir et la charmer et... ah non ! Zézette- la-vieille-côtelette va tiquer sur l’origine grecque de l’orchidée et je l’entends déjà :
Pour toi mon pote, je suis une couille ?
Ça ne pouvait pas aller du tout et je tombai sur  ”dichroïque ”, qui présente du dichroïsme, propriété que possèdent certaines substances d’offrir des colorations diverses suivant les circonstances de l’observation : “  les cristaux et les gemmes anisotropes présentent souvent un dichroïsme marqué. ” J’ai tiré inutilement la chasse d’eau et faillis me casser la gueule à cause des fourmis qui courraient dans mes jambes sans autorisation. On ne devrait pas lire plus de deux heures sur des chiottes, elles ne sont pas prévues pour ça, nos jambes non plus et les fourmis sont partout. Je possédais néanmoins mon qualificatif pour Zézette-la-vieille-côtelette-qui-pionce.
Se voir comparer à un cristal ou une gemme, c’est autrement plus flatteur qu’à une fleur de testicule même parfumée. Zézette-la-jeune-côtelette s’est réveillée à dix heures du matin ce jour là avec son qualificatif perso : dichroïque. Ce mot l’avait rajeunie instantanément.
Elle l’a très bien accepté, après deux heures d’explications vaseuses sur la beauté des pierres, cristaux et autres gemmes, tous précieux. Ça encore, ça passait à l’aise mais les colorations diverses suivant l’observation coinçaient un peu, il m’a fallu argumenter sur ses qualités nombreuses et pas toujours visibles dans telle ou telle situation mais heureusement, je manie très bien la litote et la métaphore et de plus, je suis doué d’un fort instinct de conservation.
C’est un fait établi à présent, Zézette-la vieille-côtelette est dichroïque quoi qu’en pense le monde entier, même si je n’ai plus le monopole de l’observation de toutes ses facettes, fossettes et autres plis et replis, ce qui parfois me fait pleurer.
J’ai dit au début de la page que je voulais écrire un texte drôle et je viens d’écrire que parfois je pleurais. Si vous voulez mon avis, je ne suis pas prêt de m’en sortir.
Des individus de ma connaissance pensent qu’il est honteux pour un homme de pleurer pour un certain nombre de raisons. Je tente parfois de dresser la liste de ces raisons et comme je suis absolument un grand fainéant, j’arrête au bout de quelque temps en me disant qu’après tout, je m’en moque éperdument. Je crois même que j’adore pleurer, enfin pas pour n’importe quoi et surtout pas avec n’importe qui. J’adore pleurer, surtout quand je suis  seul ou alors il faut que ce soit avec quelqu’un que j’aime très fort.
J’adore pleurer au cinéma. Chaque fois que je vois “ Un Monde Parfait ”  de Clint EASTWOOD et je l’ai déjà vu vingt-cinq fois, je pleure. Quand j’ai fini de lire certains livres aussi, je pleure. Pas tout bien sûr. Franny et Zoé de Salinger, Dalva de Jim Harrison me font toujours pleurer après plusieurs lectures.
Un jour que je devais être en manque de pleurs, j’ai pleuré en lisant un horaire des trains qui partaient pour le Nord de la France. J’imaginais réellement tous ces gens obligés d’aller vivre dans la grisaille et le froid. C’était comme si j’avais assisté à un départ collectif pour le purgatoire. J'entendais le diable hurler avec la voix de Tom Waits (oui, il picole et fume comme un beau diable) :
- Béthune, Gravelines, Hazebrouck, Wattrelos, une éternité d'arrêt tout le monde descend!
J’ai une telle faculté de produire des larmes que je pourrais être classé catastrophe naturelle. Je suis un véritable déluge ambulant. Je sais aussi m’en servir pour la bonne cause, par exemple la mienne. Un jour j’ai regardé ma feuille de paie devant mon patron, il lui a fallu deux heures et une boîte de kleenex pour me laisser tranquille. Il ne comprenait plus rien le bougre. Ce n’était pas un vrai patron. Il était directeur d’un supermarché où j’avais été embauché comme poissonnier. Un directeur de magasin à succursales multiples est un employé payé au mois. Il est patron factice, chien de garde. Il se trouve parfois dans une situation aussi précaire que le dernier des employés.
J’imagine tous les problèmes qui klaxonnent à ses oreilles directoriales : Le chiffre, la fauche, les employés, la propreté, la répression des fraudes, les graffitis des chiottes qui révèlent la taille de son pénis etc. J’avais préféré être à ma place dans son gourbi supertruc et j’ai regretté de l’avoir tourneboulé pendant au moins deux minutes. J’ai mis fin à mes pleurs et à ses affres en une seule question.
- Vous connaissez Charles Aznavour ?
- ?
Je lui ai chanté le premier couplet d’ “emmenez-moi ”   qui dit : “ il me semble que la misère serait moins pénible au soleil ”. Comme il ne comprenait toujours pas, je lui ai expliqué que j’avais décidé de partir plus au sud. C’était un samedi à dix-neuf heures, juste au moment de la fermeture. Le mardi il a été très surpris d’apprendre que je m’occupais du rayon poissons de son concurrent direct à cinq cents mètres de son magasin. Pourtant je n’avais pas menti, c’était plus au sud.
J’avais passé trois mois dans sa boutique à ce brave homme et je ne lui ai laissé que de bons souvenirs. J’avais fait l’ouverture de son rayon et je devais être intéressé au chiffre d’affaires. Au bout de deux mois, j’étais toujours smicard. Ce qui m’a vraiment décidé à agir, c’est que je n’avais pas envie de pleurer et ça, c'était pas naturel.
J’ai donc passé un mois à me marrer dans mon rayon. Les dernières semaines je travaillais en salopette rose, sweater rose et lunettes noires, cerclées de rose, le Walkman sur les oreilles. J’étais en pleine forme musicale, je m’envoyais la 6eme de Mahler ou Berlin de Lou Reed. Vous pouvez en faire de même et écouter, surtout Berlin, on va garder la sixième pour plus tard. Je distribuais des mini-mars et des Mini-Bounty, (que je piquais dans les rayons) aux enfants de mes clients potentiels. Je racolais ces derniers avec des formules jamais entendues dans un magasin de ce type.
- Soyez bons avec les animaux : adoptez un hareng, adoptez un merlan ! Le poisson, ceux qui n’en achètent pas sont cons ! Salut les copains mais ça ne pue pas mes colins !
Ma machine à fabriquer de la glace était habitée par d’étranges flacons qui n’attendaient au frais que mon envie de boire. Vin jaune, pur-malt et autres bénédictions alcoolisées me régalaient à longueur de journée. Je me cuisais des langoustines hors de prix que je ne mettais même pas en vente, c’est tellement bon chaud. Je déjeunais d’huîtres de Belon, de langoustes et autres douceurs.
Ce con de directeur réussit tout de même à me faire pleurer un jour mais c’était moins bien que Clint EASTWOOD ou JD SALINGER.
Il y avait un quai de débarquement des marchandises juste à côté de mon labo, où je stockais et préparais mon poisson. A droite du quai, à l’extérieur il y avait un gros conteneur à ordures. Lorsqu’il était plein, un employé mettait un autre à sa place. Le matin à six heures, les éboueurs en vidaient un certain nombre dans leur benne. Il y avait aussi des conteneurs pour les cartons et les papiers.
Le petit directeur de mon cœur était occupé ce jour là à écrabouiller une cinquantaine de camemberts à grands coups de tatanes pour les jeter plats comme des galettes dans la benne à ordures.
- Ces camemberts sont foutus lui demandais-je ?
- Que nenni mon brave, leur date de vente est dépassée !
- Laissez-les à côté de la benne, il y a un pauvre vieux qui vient souvent chercher de la nourriture dans les ordures.
- Je sais, c’est pour cela que je les démastique et je sais aussi que vous lui déposez  des choses dans un carton. C’est complètement illégal et ça pourrait vous coûter la porte si d’aventure vous récidiviez. Vous êtes prévenu.
- La porte je la prendrai bientôt, c’est une certitude. Mais ce vieux bonhomme, il n’a rien d’autre à bouffer que ce qu’il trouve dans les poubelles. Si on lui donne trois ou quatre camemberts périmés ça ne va pas mettre la société en péril. Il y a des magasins où l’on revend les articles périmés à moitié prix. Une date de vente, c’est de la couille en barre Raymond, on voit bien que ces clacos sont loin d’être pourraves ! Moi personnellement je n’achète jamais de calendos ici, ils sont durs comme du plâtre !
- Vous ne comprenez pas, nous ne pouvons pas nous permettre de donner de la nourriture périmée. La société serait responsable en cas de problème d’intoxication et ça pose aussi des problèmes d’autre nature.
- Putain ! y’a un restau du cœur qui galère pour trouver de la nourriture et vous balancez des machins tout bons ! On ne dirait vraiment pas que tu es né dans une famille de huit enfants à l’H.L.M. n° 1 de la route de Syam. Ton père était bien manœuvre aux fours à chaux Ducon ?
Gros silence et regard appuyé. J’avais tapé dans le mille. Ce petit connard, je l’avais vu sortir de l’école des centaines de fois. Il avait eu l’air de ne pas me reconnaître mais on ne me la fait pas. Je pense que c’est sur ce point que j’ai craqué. Quand j’en ai discuté avec Zézette-la-belle-côtelette elle pensait, elle, que c’était aussi la quantité d’alcool que j’avais dans le cerveau qui me prédisposait  à déborder des lacrymales. Zézette n’est pas partiale lorsqu’il s’agit de moi. Elle dit que lorsqu’on aime bien quelqu’un on ne doit pas lui faire de cadeau. Mais moi, j’aime mieux sa peau que sa philosophie et ses morsures sont des caresses.
Je pleurais dans mon rayon en vendant mon poisson. Mes larmes coulaient sur la julienne et le cabillaud, elles resalaient un peu plus les huîtres et les moules, faisaient des trous dans la glace ce qui mettait en péril la fraîcheur du poisson. Quand une cliente me demandait la cause de mon chagrin, j’expliquais le pourquoi du déluge. Une a ri, deux ou trois sont passées à autre chose et une femme magnifique que je ne connaissais pas a pleuré au moins cinq bonnes minutes avec moi. J'étais tellement ému que je ne lui ai même pas demandé son prénom. Elle sentait un parfum genre "senteurs marines" ou " Effluves Océanes", un truc de ce genre que j'avais senti une fois sur une fée bretonne un jour de défonce.
Je ne sais pas qui est allé voir le directeur, ma fée ou des clientes qui en avaient marre de me voir pleurer, tout ce que je sais, c’est qu’en fin d’après-midi, il m’a appelé pour me montrer son œuvre. Il avait installé un caddie entre les caisses et la sortie, juste avant la porte avec une pancarte ainsi libellée :
Pour les restaurants du cœur.
Vous pouvez mettre des produits qui leur seront donnés.
La Direction du magasin.
Je lui ai fait remarquer que cela n’engageait pas du tout la société qui exploitait ce magasin. Il est parti dans son bureau en pestant sur l’ingratitude humaine, il avait passé des heures au téléphone pour obtenir l’autorisation de faire ce geste de la part de la grande direction. Je suis allé plusieurs fois voir en douce à travers la porte du bureau s’il pleurait. C’était un vrai dur, il ne s’épanchait pas, ne versait pas une larme.
Le lendemain, alors qu’il était en réunion avec la haute direction, je suis allé voir de près le caddie. Il n’y avait pas grand chose dedans  et j’ai demandé aux trois caissières de permanence à cette heure plutôt creuse comment ça se passait et s’il y avait eu beaucoup de marchandises dedans depuis la veille. L’une d’elle me dit :
- Dedans le caddie y’a que trois paquets de nouilles et deux kilos de sucre. On a regardé tout à l’heure et je peux te dire que les pauvres à ce rythme là, ils ne vont pas chier gras.
- Avec tout ce qu’on jette ici, si ce n’est pas malheureux ! Je vous ai vu hier discuter avec l’autre tordu, j’en étais toute retournée dit la deuxième.
- Ce n’est pas avec ce qu’on gagne qu’on va mettre beaucoup de choses dedans dit la troisième, ils se foutent vraiment de la gueule du monde.
- Je vous propose un jeu mes tendres collègues dis-je. Vous allez fermer les yeux pendant cinq minutes dans un instant.
L’une des caissières me fit remarquer que le chef de rayon qui surveillait le magasin en l’absence du dirlo, se trouvait dans la cabine vitrée et il nous regardait converser. Je leur demandai un instant et repartis au fond du magasin.
De la boucherie j’appelai le bureau et en changeant ma voix, je demandai au chef de rayon s’il lui fallait de la volaille préemballée, articles qui dépendaient du magasin et non pas des bouchers. Le chef de rayon alla au fond du magasin compter les barquettes d’escalopes de dinde et autres volailles. Je fonçais dans les rayons, les bras chargés de produits divers et je passais les caisses en courant devant les caissières hilares. Le chariot des restaus fut vite plein et je regagnais le téléphone de la boucherie avant que le chef de rayon ne rejoigne le bureau. Lorsqu’il commença à égrener sa commande, je reposai le combiné sur sa fourche. Pas de pot coco, ça a raccroché !
J’ai inauguré cette pratique, que bien sûr les autres employés ont vite fait de reprendre. Chaque semaine les restaus du cœur embarquaient deux caddies pleins, les autres supermarchés étant au courant, ils ne voulurent pas rester en reste et firent de même. Je ne sais pas si leurs employés étaient aussi sympas que mes collègues mais à mon avis ils ne sont pas plus cons que nous et sont aussi mal payés alors on peut espérer.
Je m’aperçois que je n’ai toujours pas réussi à vous faire rire, il va falloir que je trouve autre chose. Si vous voulez, je peux vous faire pleurer, je ne sais pas si c’est aussi communicatif que le rire mais on peut essayer. Vous voulez que je vous parle de mon relevé de compte en banque  ou de ma vie sexuelle ?
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Lundi 31 octobre 2005 1 31 /10 /Oct /2005 00:00
Si Interféron tête de con... Ribavirine tête de pine !
 
Quand j’ai commencé ce 1er traitement, la ribavirine venait d’arriver et elle était encore en ATU (autorisation temporaire d’utilisation) et disponible seulement à l’hosto. On savait que ça potentialisait l’action de l’interféron mais on ne savait pas pourquoi. 7 ans après c’est terrible, on ne le sait toujours pas.
 
Pharmacologie et mécanisme d'action
La ribavirine est un nucléoside synthétique analogue à la guanosine (5,6). Tout comme celui de l’interféron, le mécanisme d’action exact de la ribavirine n’est pas élucidé. La ribavirine semble interférer avec la synthèse de l’acide ribonucléique (ARN) et de l’acide désoxyribonucléique (ADN) ce qui inhibe la synthèse des protéines et la réplication de certains virus (1). La ribavirine semble également agir comme un stimulant du système immunitaire (3,7). De plus, la ribavirine inhiberait la réponse pro inflammatoire de l’infection virale, ce qui diminuerait les dommages hépatocytaires (3). Cependant, la ribavirine en monothérapie n'a démontré aucune action inhibitrice contre les enzymes spécifiques du virus de l'hépatite C, ni contre la réplication de ce virus (3,8). Le mécanisme par lequel la ribavirine augmente l’activité antivirale de l’interféron alpha-2b est inconnu à ce jour (5).
 
Pharmacocinétique
La ribavirine est rapidement absorbée au niveau de l'intestin grêle et transportée activement dans presque toutes les cellules de l’organisme (10). La nourriture ralentit la vitesse d’absorption de la ribavirine et augmente légèrement la biodisponibilité (6,10). Au niveau intracellulaire, la ribavirine est phosphorylée principalement en ribavirine triphosphate. La ribavirine doit être déphosphorylée pour être transportée au niveau extracellulaire. Les érythrocytes ne possèdent pas les enzymes nécessaires à la déphosphorylation de la ribavirine intracellulaire. On observe ainsi une accumulation plus importante de ribavirine dans les érythrocytes. Des études effectuées chez les animaux suggèrent que seule l’hémolyse permettrait la libération de la ribavirine. Une diminution de la demi-vie des érythrocytes a d'ailleurs été observée (10).
Les principaux paramètres pharmacocinétiques de l’interféron alfa-2b et de la ribavirine sont présentés au tableau I. L’administration parentérale de l’interféron est nécessaire, car sa biodisponibilité est presque nulle lors d’une administration orale. Une administration SC permet d’atteindre une concentration adéquate et une distribution tissulaire rapide (9).
 
  
Tableau I : Paramètres pharmacocinétiques de l’interféron alpha 2-b et de la ribavirine (6,9-11)
 
PARAMÈTRES
INTERFÉRON
RIBAVIRINE
Biodisponibilité
Orale : minimale
SC : 80  %
Orale : 50-64  %
Demi-vie plasmatique
2-3 heures si injection SC
44 heures après une dose unique de 600 mg
298 heures après des doses multiples (600 mg bid)
Métabolisme
Dégradation extensive par les enzymes du tractus gastro-intestinal et le rein
Hépatique : deux métabolites sont formés dont un avec une activité antivirale similaire à la ribavirine
Élimination
Principalement rénale sous forme de métabolites
Principalement rénale sous forme de métabolites
Liaison aux protéines plasmatiques
Non disponible
Minimale
Légende : Bid : deux fois par jour
Essais cliniques
 
Dans les études cliniques, la réponse au traitement a été définie selon les recommandations du National Institute of Health. Ainsi deux critères d’efficacité ont été évalués soient la normalisation du niveau d’alanine aminotransférase (ALT) sérique  (réponse biochimique) et le niveau indétectable d’ARN viral (réponse virologique) (7,8).
 
Trois essais cliniques majeurs, multicentriques, randomisés et avec placebo ont évalué l’efficacité de l’association interféron alfa-2b et ribavirine pendant 24 à 48 semaines chez des patients qui n’avaient jamais été traités de même que chez les patients qui avaient répondu à un traitement d’interféron alfa-2b mais qui ont rechuté dans la première année suivant l’arrêt de la médication (5, 12,13). Les patients inclus dans ces études recevaient l’interféron alfa-2b à raison de trois millions d’unités internationales (UI) trois fois par semaine associé ou non à 1000 mg ou 1200 mg par jour de ribavirine selon le poids du patient.
Les résultats sont présentés au tableau II. Ces études démontrent que l’association médicamenteuse pendant 24 à 48 semaines est supérieure à l’interféron alfa-2b seul pour obtenir une réponse complète et pour diminuer les rechutes (5, 12,13). Une amélioration histologique au niveau hépatique est également observée peu importe le traitement initié (5, 12,13). Par ailleurs, peu de différence est observés dans la population totale entre un traitement de 24 ou 48 semaines. Cependant, l’analyse de sous-groupes permet de supposer qu’un traitement de 24 semaines serait suffisant chez les patients présentant plus de trois facteurs prédisant une réponse favorable. Les facteurs identifiés sont les suivants: un génotype viral de type 2 ou 3, une charge virale inférieure à deux millions de copies/mL, moins de 40 ans, peu de fibrose hépatique et le sexe féminin (8). Des études devront confirmer cette tendance afin de déterminer la durée optimale de la thérapie médicamenteuse.
Tableau II : Études cliniques sur l’efficacité de l’association médicamenteuse interféron alfa-2b et ribavirine.
 
Auteurs (références)
Nombre de patients
Réponse virologique
à la fin du traitement1
Réponse biochimique
à la fin du traitement1
Réponse virologique six mois après l’arrêt du traitement1
Réponse biochimique six mois après l’arrêt du traitement1
Interféron seul
Interféron
et ribavirine
Interféron seul
Interféron et  ribavirine
Interféron seul
Interféron et  ribavirine
Interféron seul
Interféron et  ribavirine
McHutchison2 et al.(4)
912
24 %
50 %
28 %
65 %
13 %
38 %
16 %
36 %
Poynard2 et al(5)
832
33 %
52 %
44 %
71 %
19 %
43 %
24 %
50 %
Davis3 et al(6)
345
47 %
82 %
57 %
89 %
5 %
49 %
5 %
47 %
Notes :
 
1.                p < 0,001 pour la comparaison entre les deux traitements pour tous les résultats présentés.
2.                Résultats après 48 semaines de traitement des études effectuées chez des patients n’ayant jamais été traités avec de l’interféron.
3.        Résultats après 24 semaines de traitement de l’étude effectuée chez des patients ayant rechuté après un traitement avec de l’interféron.
 
Effets indésirables
 
 Les effets indésirables, relativement fréquents, sont d’une intensité légère à modérée (5). Les principaux effets indésirables sont résumés au tableau III. Dans les études cliniques, seulement 6 à 9 % des patients recevant la thérapie combinée ont cessé leur médication en raison d’effets indésirables (6,14). La dépression est la raison principale pour cesser le traitement (12, 13,14). La fatigue, les céphalées et les symptômes grippaux sévères sont d’autres motifs fréquents de cessation. Peu d’effets indésirables sont exacerbés par l’ajout de la ribavirine à l’interféron alfa-2b. Lors de l’association médicamenteuse, seulement le prurit, la nausée, la dyspnée et le rash ont été rapportés plus fréquemment (12, 13,14).
 
L’anémie hémolytique est le principal effet indésirable associé à la ribavirine. La diminution de l’hémoglobine se produit dans les deux premières semaines et se stabilise après quatre semaines en raison d’une réponse compensatoire de la réticulocytose (5, 6,14). La diminution moyenne observée est de 26 à 31 g/L (5, 6, 8, 12,14). Cette anémie peut provoquer des symptômes respiratoires et cardiovasculaires surtout chez les patients à risques (6, 14,15). L’anémie est la principale raison pour diminuer les doses de ribavirine (3, 5,13). Suite à une réduction de dose, l’hémoglobine augmente de 10 à 15 g/L et se maintient pendant tout le traitement (7). À l’arrêt du traitement, l’hémoglobine revient à sa valeur initiale en quatre à huit semaines (5, 6, 8,12-14).
 
Les effets indésirables psychiatriques les plus souvent rapportés sont la dépression, l’insomnie et l’irritabilité (12,14). On note que moins de 1 % des patients auront des comportements suicidaires (6). Une diminution de la dose d’interféron permet parfois de contrôler les symptômes psychiatriques sévères.  Des psychostimulants et des inhibiteurs du recaptage de la sérotonine ont déjà été essayés avec succès.
 
L’effet myélosuppressif de cette association médicamenteuse résulte rarement en une diminution significative des globules blancs et des plaquettes (5,14). Aucune infection ou hémorragie n’a été associée à l’utilisation de ce produit. Cependant des modifications de la dose d’interféron alfa-2b sont recommandées lorsque ces éléments sanguins chutent (voir section posologie)(6,14).
  
 
Tableau III : Effets indésirables de l’association médicamenteuse interféron alfa-2b et ribavirine (adapté des références 1, 12,13)
 
Effets indésirables*
 
Symptômes grippaux
(céphalées, fatigue, fièvre, myalgie, arthralgie…)
Jusqu’à 68 %
Symptômes psychiatriques
(insomnie, dépression, irritabilité…)
Jusqu’à 39 %
Symptômes gastro-intestinaux
(nausées, anorexie, diarrhées…)
Jusqu’à 38 %
Symptômes dermatologiques
(Alopécie, prurit, éruptions cutanées…)
Jusqu’à 21 %
Symptômes respiratoires
(dyspnée, toux, pharyngite…)
Jusqu’à 19 %
Anémie :
hémoglobine < 100 g/L
8-9 %
Thrombopénie :
plaquettes < 100 x 109/L
2-5 %
Neutropénie :
neutrophiles absolus < 0,5 x 109/L
1-2 %
Note :
* Entre parenthèses, on retrouve les principaux effets indésirables, du plus fréquent au moins fréquent.
 
Interactions médicamenteuses
 
Une administration concomitante d’antiacides et de ribavirine a démontré une légère diminution de la biodisponibilité de la ribavirine (6,10). Par contre, cette diminution ne semble pas être cliniquement significative (10). In vitro, la phosphorylation des analogues de la pyrimidine tels la zidovudine et le d4T est inhibée tandis que la phosphorylation des analogues de la purine comme la didanosine est augmentée par la ribavirine diminuant ou augmentant leur activité antivirale respectivement (6,10). La pertinence clinique de cette interaction n’est pas connue mais l’association doit être utilisée avec prudence (6). Les médicaments qui inhibent la recaptation de l’adénosine tel le dipyridamole peuvent théoriquement diminuer le transport intracellulaire de la ribavirine ce qui pourrait diminuer son activité clinique. Aucune étude n’a démontré une interaction avec les enzymes du cytochrome P-450(10).
 
Mises en garde et contre-indications
 
La ribavirine est tératogène chez l’animal à des fractions de la dose utilisée chez l’humain (14). On ne doit pas administrer la bi thérapie  aux femmes enceintes ni aux hommes dont la partenaire est enceinte (1). Il est recommandé d’utiliser deux moyens de contraception efficaces pendant le traitement et jusqu’à six mois suivant l’arrêt de la médication (1).
 
Il n’est pas recommandé d’utiliser cette association médicamenteuse chez les patients ayant des antécédents d’une maladie cardiaque importante ou instable et chez ceux présentant une hémoglobinopathie primaire (1,6). La ribavirine et l’interféron alfa-2b doivent être utilisés avec prudence chez les patients ayant des troubles psychiatriques spécialement ceux ayant des antécédents de dépression (1,6). Cette association médicamenteuse doit être utilisée avec précaution chez les patients ayant une clairance à la créatinine inférieure à 83,3 mL/s (1, 6,10). En gériatrie, il est important d’évaluer la fonction rénale avant de débuter un traitement (10). En pédiatrie, l’efficacité et l’innocuité de la ribavirine et de l’interféron alfa-2b seuls ou en association n’ont pas été établies (6,9).
 
 
Posologie
 
La dose recommandée est de trois millions UI d’interféron alfa-2b en injection SC trois fois par semaine en association avec 1000 mg (400 mg le matin et 600 mg le soir) ou 1200 mg (600 mg matin et soir) de ribavirine. On recommande une dose quotidienne de 1000 mg pour les patients de 75 kg et moins et une dose de 1200 mg chez les patients de plus de 75 kg (1). L’injection l’interféron alfa-2b au coucher permet de diminuer la fréquence et l’intensité des effets indésirables (11). Le fabricant recommande un  traitement d’une durée de 24 à 48 semaines chez les patients n’ayant jamais reçu de l’interféron alpha et de 24 semaines chez les patients qui ont été traités avec l’interféron (1).
 
Le tableau IV présente les modifications posologiques recommandées selon l’évolution du patient. Chez les patients qui ont des antécédents de maladies cardio-vasculaires stables les recommandations sont plus conservatrices concernant l’anémie. Si l’hémoglobine est abaissée de 20 g/L ou plus durant quatre semaines consécutives, la dose quotidienne de ribavirine doit être diminuée à 600 mg. Le traitement devrait être cessé si l’hémoglobine demeure inférieure à 120 g/L  quatre semaines après la réduction de la dose de ribavirine (1).
  
Tableau IV : Modifications posologiques recommandées (adapté de la référence 1)
Paramètres sanguins
Diminution de la dose de ribavirine à 600 mg une fois par jour
Diminution de la dose d’interféron alfa-2b à 1,5 millions UI
Abandon définitif du traitement par RebetronMD
Hémoglobine
< 100 g/L
 
< 85 g/L
Globules blancs
 
< 1,5 x 109/L
< 1,0 x 109/L
Neutrophiles absolus
 
< 0,75 x 109/L
< 0,5 x 109/L
Plaquettes
 
< 50 x 109/L
< 25 x 109/L
Créatinine
 
 
>120 mmol/L
ALT/AST
 
 
2 x la valeur de départ ET >10 x la limite supérieure
Bilirubine conjuguée
 
 
2,5 x la limite supérieure
Bilirubine libre
>85 mmol/L
 
> 68 mmol/L pendant plus de 4 semaines
 
Suivi du patient
 
Afin d’évaluer la réponse du patient à la thérapie médicamenteuse le taux d’ALT et le niveau d’ARN viral sont mesurés. Selon le fabricant, l’ALT devrait être mesurée aux semaines 2, 4, 12 et 24 de traitement (1).
 
Avant le début du traitement, il est important d’effectuer un test de grossesse chez les femmes, d’évaluer la formule sanguine, la créatinine, la fonction thyroïdienne et la bilirubine. Il est recommandé d’effectuer un monitorage de la formule sanguine complète deux et quatre semaines après le début du traitement et selon la nécessité clinique ensuite (6). De plus, il est important d’être attentif aux symptômes de dépression ou à tout autre trouble psychiatrique (1,6).
 
Références :
 
1-     Schering Canada Inc. Monographie de RebetronMD (ribavirine et interféron alpha 2-b). Pointe-Claire, Québec 1999.
2-     Dieterich DT, Purow JM, Rajapaksa R. Activity of combination therapy with interferon alfa-2b plus ribavirin in chronic hepatitis C patient co-infected with HIV. Semin Liver Dis 1999;19 (suppl 1):87-94.
3-     Davis GL. Combination therapy with interferon alfa and ribavirin as retreatment of interferon relapse in chronic hepatitis C. Semin Liver Dis 1999 ;19 :49-55.
4-         Keeffe EB, Hollinger FB, Consensus interferon study group. Therapy of hepatitis C :consensus interferon trials. Hepatology 1997 ;26 (suppl 1) :101S-7S.
5-         Poynard T. Marcellin P, Lee SS et al. Randomised trial of interferon a2b plus ribavirin for 48 weeks or for 24 weeks versus interferon a2b plus placebo for 48 weeks for treatment of chronic infection with hepatitis C virus. Lancet 1998 ;352 :1426-32.
6-         McEvoy GK, éditeur. AHFS, Drug information 1999. Bethesda, MD: American Society of Hospital Pharmacists; 1999: 543-553.
7-         Gish RG. Standards of treatment in chronic hepatitis C. Semin Liver Dis 1999 ;19 :35-47.
8-         Christie JML, Chapman RWG. Combination therapy for chronic hepatitis C :interferon and ribavirin. Hosp Med 1999 ;60 :357-61.
9-         McEvoy GK, éditeur. AHFS, Drug information 1999. Bethesda, MD: American Society of Hospital Pharmacists; 1999: 897-927.
10-       Glue P. The clinical pharmacology of ribavirin. Semin Liver Dis 1999 ;19 :17-24.
11-       Dusheiko G. Side effects of alpha interferon in chronic hepatitis C. Hepatology 1997;26 (suppl 1) :112S-21S.
12-       McHutchison JG, Gordon SC, Schiff ER et al. Interferon alfa-2b alone or in combination with ribavirin as initial treatment for chronic hepatitis C. N Engl J Med 1998 ;339 :1485-92.
13-       Davis GL, Esteban-Mur R, Rustgi V et al. Interferon alfa-2b alone or in combination with ribavirin for the treatment of relapse of chronic hepatitis C. N Engl J Med 1998 ;339 :1493-9.
14-       Maddrey WC. Safety of combination interferon alfa-2b/ribarivin therapy in chronic hepatitis C-relapsed and treatment-naive patients. Semin Liver Dis 1999 ;19 :67-75.
15-       Reichard O, Schvarcz R, Weiland O. Therapy of hepatitis C :alpha interferon and ribavirin. Hepatology 1997 ;26 (suppl 1) :108S-11S.
 
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Lundi 31 octobre 2005 1 31 /10 /Oct /2005 00:00
18
Traitements, j’en redemande encore…
Le traitement de base pour l'hépatite C, le premier, c'est l'Interféron. C'est quoi ce machin ? Ce n'est pas une invention, tout le monde a, fabrique, possède des Interférons.
L’interféron, ou plutôt les interférons, constituent une famille de protéines sécrétées naturellement par l’organisme et douées d’un grand pouvoir biologique. Si on les a considérés au début comme un moyen de défense précoce et non spécifique de l’organisme contre les infections virales, les interférons ont également d’autres effets, cellulaires, anti tumoraux et immunologiques.
L’interféron a été mis en évidence –   et ainsi nommé –   pour la première fois en Angleterre en 1957 par l’anglais Isaacs et le Suisse Lindenmann, dans l’œuf embryonné de poulet. On connaît aujourd’hui des interférons chez tous les Vertébrés.
Propriétés
L’interféron ne possède aucune action inactivatrice directe sur les virus. Il a en général une spécificité d’espèce, c’est-à-dire qu’il n’est actif que dans l’espèce où il a été produit. En revanche, il ne possède pas de spécificité virale, car il agit contre pratiquement tous les virus. On connaît maintenant les propriétés moléculaires des interférons, qui peuvent être classés en trois grands types:
–   l’interféron a, sécrété par les leucocytes du sang ou par des lignées cellulaires qui en dérivent en réponse à une infection virale. Cet interféron est en général très stable, résistant au pH acide. Chez l’homme, on en connaît une quinzaine de sous-espèces, toutes codées par des gènes situés sur le chromosome   9. Plusieurs de ces gènes ont été clonés dans des bactéries ou des levures, ainsi reprogrammées pour produire les interférons correspondants en grande quantité (interférons a1 a2 b ou a)
–   l’interféron  b, qui est une glycoprotéine (contenant des sucres) et est sécrété par différents types cellulaires, notamment en culture, en réponse à des infections virales ou à l’action d’inducteurs chimiques (acides ribonucléiques bicaténaires). Chez l’homme, on n’en connaît avec au moins deux gènes, situés sur le chromosome   9.
Interférons b et a présentent une certaine homologie de séquences, d’où leur fixation sur des récepteurs cellulaires communs.
–   l’interféron  g, sécrété par les lymphocytes du sang en réponse à un inducteur antigénique spécifique, ce qui suggère qu’il joue un rôle dans la réponse immunitaire. Cet interféron est également une glycoprotéine, instable quand elle est purifiée, et notamment très sensible au pH acide. La séquence en acides aminés de cet interféron est très différente des interférons a et b, d’où sa fixation sur un récepteur cellulaire distinct.
Production
Les gènes qui codent pour l’interféron sont normalement «silencieux.» Pour que les interférons soient synthétisés, il faut qu’il y ait action de certains inducteurs, soit de molécules d’ARN bicaténaires d’origine virale, ou synthétiques (poly I, poly C). Des protéines virales, des endotoxines bactériennes, des antigènes (interféron g) sont également de bons inducteurs.
L’interféron peut être produit in vivo par injection de l’inducteur dans le corps de l’animal lui-même. Dans le premier cas, il est recueilli dans le milieu de culture cellulaire quelques heures plus tard. Il est, dans ce cas, généralement recherché dans le sérum de l’animal, ou dans l’extrait obtenu après broyage d’un organe donné (rate, cerveau). Il peut aussi être produit in vitro, dans des cultures cellulaires (globules blancs, fibroblastes fœtaux) ou des cultures bactériennes programmées à cet effet par génie génétique.
Mode d’action
Le mécanisme d’action des interférons est complexe et multiple, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il agit sur des virus dont les modes de réplication sont très différents. D’autre part, il a encore des effets directs sur les cellules, leur multiplication, leur différenciation, et également dans l’organisme, dans la régulation de l’immunité cellulaire et humorale. On peut dire que les interférons jouent le rôle d’hormones d’alarme, qui constituent une des premières défenses (prête en quelques heures) de l’organisme contre des agressions diverses, en particulier virales, avant que ne se constituent des défenses immunitaires spécifiques.
Existence de récepteurs spécifiques à la surface cellulaire
Comme les autres hormones de nature protéique, l’interféron, pour agir, doit d’abord se fixer sur des récepteurs spécifiques situés à la surface cellulaire. Ensuite, le complexe interféron-récepteur est englobé à l’intérieur de la cellule (internalisation) et subit probablement des modifications qui constituent un ou plusieurs signaux pour la cellule: des gènes jusque-là silencieux sont exprimés et de nouvelles protéines apparaissent dans la cellule, qui permettent de résister efficacement à une infection virale. La membrane de la cellule est également modifiée.
Les nouvelles protéines intracellulaires qui apparaissent ou sont activées par l’interféron ne sont pas toutes identifiées; cependant on en connaît au moins deux, de nature enzymatique:
–   le système 2-5A   : une des enzymes est une polymérase capable de synthétiser un court fragment d’acide nucléique à partir d’ATP. C’est la 2-5A synthétase. Les courts polymères synthétisés (dits 2-5A oligonucléotides) sont de puissants activateurs d’une enzyme préexistant dans la cellule, une ribonucléase qui dégrade les ARNs de la cellule qu’elle rencontre, ARNs d’origine virale, mais aussi ARNs cellulaires. Ceci peut expliquer que l’interféron aurait également des effets inhibiteurs, non seulement sur le virus, mais aussi sur la cellule infectée ou non infectée. Une autre enzyme détruit le 2-5A, ce qui rend l’effet seulement transitoire et permet éventuellement à la cellule de revenir à son état antérieur.
–   le système   protéine-kinase   : la seconde enzyme identifiée est capable de phosphoryler des protéines et ainsi de modifier leurs fonctions. Certaines de ces protéines ont un rôle dans la traduction   des ARN messagers en protéines au niveau des ribosomes. Il est donc probable que l’activation de ce système par l’interféron ou par un signal provenant de l’interféron aboutisse également à une inhibition de la synthèse de protéines virales ou cellulaires.
Ces deux mécanismes, qui visent à diminuer la synthèse des protéines virales, ne sont pas les seuls. Il existe également des effets membranaires   de l’interféron, peut-être liés directement à l’interaction de l’interféron avec son récepteur membranaire. Ces effets sont en particulier très importants dans le cas de l’infection par des virus à enveloppe membranaire: la pénétration aussi bien que la sortie du virus, qui impliquent des interactions très spécifiques des protéines de l’enveloppe virale avec des protéines de la membrane cellulaire, sont ainsi grandement perturbées. L’interféron pourrait également agir à un niveau central, au niveau de la réplication de l’ADN et de sa transcription en ARN messager.
En général, l’interféron a des effets inhibiteurs sur la multiplication cellulaire, mais à des doses notablement plus fortes que celles qui ont une activité antivirale dans les mêmes cellules. Il existe cependant des exceptions, certaines cellules en culture sont très sensibles, d’autres très résistantes à cette action, sans que la raison en soit connue. Quant aux effets immunologiques, certains découlent de cet effet anticellulaire, telle la dépression des immunités cellulaires et humorales contre un antigène donné. D’autres effets semblent plus spécifiques, tels que l’activation des macrophages, des lymphocytes tueurs naturels (cellules NK), des lymphocytes cytotoxiques.
L’interféron en thérapeutique
Dès sa découverte, l’interféron a suscité de grands espoirs, en premier lieu dans la lutte contre les maladies virales graves. Après des premiers essais avec des doses très faibles, les efforts se portèrent, à partir de 1965, sur les inducteurs d’interféron, tels le poly   (I). poly   (C) (ARN bicaténaire synthétique). Cet inducteur est effectivement très actif chez la souris, mais il l’est moins chez l’homme tout en étant toxique. Cependant, l’idée de stimuler la production d’interféron par l’organisme plutôt que de lui donner de l’interféron fabriqué artificiellement est intéressante, et n’est pas complètement abandonnée. Néanmoins, à partir des années soixante-dix, la production à grande échelle d’interféron à partir des globules blancs fournis par des centres de transfusion sanguine, effectuée notamment par le Finlandais Cantell, a permis de reprendre des essais cliniques sur des maladies virales et aussi tumorales. En effet, des expériences effectuées d’abord en France (Chany, Gresser) avaient montré des effets inhibiteurs très nets de l’interféron de souris sur des tumeurs expérimentales de cet animal. Effectivement, des résultats encourageants furent obtenus avec ces préparations d’interféron, qui n’étaient pas complètement pures, sur des ostéosarcomes juvéniles ainsi que sur des papillomes juvéniles du larynx. Ces résultats ont soulevé, à partir de 1975, un grand intérêt et stimulèrent les efforts de puissantes firmes pharmaceutiques pour la production d’interféron.
La difficulté à produire à des coûts acceptables les quantités d’interféron nécessaires à la thérapeutique antitumorale fut tournée dès 1980 par le clonage des gènes des interférons a et b, puis g et leur expression en bactéries ou levures. Ces interférons furent ainsi, après l’insuline et l’hormone de croissance, parmi les premières molécules à être synthétisées grâce aux techniques de génie génétique. Cependant, alors que l’interféron naturel d’origine leucocytaire est un mélange de sept à dix sous-espèces, chaque clone bactérien ne produit qu’une seule sous-espèce. Actuellement, c’est l’interféron a 2 (ou D) qui est le plus utilisé dans les essais thérapeutiques. Du fait que tous les effets obtenus avec l’interféron naturel n’ont pas été tous retrouvés avec cet interféron, il est probable que pendant une période assez longue, l’interféron d’origine naturelle sera encore utilisé, et que se poursuivront des essais de mélange de plusieurs espèces d’interféron produits par les micro-organismes.
Les interférons sont en théorie des médicaments de choix car ils induisent dans les cellules des processus antiviraux et inhibent la réplication intracellulaire de la plupart des virus connus:
1.   Maladies virales graves   :
–   Infections graves dues aux virus du groupe de l’herpès: varicelle grave des immunodéprimés, zona, encéphalite herpétique, kératite herpétique, conjonctivites et kératites à adénovirus.
–   Hépatite virale active. Il faut noter que dans la plupart des cas, il est préférable d’associer l’interféron aux autres traitements connus, tels que la chimiothérapie antivirale (acyloadénosine, ara-adénine, etc.).
2.   Tumeurs   bénignes, mais récidivantes ou pouvant conduire à une cancérisation: papillomes du larynx, condylomes ano-génitaux (causés par des papillomavirus).
3.   Tumeurs malignes   : métastases cutanées de cancer du sein, tumeurs secondaires du mélanome, sarcome de Kaposi; cancer du rein; myélomes; lymphomes; leucémies à tricholencocytes, myéloïdes chroniques et hémopathies.
Là aussi, il faut noter que l’interféron à lui tout seul a peu de chances de faire régresser une grosse tumeur, mais qu’il doit être associé ou alterné avec d’autres traitements plus classiques.
Effets secondaires de l’interféron
L’interféron, notamment en traitement prolongé et à haute dose, n’a pas que des effets bénéfiques. Il produit d’abord des effets mineurs, mais qui peuvent être mal tolérés, tels que fièvre, asthénie, nausées, douleurs, alopécie, lymphopénie, etc. Des accidents cardiaques chez des malades cancéreux en phase terminale ont également quelquefois été observés, mais ils semblent plutôt dus à une synergie entre l’interféron et un traitement chimiothérapique antérieur (adriamycine).
Enfin, les travaux du groupe de I.   Gresser ont montré qu’à très haute dose, l’interféron peut avoir des effets toxiques (hépatite, néphrite) sur l’animal nouveau-né ou jeune.
En conclusion, l’interféron, comme tous les produits biologiquement très actifs, doit être manié avec prudence et discernement. Beaucoup de recherches, tant fondamentales que cliniques, restent à accomplir pour préciser son avenir thérapeutique surtout pour essayer de contenir et atténuer les effets secondaires.
 
 Interférons alpha recombinants 2a et 2b
Les interférons alpha recombinants 2a et 2b ont obtenu une AMM dans l'hépatite C en France en 1991. La posologie usuelle (en ville ; Laroféron -laboratoire Roche- et Viraféron -Schering Plough-) est de 3 MU trois fois par semaine. Généralement, le malade se fait lui-même facilement les injections (ce qui est particulièrement simple avec le Viraféron stylo). L'augmentation des doses d'IFN administré trois fois par semaine (6 MU) accroît un peu le taux de réponse sous traitement mais pas celui des réponses prolongées (transaminases normales et PCR négative 6 mois après la fin du traitement). L'induction utilise une posologie quotidienne et des doses parfois plus élevées. Elle a permis d'obtenir des résultats encourageants.
L'interféron pégylé (IFN-PEG) est constitué d'interféron  standard conjugué à du polyéthylène glycol (PEG.)
Le PEG diminue la clairance et augmente la 1/2 vie de l'IFN : une injection hebdomadaire permet d'obtenir un concentration  plasmatique plus stable que 3 injections d'IFN standard par semaine.
Deux IFN-PEG sont produits :
-                      Schering Plough commercialise le Viraféron-Peg où l'IFN alpha 2b est conjugué à un PEG linéaire de 12 kD. Ce produit bénéficie actuellement d'une AMM.
-                       Roche a mis au point le Pegasys où l'IFN alpha 2a est conjugué à un PEG ramifié de 40 kD.
Il est possible que ces différences de pégylation entraînent des différences de pharmacocinétique et d'efficacité, mais on ne dispose pas actuellement de véritable étude comparative.
 
 Autres interférons
Les autres interférons ne sont pas actuellement utilisés en France. Ce sont les suivants :
-                      IFN lymphoblastoïde : le taux de réponse complète prolongée semble au moins équivalent à celui de l'IFN recombinant alpha ;
-                      IFN « consensus » : utilisé aux États-Unis. Disponible en France depuis début 2002. Une étude a suggéré un meilleur taux de réponses prolongées ;
IFN bêta-recombinant : peu d'études disponibles actuellement
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Lundi 31 octobre 2005 1 31 /10 /Oct /2005 00:00

17

Vous n’aurez pas ma peau !

Tout au long du traitement, j’ai connu des troubles assez chiants, évoqués au début de ce journal : lichen-plan, psoriasis, desquamation en tous genres, urticaire géant, eczéma etc. Devant les non-réponses de mon hépato face à ces problèmes, j’ai décidé de consulter un dermatologue au quatrième mois, tellement ça devenait insupportable. J’ai passé une journée en hôpital de jour pour divers examens. Je devais arriver le matin à 8 heures avec mes urines de 24 heures. Mort de rire ! Sous traitement il faut boire beaucoup, je buvais de l’eau, du thé vert au citron et du jus de fruit. ( Depuis, je fais gaffe au thé vert, c'est bon si on a trop de fer mais l'abus peut induire une anémie) Ça fait beaucoup de liquide, ça fait aussi beaucoup d’urine. J’avais gardé pas mal de bouteilles en plastique et j’ai commencé la mise en bouteille à 7 heures du matin. A 17 heures, j’ai appelé la surveillante du service de dermato pour lui demander s’il fallait vraiment « toutes » les urines de 24 heures et s’ils avaient une citerne à ma disposition. Elle m’a dit de faire pour le mieux. Le matin je suis arrivé en métro avec 7 magnums d’un litre et demi du précieux liquide, je ne pouvais pas faire mieux, j’avais plus de bouteilles. Le type qui était devant moi avait deux « Maxi-Vittel » qu’il déposait sur le comptoir du service. L’infirmière m’a regardé en riant et j’ai dis : « Petit joueur ! » Le patient n’a pas compris et l’infirmière n’arrivait plus à garder son calme. Je venais de lui raconter que j’avais eu peur de me faire braquer par des assoiffés dans les couloirs du métro. J’imaginais aussi un contrôle de police :
- Que transportez-vous dans ces bouteilles ?
- Mon urine chef !
- Vous vous foutez de ma gueule ?
- Non chef !
- Allez ! On va analyser tout ça !
On m’a fait des prélèvements de peau, des analyses diverses et variées. L’interne me fait quitter mon T-shirt, j’ai une grosse poussée d’urticaire qui me recouvre tout le corps instantanément. Il me dit de ne pas bouger et va chercher le professeur. Lorsqu’il revient, je n’ai presque plus d’urticaire. Je dis au professeur :
-Vous voulez voir comment c’était ?
Je vais au lavabo et m’asperge d’eau, la crise recommence. Les deux médecins trouvent ça intéressant, ils sont après mes éruptions et grattent des morceaux de peau avec des abaisse-langue en bois, j’ai le corps tout griffé. On me donnera pour traitement un comprimé de Zyrtec le matin et un Attarax le soir. J’ai un gel à base de corticoïdes pour traiter le lichen plan et un autre et une pommade pour le cuir chevelu et les lésions importantes sur la peau. Beaucoup de mes troubles, d’après les dermatologues, viennent de l’état de mon foie et sont exacerbés par le traitement. Mais j’ai aussi un anticoagulant circulant qui me produit un syndrome des antiphospholipides et génère une vascularite.
J’ai une espèce d’eczéma sur le ventre, des lésions qui ressemblent à un psoriasis sur le visage, les coudes et les jambes, du lichen-plan dans la bouche et des croûtes sur le cuir chevelu mais rien de bien grave selon eux. Moi, ça me fait bien chier de me gratter comme un singe lorsque je me déshabille et après la douche mais puisque c’est normal… N’empêche que, quand tu es comédien et que la maquilleuse ne sait plus ce qu’elle doit te mettre sur la tronche pour que tu aies l’air normal, ça craint un peu. De plus, dans les transports et les lieux publics, le regard de l’autre te fait penser aux pestiférés du moyen-âge. Je hais le prurit!
Le prurit se définit comme une sensation conduisant à une envie irrésistible de se gratter. Il s'agit d'un motif de consultation fréquent qui pose alors un double problème : d'une part, pour le patient en raison du caractère souvent inconfortable du prurit et du retentissement qu'il peut avoir sur la vie sociale et professionnelle, et, d'autre part, pour le soignant car le prurit constitue un véritable signe d'appel pour de nombreuses pathologies de nature et de gravité extrêmement variables. Il appartient ainsi au soignant non seulement de mettre en œuvre un traitement permettant d'apporter un soulagement rapide, mais également de savoir reconnaître la maladie causale parmi la multitude d'affections pouvant être à l'origine d'un prurit.
Ça c'est ce que disent les spécialistes, nos hépatos eux, ils ont plutôt tendance à te dire que : "Oui, c'est normal, ça arrive, ça vient de l'hépatite, c'est exacerbé par le traitement…" Et je fais quoi moi, mignon? Je continue à me gratter? Je dors avec des gants de boxe, j'essaie de faire baisser mon pouvoir d'achat en demandant la dernière crème à 30 $ minimum le tube à ma pharmacienne préférée qui va bientôt se mettre à vendre des légumes, je change de savon toutes les semaines et je rêve de me "faire une peau de star "parce que je le vaux bien!"

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Dimanche 30 octobre 2005 7 30 /10 /Oct /2005 00:00
 
2 mois du journal d’Alexia
 
4/mai : Cher vieux torchon… deux mois que je n’ai pas cochonné tes pages, because : abandon forcé. Je me suis encore tiré de chez ce connard et je t’avais oublié dans un coin, tu sais comme je suis bordélique. Il t’a quand même renvoyé chez mon père. Ce dernier n’a pas apprécié certaines de mes confidences, à croire qu’il y a aussi de l’encre antipathique !
Le vieux ne supporte pas que je considère que j’ai raté mon enfance, ballottée  entre une mère cinglée et un père menteur. J’avais aussi écrit que ma facilité à raconter des conneries, venait de lui. Comme j’ai dit aussi que mon comportement plutôt instable venait de la mère, tu vois le topo ?
Ces enfoirés veulent toujours me refaire. Pourtant, quand on rate son soi-disant chef-d’œuvre, ça ne se refait pas.
Je sais que je déçois tout mon entourage, peut-être même la terre entière mais je m’en branle ! C’est pas ça qui nous ramènera Kurt Cobain. Ni l’autre con non plus d’ailleurs, je l’ai bien cassé.
Je sais que je suis une salope et une égoïste mais moi au moins je le sais !
Il dit qu’il m’aime mais je sais bien que l’amour ça n’existe pas. Je pense sincèrement qu’il faut être sacrément con pour aimer une fille comme moi.
Je ne suis pas vraiment belle mais je plais aux hommes, il dit que j’érotise tous mes rapports, j’aurais dû balancer ses bouquins de psy ! C’est vrai que j’ai trois ou quatre kilos en trop mais dès que j’arrête la bière et les bonbons, c’est bon. Il veut que je m’habille chicos et que je me maquille et après il s’étonne que les mâles me collent au cul ! Il a plus qu’à se poigner en silence le con ! Tout seul dans son plumard. Viendra bien me rechercher !
Je fais tout de travers et je n’ai rien à foutre de rien !
C’est pourquoi je vais me coucher. Dormir, rêver peut-être ! Tiens, il peut dire que je ne lis jamais, c’est quand même du Shakespeare. (Y’a pas de faute, j’ai vérifié dans le dico.)
 
11Mai. Plan de carrière tiré sur la comète de : Allez les filles !
 
 
Un jour, je partirai d’ici !
Je le sais.
Je le sens.
Il y aura un mec bien, pas un blaireau schizo, il sera grand, brun avec beaucoup de cheveux frisés.
Il viendra me chercher, il sentira la pomme verte ou la framboise.
Il aura une grosse … hum ! Non, un tandem. Et nous pédalerons jusqu’au bord de la mer.
Bof ! c’est trop crevant.
Un jour, je partirai d’ici avec personne !
J’irai toute seule, loin, très loin…
Dans les îles Kouriles et j’élèverai des chiens de traîneau, des Samoyède. Les chiens sont fidèles eux ! même quand on les tabasse à mort. Surtout même… ouais, pas terrible !
Un jour, lorsqu’il fera nuit, je m’éclipserai.
Un engin extraterrestre se posera près de la maison et un Schmurz bleu turquoise aux oreilles oranges (c’est les plus craquants) m’emmènera sur Orion.
Il m’offrira des sandales en molybdène et des robes en peau de Zébi ganymèdien.
J’aurai, pour me servir, trois esclaves saturniens, vierges ascendants barjo et je boirai du vin rouge de Mars dans des cornes de cocus plutoniens.
Un jour, ça c’est sûr, j’arrêterai de rêver, je lèverai mon cul et j’irai me pendre au cou d’un vrai mec.
Un jour…
Peut-être…
Un jour…
Mais c’est loin bordel !
 
18 mai : Petit joujou, petit journal …
 
Huit jours que je glande comme une malade. Pourtant je pourrais en faire des choses !
Tu vois, j’aimerais bien faire une ou deux actions d’éclat avant de me solidifier sur place comme un fémur de diplodocus :
: Défoncer la sale tronche de nazi de Jean-Marie ou mieux, lui refiler la chtouille ou le das. Pas en le tirant mais à la seringue ou au parapluie bulgare !
: Chanter en duo avec Tom Yorke de Radiohead et devenir l’idole du Rock (au moins du 93).
c : Partir sur un bateau en bois d’au moins douze mètres, pour les îles marquises, fleurir Gauguin et Brel.
d : Etre la vedette du prochain film des frères Cohen ou de Tarentino avec Bradd Pitt ou mieux : Johnny Deep !
J’arrête là parce que c’est encore du rêve, comme la semaine dernière et celle d’avant et d’avant….
Quand je regarde la vie du haut de mes vingt hivers, je me demande vraiment à quoi j’ai passé mon temps et qu’ai-je fait d’intéressant : Nada !
Sauf peut-être les vacances chez ma grand-mère en finistère.
Elle m’a appris à faire les galettes de blé noir, à aimer les tripes au vin rouge, les pieds de porc frits et aussi, cette diablesse de mémé Phine, un peu sorcière, à me foutre totalement du monde entier.
Elle me disait toujours : ‘’ Tu sais, un moment de honte est vite passé ! Quand tu seras morte, ton crédit sera effacé quelque soit la longueur de l’ardoise !’’
C’est vrai que sa philosophie à cent balles m’a permis de passer au travers de beaucoup de choses et surtout de ne pas avoir peur.
Pas plus tard qu’avant-hier, les flics du métro avaient serré un beau black, jeune et craquant. Fouille au corps et tout le cirque ! Un vrai délit de sale gueule.
J’ai gueulé comme une possédée et gens autours de moi ont enfin réagit. Les bœufs étaient tellement surpris, qu’ils ont laissé le black se tirer.
Moi par contre, ils ne m’ont pas ratée : 18 heures de garde à vue. J’en suis presque aussi fière que mon pépé l’est du maquis.
Tu vois un peu ça : Je suis devenue une ancienne conne battante ! merci Mémé !
 
25 mai : la vie n’est pas un pique-nique !
J’ai bien cru trimballer une petite graine dans mon ventre.
Pauvre conne !
C’était juste dans ma tête.
Il ne faut jamais prendre ses faux désirs pour de vraies réalités.
Bref : j’ai eu mes règles ce matin.
Je suis comme d’habitude, pas de surprises : crevée, abattue, groggy ! J’ai mal partout, surtout à l’intérieur de tout. Quelle saloperie !
En même temps, c’est sans doute mieux. Comment ferais-je avec un baby sans père et avec une mère Sans Existence Sociale Attestée ?
SESA : c’est ça !
Ça fait beaucoup de sang et de sans mais pas des masses de sens je le sens !
Chaque fois que mes trucs arrivent, je pense à ma tante Pascale. C’est elle qui m’a appris à ne pas prendre cet état, strictement féminin, pour une malédiction formelle.
Elle me racontait que, dans les groupes ‘’Femmes Radicales’’ qu’elle fréquentait dans les années 70, elles se faisaient des soirées où les filles apprenaient à  reconnaître leur sexe et à l’observer à l’aide d’un miroir. A cette époque, il n’y avait que des croquis en coupe du sexe féminin dans les livres, même dans les manuels à l’usage des étudiants en médecine. La majorité des nanas bien élevées n’avaient jamais vu un sexe de près. Et je parle  d’un sexe féminin, pas d’une bite !
Les filles, dans ces soirées, devaient toucher leur sang et se barbouiller le visage avec.
Merci Pascale, grâce à toi, je n’ai jamais été dégoûtée par mon sang.
Même qu’une fois, c’était qui déjà ? ah oui, un beau zozo quelconque mais on s’en fout !
Donc, Dugenou m’invite au resto, l’enflure, dans le but évident de me séduire par un moyen à la con, c’est-à-dire à l’aide d’alcool et autres douceurs qui font briller les yeux des filles.
Au milieu du repas, je lui dis négligemment que le magnifique édicule qui vient d’émerger sur mon menton est plus qu’un phénomène normal vu que mes périodes ont commencé etc.
Zozo a commencé à tirer la gueule et je sentais bien que d’un seul coup, le goût de ses aliments s’en trouvait affecté.
Il m’a emmené chez lui, nourrissant le secret espoir d’avoir malgré tout une petite compensation à la hauteur de son désir premier. On peut toujours rêver !
Je lui ai demandé de se mettre au lit et de m’attendre. Je devais passer aux toilettes avant toute chose. Lorsqu’il m’a vu arriver de la salle de bain avec mes peintures de guerre périodiques sur le visage, il a hurlé comme un damné.
Pauvre chéri, pauvre mec !
Mais ce qu’il n’a surtout pas digéré, si j’ose dire, avant que je ne me casse, c’est le tampax lancé sur sa belle gravure au-dessus du lit. Il est resté planté au milieu de la tête du personnage avec sa petite ficelle qui s’agitait, réplique exacte de la sienne. Pauvre zozo ! On aurait dit qu’un rat bouffait le nez du mec du dessin.
Quel pied de nez !
J’aime avoir mes règles même si j’ai mal. Est-ce que souffrance voudrait dire existence ?
Je sais que j’existe et que je suis femme. Si j’attendais un bébé j’aurais sûrement d’autres sensations, je le sais au plus profond de moi, j’en suis sûre.
Il y aurait encore de la souffrance mais pas gratos, il y aurait un enfant à moi au bout de l’aventure. Je ne souffrirais pas pour rien.
Oui, mais pas maintenant !
Oui mais quand ?
J’ai écrit ‘’aventure’’ mais pour qui ?
J’aimerais bien être mère mais ce serait terrible d’avoir un enfant qui vous reprocherait de l’avoir mis au monde un jour.
Faut assurer, faut être deux et ne pas être trop con ! faudrait que lui et moi ça colle. Où est-il ce pingouin ?
Donc il faut que je me bouge, il y  certainement un père idéal pour mon bébé quelque part.
Avant de partir à sa recherche dans le monde, je vais prendre un bain ! C’est le meilleur début qui soit.
 
  
Mardi 1 juin : J’entre dans la vie active et j’en ressort aussi vite.
 
Arthur disait que ‘’la vie est ailleurs’’ moi je pense qu’elle est intérieure.
Je ne suis bien que seule avec mes pensées et mes rêves et je n’arrête pas de dire que je voudrais vivre avec quelqu’un.
Contradiction ?
Dans ce mot il y a diction, il y a contrat et il y a con. Bizarre !
J’ai bossé deux jours dans un magasin d’alimentation, un mini marché pour les pauvres.
Ça m’a autant minée que mes années de lycée.
J’avais répondu à une annonce de merde et une espèce de mutant m’a reçue dans un bureau aussi glauque que lui.
J’aurais du me méfier, il avait une tronche à imprimer des faux billets de sept francs pour le monopoly.
J’ai obtenu un emploi jeune à l’essai !
C’est dur d’être jeune à l’essai quand on n’a pas envie d’essayer.
J’ai rempli des rayons le premier jour. J’ai empilé des tas de trucs merdiques : des boîtes de tomates, du P.Q, des sardines, des Tampax, des bouteilles de flotte, du vin, de l’huile, des fraises Haribo etc. etc.
Je n’ai pas l’habitude d’être active non-stop, j’aime pouvoir fumer un clope de temps en temps… impossible !
Et la musique !
Il ne passait que des merdes, Dion, Fabian, toutes les pétasses et aussi des tarlouses, Obispo, 2B3, oasis… bref, de la musique de plouc. Je sentais que ça ne durerait pas.
Le deuxième jour on m’a mise à la caisse en double avec Rachida, pour apprendre. Super sympa la Rachida ! Un peu stressée mais gentille. Elle m’a tout de suite expliqué la poloche.
Le directeur, si tu es gentille avec lui, ça va ! Sinon tu as affaire au fils de Thatcher et de Goebbels : il te propagande l’économie à mort.
On m’a lâchée au bout de deux heures. Tout roulait à peu près bien, je me faisais chier à mort mais je voyais des gens sympas.
Il y a une petite mamie qui est venue à ma caisse, elle avait deux steaks sous vide, une boîte de petits pois et un paquet de gâteaux Chamonix Orange. Elle m’a dit que son fils allait enfin venir manger chez elle ce soir. Elle m’a tendu son porte monnaie  en me demandant s’il y avait assez dedans. Elle avait à peine trente balles et il y en avait pour quarante-cinq.
J’ai dit oui, j’ai pris trois francs et elle est partie.
L’autre enflure avait tout vu, il est arrivé tout gai en me disant : Bravo mademoiselle, on joue Mère Térésa ! Je vais contrôler votre caisse…
Je l’ai coupé, je me suis levé, je lui ai donné les cinquante balles qui me restaient pour finir le mois puis, je lui ai dit d’aller se faire mettre. À mon avis, il n’y est pas allé, il a le cul trop serré.
Si c’est dans un monde comme celui-ci qu’il me faut vivre, c’est sans moi les mecs !
En sortant j’ai foutu par terre la pyramide de boîtes de haricots verts que j’avais mis quatre heures à monter. Ça roulait partout. On a les vengeances que l’on peut.
 
Mardi 8 juin : Je n’ai pas retrouvé ma trousse de réparation pour vie gâchée !
 
J’ai passé deux jours chez ma copine Fredo. Je le fais environ tous les six mois. C’est le laps de temps moyen pour que j’arrive à oublier combien, malgré mon amitié, je la trouve futile et même chiante.
Nous ne nous sommes pas quittées fâchées,  juste un peu en froid. Faut dire que nous avons l’habitude de dormir ensemble. Nous ne sommes pas de vraies goudous, non, seulement  deux copines qui s’aiment bien et qui sont un peu câlines.
Un soir, au lit, j’avais mis mon visage contre ses seins coquins et je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire :
-Putain ! Tu sens vachement la cocotte !
Elle fût vexée comme un pou, la conne et elle m’a répondu qu’elle avait mis ce coûteux parfum spécialement pour me faire honneur et que j’étais une ingrate sans cœur et sans pudeur etc.
La conversation a alors pris une allure de débat politique.
À droite du lit : Fredo, pour l’expulsion forcenée de tout ce qui est étrange.
À gauche : ma pomme, pour conserver tout ce qui émane de soi-même.
En gros, le droit du sol contre celui de l’aérosol.
Moi, j’aime mes odeurs personnelles. Je suis propre, je me lave  régulièrement mais je n’aime pas les déodorants et autres savons à la con. Rexona ne passera pas par moi !
J’ai horreur de contraindre mon corps. J’aime être à l’aise dans mon enveloppe et je refuse de la martyriser. Pas d’artifice ni de tatouage, piercing, stérilet, olisbos et autres conneries. Le savon de Marseille, le gant de crin et, tout au plus, la crème Nivéa pour les rougeurs. Lorsque je trouve de la menthe fraîche, je m’écrase les feuilles sur le corps et je me frotte avec.
Mes parfums usuels sont : le zeste de citron vert, la menthe, le tilleul, la verveine, la mandarine, la lavande. En bref tout ce qui se mange, je suis une pragmatique.
Il faut que la personne qui a mon corps en cadeau ait envie de me sentir et de me goûter.
Si : il ou elle ne peut pas me sentir… hé bien la chose est entendue.
Si d’aventure j’ai envie d’être très gentille, je transforme mon corps en jeu de piste pour fin limier. (Pas toujours fin limeur !) Le but est d’attirer son nez et sa langue au bon endroit, la règle du jeu est simple et ça marche mon bébé !
Surtout, il faut tout faire pour que le chercheur fou ait envie de revenir et donc qu’il se souvienne de ces charmantes fragrances.
Une nuit, j’ai fait un super rêve odorant et coquin. Voici :
 

Rêve odorant

Elle écrit sur des pages de fine batiste, chaque feuille est faite de ce tissu et correspond à une partie de son corps où son odeur est si différente. Elle a passé chaque page sur chacun de ses endroits vénérés par son amour. Il reçoit les lettres et se dépêche de les sentir une à une. Il aime surtout celle de l’entrejambes et celle de ses seins.
Il les superpose et ferme les yeux en pensant à elle fortement. Il savoure les odeurs adorées du corps absent de celle qu’il aime tant, et se retrouve en rêve sur elle, avec elle, contre elle, en elle. Il s’abandonne si puissamment que son sexe lui fait mal, il se touche à peine la peau du gland et dans un râle d’amour, libère sa semence sur la lettre de soie qu’il venait de lui préparer. Elle aura sa réponse demain par chronopost. Aucun mot sur la page de soie sauvage, juste une trace de soi, trace qu’il laisse sauvage comme son désir, de lui à elle simplement, le carré soigneusement plié pour ne pas que sa liqueur sèche, elle en aura sérieusement besoin.
Elle le dépliera, se le passera sur le visage et saura alors combien il l’aime et pense à elle. Elle lira les autres pages avec un petit faible pour celle des aisselles, c’est une page double en chantoung, une page pour chaque narine. Elle s’endormira avec la page qui contient l’odeur de son ventre, posée sur son oreiller en pensant que sa tête repose dessus son ventre véritablement, son ventre à lui, le ventre aimé de son homme odorant.
 
15 juin : à te lier, des cris  (se) turent !
Fredo m’a inscrite à un atelier d’écriture animé par une femme écrivain très connue que je ne connaissais pas. On ne peut pas tout savoir, on ne peut pas tout connaître et on ne doit pas tout aimer !
Elle se nomme Marie Redonnet. J’ai bien essayé de chourer un de ses livres dans une librairie mais à Saint-Denis, mission impossible ! Les librairies disparaissent aussi vite que les baleines bleues. J’en ai fait cinq à Paris avant de trouver la bonne, Place de Clichy.
Monde de chiens ou il est plus facile de faucher du Sulitzer merdique que des livres intéressants !
J’avais un peu les boules de me confronter à des inconnus mais après avoir lu ‘’Rose Mélie Rose’’ j’ai vraiment eu envie d’y aller et de la rencontrer. Le thème de l’atelier était ‘‘voix de femmes’’ et il y avait quatorze participants, douze nanas et deux blaireaux.
Je me suis aperçue qu’il était assez dur d’échapper à son ego et que l’écriture est parfois un vrai arrachement. J’ai inventé un personnage, une pétasse de 40 berges, tout le contraire de moi. Elle a une situation stable, un mari et des enfants et malgré ça, la salope trompe son vieux, ne supporte plus ses lardons et rêve de se barrer à Katmandou où elle n’a pas pu aller quand elle avait vingt balais.
En fait, je me suis aperçue que je démolissais tous mes désirs secrets à travers mon héroïne. En gros, cette conne rêve d’être comme moi, un peu border-line, sur le fil du rasoir. Je t’en foutrais moi de l’insécurité et de l’aventure ! Cette crétine s’en fout, son frigo est plein, y’a un mec dans son lit et des enfants pour lui souhaiter ‘’bonne fête maman’’.
Elle m’énerve tellement qu’à la fin de l’atelier je vais la trucider. Je vais la faire découper en morceaux par son amant, il va lui bouffer la fesse droite en daube et il va envoyer le reste à son nom à elle, poste restante à Katmandou ! Ah, tu voulais voyager ! Ne te disperse donc pas tant…
Ou plutôt non ! je la ferai mourir d’indigestion ou étouffée par un sushi au poulet à la dioxine arrosé de coca au phénol. Bof, le plus sur des moyens pour enterrer une héroïne c’est encore de la mettre dans un manuscrit. L’écriture est un cimetière formidable ou reposent des millions de morts et c’est pas fini !
 
 
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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