Jeudi 27 octobre 2005 4 27 /10 /2005 00:00
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Carottes de foie au naturel.
S’il est un examen qui fait couler beaucoup de salive chez les hépatiques c’est bien cette PBH (ponction biopsie hépatique.) Pour la mienne, j’avais l’avantage de l’ignorance, je ne me rendais pas compte. Depuis j’ai eu l’occasion d’en parler avec d’autres malades sur la mail-liste ou de vive voix, c’est fou comme ça fout la trouille aux gens ! C’est du niveau de la représentation symbolique : on te prend un morceau d’organe. Pourtant on sait bien que le morceau est minime, que le foie se régénère, que l’examen est indispensable, que la douleur est ridicule et peut être facilement annihilée. Malgré tout ça fout les jetons au point que certains ne veulent pas en faire au risque de se réveiller un jour avec un cancer tout neuf dans les sacoches. On ne le dira jamais assez : la PBH est un geste médical bénin, peu douloureux, la douleur occasionnée est facilement contrôlée par des antalgiques usuels et si le médecin qui fait cet acte est suffisamment expérimenté, c’est moins traumatisant qu’une extraction de dent de sagesse ou qu’une fibroscopie oesogastroduodénale ou bronchique. Dans les pays anglo-saxons, la PBH est faite en ambulatoire, de plus en plus de médecins le font aussi en France. Mais n’envions pas un système de soins moins performant que le nôtre. La prévoyance médicale n’a jamais fait de mal à personne.
La PBH est le seul examen actuel qui permet de faire avec certitude le diagnostic d’une hépatopathie d’origine virale, d’en préciser l’activité et d’apprécier l’efficacité réelle des thérapeutiques  antivirales. Il s’agit d’un geste invasif comportant certains risques qui seront quasi-inexistants si elle est pratiquée par un médecin expérimenté, après un contrôle des tests de coagulation et une échographie. La technique choisie est dépendante de l’échographie, du nombre de plaquettes et des résultats de l’hémostase.
Les trois techniques proposées et possibles sont :
La plus fréquente, la PBH par voie intercostale à l’aveugle. Une aiguille permet de ramener un fragment hépatique après anesthésie locale entre  les côtes du patient t au travers du foie sur un trajet prédéfini.
La PBH par voie transveineuse. Elle permet par le cathétérisme (fait d'introduire un cathéter une sonde, dans un orifice naturel) de la veine jugulaire interne, puis de la veine cave, puis des veines sus-hépatiques, de ramener un fragment sans perforation de la capsule du foie. Elle se fait sous contrôle radiologique et sous échographie des axes vasculaires cervicaux et amplificateur de brillance pour le cathétérisme hépatique.
Moins fréquente est la biopsie avec injection de colle. Elle permet la réalisation d’une biopsie hépatique échoguidée et l’embolisation du trajet de ponction avec de la colle biologique.
Le choix de ces différentes techniques se fait en fonction des contre-indications usuelle à la biopsie hépatique. Si le patient à au moins 85000 plaquettes par mm3, un TCK (temps de coagulation d’un plasma sans plaquettes) inférieur à 1,5 fois le témoin, un temps de saignement normal, un TP (taux de prothrombine) normal et s’il n’a pas absorbé un anti-agrégant plaquettaire et de l’aspirine ; s'il n’a pas de contre-indication échographique (hémangiome, dilatation des voies biliaires, kyste hydatique (relatif aux hydatides, formes larvaires du ténia échinocoque qui se développe dans les tissus, spécialité franc-comtoise), la PBH est faite par voie transpariétale. En cas d’hémostase normale mais de contre-indication échographique on préférera la PBH sous contrôle échographique. En cas de  trouble de l’hémostase, on aura recours à une PBH transveineuse ou à une biopsie avec embolisation.
   La PBH est un geste performant dont le but est l’obtention d’un fragment suffisant dans 99 % des cas, permettant d’examiner au moins quatre espaces porte[1], dans le cadre des hépatites chroniques. L’analyse du fragment biopsé va permettre d’établir un score d’activité de l’hépatite chronique. Le plus utilisé est le score de Knodell qui prend en compte quatre lésions élémentaires appréciées de façon semi-quantitative. Ce sont : la nécrose périportale et la nécrose en pont (cotée de 0 à 10) ; la nécrose lobulaire, l’inflammation portale et la fibrose (cotée de 0 à 4 selon l’intensité croissante). Chaque lésion est gradée de manière semi-quantitative et l’activité est définie par la somme des trois premières lésions élémentaires. Le score de Knodell est utile au clinicien, d’autant qu’il est reproductible et internationalement utilisé.  Il permettra à la fois de confirmer le diagnostic, de faire le bilan des lésions et de suivre l’évolution soit spontanée, soit sous l’effet de traitements antiviraux.
SCORE DE KNODELL
LESIONS
SCORE
Nécrose périportale et nécrose en pont
0 à 10
Lésions dégénératives intra-lobulaires et nécroses focales
0 à 4
Inflammation portale
0 à 4
Fibrose
0 à 4
INDEX D'ACTIVITE HISTOLOGIQUE
0 à 22
 


 
Le score Métavir lui, permet d’apprécier l’activité histologique d’une hépatite chronique et le degré de fibrose. Il est gradué de A0 jusqu’à A3 pour l’activité et F0 à F4 pour la fibrose. L’activité se traduit par une nécrose qui va de parcellaire à lobulaire.
 
 
 
 
 
SCORE METAVIR
 
Nécrose lobulaire a
Score A (activité)
Absente
0
Modérée
1
Sévère
2
Nécrose parcellaire b
 
 
 
Absente 0
AO
AI
A2
Minime 1
A1
A1
A2
Modérée 2
A2
A2
A3
Sévère 3
A3
A3
A3
 
a) Nécrose lobulaire = NL: foyer(s) nécrotico-inflammatoire(s) intralobulaire(s).
0 : moins d'1 NL par lobule; 1 : au moins 1 NL par lobule; 2: plusieurs NL par lobule ou nécrose confluante ou nécrose en pont.
b) Nécrose parcellaire = NP. 0 : absence de NP ; 1 : NP focales au contact de quelques espaces portes ; 2 : NP diffuses au contact de quelques espaces-portes ou NP focales au contact de tous les espaces-portes ; 3 : NP diffuses au contact de tous les espaces-portes.
 


 
Score F (fibrose)
 
Absence de fibrose portale
FO
Fibrose portale stellaire sans septa1
F1
Fibrose portale avec rares septa
F2
Nombreux septa sans cirrhose
F3
      Cirrhose
F4
 1  Septa, pluriel de "septum", cloison séparant deux cavités.
 Eh bien !  Ça y est, j’ai enfin compris ce que voulait dire mon A2 F4. Ça n’a rien d’un appartement ou d’une bataille navale mais de l’activité modérée de mon hépatite avec une fibrose carabinée, la cirrhose. De quoi réellement s’inquiéter non ? Dans moins de la moitié des cas, l'hépatite chronique sur la biopsie  hépatique est dite « active » et entraîne des lésions agressives du foie,  une destruction des cellules et une inflammation importante. C'est cette forme qui doit être traitée par les médicaments antiviraux afin d'éviter une destruction progressive du tissu hépatique avec formation d'un tissu cicatriciel appelé fibrose.  La nécrose c’est la dégénérescence d’un tissu.  Nécroses en groupe : Dégénérescence d’un groupe d’hépatocytes. Différents modes de distribution : Infra-massif : zones confluantes d’un lobule hépatique. Massif : atteinte de tout un lobule. Nécrose confluante : nécrose d’hépatocytes avoisinants. Nécrose en ponts : nécrose qui s’étendent d’une zone acineuse vers une autre. La nécrose peut être veino-veineuse, porto-veineuse ou porto-portale.
 Nombreux septa sans cirrhose, j’ai cherché septa, c’est le pluriel de septum en latin. Septum actif : faisceau de fibres collagène avec signes inflammatoires. Le septum s’élargit au cours d’une inflammation persistante, par exemple en cas d’hépatite chronique avec activité inflammatoire marquée. Septum passif : formation de cicatrices : faisceau de fibres collagène à trajet tendu après collapsus de la trame réticulinique. Expression de nécroses en pont antérieures.
Ça fout vraiment les chocottes ce qui se passe à l’intérieur ! Heureusement il y a le traitement antiviral et, tu ne me croiras jamais, le traitement fait régresser la fibrose ! Ça c’est le pied, ça relativise une partie des inconvénients que procure ce traitement qui devient presque sympathique. Non seulement il peut virer le virus mais il retape le foie et l’aide à se régénérer. Des patients non guéris de leur hépatite après traitement d’un an ont vu leurs scores baisser de parfois deux points : de A3F3 à A1F2 ou A2F2 à A1F1. C’est toujours ça de pris, surtout quand le jeu consiste autant à faire reculer l’apparition de la cirrhose et de son copain le carcinome qu’une hypothétique éradication du virus. Le virus, à la limite, il va crever avec toi, l’important c’est que ton organisme ne se détruise pas en voulant le faire disparaître. C’est ici qu’intervient mon questionnement sur l’inflammation et la fibrose.


[1]Dans une coupe histologique d’un fragment de foie, on reconnaît des unités parenchymateuses hexagonales, ou «lobules»; les cellules parenchymateuses, les hépatocytes , sont disposées en travées, ou plutôt en lames, qui convergent vers le centre du lobule . À la périphérie, on trouve les espaces portes, dont chacun contient une triade portale : un petit canal biliaire, une artériole, branche de l’artère hépatique, et une veinule, branche de la veine porte. Les ramifications de la veinule porte et (dans une moindre mesure) celles de l’artériole hépatique assurent la vascularisation du lobule en se jetant dans les sinusoïdes ; ce sont des espaces vasculaires qui alternent avec les travées cellulaires; ils confluent dans la veine centrolobulaire, rameau d’origine des veines sus-hépatiques. Le long des parois du sinusoïde se trouvent les cellules de Küpffer, de nature différente des hépatocytes.
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Jeudi 27 octobre 2005 4 27 /10 /2005 00:00
12
Chronique de l’aiguë, aiguisage de la chronique.
 
Je ne sais pas quand j’ai commencé mon hépatite ni précisément comment je l’ai eu même si je suppute fortement l’approche feutrée des paradis artificiels. Ça, ça me fait vraiment fumer ! J’essaie de me souvenir des périodes où je n’étais pas bien mais il y en a beaucoup et ça se mélange avec le blues et la mélancolie. J’aurais préféré être vraiment malade au début et repérer tout de suite cette salope pour lui péter la gueule dans l’œuf. Je dois être de la race des victimes, on entre chez moi par effraction, on me viole mon immunité, on squatte mon foie et je vois que dalle. Quelle poire ! Je la voie bien la C, cette pute de luxe ! Elle est vêtue de cuir noir moulant, avec une cagoule comme les rats d’hôtel dans les vieux films. Elle entre en douce la nuit, ne dit rien à personne, ne bouscule même pas un petit meuble, monte un peu ma musique intérieure, la 8eme de Mahler avec cœurs, pour couvrir son pas feutré et elle s’installe en terrain conquis pour me grignoter molécule par molécule. Elle se tape mon foie gras sur canapé en buvant du champagne, Diamant Bleu ou Cristal de chez Roederer. Enfin c’est ce que je croyais au début puis j’ai appris ça sur ses méfaits :
L’infection débute toujours par une hépatite aiguë après une période d’incubation de 5 à 45 jours. Comme pour le VHB, la plupart du temps elle est asymptomatique sur le plan clinique, on ne voit rien, on ne sent rien. Il y a très peu d’hépatite fulminante imputable au VHC. Le danger principal est l’évolution de l’infection virale vers la chronicité dans pratiquement 80 % des cas. C’est la raison pour laquelle une surveillance du patient doit être effectuée pendant cette phase de la maladie lorsqu’on la détecte. L’hépatite aiguë est inapparente dans environ 80 % des cas. Lorsqu'il existe des symptômes, ils sont faits d'une jaunisse ou ictère, d'une fatigue, de signes digestifs et généraux évoquant une grippe. Ces signes ne seront présents que chez 10 à 20% des malades. Souvent, il ne s'agira que d'un état de fatigue modérée et isolée qui passera inaperçu. Pour peu que tu aies fait l’ours quelques jours parce que c’était la période des fêtes, ou que tu viens de changer de copine et tu ne vois rien.  L'hépatite aiguë sera reconnue par une élévation des transaminases, en moyenne inférieure à 20 fois la limite supérieure de la normale ( la norme  est de  5 à 40 UI/L à 30° pour les ASAT ou SGOT et de 5 à 35 à 30° pour les ALAT ou SGPT et varie selon les labos car calculée sur une moyenne locale). Cette anomalie évolue sous la forme d'un simple pic, d'une phase en plateau, ou le plus souvent d'une fluctuation prolongée des transaminases très caractéristique de l'hépatite virale C.
L'hépatite virale C aiguë évolue vers la chronicité dans 70 à 80% des cas. Cela signifie qu’environ 30 % des patients vont guérir spontanément. La guérison est affirmée par des transaminases durablement normales, la présence, habituellement prolongée, des anticorps anti-VHC contrastant avec l’impossibilité de détecter l’ARN du VHC dans le sérum. Le  passage à la chronicité est représenté par la présence dans le sérum, d'un fragment du génome viral ou ARN du VHC.
 
Diagnostic sérologique.
Depuis plus de dix ans les techniques sérologiques utilisées pour le diagnostic de l’hépatite C se sont affinées et sont devenues de plus en plus fiables. Les tests de 3eme génération de type ELISA (ENZYME LINKED IMMUNO-SORBENT ASSAY) ou immunoblots principalement permettent la détection d’antigènes viraux. Lorsque que l’on trouve des anticorps dirigés contre le VHC (anti-VHC) dans le cadre d’une hépatite aiguë, en l’absence d’autres marqueurs viraux, on peut suspecter une hépatite C. Les anticorps anti-VHC pouvant apparaître seulement dans les dix semaines  suivant l’infection, la recherche d’anticorps anti-VHC est répétée chez un patient ayant un tableau d’hépatite aiguë, un facteur de risque identifié (toxicomanie, transfusion etc.) et l’absence d’autres causes. La séroconversion (apparition de la séropositivité - caractère d'un sérum contenant des anticorps pour un antigène donné- après un délai d'incubation d'une maladie) anti-VHc  signera le diagnostic d’infection aiguë C. Contrairement aux autres virus s’attaquant au foie, il n’y a actuellement pas de marqueurs sérologiques disponibles pour affirmer le caractère récent de l’infection par la C.  D’où l’intérêt de la recherche d’une virémie C détectable dès la première semaine du contage (contagion ; Éventualité d'un contact du malade avec un sujet porteur de la maladie, d'une contagion).
QUELS TESTS DOIT-ON FAIRE ?
·                La place des tests sérologiques (ELISA et RIBA) et du test qualitatif de détection de l'ARN du VHC par PCR (amplification génomique par Polymerase Chain Reaction) a été précisée récemment.
·                Les recommandations de la première conférence française (Paris 1997) sont les suivantes.
  •                Recherche des anticorps anti-VHC par un seul test ELISA de 3ème génération. Résultat exprimé sous forme d'un ratio (non de façon purement qualitative)
  •                Si le résultat est positif il est raisonnable de faire un 2ème prélèvement pour éliminer une erreur accidentelle. La pratique systématique d'un test analytique type RIBA (dit de confirmation ou de validation) est inutile.
  •                Une recherche de l'ARN du VHC dans le sérum est indiquée dans les situations suivantes:
  •                 Résultat sérologique douteux
  •                 Transaminases normales de façon répétée
  •                  Autres causes possibles d'élévation des transaminases :
  •                  Consommation excessive d'alcool
  •                  Surcharge pondérale
·                Les conclusions de la conférence de consensus internationale tenue à Paris en 1999 sont les suivantes.
o                Dans les populations à faible risque (donneurs de sang, dépistage systématique) il peut y avoir jusqu'à 25% de faux positifs et un test de confirmation (type RIBA) est nécessaire.
o                Dans les populations à risque élevé ou chez des malades suspects d'avoir une hépatite C, un test ELISA positif doit être confirmé par un test qualitatif de détection de l'ARN du VHC (PCR)
o                Dans le cas d'une hépatite aiguë de cause inconnue la démarche suivante est recommandée:
  •                       Test ELISA
  •                       Si les tests pour les virus A et B sont négatifs:
  •                       Test qualitatif (PCR)
o                Dans le cas d'une hépatite chronique de cause inconnue (notamment chez les hémodialysés et immunodéprimés): test qualitatif (PCR)
Le génotypage et éventuellement les tests quantitatifs ne doivent être réalisés que si un traitement est envisagé, et avant celui-ci.
Deux autres tests virologiques issus de la biologie moléculaire sont actuellement disponibles. Il s'agit de la quantification virale ou ARN du VHC quantitatif et du génotype qui permet de connaître la souche virale (l, 2, 3, 4 etc.). La quantité de virus présent dans l'organisme et le génotype viral ne semblent pas conditionner la gravité de la maladie. Contrairement à ce qui est habituellement perçu, avoir beaucoup de virus ne veut pas dire maladie plus grave. La quantité de virus circulant et le génotype ne sont utiles que pour prédire la réponse au traitement de l'hépatite chronique C par l'interféron.
·                Quantification virale
o                Rappel de quelques définitions.
o                La charge virale indique la quantité totale de virus présente chez un patient. Le terme de charge virale plasmatique est habituellement utilisé pour désigner la virémie plasmatique.
o                La virémie est la concentration de virus ou d'équivalents viraux présents dans la circulation sanguine. Elle s'exprime en copies par millilitre ou en équivalents particules (ou en équivalents génome) par ml. C'est le reflet, imparfait, de l'activité réplicative du virus. En effet les techniques actuelles ne permettent pas de différencier particules virales complètes et défectives. Seule une technique in situ permet la mise en évidence certaine du brin négatif (infectieux) du VHC.
o                Dynamique et localisation de la réplication
o                La quantité de VHC présente dans le sang (compartiment sanguin) est le résultat de la différence entre la production de virus (compartiment de production) à partir du foie (et de divers sites extra-hépatiques ?) et la dégradation du virus (compartiment de dégradation).
o                La réplication du VHC est forte (1012 virions / jour) et son turn over élevé (demi-vie: 2,7 jours). Ceci explique la génération de variants et la possibilité d'échappement à la surveillance immunitaire.
o                Méthodes de quantification
§                                         Les méthodologies sont de 2 types : quantification des protéines virales ou des acides nucléiques viraux.
§                                         La quantification des protéines virales se base sur la quantification d'antigènes viraux. Elle pourrait être utilisée pour le screening des poches de sang (pour diminuer le risque dû à la fenêtre sérologiquement muette après contamination).
§                                         L'autre méthode se base sur la détection des acides nucléiques. Elle fait appel à des méthodes d'amplification pour détecter et quantifier le VHC. La plus utilisée est l'amplification génique en chaîne ou polymerase chain reaction (PCR). Le génome du VHC est un ARN, il faut donc effectuer au préalable une réplication inverse ou reverse transcription (RT) avant l'amplification. Les techniques sont de 2 types selon qu'elles sont basées sur l'amplification génique ou l'amplification du signal.
§                                                                 Amplification génique : méthodes PCR et NASBA (nucleic acid sequence-based amplification).
§                                                                                         - En France, la méthode commercialisée de RT-PCR quantitative est le test AmplicorÔHCV Monitor (Roche). La limite de détection est de 1000 copies/ml. La version 2 est plus reproductible et plus sensible (100 copies / ml). Roche développe aussi un test de nouvelle génération basé sur la quantification en temps réel (Roche's Taqman assay).
- Le test NGI SuperQuantÔ (utilisés lors des derniers essais aux USA) a une sensibilité de 100 copies /ml)
§                                                                 Amplification du signal : technique de l'ADN branché (bDNA)
§                                                                                         C'est le test QuantiplexÔ (Chiron Diagnostics). Le résultat est exprimé en équivalents particules virales par ml (éq/ml). Le seuil de détection est de 350 000 (version 1) et 200 000 (version 2). La sensibilité des futurs tests sera de l'ordre de 20 000 éq/ml
Les résultats obtenus avec les tests NGI SuperquantÔ et QuantiplexÔ sont comparables grâce à la formule ci-dessous
log10 (SuperquantÔ ) = 2,567 + 0579 log10 (QuantiplexÔ )
Cela est utile à connaître, car les recommandations de la dernière Conférence de Consensus (citée plus haut) sont basées sur des études qui ont utilisé le NGI superquantô. Ainsi un titre de 2 x 106 copies/ml en SuperquantÔ correspond à environ 2,818 x éq génomes en quantiplexô.
·                       Facteurs pouvant agir sur la charge virale. (augmenter la charge virale)
·                       immunodépression (dont la co-infection VIH)
·                       alcool
·                        Charge virale: quelles implications cliniques ?
·  Il n'y pas de corrélation entre charge virale plasmatique et :
·                      Taux de transaminases
·                      Sévérité histologique.
·                      Les malades ayant une charge virale faible ont un taux de réponse plus élevé.
 La question sur les correspondances entre les différents tests est souvent posée aux spécialistes. Il est difficile de répondre de façon précise. Le Pr PAWLOTSKY de Créteil a bien étudié la question (Hepatology Vol 32 2000 654-659) Selon lui tous les résultats doivent être présentés en UI/ml ; une valeur de 2.000.000 copies /ml  correspond à environ 800.000 UI/ml. Les résultats obtenus en Superquant  et en CobasROCHE sont correlés.
 
 L'infection chronique
L'infection chronique par le VHC entraîne dans la majorité des cas une hépatite chronique active minime ou modérée associée à une élévation modérée mais très fluctuante des transaminases. La multiplication virale sera présente tout au long de l'évolution de la maladie.  Le risque de cirrhose est de moins de 20 % des cas, après 20 à 30 ans d'évolution. La cirrhose elle-même expose à ses propres complications d’hypertension portale (hémorragies par rupture de varices oesophagiennes, ascite) et d’insuffisance hépatocellulaire (astérixis, ascite, ictère, sensibilité aux infections), ainsi qu’à la survenue du carcinome hépatocellulaire avec une incidence annuelle de 3 à 5 % par an à partir de la constitution de la cirrhose.
Trois facteurs principaux participent au risque de cirrhose : la durée de l’infection virale (supérieure à 20 ans), l’âge au moment de la contamination (supérieure à 40 ans) et une alcoolisation associée (plus de 40 gr/jour.) Ce qui nous fait un pastis, deux verres de vin et un demi de bière pour la journée, j'en vois qui grincent des dents dans le fond.
b.1. L'hépatite chronique virale C
L'hépatite chronique virale C est habituellement inapparente ou asymptomatique. Elle peut être découverte de façon fortuite lors d'un examen sanguin, d'un don du sang ou dépistée dans un groupe à risque. Il est donc important de faire pratiquer un dépistage de l'anticorps anti VHC dans les cas suivants :
·         -   si vous avez fait l'objet d'une transfusion sanguine n'importe quand dans votre vie avant 1991 ;
·         -     si vous avez reçu par voie veineuse tout autre produit du sang, plasma frais, plaquettes, globules blancs, facteur de coagulation ;
·         -      si vous vous êtes injecté ou avez inhalé des drogues (toxicomanie intraveineuse, sniff à la paille) en partageant le matériel avec d'autres.
Le signe le plus fréquent d'une hépatite chronique est la fatigue ou l'asthénie. Cet état de fatigue est très particulier car il est variable alternant une bonne forme à un abattement que rien ne permet de prédire.
L'élévation des transaminases est habituellement modérée (en dessous de cinq fois la normale).
Dans un peu moins de la moitié des cas, les transaminases seront normales et l'hépatite chronique sera définie par la présence dans le sérum du génome du virus ou ARN du VHC.
Face à une hépatite chronique, la biopsie du foie est à l'heure actuelle la meilleure méthode pour estimer les dégâts affectant le foie et l'évolutivité de la maladie. Il faut savoir que le dosage des transaminases dans le sang qui signe la souffrance du foie n'est qu'un reflet très imparfait de l'importance de l'hépatite. Il n'y a pas de parallélisme rigoureux entre ces deux examens. Certains sujets présentant un taux de transaminases très élevé (plus de 5 fois la limite supérieure de la normale) et n'ont pratiquement pas de lésion à la biopsie du foie. A l'inverse, d'autres patients avec des augmentations épisodiques et très modérées des transaminases peuvent révéler des lésions importantes à la biopsie.  Les marqueurs du virus C disponibles (anticorps anti VHC, ARN du VHC, nombre de particules virales circulantes ou ARN du VHC quantitatif, génotype) ne permettent pas de juger de l'importance de l'hépatite chronique C.
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /2005 00:00
Robert et la Française des Jeux sont en bateau, Robert tombe à l'eau...
Robert éteignit rageusement le radioréveil, il ne se souvenait pas de l’avoir branché sur France-info la veille. Ça faisait tout de même trois fois en moins d’une heure qu’il entendait parler de Tapie et ça, c’était plus chiant que toutes les sonneries du monde. Quelle sonnerie, quelle connerie, quel réveil de merde. Bon dieu, sur quelle planète de dingues on vit !   Que l’on tapi-ne sans moi bordel !   L’oseille ce n’est pas ma gâche, surtout les matins blêmes !  
Il était onze heures ce samedi vingt huit août et Robert se rappela que la putain de poste de son quartier fermait justement à midi le samedi. Avec un peu de pot son AAH (allocation adulte handicapé) avait été versée sur son compte. Un seul moyen de savoir si le pactole d’un montant de deux mille balles avait bien fait le voyage dans la nuit :   aller voir de visu.
Il arriva à la poste de la rue Ramponneau à onze heures trente-huit, trois guichets sur quatre étaient ouverts et une douzaine de personnes attendaient à chaque queue. Il prit son tour dans une des files et son mal en patience. Lorsqu’il sortit son passeport ainsi que la carte de postépargne de sa veste, il se dit qu’il était vachement en avance sur le plan de travail de la guichetière. Il aurait dû attendre encore un peu avant de le faire, quatre personnes au moins se trouvaient devant lui. Il pensa que son impatience était un signe du destin et que son fric ne serait certainement pas au rendez-vous s’il allait plus vite que la fanfare.
Il y avait comme ça des signes qui ne trompaient jamais. Robert s’interdisait d’être crédule mais il pensait, à son corps défendant, que des avertisseurs jalonnait la vie et qu’il suffisait d’en connaître les codes pour s’en défier et plonger de moins haut dans le merdier ambiant.
Ses documents à la main, il se voyait déjà rembarré par l’employée quand elle découvrirait qu’il n’avait plus que neuf francs sur son livret. Il fallait qu’il lui demande d’abord “ la position “  de son compte. C’est comme cela qu’il fallait dire. Un jour il avait demandé stupidement un “  relevé “  de son compte afin de savoir combien il lui restait, elle lui avait donné un papier, la conne, qui ne comportait aucune indication sur la bonne santé du compte, juste sur sa nature et les coordonnées, il ne s’en était pas relevé lui-même. Ça y est putain !   C’était son tour.
·                  Je voudrais savoir la position de mon compte postépargne !  
Il se dépêcha d’ajouter “ s’il vous plaît chère Maadaame ” de peur de froisser son interlocutrice et il lui tendit son passeport et sa carte.
·                  Je suis désolée mais la machine est en panne !   répondit l’employée.
Putain de merde, ça ce n’était absolument pas prévu au programme !   Il réfléchit en moins d’une seconde et lui demanda trois cents francs. Dans le pire des cas, si le virement n’était pas passé, la femme lui refuserait l’argent. Si par contre son fric avait fait le saut dans la nuit, le terminal n’émettrait aucun grognement et la madame se fendrait royalement des trois cents balles et peut-être même aussi d’un sourire. A-t-elle baisé cette nuit la grosse pas souriante ? A-t-elle reçu sa dose de câlins et de papouilles ? Ses chiards ont-ils chialé toute la noile et pisser au lit ?  Va savoir ! Les voies de l’administration sont impénétrables mon papounet !  
Le bruit de mastication de l’appareil éminça le cerveau de Robert pendant deux bonnes minutes qui lui parurent durer des siècles puis l’engin éructa péniblement et le formulaire jaune, que Robert avait orné de sa signature, sortit calmement de l’imprimante. Il ramassa ses trois talbins et quitta la poste en vainqueur. Il avait brillamment triomphé de la panne informatique. Le monde s’offrait à lui, il côtoyait les dieux, tout baignait dans l’huile !   Le pied !  
Dans la rue, Robert se dit qu’il était vraiment quelqu’un avec ses trois ticsons dans la poche. Il pouvait réellement affronter l’adversité, le lardfeuille armé d’une telle somme. Chez son ami, E.D l’épicier, il aurait avec ce fric de quoi bouffer pendant au moins une semaine. Plus, bien plus encore !   Beaucoup plus Bob !   Recompte !   Tu n’y es pas !   T’as touché gros, connard !   Ça fait au moins quinze jours que tu n’as pas eu trois cents balles dans tes fouilles de misérable. T’as perdu le coup de main grignou !  
Il comptait dans sa tête :   
Un poulet à douze balles le kilo, un kilo et demi, ça fait dix-huit balles. Un filet de patates à sept balles cinquante, vingt-cinq balles. Trois bouteilles de vin de pays à six balles, donc vingt-cinq et dix-huit ça fait trente-cinq, quarante-trois balles. Un camembert à cinq soixante-quinze plus des yaourts à trois trente-cinq, deux fois quatre ça fait dans les soixante balles. Si je garde douze balles pour le pain, quarante balles pour le tromé, trente balles pour les journaux, j’arrive à cent trente balles. Je tiens deux semaines s’il ne m’arrive pas de conneries du genre chiasse ou grippe !   L’avenir est plus que radieux, je suis le roi de Belleville ! Écartez-vous, tas de boule à nœuds, je passe !  
Il mit le pied gauche sur une merde de clébard bien épaisse, ça aussi c’était un signe qui ne trompait pas. La chance se profilait à l’horizon, sa grand-mère le lui avait enseigné. Une merde de chien abordée du pied gauche était un signe des plus bénéfiques. Adieux calculs savants d’économie domestique, la chance pointait son museau de fouine, il fallait lui sauter sur le poil illico et la saisir aux gonades !  
Robert trempa sa chaussure dans le caniveau, la flotte descendait vers Belleville, il la suivit jusqu’au boulevard. A gauche on allait en direction de chez E.D, il prit donc à droite et se laissa guider par son destin, droit vers lui.
De l’angle de la rue Ramponneau au métro Belleville, il chercha des signes lui indiquant où et quoi faire, comme il ne sentait rien, il avançait tout droit. Arrivé au métro il regarda attentivement par terre et vit un ticket de “ Millionnaire “  puis un mètre plus loin, un autre. Il comprit d’un seul coup le grand dessein que la postérité avait tracé pour lui : remonter les tickets jusqu’à la source, là où il y avait le pognon et ensuite frapper !   Ta ta ta ta !   Ta ta ta ta !  
Des tickets de millionnaire jalonnaient la chaussée jusqu’au tabac du haut de la rue du Faubourg du Temple. Il prit sa place dans la queue. Le comptoir du tabac ressemblait assez à un guichet de poste : du Plexiglas, des trous pour parler et une jeune chinoise qui aurait pu être postière car elle ne souriait jamais. Elle travaillait tout de même dix fois plus vite qu’à la poste et surtout, elle comptait comme un calculateur électronique. Les chinetoques sont les rois du commerce, ils pourraient vendre du jus de poisson pourri aux visages pâles du coin ! Puis Robert réfléchit un instant, et sourit benoîtement en pensant à la bouteille de Nuoc Mam qu’il avait achetée il y a six mois, même qu’un soir de retour de piste il en avait bu une grande gorgée et avait involontairement repeint sa cuisine au jus de poisson. La fille du ciel refila à Robert les trois tickets de Millionnaire contre ses cent balles et lui rendit la monnaie. Il alla au bar et se fit servir un café par la mamie chinoise qui officiait au percolateur. Les trois tickets étaient solidaires, détachés de la même liasse, encore un signe se dit Robert en grattant les surfaces adéquates à l’aide d’une pièce de cinquante centimes. Le premier rectangle libéré lui indiqua qu’il avait gagné dix francs. Robert réfléchit et pensa que la taille de la pièce était pour quelque chose dans le montant du gain. Il sortit une pièce de deux francs et gratta la deuxième case, il avait bien eu raison de changer d’outil, vingt francs sur le deuxième ticket. Sans hésiter une seconde il prit une pièce de dix francs pour déflorer la troisième case. Robert sentit une bouffée de triomphe envahir ses joues. Vain dieu, il avait découvert cent francs ! Il demanda à la mamie chinoise trois autres tickets et les cent balles. Un seul des coupons était gagnant, vingt francs. Robert réfléchit aux signes qu’il venait de recevoir. Il regarda le ticket et ne vit rien de précis, il le retourna et lut le verso, le message codé du destin lui sauta aux yeux : Les gains étaient payables jusqu’à mille francs dans tous les points de vente de la Française des Jeux, c’est à dire chez tous les marchands de billets de Millionnaire. On n’était pas obligé de se faire rembourser là où on l’avait acheté. La France était un grand casino et chaque point de vente une table de jeu avec des croupiers différents. On pouvait, Robert pouvait, se composer son voyage à Las Vegas.
Il empocha le ticket gagnant et sortit après avoir réglé son café. Il descendit la rue du Faubourg du Temple d’un pas de touriste mais ne vous y trompez pas, Robert était déterminé et froid, il allait entamer un après-midi d’enfer.
Il s’arrêta au prochain tabac de la rue et tendit son ticket à la vendeuse, il en prit deux autres en échange et s’installa au bar et commanda un kir. Robert contempla un moment son double ticket afin de savoir par quel bout l’entreprendre. Il commença à les séparer et ne voyant pas de signe particulier il sortit une pièce de dix francs et commença à gratter la moitié d’un puis la moitié de l’autre. Il observa les deux coupons. Sur celui de gauche il y avait en haut 10000 Fr. puis 50 Fr. et un téléviseur, sur celui de droite il y avait le même téléviseur au même emplacement 1000 Fr. au milieu et 50 Fr. en haut. Robert se rendit compte qu’il avait gratté la partie droite du ticket de gauche ainsi que la partie gauche de celui de droite, cette asymétrie le troubla profondément et il se dit que c’était là un signe néfaste pour la suite de l’opération. Il aurait dû réaliser une dichotomie parfaite et il se mit à réfléchir à ce qui pourrait réparer ce geste malencontreux dû sans doute à un manque de concentration de sa part. On ne doit pas agir n’importe comment quand il y a de l’argent en jeu se dit le gratteur fou à voix basse. La serveuse crut qu’il s’adressait à elle et lui répondit.
·                  Vous avez l’air emmerdé avec vos tickets !   Oh mais vous n’avez pas tout gratté, il faut le faire partout !   Vous voulez que je vous montre ? 
Robert après un début d’agacement eut un sourire radieux. Enfin un petit signe ! Cette charmante fille allait lui porter chance, il n’en doutait pas un instant. Il fit l’innocent.
·                  Je ne sais pas comment ça marche ces trucs là, c’est la première fois que j’en achète !  
La serveuse découvrit celui de gauche avec son ongle et le regarda. Il y avait exactement la même chose de l’autre côté. Elle tendit le ticket à Robert et se mit à gratter l’autre.
·                  J’aurais dû commencer par celui-ci dit la fille, il y a cinquante francs ! Vous les voulez en liquide ou vous en reprenez ? 
Robert choisit d’en prendre trois, de garder dix francs et de donner dix francs à la fille.  Dans les casinos on laissait un pourboire au personnel quand on gagnait, il avait vu ça dans un film ou Roger Moore lançait des plaques en disant :     “ Personnel !   “  Il faillit faire de même mais se retint. Personne ne devait savoir qu’il était à Las Vegas. Dans l’immédiat il devait retrouver toute sa lucidité et adopter la meilleure des stratégies pour gratter ses trois tickets. La serveuse était à l’autre bout du bar et servait un habitué en lui relatant ce qu’elle venait de faire avec Robert. Le client lui demanda de lui apporter un ticket qu’elle alla chercher derrière le tabac.
Robert était agacé par le fait que quelqu’un d’autre jouait en même temps que lui, il décida de payer son verre et sortit à toute allure en évitant de regarder dans la direction de l’autre gratteur. Il descendit la rue en serrant ses tickets dans sa poche. Il y avait beaucoup de monde dans la rue et il ne voulait pas qu’on le vît gratter mais l’envie de savoir ce qu’il y avait sur ses tickets le démangeait tellement qu’il entra dans un couloir et commença à gratter un premier ticket dans sa main. Il les avait séparés et tout de suite le regretta. Je suis trop impulsif, pensa-t-il !   La vue du ticket confirma sa remarque, le ticket était perdant. Les deux autres aussi, il avait tout merdé. Il ressortit du couloir et descendit la rue en direction de République. Il y avait un autre bar-tabac à moins de cinquante mètres, Robert entra, s’installa au bar et demanda un kir. Il paya son verre et fit ses comptes il lui restait trois cents soixante-dix francs, il avait commencé avec trois cents francs. La bonne technique se dit-il est de jouer la moitié des gains. Il alla à la caisse du tabac et demanda trois millionnaires. Il revint au bar et essaya de sentir ce qui se passait. Autour de lui il y avait d’autres clients. Robert sentit qu’il était observé ;  à sa gauche, une vieille femme buvait un café et semblait attendre que Robert grattât un de ses tickets. Il en était sûr. Il se dit que la vioque allait sans doute en acheter un si son premier était gagnant. Ça puait un maximum pour la suite de la partie. Tournant la tête vers la droite deux types buvaient l’apéro en le regardant. Beaucoup trop de regards étaient braqués dans sa direction, il opta pour les toilettes. Dans le pissodrome qui puait l’ammoniaque, il gratta un des tickets. Rien !   Il fit de même avec les autres et sa déception fut grande   : un seul ticket gagnait dix francs. Robert se dit que sa crainte des autres y était pour quelque chose. S’il avait affronté le regard de la mémé, il aurait certainement eu un gain plus important. Il rangea les tickets perdants dans sa poche de droite et mit le gagnant dans celle de gauche. Il revint au bar et but une gorgée de kir. La mamie lui adressa la parole, il faillit s’étouffer.
·                  Alors petit tu as gagné combien ? 
Robert joua les innocents :   
·                  Vous m’avez parlé ? 
·                  Combien tu as gratté ? 
·                  Je ne vois pas ce que vous voulez dire !  
·                  Regardez-moi celui là !   Ils sont où les tickets qu’il avait avant d’aller aux cagoinces !   j’ai soixante-dix-huit berges mais je vois clair !   C’est-y que t’aurais empoché le gros lot et que tu  ne veux pas payer ton coup ? 
·                  Si vous voulez que je vous paye un verre, il n’y a pas de problème !  
Il héla le serveur.
·                  Remettez un verre à la dame sur mon compte !  
Le serveur servit la vieille et dit :   
·                  Il a gagné combien ? 
·                  Le gros paquet, il ne veut pas que ça se sache mais j’ai bien senti le coup ! dit l’ancêtre.
·                  J’ai rien gagné du tout dit Robert !  
Les deux buveurs de droite, qui observaient la conversation depuis le début sans en perdre une bribe, se manifestèrent aussi :   
·                  Faut pas nous la faire dit le plus gros, mon pote est allé aux chiottes derrière toi, t’as pas balancé les ticsons !  
·                  Doit-y avoir une belle pincée affirma l’autre, c’est des trucs qu’on sent tout de suite !   T’es une sorte de professionnel, ça se voit tout de suite !   C’est des trucs qu’on flaire ça !  
·                  Y veut pas en parler, c’est son droit !   déclara la mamie, en tout cas, il est correct, j’ai eu droit à ma rincette !   Santé dit-elle en levant son verre !  
Robert plus qu’agacé sortit les tickets perdants et les balança sur le sol.
·                  Si on jette ça dans les gogues, ça peut tout boucher le merdier et pour le coup, c’est lui qui nettoierait !  
Le serveur, désigné par le doigt de Robert, acquiesça en faisant une remarque.
·                  Oui bien sûr !   Mais y’en manque tout de même un !  
·                  Preuve qu’on a bien vu, dit l’un des deux buveurs.
Robert ne sut pas pourquoi il le fit mais il laissa planer le doute et se fendit d’un verre pour en rajouter.
·                  Bon, allez, je vous paye un coup et on n’en parle plus !  
La tournée lui coûta cinquante-six francs en comptant les deux verres qu’il but. Un flambeur ne regarde jamais à la dépense se dit-il !   Il sortit du troquet en vainqueur avec son ticket qui valait dix francs et trois cent vingt francs dans la poche. Il était temps de se refaire pensa Robert et donc de trouver un autre lieu de jeu mais surtout de changer sa tactique. Pour ne pas éveiller l’attention, il faudrait acheter un seul ticket à la fois et le gratter avant d’aller au bar. Il descendait la rue à nouveau dans la direction de République et vit qu’il y avait un petit bar-tabac de l’autre côté du croisement, toujours sur le même trottoir ;  il y entra et échangea son ticket contre un autre vierge. Il le gratta caché derrière les présentoirs et le balança par terre, il était perdant. Il n’y avait personne au bar. Robert regarda autour de lui et, rassuré par la tranquillité ambiante, demanda un kir au patron. Ce dernier assurait le comptoir et le bar, c’était réellement l’interlocuteur rêvé pour Robert, il avait l’esprit du croupier type de Las Vegas (Nevada) pas de celui du Nouveau Mexique, rien à voir ! 
 C’était un pro, il ne posait pas de question, il encaissait et payait, servait et encaissait, parlait un peu et écoutait beaucoup. Un vrai commerçant, un comme tous ces autres tordus auraient dû être dans un monde équilibré, surtout dans les bistros !   On ne demande à un patron de trocson que de servir frais et d’écouter en acquiesçant et surtout en rendant correctement la monnaie. Après bien sûr, si on est dans son bar, le sien, le vrai, le patron est autre chose qu’un simple vendeur de limonade, un individu bien plus grand, une personne, une autorité. Il est à la fois le banquier, le confesseur, le directeur de conscience et aussi... tout quoi, mais ça, ça n’existe presque plus se disait Robert. Elle était très loin de Paris sa Bretagne natale avec ses derniers bistros clandestins, repères des vrais hommes de sa race, assoiffés de bière pression, de vin et d’absolu !  
Il but son verre et en demanda un autre au patron, quand il le servit Robert lui demanda aussi un autre millionnaire. Le mastroquet lui refila un ticket dans une soucoupe et se remit à essuyer ses verres en parlant à Robert.
·                  Il y a moins d’une heure, un client a gagné cinq mille francs !  
·                  Cinq mille francs !   Je n’ai aucune chance alors !  
·                  Une fois, j’ai eu deux gagnants de suite, un trois mille et l’autre deux mille. Il est très difficile de faire des statistiques ;  vous devriez quand même le gratter, on ne sait jamais, il a gagné au quatrième !   Je ne dis pas ça pour forcer la vente, c’est un client qui en prend toujours quatre, tous les samedis et c’est la première fois qu’il gagne quelque chose ;  il est toujours bon d’insister. D’être régulier quoi !  
·                  Oui, faut être constant dit Robert, même dans la poisse, comme cela on est encore plus heureux quand ça arrive !  
Il gratta le ticket en essayant de penser à rien, ni au sens du grattage ni à la façon de procéder, en n’essayant même pas de voir apparaître les chiffres au fur et à mesure. Quand il eut débarrassé le ticket de sa pellicule argenté, il le regarda. Il avait gagné cinquante francs. Le bar était toujours aussi désert, Robert tenta un banco, tout semblait à sa place pour risquer le grand coup, il s’adressa au patron.
·                  Je reprends un verre, je vous en offre un et j’échange ce ticket contre cinq autres qui vont tous être gagnants !  
·                  Je vous remercie pour le verre mais je ne bois jamais avec un client, je tiens à la fois à ma santé et à mon fond de commerce. C’est un principe de base quand on tient un bistro :    ne jamais boire avec les clients ; ne jamais offrir de verre et ne jamais s’en faire offrir. J’en ai tellement vu qui y ont laissé leur peau ! On accepte une fois et on ne peut plus jamais refuser.
Robert comprit ce trait de sagesse du bistroquet et but à sa santé. Le patron leva un verre d’eau qui traînait derrière le bar.
·                  J’ai toujours mon verre de Contrex, un à chaque heure, comme cela je n’ai jamais soif, je peux trinquer et ça fait du bien. Faut éliminer dans ce travail, toujours à piétiner derrière le comptoir, les jambes gonflent rapidement. Vingt ans de comptoir, pas une varice ! 
Robert tailla une bavette avec cet homme si prévoyant et de si bon conseil. Il avait enfin trouvé le bon endroit. Ses tickets étaient devant lui sur le bar et il n’osait pas les gratter de peur d’interrompre la conversation avec cet homme de si bon aloi. Le patron dut le sentir et alla ranger des paquets de cigarettes dans les rayons du coin tabac. Robert découvrit les cinq tickets sans regarder ce qu’il y avait dessus, la manœuvre lui avait porté bonheur tout à l’heure. Quand il eut les cinq rectangles devant lui, il les examina un à un ; aucun n’était gagnant. Le patron, qui l’observait discrètement depuis le comptoir du tabac, sentit que le moment était venu de retourner au comptoir du bar, apporter un peu de réconfort à son unique client.
·                  Alors combien ? 
·                  Rien du tout, ce n’était pas les bons !  
·                  Si on gagnait tous les jours, ça serait trop simple !   Pis faut pas se leurrer, c’est fait surtout pour qu’on lâche du pognon, ils en gagnent certainement beaucoup plus qu’ils en distribuent, s’il en était autrement ils seraient en faillite depuis longtemps  !   Moi, je me dis que, après tout, l’argent des jeux c’est autant qu’on à pas à débourser en impôts !  
Robert approuva d’un hochement de tête et redemanda un verre pour noyer sa déception dans le vin blanc et le cassis. Décidément cet homme lui plaisait beaucoup, l’endroit aussi, il était toujours le seul client du bar. De temps à autre, quelqu’un venait acheter du tabac, Robert attendait le moment où une personne achèterait un millionnaire. Il se disait que dès qu’il verrait un ticket perdant dans les mains d’une personne, il achèterait vite le suivant, ce qui augmenterait à coup sûr ses chances de gagner. Trois personnes attendaient qu’on les serve au tabac. La première prit un millionnaire. Comme cela arrive souvent, les deux autres en prirent un aussi. Robert eut un frisson de bonheur, il y aurait peut-être le gagnant qu’il attendait,  après ces trois là. Le premier acheteur gratta son ticket sur le coin du comptoir et le laissa choir sur le sol. Le second sortit avec le ticket à la main, Robert trouva ce geste désolant puis pensa qu’il le découvrirait dehors et reviendrait avec s’il gagnait tant soit peu. La troisième personne jeta aussi son ticket. Robert attendit un instant puis comme le deuxième acheteur ne revenait pas avec son ticket, il fonça au tabac et en acheta deux.
·                  Vous, vous tenez absolument à gagner !   lui dit le patron.
·                  Qui ne risque rien n’a rien, répondit Robert.
Il reprit sa place au bar et découvrit ses deux jeux. Il le fit façon casino et lança un « rien ne va plus, faites vos jeux ! »   en grattant le dernier. Que dalle ! Il fallait réfléchir vite et bien. Plongé à fond dans son trip Las Vegas, Robert se dit que la martingale n’était pas faite pour les chiens et que dans tout bon casino qui se respectait, il y avait un joueur qui faisait un jour un gros coup en doublant sa mise jusqu’à ce qu’il gagne. Il lui restait deux cents francs, ses consommations étaient payées, il suffisait d’aller jusqu’à cent cinquante, même s’il perdait tout, ce qui était un risque à assumer, il garderait cinquante balles pour manger ce week-end. Il acheta quatre tickets en disant au patron :   
·                  Allez, on sort la martingale, je veux récupérer mon fric !   Je vous aime bien mais la plaisanterie est terminée !  
Le patron lui décocha un regard admiratif et ouvrant son tiroir pour aller chercher les tickets qui se trouvaient le plus loin possible de lui dit :   
·                  La fortune sourit aux audacieux et cette fois-ci, je vais vous laisser les choisir !  
Robert hésita un instant, s’il choisissait les tickets, il dérangerait assurément l’ordre naturel de sortie des gagnants mais son choix pouvait aussi forcer le hasard puisque, s’il gagnait, l’acte de choisir était donc aussi un des facteurs qui... compliqué tout ça !   Il demanda au patron d’en choisir deux et de lui donner les deux qu’il aurait servis normalement à un client ordinaire. Robert senti tout le poids de ce mot “ ordinaire “. Il était en ce moment même le contraire : extraordinaire !   Ceci se confirma par le fait que le patron lui offrit un autre verre alors qu’il avait affirmé une demi-heure plus tôt qu’il ne le faisait jamais. Situation exceptionnelle... l’avenir est là, droit devant... boissons fraîches, sentiment royal... C’est moi... c’est moi... vous me reconnaissez ?   comment ?   mais si !   Bob... Bob... Bob le flambeur...
Robert émergea de son rêve éveillé avec des traces dans la voix et dans ses manières.
·                  Banco !   Je gratte à mort et j’encaisse un max !   Passez la monnaie, ça va tomber !   Jackpot !  
Ça tomba mais sur le sol !   Aucun gain, pas le moindre petit morceau de fric ou de picaillons !   Il alla chercher fortune, en échange de ses dernières tunes, auprès du monsieur du tabac, lui priant de lui échanger son bel argent contre huit tickets gagnants.
La fable pourrait s’arrêter ici, Robert reprit un dernier verre pour se donner du courage ; les tickets étaient encore de la race des perdants, même famille que lui, son lot habituel. Il ressortit un peu gris, à la fois à cause des kirs et surtout d’avoir vécu la fièvre de Las Vegas. Il se disait que c’était ça le jeu :     tu te fais mettre souvent pour pouvoir toucher une fois le gros coup. Ce n’était simplement pas son jour, voilà tout.
En remontant chez lui par la rue de L’Orillon, il regarda ce qui lui restait dans sa poche : soixante-quinze francs. Il admirait la façon dont il avait contrôlé sa flambe ;  il ne rentrait pas en slip et aurait de quoi bouffer en attendant l’ouverture de la poste lundi matin. Tout en cheminant, son raisonnement passa de la certitude d’avoir bien fait au doute.
·                  J’aurais dû insister... c’est avec ces derniers ronds que j’allais gagner le pacson... pas été assez loin... connerie...
Tout en maugréant contre lui-même il atteignit la rue Morand puis remonta la rue Jean-Pierre Timbaud, au coin de la rue un tabac dressait fièrement sa carotte comme pour le narguer. Robert regarda la devanture pendant au moins dix bonnes minutes, il y avait plusieurs affichettes qui indiquaient qu’en cet endroit béni de “  Dame Fortune “ , en l’occurrence la Française des Jeux, avait déboursé de grosses sommes à des joueurs veinards. Robert entra dans le bar-tabac et ressortit avec un kir de plus dans le ventre, six tickets de millionnaire et quatre francs dans la poche. Il les gratterait chez lui ces putains de tickets, en rentrant, dans cinq minutes, le temps de prendre une baguette à la boulangerie.
Robert ressortit de la boulangerie sans prendre les quarante centimes de monnaie qui lui revenait. Il voulait juste aller jusqu’au bout de son dernier raisonnement :    il gagnerait que quand il en aurait réellement besoin.
Vous voulez savoir si les tickets étaient gagnants ?   Impossible, il les a découverts chez lui, à l’abri des regards indiscrets. Par contre, ce que je peux vous certifier, c’est que Robert était le premier client de la poste, lundi matin à huit heures, et qu’il n’y a pas fait de dépôt mais bel et bien un retrait de trois cents francs. Mais allez savoir avec un cachottier comme Bob le Flambeur !  
 
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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