Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /2005 00:00

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Tiens voilà la C…

 Ah les ricains ! On dira ce qu’on veut sur eux mais ils ne font pas qu’aller sur la lune avec leurs dollars. L'identification en 1988 du virus de l'hépatite C par une équipe américaine fut un temps aussi fort dans l'histoire des hépatites que celui où l'on découvrait l'antigène Australie pour la B.

 

Pendant plus de quinze ans de recherche, ils en ont chié comme des russes. Avant cet épisode, faute de mieux, on définissait la maladie par ce qu'elle n'était pas : hépatite non A non B (NA-NB). La solution à l'énigme NA-NB a été fournie par une équipe de chercheurs des Laboratoires Chiron en Californie, dirigée par Michael Houghton. Cette équipe a choisi d'isoler à partir d'un sang réputé infectieux tous les acides nucléiques (ARN)[1], d'aboutir à leur empreinte et à leur traduction sous la forme de protéines.
L'une des protéines ainsi produites a réagit avec un sérum riche en anticorps contre le virus NA-NB. La première protéine de l'agent recherché fut donc découverte. Cette protéine permis d'identifier deux fragments du génome viral après cinq années d'un travail laborieux et un million de clones testés. Ces deux fragments ont permis de définir ensuite la totalité du matériel génétique du virus qui reçu le nom de virus de l'hépatite C (VHC ou HCV chez les anglo-saxons).
Cette découverte issue du développement de la biologie moléculaire, a permis de mettre au point des tests de dépistage qui consistent à repérer des anticorps (anti VHC) fabriqués par l'organisme et dirigés contre le virus.
Le nouvel agent est apparu comme un petit virus, de moins de 80 nm de diamètre pourvu d'une enveloppe lipidique et contenant un ARN simple brin de 10.000 nucléotides. C'est un virus apparenté au flavivirus (une famille qui compte aussi le virus de la fièvre jaune) et aux pestivirus. Le génome du virus de l’hépatite C comporte une région structurale qui code pour les protéines de la capside et de l'enveloppe virale et une région non structurale qui code pour différents enzymes (protéase, hélicase et ARN polymérase).En l'absence de système de culture facilement disponible, il a été impossible de tester la sensibilité de ce virus aux différents désinfectants.
Comme tous les virus à ARN responsable d'infection chronique, le virus de l'hépatite C est caractérisé par la grande variabilité de son génome. Cette variabilité est à l'origine de l'émergence au cours du temps de génotypes viraux (types et sous types) et de la distribution en quasi-espèces du virus chez les sujets infectés.
a .1. Génotypes
II faudrait mieux parler des virus de l'hépatite C puisque l'on connaît l'existence d'au moins 6 souches différentes (génotypes) dont la distribution varie selon les régions du monde. Dans les pays industrialisés comme la France, les génotypes les plus fréquemment rencontrés dans des proportions variables sont les génotypes l (la et lb), 2 et 3. Le génotype 4 est particulièrement fréquent en Afrique noire et au Moyen-Orient. Le génotype 5 est exclusivement présent en Afrique Australe et le génotype 6 à Hongkong. Certains génotypes semblent fortement associés à des modes de transmission particuliers sans être toutefois pathognomoniques. C'est le cas du génotype lb et de la transfusion sanguine et des génotypes la et 3a et de la toxicomanie intraveineuse.
Sur la base des travaux les plus récents, le génotype ne semble pas conditionner la sévérité de la maladie du foie. En revanche, le génotype influence la réponse au traitement.
a.2. quasi-espèces
Pour clore ce chapitre difficile, il faut savoir que le virus C circule chez un malade infecté, sous la forme d'un mélange complexe en équilibre instable de variants viraux sur lesquels siège une ou plusieurs mutations. La « quasi-espèce » est l'ensemble des populations ou souches virales présentes à un instant donné au cours de l'infection d'un malade donné.
Le virus de l'hépatite C se transmet essentiellement par le sang, par les produits du sang et à l'occasion d'une piqûre avec une aiguille contaminée. Sa transmission est dite parentérale résultant de la mise en contact direct du sang d'un sujet indemne avec celui d'un sujet infecté.
Contrairement à une crainte très répandue, la contamination sexuelle de ce virus peut être qualifiée de rarissime si tant est qu'elle existe. Il en est de même pour la transmission à l'intérieur de la famille avec un minimum de précautions. Par contre, la transmission de la mère à l'enfant est possible mais rare.
La transfusion par le sang et les produits sanguins
La transfusion de sang a été la première cause reconnue d'infection par le virus C. Elle a joué un rôle important dans la diffusion de ce virus jusqu'en 1990. Le dépistage de l'hépatite C (comme pour le virus B) a été appliqué aux donneurs de sang dès la découverte du test qui remonte à 1989.
Ce dépistage a considérablement diminué le risque d'hépatite post transfusionnelle. Si ce risque n'est pas nul, il est désormais proche de zéro. Pour certains produits dérivés du sang (seuls susceptibles d'être traités par chauffage ou solvants détergents) la transmission était très fréquente et notamment chez les hémophiles. La quasi-totalité des hémophiles utilisant des produits non traités a été infectée par le virus de l'hépatite C. L'utilisation dès 1987 d'une méthode de traitement des produits de la coagulation par solvant détergent a supprimé cette infection chez les hémophiles.
La toxicomanie intraveineuse
Ce mode de contamination peut être considéré comme majeur puisque 80 % des toxicomanes ou anciens toxicomanes ont rencontré ce virus. Ce mode de transmission s'est développé à la fin des années 60 dans une population jeune.
Malgré la prise de conscience du risque d'infection par le virus du SIDA, ce risque ne semble pas décroître. Sa persistance pourrait être liée au partage de la seringue lors des premières expériences, à l'occasion d'un séjour en prison ou encore du partage de petit matériel nécessaire aux injections (cotons filtrants, bouteille d’eau collective.)
La transmission du virus semble également possible chez les toxicos qui inhalent les drogues (cocaïne ou autres). Le partage de la paille pour « sniffer » et la présence de lésions de la muqueuse nasale pourraient expliquer ce mode de contamination.
 Les tatouages, le percement d'oreille
Le virus de l'hépatite C peut profiter de n'importe quelle effraction avec une aiguille contaminée pour infecter un sujet vierge.
Un tatouage ou un percement d'oreille avec un matériel non stérile représentent un mode de contamination possible. Ceci est à rapprocher des séances d'acupuncture, de la mésothérapie (injections localisées notamment contre les allergies et le tabagisme) lorsque qu'elles ne sont pas réalisées avec du matériel à usage unique.
 La contamination par du matériel médical infecté dite « nosocomiale »
Ce mode de transmission a pu être fréquent dans les années 50-70 quand les injections ou les actes chirurgicaux se faisaient avec du matériel qui n'avait pas les normes de désinfection qu'il a pu acquérir au cours de ces dix dernières années. La découverte du virus du SIDA vers les années1985 a sensibilisé les médecins à ce risque. La transmission du virus de l'hépatite C de malade à malade a été démontrée de même que la transmission de médecin à malade. Le strict respect des conditions d'hygiène universelles, l'utilisation du matériel médical à usage unique et l'application d'une désinfection très stricte devraient voir disparaître ce risque. Une polémique s'est récemment développée au sujet de l'endoscopie digestive. Néanmoins, les procédés de désinfection des endoscopes, utilisés depuis plus de 15 ans sont devenus de plus en plus draconiens. Ils permettent à condition d'être appliqués en totalité de supprimer tout risque de transmission virale. Le personnel soignant lui même est susceptible de s'infecter lors d'une piqûre accidentelle avec du matériel utilisé chez un patient porteur du virus C. Estimé entre 3 et 5 % ce risque peut atteindre 10 % lorsque le sujet source présente une multiplication virale.
 La transmission familiale
 La transmission familiale correspond à trois différents modes dont les deux premiers (sexuels et familial) peuvent être considérés comme exceptionnels.
 La transmission sexuelle
Elle a fait couler beaucoup d'encre à défaut de sperme. On l'a qualifiée de très rare. Elle peut être considérée comme inexistante. Si le virus a été retrouvé dans le sang menstruel, il a été très rarement retrouvé dans les sécrétions vaginales et dans le sperme. La séropositivité des partenaires est trouvée, dans en moyenne 10 % des cas.
 Elle est pratiquement toujours le fait d'un autre facteur de risque que la sexualité (transfusion, toxicomanie) ou d'un partage d'objets de toilette contaminés ou de pratiques sexuelles particulière : rapports sado-maso un peu appuyés.
  La transmission entre sujets vivant sous le même toit
Elle est aussi très rare ou inexistante. Elle pourrait être liée au partage des objets de toilette lors d'une promiscuité forte et/ou de condition d'hygiène défectueuse.
 La transmission mère-enfant a été démontrée
Elle reste cependant rare. Ce risque est estimé à 3% en l'absence de co- infection par le virus du SIDA. Ce risque est plus élevé et peut atteindre 10 % lorsque les mères ont une infection double (VHC+VIH). La contamination du nouveau-né est liée à l'importance de la multiplication virale de la mère. Elle survient le plus souvent à la naissance. L'allaitement ne semble pas présenter de risque mais il reste, au moins en France, déconseillé.
 La transmission dite « inconnue »
Dans environ 20 % des cas aujourd'hui, la porte d'entrée virale reste inconnue, ce qui plonge les malades dans un grand désarroi. Comme le dit Pascal Melin président de SOS Hépatites : « la transmission n’est pas inconnue, mais c’est le mode de contamination qui n’est pas retrouvé, nuance. » Il faut savoir que l'infection est souvent très ancienne : elle a pu survenir 20 à 30 ans avant sa découverte. Les médecins évoquent le plus souvent un accès au sang méconnu. Certaines interventions anciennes ont pu comporter des transfusions dont le patient n'a pas été informé. Il est parfois difficile d'avouer une toxicomanie parfois très ancienne. Celui qui s’est injecté un ou deux shoots il y a trente ans, pour essayer comme les copains, et n’a pas continué dans cette voie, n’admettra jamais qu’il a été toxicomane même une seule fois. D'ailleurs souvent il était raide-déf au pétard ou à l'alcool et n'a pas le souvenir de son shoot. C’est pourtant souvent le premier shoot, celui qui initie, sous la direction d’un vieux routier de la pompe, qui est le SHOOT suffisant pour contaminer. Partage de l’eau, la seringue pompe dans la bouteille unique, parfois partage de la pompe, des cotons, de la cuillère etc. ça suffit largement.
 Une transmission a pu intervenir à l'occasion de soins médicaux réalisés il y a longtemps dans des conditions douteuses. Dans certains pays de forte prévalence comme le Japon, des scarifications rituelles ont pu être responsables de la transmission du virus de l'hépatite C.
Le virus de l'hépatite C est présent dans toutes les régions du monde. Il y a environ 150 millions de porteurs chroniques du virus de l'hépatite C dont 4 millions aux États-Unis et 5 millions en Europe de l'Ouest. La fréquence de l'infection est cependant variable. Elle est maximum en Égypte ou 25% de la population aurait rencontré le virus. Les autres zones de haute prévalence sont l'Afrique (6 %) le Japon et l'Europe du Sud (2 %).
La France se situe avec les États Unis et l'Europe de-1'Ouest dans une zone de prévalence intermédiaire : 1% de la population serait touchée par l’infection.  Les pays scandinaves, la Suisse, le Canada, l'Australie représentent des zones de faible prévalence. Dans ces pays, les tests sérologiques (anticorps anti VHC) sont positifs chez moins de 0,5 % de la population.
Une étude a été menée en 1994 chez les assurés sociaux de 4 régions de France. Elle a permis de préciser l'épidémiologie de l'infection dans notre pays. L'anticorps anti VHC a été recherché de façon systématique chez des assurés sociaux qui ont bénéficié d'un examen de santé. Cette étude a permis de révéler que 500.000 à 600.000 Français avaient été infectés par le VHC et que 80 % d'entre eux présentaient une multiplication virale. La fréquence de l'hépatite C était de l'ordre de 1,2 % avec des variations régionales importantes : 2 %en région PACA et moins de l % dans la région Centre. Dans cette étude réalisée il y a six ans, près de 80 % des porteurs du virus de l'hépatite C ignoraient leur état. L'interrogatoire à la recherche d'une porte d'entrée virale a été réalisé à la fois chez les sujets infectés et chez des témoins appariés sans infection. Cette comparaison a montré que les facteurs de risques essentiels d'infection par le virus de l'hépatite C étaient : les transfusions avant 1990, la toxicomanie et la précarité. On retrouvait 4 souches virales ou génotypes 1a et 3a chez les sujets de 20 à 39 ans et liés à une infection par toxicomanie intraveineuse, 1b et 2a plus fortement représentés chez les plus de 60 ans et plus souvent liés à une infection par transfusions.
Depuis la découverte du virus, l'épidémiologie de l'hépatite C s'est modifiée au fil du temps. Les médecins ont reçu de nombreuses incitations pour un dépistage ciblé de l'hépatite C. De ce fait, le nombre de sujets dépistés est probablement plus important qu'en 1994, date à laquelle seulement 20 % des sujets se savaient infectés.
Le profil des nouveaux malades pris en charge apparaît plus favorable : les malades sont moins âgés, plus souvent toxicomanes donc contaminés à un âge plus jeune, la maladie est moins sévère au moment du diagnostic.
Les nouvelles contaminations sont de plus en plus rares. La transfusion ne transmet plus d'hépatite. Les actes médicaux compte tenu de toutes les précautions prises depuis plus de 10 ans, sont de plus en plus surs. Pour toutes ces raisons, on peut raisonnablement penser que la découverte du virus a conduit progressivement à l'arrêt de la diffusion de la maladie (sauf peut être dans la population des toxicomanes) pour lesquels une véritable politique de réduction des risques liés aux drogues a été menée depuis plusieurs années mais est encore nettement insuffisante et souvent incomprise.
5000 à 600 000 malades de la C en France, environ 400 000 qui l’ignorent. Ça laisse rêveur ! à plus de dix mille balles le traitement par mois, une durée de traitement d’environ 8 mois en moyenne par malade, les labos ont de quoi se réjouir et Madame Sécu peut trembler dans son froc. Surtout si l’on rajoute les frais médicaux, visites, biopsies, examens et hospitalisation. Je ne calcule pas de si grosses masses de tune mais ça nous fait au moins une ou deux guerres du Golfe.


[1] Les acides ribonucléiques
Les acides ribonucléiques sont constitués par l’enchaînement d’un grand nombre de nucléotides du type: nucléobase – ribose - phosphate
On trouve les mêmes bases que dans les ADN, à cette différence près que l’uracile remplace la thymine. Selon leur masse moléculaire et selon la fonction qu’ils assument, on distingue trois classes principales d’acides ribonucléiques:
–          Les acides ribonucléiques de transfert ( ARN - t ) sont des enchaînements de quatre-vingts nucléotides environ; ils doivent leur nom au fait qu’ils servent à transporter les acides aminés activés au cours de la synthèse des protéines. La structure primaire de plusieurs de ces molécules a été déterminée.
–          Les acides ribonucléiques «messagers» ( ARN - m ) résultent de la transcription de l’ADN par des enzymes spécifiques, les transcriptases, et constituent le code génétique utilisé par les ribosomes pour la synthèse des protéines. La masse moléculaire des ARN messagers est variable selon la longueur de la protéine qu’ils ont à synthétiser.
–             Divers acides ribonucléiques macromoléculaires jouent un rôle primordial: d’une part les ARN constitutifs des virus à ARN (virus de la mosaïque du tabac, de la grippe, de la poliomyélite, etc.); d’autre part, les ARN constitutifs des ribosomes, particules du cytoplasme cellulaire au niveau desquelles l’assemblage des aminoacides permet la biosynthèse des protéines.
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /2005 00:00
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Secondaires ? Mes fesses !

 Je cause de tout, j’essaie de m’approprier la connaissance, je veux tout savoir sur la maladie, je veux regarder mon virus en face et lui cracher dans la gueule ! Je veux… je veux tout ! J’en veux encore !

Deux mois d’interféron-ribavirine, deux mois d’horreurs indispensables. La ribavirine se présente en gélule, suffit d’avaler en général 5 par jour, 2 le matin, 3 le soir. L’interféron s’injecte en sous-cutané, trois injections par semaine, on nous recommande le lundi, le mercredi et le vendredi pour être peinard le dimanche mais on peut changer les jours. Pour mon premier shoot d’interféron, je suis allé  un lundi au centre médical du coin afin de ne pas faire de connerie. Une infirmière m’a aidé à me piquer moi-même. Le toubib m’avait expliqué le truc mais je n’avais pas l’impression qu’il savait vraiment le faire, il lisait la notice en m’expliquant le fonctionnement et je n’avais rien pigé.
L’infirmière avait déjà eu à le faire à des hépatiques et surtout à des diabétiques, c’est le même principe. Il s’agit d’un stylo, genre stylo-feutre sauf que l’extrémité n’est pas terminée par une pointe mais par un petit joint en caoutchouc à l’intérieur d’un corps en plastique qui fait « pas-de-vis. » On visse sur ce corps un tout petit capuchon en plastique qui contient une aiguille très fine. D’un côté elle traverse le joint de caoutchouc qui ferme le corps transparent contenant le liquide,  de l’autre côté, on dévisse un capuchon et deux centimètres d’aiguille apparaissent. Il suffit de tourner le corps du stylo sur lui-même pour faire avancer la dose à injecter. Un tour = 1,5 millions d’unité d’interféron alpha 2b, on fait deux tours, l’autre extrémité du stylo avance, on peut voir les graduations indiquant la dose et lorsqu’on appuie sur ce piston qui dépasse, on injecte la dose sélectionnée. Une boîte de six injections, soit deux semaines de traitement, contient un stylo, six aiguilles et six compresses alcoolisées en sachets individuels pour désinfecter l’embout à chaque fois.
Tu pinces une grosse quantité de peau avec du lard entre le pouce et l’index et tu piques à 45 degrés, dans le bide, les cuisses etc. ça ne fait pas mal du tout sur le coup, c’est après que ça gratte au point d’injection et ça fait des bleus. L’hépato épatant m’avait dit de le faire le soir, avec mon esprit de contradiction habituel, j’ai fait la première le matin à dix heures. L’infirmière m’a demandé ou j’allais mettre les aiguilles chez moi. Je n’ai pas su répondre alors elle m’a donné un beau container en plastique jaune avec un bouchon rouge, récipient en plastique d’environ deux litres. Elle m’a dit de le ramener lorsqu’il serait plein et surtout de ne jamais jeter une aiguille à la poubelle.
C’est vrai que quand tu vois dans les rues les poubelles renversées, fouillées par les clochards, les gamins qui ramassent n’importe quoi et les éboueurs à la merci d’une aiguille qui traverse un sac, c’est des conseils fort sages. Il ne faut surtout jamais jeter ensemble la seringue et l’aiguille si l’on ne peut pas faire autrement. On met ça dans un bocal qui ferme ou une bouteille en plastique avec un bouchon à vis et on ramène ça dans un hosto, un labo ou la pharmacie. Au pire tu détruis l’aiguille et la seringue et tu la mets dans une canette en métal que tu écrases avant de jeter dans une poubelle.
Je suis rentré chez moi aussitôt pour attendre la « montée » au calme. J’ai utilisé, sans m’en rendre compte, un langage de tox car en fait de montée, c’est une descente aux enfers qui m’attendait. D’abord, j’ai commencé à grelotter, à claquer des dents et à frissonner. Je me suis mis au lit tout habillé en rajoutant des couvertures au fur et à mesure. Comme je n’en ai pas beaucoup, j’ai fini par mettre des fringues en vrac sur le lit, manteaux et vestes. Deux heures après, j’avais trop chaud, de la fièvre et une migraine du tonnerre de dieu. J’étais cassé de toute part, des douleurs dans les membres, dans tout le corps. 
J’étais extrêmement fatigué et ne pouvais pas dormir. Lorsque je m’enfonçais dans un sommeil douteux, il était peuplé de cauchemars. Je ne savais pas si je rêvais ou si je rêvais que je rêvais. J’avais envie de sauter par la fenêtre mais heureusement je n’avais pas la force de me lever.
Le médecin m’avait dit de prendre deux comprimés de paracétamol avant l’injection et que je pouvais en prendre deux fois deux comprimés après  mais pas plus. Six comprimés en 24 heures ne m’ont rien fait ou pas assez. J’ai repris du paracétamol-codéine puis de la lamaline. Les médicaments me collaient un peu plus dans le pâté. J’avais toujours un casque à pointe en plomb, la pointe tournée vers l’intérieur du cerveau. Tous mes membres me semblaient brisés, je sortais du lit à quatre pattes.
  J’aurais voulu avoir une présence auprès de moi, juste pour me rattacher au monde des vivants. N’importe qui, mon père, ma mère, une copine, une amante, un ange, un démon un chat. Rien, que dalle, juste cette grosse salope de souffrance de merde qui prenait possession de mon corps et de mon cerveau. Ma mémé citait la seule phrase de la bible qu’elle connaissait, tirée de l’ecclésiaste je crois : « malheur à l’homme qui est seul ! »  Et elle rajoutait malicieusement : « et c’est pire encore pour la femme ! »
J’ai traîné ainsi de cauchemars en cauchemars jusqu’au mardi midi. Je n’ai rien avalé, tout me dégoûtait. J’avais un goût bizarre dans la bouche, entre le plastic et le métal. Je sentais tout et tout sentait mauvais. Je n’avais envie de rien, je buvais du jus d’orange et quand j’avais trop froid du viandox.  J’ai fais des courses le mardi après midi. Au super marché du coin, j’allais de rayon en rayon. Envie de rien, tout me semblait dégueulasse. Je me suis acheté des fruits secs, du raisin, des dates, des abricots, des amandes, noisettes, pistaches etc. ainsi que des ananas au sirop, du beurre salé, de la confiture et du pain suédois.
Pendant un mois, je me suis nourri de tartines de crackpain suédois au seigle recouvert de beurre et de confiture, de fruits secs, frais et au sirop. Plusieurs fois j’ai essayé de manger de la viande, je n’y arrivais plus. Le poisson passait un peu mieux, le chou cru, les carottes crues et la salade aussi. J’essayais les laitages, ça m’écœurait. Le pain que j’adorais au point de le manger sec me dégoûtait. 
Psychiquement je me sentais bouleversé. Ça a commencé doucement, insidieusement puis au bout de quelques semaines, je me rendais compte que ça n'allait pas du tout. La moindre chose me faisait pleurer, une réflexion, une information à la con, même un vieux dessin animé comme Bambi me faisait sombrer dans les larmes. Je me suis mis à écouter de la musique sans arrêt, à trouver des morceaux qui me convenaient et me faisaient du bien. Deux disques de Portishead et un Massive Attack se sont mis à tourner en boucle sur mon lecteur à trois cd. Puis ça a été Harvest Moon et Sylver and Gold de Neil Young avec le Dylan Unplugged. Il y a fallut que je trie sérieusement mes choix, certains morceaux me provoquant un déluge lacrymal ininterrompu. Je n’avais envie de rien, j’aurais pu croiser Patricia Arquette dans la cuisine, je ne lui aurais même pas proposé un coup à boire. Alors, tu penses le reste…
Comme si ça ne suffisait pas, je me suis mis à avoir ce que je croyais être des aphtes. Le toubib m’a dit que c’était du Lichen Plan. Cette saloperie est une espèce de mycose merdeuse due aux médicaments. J’avais aussi des démangeaisons un peu partout, des apparitions de plaques rouges sur le ventre et les membres. Des crampes nocturnes sont venues aussi me visiter. J’avais mal dans le dos et dans tous les os et les muscles. On me faisait des analyses tous les quinze jours et en un mois et demi, j’ai vu mes plaquettes diminuer et mes leucocytes se faire la valise. Mon taux d’hémoglobine est descendu à la cave et l’hépato qui recevait le double par fax m’a appelé pour diminuer les doses de moitié. J’avais touché le fond, atteint le seuil critique. Leucopénie, thrombopénie, neutropénie, anémie, il a fallu que j’apprenne le sens de mots nouveaux dont je me serais bien passé. Seul avantage avec l’interféron c’est que tu as toujours quelque chose dans le frigo : il faut le conserver au froid.
Un an après avoir commencé à écrire sur mon expérience, j'apporte un bémol à mes réactions d'horreur. Oui, c'est éprouvant, oui ça cogne bien dans les gencives ce traitement mais… Ce n'est pas toujours l'horreur grandiose pour tous, de plus, je n'avais jamais été malade auparavant et il y en a qui sont guéri au bout de six mois. Le jeu en vaut vraiment la chandelle. Aujourd'hui au cours de mon troisième traitement, j'ai l'habitude de ces inconforts et je m'organise en conséquence.
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /2005 00:00
Parce qu'écrire  c'est rêver, je fais les deux !
Ca se passe effectivement un dimanche matin. Je vais au jardin du Luxembourg faire un tour. Il est six heures du matin, le jour vient à peine de se lever ; le jardin est encore fermé sauf une petite porte, derrière le théâtre de l’Odéon, par où les gardiens et les employés rentrent. Je me faufile et vais sur le côté droit du parc.
J’entends des coups de feu, j’hésite à aller dans la direction de ceux-ci mais la curiosité est la plus forte. Je vois deux espèces de cow-boys, il me semble que je les connais. Bien sûr, il s’agit d’Ernest Hemingway et de Richard Brautigan. Hemingway a un fusil de chasse et Brautigan un revolver à barillet, ils tirent les pigeons. Hemingway me gueule dessus :   
·                  Grouillez-vous mon vieux, j’ai jamais vu un rabatteur arriver une heure après les chasseurs !   Vous les Français, vous vous faites pas chier, comme vous dites si bien !  
·                  Il a même pas pris les cannes à pêche !   Pourtant il y a du putain de délicieux poisson dans ce parc, ajoute Brautigan.
Je bafouille :   
·                  Vous les ricains faut que vous décimiez des bestioles ou des sauvages pour sembler être des hommes !   Je ne serai pas complice de vos saloperies !   De plus, je suis très bien informé :     Hemingway vous finirez avec ce fusil de chasse et vous Brautigan avec ce colt !  
·                  Et c’est les pigeons qui appuieront sur la gâchette, demande  Ernest Hemingway ? 
·                  Toi tu ne mourras jamais, dit Brautigan, tu es trop con !   Si tu avais du talent tu serais immortel et tu te moquerais pas mal des armes à feu et de ces connards de pigeons !  
Ils éclatent de rire tous deux et se mettent à tirer dans tous les coins. Les flics arrivent, deux cents C.R.S, ils font une manœuvre d’encerclement de cette zone du parc. Hemingway demande à Brautigan combien il lui reste de cartouches. Brautigan regarde dans ses poches et dans le barillet du colt et dit :   
·                  Une seule papa Ernie, et toi combien ? 
·                  Une aussi Dick, on est foutus !   Ils ne m’auront pas vivant, je refuse de finir entre les mains d’une tribu d’analphabètes !  
·                  Tu as raison, dit Brautigan. Je vais sucer le canon, ça c’est une vraie fin littéraire qui me convient parfaitement !   Rendez-vous en enfer mes mignons, c’est un aller simple en première classe !  
Je leur dis de ne pas faire ça, surtout qu’ils ne risquent qu’une amende. Ils se marrent comme deux tordus et se tirent chacun leur balle dans la cervelle. Les flics arrivent, j’ai les bras en l’air et suis mort de trouille. Ils me passent les menottes et me conduisent au quai des orfèvres, à la P.J. Je suis interrogé par Louis De Funès. Je suis mort de rire, il s’énerve et hurle de plus en plus en faisant des grimaces. Il m’accuse d’être complice de ces deux dangereux terroristes, il en a la preuve puisque la perquisition a produit trente kilos de papiers écrits par les deux maniaques et cinq par moi. Je lui dis que c’était des écrivains, pas des terroristes, il répond que c’est pareil, que c’est comme si je lui disais qu’ils tuaient des pigeons, pas des oiseaux. Il ouvre un autre carton et sort mes manuscrits, il balance les feuilles partout en disant :   
·                  Et ça hein, et ça, et encore ça et encore re-ça !   Taisez-vous, regardez-moi dans les yeux, j’vais vous mater mon gaillard !   Alors comme ça on écrit ? Des poèmes, des chansons, des pièces de théâtre !   Du théâtre !   Assassin !   (Il déchire les pièces.) Tiens, tiens tiens, voyou, monstre et même des romans ! Monsieur écrit des romans   !   Mais on te tient, je le tiens, je ne le lâcherai pas !  
Il me saisit par le bras et me secoue si fort que je me réveille.
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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