Samedi 22 octobre 2005

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Dans la période où j’attendais les premiers résultats d’analyses biologiques, j’ai essayé de me renseigner au maximum sur la maladie. Quand j’y repense, j’ai l’impression d’avoir fait une démarche à la Christophe Colomb. Je voulais m’embarquer à tout prix dans la traversé, je savais que j’arriverais quelque part, je savais que c’était un continent immense et peu connu, mais je n’avais que la certitude de vouloir le faire pour savoir. Ce n’était pas le continent que j’attendais, il était plus vaste, plus sauvage, plus inaccessible, un nouveau monde fascinant et terrible.

 

 

 Tout était bon pour essayer de comprendre la C : Internet, les livres, les cours. J’ai tout d’abord abordé l’histoire du virus de la C. Cette saloperie se planquait tellement bien qu’on ne l’ait identifiée qu’en 1989.

 

 

J’ai appris que la jaunisse a été citée pour la première fois par le Talmud babylonien, c’est un livre complètement épuisé à l’heure actuelle ne le cherchez pas. Puis 500 ans avant JC, l’école de Médecine d’Hippocrate a décrit la jaunisse et reconnu le foie comme l’organe responsable. Cinq cents ans ap. J.-C., l'école romaine de Galien[1]  s'est intéressée à la jaunisse et a distingué les causes dues à un obstacle à l'écoulement de la bile de celles liées à une maladie du foie. Au VII eme siècle, le pape Zacharie (saint, pape de (741 à 752)  évoquait pour la première fois la possibilité d'une contagion. Ce pape a recommandé l'isolement des sujets atteints de jaunisse. Il devait être moins con que l’actuel pape face au sida.

 C'est un médecin français, Chardon qui, ne manquant pas de piquant et ne se prénommant pas Marie, en 1842 avança le premier l'hypothèse d'un agent infectieux : un miasme était responsable des épidémies de jaunisse. Ce n'est qu'en 1905 qu'un autre visionnaire, un écossais du nom de Mac Donald (il y a des Mc Do pas trop nazes) suggéra que certaines hépatites graves étaient provoquées par un agent infectieux transmissible. En 1931, Finlay concluait de l'observation de plusieurs épidémies provoquées par des actes médicaux que la fameuse hépatite catarrhale était en fait transmissible par des fluides humains. Il restait ensuite à trouver que ces fluides étaient contaminés par un agent infectieux appelé virus.

 

 

Le premier virus a été découvert en 1935 par Stanley[2]. Il s'agissait du virus de la mosaïque du Tabac. Cette découverte sera rapidement suivie par celle du virus de la fièvre jaune, de la variole et de la poliomyélite. Dans les années 1940, l'apparition du microscope électronique permit d'observer les virus pour la première fois (ces fumiers sont invisibles au microscope optique) puis grâce à des centrifugeuses à grande vitesse, les chercheurs purent ensuite les concentrer et les purifier. Le premier démembrement des hépatites a été réalisé au cours de la seconde guerre mondiale. Vingt-mille conscrits enrôlés dans l'armée américaine ont reçu un vaccin contre la fièvre jaune, contaminés par un virus des hépatites, celui de la B. (On savait déjà faire des conneries, surtout dans l’armée et ça a continué plein pot pendant la guerre du Golfe.)

 

 

Des milliers de soldats ont développé une hépatite et soixante d'entre eux en sont morts. A la suite d'expérimentations très discutables et condamnables réalisées à cette période sur des prétendus volontaires (absorption de bile ou injection de sang de sujets souffrant d'hépatite) deux types d'hépatites furent identifiés :

 

 

- le premier type, appelé hépatite A était transmise par voie orale (par les extraits de bile ou les extraits de selles). Cette hépatite dite épidémique avait une période d'incubation courte (de 15 à 45 jours) ;

 

 

- le second type : l'hépatite B était transmise par le sang ou le sérum et fut appelé hépatite sérique, d'incubation plus longue (60 à 90 jours.) Il faudra attendre ensuite vingt ans pour que le premier virus, celui de l'hépatite B soit identifié.

 

 

L’hépatite virale A, maladie des mains sales transmise par l’eau et les aliments souillés, est contagieuse par les contacts habituels de la vie courante. Elle est appelée à disparaître des pays qui améliorent sans cesse leur hygiène. Inapparente chez l’enfant, elle est responsable de symptômes (jaunisse et fatigue) souvent importants chez l’adulte. Elle ne dure jamais plus de six mois et guérit toujours.

 

 

Une hépatite A dure en général de 4 à 6 semaines après 15 à 45 jours d'incubation. Chez l'adolescent et l'adulte jeune, la maladie débute par une fièvre de quelques jours, remplacée par une jaunisse avec urines foncées et une fatigue intense. Le diagnostic d'hépatite repose sur l'élévation du taux des transaminases qui dépasse en général 10 fois la normale. Les transaminases ALAT (ou SGPT) et ASAT (ou SGOT) sont des enzymes contenues en abondance dans le foie. Quand la cellule du foie est lésée, elle  libère  une  partie  de  son contenu dans le sang et le taux des transaminases augmente.  Le taux de bilirubine est souvent très élevé. La bilirubine est un pigment issu de la dégradation des globules rouges, qui donne sa couleur à la bile. Quand le foie lésé ne réussit pas à évacuer la bile vers la vésicule biliaire, le taux de bilirubine sanguine augmente.   Chez la personne âgée, la maladie peut prendre un aspect plus grave. Il faut connaître le risque de rechute qui s'exprime par une nouvelle remontée des transaminases. Cela arrive dans 20 à 30% des cas mais la normalisation définitive des transaminases est toujours observée.

 

 

Quant au risque d'hépatite fulminante, il est très faible de l'ordre de l %. Les formes fulminantes surviennent souvent chez les personnes âgées ou lorsqu'il existe une maladie hépatique préexistante. L'association à une infection par le virus B ou le virus C est également un facteur d'aggravation.

 

 

Les antigènes du virus ne sont pas détectables dans le sang. Aussi, le diagnostic d'une hépatite A aiguë repose sur la présence d'anticorps anti VHA de type IgM (Immunoglobuline[3] : protéine sanguine agissant comme un anticorps.), témoins de la réponse immunitaire précoce de l'organisme. Ces anticorps apparaissent dès les premiers symptômes et persistent en général pendant 3 mois. Devant une élévation des transaminases, il faut exiger la présence d'un anti VHA IgM pour parler d'une hépatite virale A aiguë. Plus tard, les anti VHA de type IgG apparaissent. Ils sont le signe de l'immunisation de l'individu.

Retrouvés seuls, chez un sujet présentant des signes cliniques et biologiques d'hépatite, ils témoignent d'une hépatite A ancienne et guérie. Ils sont présents chez 50 % des Français après 40 ans. Chez l'adulte, la détection de l'anti VHA IgG qui renseigne sur la présence d'un contact avec le virus doit précéder l'injection du vaccin

 

 

 II n'existe aucun traitement spécifique de l'hépatite A. La prévention de l'hépatite A repose sur l'hygiène de l'eau, le lavage des mains, l'immunisation passive et désormais la vaccination. Commercialisé en France depuis la fin de l'année 92, le vaccin contre l'hépatite A a été obtenu à partir d'un virus inactivé.

Je ne sais pas pourquoi ni comment mais l’histoire de ces maladies de merde commençait à m’intéresser sérieusement, c’était autre chose qu’une curiosité morbide. Au fur et à mesure que je découvrais les hépatites, j’imaginais la masse des gens que ça concernait.

Tout d’abord ces milliers de malades à travers le monde : 200 000 000 de porteurs de l’hépatite B dans le monde, deux à trois millions de décès annuels. En France, 5 à 10 % de la population a déjà été en contact avec le virus de la B, plus de 8 millions de personnes sont à risque. 170 000 000 de porteurs chroniques du virus de la C dont 4 000 000 aux USA, 5 000 000 en Europe de l’ouest dont 650 000 en France, c’est à dire 1% environ de la population. Dans mon bled de 9000 habitants, il y a peut-être entre cinquante et cent personnes qui ont la C. Je n’en connais qu’une : moi. Tout ce monde malade ça fait réfléchir.

Puis tous les gens qui cherchent à éradiquer le virus, médecins, chercheurs dans différents domaines (biologie moléculaire, pharmacologie, soins divers) souvent isolés dans leur coin, sans crédits suffisants pour vaincre la difficulté. Les associations de malades qui se battent contre l’ignorance dans laquelle on préfère souvent maintenir le malade, contre l’inertie et la tiédeur des pouvoirs publics en matière de santé et de prévention.

Ma première réaction, en face de cette masse de gens touchés et du peu de moyens mis en œuvre pour remédier à cela, est de l’ordre du dégoût et de la colère. En Afrique , en Asie, au Moyen Orient, pays les plus touchés comme pour le sida, rien de collectif mis en place par les pays enrichis sur leur dos pendant des années. Les dépenses militaires de pays comme le nôtre en face des dépenses de santé m’agacent et me révulsent. J’échange un porte-avions nucléaire contre un vaccin. J’échange tous les trésors originaires de l’ancienne Égypte contenus dans les musées occidentaux contre un traitement interféron/ribavirine pour les 25 % de la population égyptienne,  contaminés par le virus de la C suite à la pauvreté de moyens dont les services de santé disposaient pour une campagne nationale de vaccination contre la bilharziose, campagne qui a flanqué la C à tout va.

Je suis un rêveur, tu le sais toi, et on ne va pas me refaire, je l’ai déjà dit ! Je vais me remettre un vieux Dylan dans les étiquettes, « Like a Rolling Stone » traduction du refrain :

 « Qu’est-ce que tu ressens, tout seul sans maison, comme un complet inconnu, comme une pierre qui roule? »



[1] (Galien Claude, Claudius Galenus en latin (131 env.-env. 201 )Sa thérapeutique est diététique et médicamenteuse, et son étude des plantes médicinales gardera le nom de «pharmacie galénique».)

[2] STANLEY WENDELL MEREDITH (1904-1971)

 

 

Biochimiste américain créateur de la virologie moderne. Stanley, né à Ridgeville dans l’Illinois, étudie au collège de Richmond et est docteur en chimie de l’université de l’Illinois en 1929. Il va poursuivre ses études en Allemagne et séjourne au laboratoire de chimie de l’université de Munich (1930). À son retour aux États-Unis, il entre comme assistant de recherches au Rockefeller Institute for Medical Research de New York qu’il quitte l’année suivante pour celui de Princeton où il restera jusqu’en 1948, date à laquelle il est nommé professeur de biochimie et directeur du Virus Laboratory de l’université de Californie à Berkeley.

 

 

Lorsque Stanley s’attache à leur étude, les virus, dont on connaît l’existence et les symptômes, sont invisibles au microscope optique (on ne les verra qu’avec le microscope électronique) et leur nature, protéinique ou non, est très discutée. Dès son arrivée à Princeton (1932), il conçoit que, si un virus est une protéine, on doit pouvoir le purifier et il choisit d’étudier le virus de la mosaïque du tabac. En 1935, il réussit le premier à cristalliser ce virus, démontrant ainsi la nature protéinique des virus. En 1936, à partir de ces cristaux, il isole l’acide nucléique et met en évidence la responsabilité de cet acide dans l’activité du virus: il affirme, en 1937, que le virus de la mosaïque du tabac est une nucléoprotéine. Ce premier isolement d’un virus cristallisé, pour lequel il reçoit, en 1946, le prix Nobel de chimie, a ouvert la voie aux travaux des nombreux chercheurs qui devaient préciser les relations entre la structure des virus et leurs propriétés biologiques, autrement dit la voie de la biologie moléculaire.

 

 

 

 

 

[3] Immunoglobulines :
Protéines  (naturelles ou administrées comme un médicament) qui peuvent agir comme des anticorps   pour aider l'organisme à se défendre
.  

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Samedi 22 octobre 2005

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Comme je te le disais l’autre jour, je suis allée passer deux jours à Saint-Louis en hôpital de jour. Je devais arriver à jeun le matin à huit heures. Ça a commencé à me gonfler sérieusement, dès mon arrivée à huit heures moins le quart. Une demi-heure d’attente à l’accueil pour remplir un dossier d’admission. Des tas de personnes que l’on baguenaude de guichet en service. Mais je ne me plains pas, je sais lire et je parle français. Ceux qui ne sont pas dans mon cas n’ont pas de chance. Aucune indication dans une autre langue, pas d’hôtesses pour ceux qui ne savent pas lire et le surnombre. C’est fou le nombre de gens qui sont malades, si les toubibs étaient payés au résultat, m’est avis que beaucoup crèveraient de faim !

 

 

 

 

On a commencé par me faire tout un tas de prises de sang et une échotomographie de l’abdomen qui a révélé une hépatomégalie (enfin mégalo quelque part !) Ensuite, on m’a conduit dans un autre service pour faire une fibroscopie. On te met un coup de spray anesthésiant dans la gorge et tu sers les dents autour d’une espèce de bobine percée d’un trou en son centre. C’est par ce trou que l’on descend une fibre optique de la taille d’un doigt qui va photographier l’intérieur de ton œsophage afin de détecter d’éventuelles varices œsophagiennes. Il faut savoir qu’une hépatite active entraîne une destruction des cellules du foie et une inflammation importante qui, si elle n’est pas soignée par les médicaments antiviraux, conduit inévitablement à la fibrose. La fibrose c’est la formation d’un tissu cicatriciel à la place du tissu hépatique et qui conduit à la cirrhose. Le foie devient de plus en plus rigide, ferme puis dur comme de la pierre. Le sang circule très mal dans les cellules hépatiques, il contourne le foie qu’il ne peut plus traverser par le circuit veineux. Certaines de ces veines se dilatent et peuvent provoquer des hémorragies digestives qui peuvent être très graves.

 

 

 

 

La fibroscopie c’est un peu comme si tu taillais une pipe à un mammouth, tu as l’impression que tu vas mourir étouffé. Mais la plaisanterie n’était pas terminée, on m’a conduit en ambulance à la Pitié-Salpetrière pour une PBH : ponction biopsie hépatique. Il s’agit de prélever un minuscule échantillon de foie qui peut être examiné au microscope. On le fait habituellement à l’aide d’une aiguille fine qui passe entre les côtes. Vu mon nombre peu élevé de plaquettes sanguines et le risque sur le plan de la coagulation, j’ai eu droit à une biopsie transjugulaire sous contrôle radio. On te met du gel anesthésiant sur le cou et on rentre une sonde par un cathéter dans la veine jugulaire. On descend la sonde jusqu’au foie par la veine cave, les veines sus-hépatiques et on prélève les petites carottes de foie qui seront analysées, sans perforation de la capsule du foie, par l’intérieur. Ça dure trente minutes environ et au-delà de la trouille que cela provoque, on ressent juste un picotement au foie. Tu ne dois pas bouger de la journée et faire aucun effort pendant une semaine.

 

 

 

 

Trois semaines après, j’ai revu l’hépato. Le docteur A, adjoint au professeur chef du service de gastro-hépato-entérologie, est un jeune médecin assez sympa. Il m’a annoncé l’étendue des dégâts :

 

 

 

 

Hépatite chronique d’activité moyenne A2/F4, génotype 3A, vraisemblablement transmise par la seringue.  C ’est à peu près tout ce que j’ai retenu sur l’instant. Deux raisons à cela : Le toubib ne te délivre pas toute l’information et comme tu ne sais pas de quoi il s’agit, il y a plein de détails qui te passe à toute allure dans la tête et seule ton obsession reste en grosses lettres : MALADIE ! J’ai demandé si ça se soignait et comment. D’après le toubib, il y avait plusieurs facteurs reconnus, qui plaidaient en faveur d’une réponse possible à un traitement par l’interféron, ces 5 facteurs sont :

 

 

 

 

1-Le sexe féminin.

 

 

 

 

2-Un âge jeune (25 ans).

 

 

 

 

3-L’absence de cirrhose.

 

 

 

 

4-Les transaminases inférieures à trois fois la limite supérieure.

 

 

 

 

5-Un génotype autre que le type II. (type III)

 

 

 

 

 Je sais que je n’avais pas tout bon, je n’avais pas le 1, le 2 était  dans le désordre :52 ans, le 4 et le cinq plaidaient en ma faveur et je n’avais pas entendu le mot « cirrhose » dans la bouche de mon hépato. Mais même un facteur sur cinq ça se tente dans ma philosophie personnelle. J’ai dit que je voulais commencer tout de suite, il n’était pas très chaud et voulait que je réfléchisse, je lui ai rétorqué.

 

 

 

 

·    Plus j’attends, plus l’autre salope me bouffe le foie !

 

 

 

 

·    Oui, dit-il,  mais une bi-thérapie interféron-ribavirine ne se décide pas à la légère. Il y a des effets secondaires possibles assez désagréables, certains obligent à suspendre ou réduire le traitement. Il faudra tout d’abord vérifier le fonctionnement de votre thyroïde, faire un électrocardiogramme, un examen ophtalmologique, quelques examens biologiques supplémentaires et si tout va bien nous pourrons commencer.

 

 

 

 

Il m’a demandé si je n’avais pas fait de dépression sérieuse ou de tentative de suicide. Je lui ai répondu qu’à part quelques tentatives de meurtre, je n’avais pas eu d’idées aussi saugrenues. Quinze jours plus tard, il m’expliquait comment se piquer soit même à l’aide du stylo. Je pouvais commencer à péter la gueule à la C, ce n’était pas top tôt, sept mois s’étaient écoulés entre les premières analyses et la première injection. Je ne savais pas le quart de ce que je viens d’écrire sur la C et je ne savais pas non plus que j’entamais une autre existence faite d’espoirs et de déceptions, de douleurs et de rage. J’entrais aussi dans une famille, un club et parfois une caste un peu comme les parias en Inde. Les premiers temps, personne ne m’a souhaité la bienvenue. Ça n’est pas grand chose mais c’est un truc qui m’a sacrément manqué.  

 

 

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Samedi 22 octobre 2005

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Le foie est le plus grand organe existant à l’intérieur du corps : il pèse environ 1,400kg chez l’adulte. Il se situe sous le gril costal droit et comporte deux lobes : le lobe droit, le plus grand et le lobe gauche coiffant l’estomac près de l’abouchement de l’œsophage. Ce foie, dont la surface est lisse et « caoutchouteuse », est composé de 300 milliards de cellules regroupées en 50 000 à 100 000 lobules. Ces cellules, les hépatocytes, sont responsables de toutes les activités vitales du foie, du stockage jusqu’à l’élimination.

 

 

 

Les lobules hépatiques sont centrés par une veine dite « centro-lobulaire » qui est reliée à des centaines d’hépatocytes, ceux-ci bordés par des microscopiques canalicules biliaires et des capillaires sanguins dits « sinusoïdes », chargés de véhiculer le sang oxygéné et les nutriments nécessaires à ces cellules.

 

 

 

Finalement le foie est assimilable à une éponge où circulent du sang oxygéné, du sang veineux et de la bile. L ’artère hépatique, venant de l’aorte, apporte au foie du sang frais pour oxygéner les cellules, et la veine porte conduit le sang riche en nutriments qui viennent de l’estomac et de l’intestin grêle pour le filtrer à travers les hépatocytes. Là, les nutriments sont extraits, métabolisés, stockés ou renvoyés dans la circulation par l’intermédiaire de la veine cave inférieure.

 

 

 

Les multiples fonctions du foie

 

 

 

Le filtre hépatique

 

 

 

Lorsque l’organisme a besoin de sang, le foie est prêt à lui en fournir La quantité de sang traversant le foie représente le quart du volume sanguin circulant. Il faut savoir qu’un foie sain filtre 1,2 l de sang par minute chez l’homme au repos. Au bout d’une année, le foie aura filtré 630 120 litres de sang.

 

 

 

Le foie épurateur du sang

 

 

 

Simultanément avec ce rôle de filtre, le foie régule la composition du sang. Comme la rate, le foie participe à l’élimination des vieilles hématies (érythrocyte =  globule rouge du sang). Il dégrade leur hémoglobine et la transforme en bilirubine, évacuée dans la bile (fonction biliaire du foie).

 

 

 

Certaines cellules du foie, bordant les sinusoïdes, appelées cellules de Kupffer, relevant du système réticulo-endothélial (relatif au système des grandes cellules d'origine mésenchymateuses - mésenchymateuse : relative au mésenchyme, tissu embryonnaire pouvant se transformer en tissu conjonctif cartilagineux, osseux, musculaire, etc. ) débarrassent le sang des bactéries qui proviennent du côlon. Quant au hépatocytes, ils convertissent les produits toxiques en composés solubles qui sont ensuite éliminés dans la bile ou bien l’urine. Ils mettent également fin à l’activité des hormones en excès.

 

 

 

Les fonctions métaboliques du foie

 

 

 

À la fois « raffinerie, fabrique et entrepôt de stockage », le foie transforme les sucres et les graisses. Dans l’heure qui suit un repas,  des glucides (glucose, fructose, galactose), des acides aminés (éléments constitutifs des protéines), des lipides (acides gras, glycérol et cholestérol) ainsi que des vitamines et des minéraux lui parviennent de l’intestin grêle. La moitié de ces produits de digestion peuvent alimenter directement les muscles ou les tissus adipeux. Une autre partie est stockée par le foie mais peut être réinjectée à la moindre demande. Ainsi, quand le niveau de sucre baisse, le foie transforme le glycogène en glucose et le reverse dans le sang pour répondre aux besoins de certains organes comme le cerveau qui exigent un niveau constant de sucre. Cette transformation du glycogène en glucose ou du glucose phosphaté en glucose simple par l’hépatocyte est stimulée par l’insuline. Cette hormone sécrétée par le pancréas déclenche dans toutes les cellules l’activation d’enzymes qui vont « brûler » le  glucose et libérer de l’énergie sous forme d’adénosine triphosphaté (ATP).

 

 

 

Cette même insuline encourage le stockage du glucose en excès. Dans le foie et les muscles, les molécules de glucose en se combinant les unes aux autres vont donner du glycogène. Dans le foie et dans les tissus adipeux, les catabolites (déchet résultant du catabolisme, phase destructrice du métabolisme) du glucose vont s’unir et donner des acides gras. Ceux-ci, en se liant au glycérol, donneront des triglycérides connus pour être des lipides de réserve. Une partie d’entre eux servent à fabriquer du cholestérol.

 

 

 

En s’associant au cholestérol et après avoir été enrobés de protéines, les triglycérides vont se transformer en lipoprotéines ; c’est le cas des VLDL. (les lipomicrons ou VLDL (very low density lipoproteins ), sont des lipoprotéines de très basse densité. ) Celles-ci, mises en circulation, vont remplir des rôles différents : soit,  être dégradées pour fournir de l’énergie, soit entrer dans la fabrication des membranes cellulaires, des facteurs de la coagulation sanguine, des hormones stéroïdes ou de la bile. Ayant perdu une bonne partie de leur contenu, ces lipoprotéines reviennent au foie pour y être catabolisées. Les LDL (les LDL (low density lipoproteins ), sont des lipoprotéines de basse densité), nées de la transformation des VLDL dans la microcirculation, portent une apoprotéine qui leur permet d’être capturées par des récepteurs des cellules de l’organisme et d’être recaptées par le foie. Des concentrations excessives de LDL plasmatiques par défaut de recaptation lèsent l’endothélium vasculaire et constitueront ultérieurement le noyau d’une plaque d’athérome (dégénérescence de la tunique interne des artères).

 

 

 

Le cholestérol est évacué dans la bile sécrétée par les hépatocytes. Présents dans les lipoprotéines, les acides aminés servent à la synthèse hépatique de nombreuses autres protéines : albumines, enzymes, protéines de la coagulation sanguine. Mais ils peuvent également servir de combustibles. Débarrassés de leur groupement aminé (NH2), ces acides aminés entrent comme intermédiaire du glucose et pourront être brûlés pour fournir de l’ATP (acide-adénosine-triphosphorique, l’ATP, molécule riche en énergie, est le vecteur intracellulaire universel de l’énergie.) 

Quant au groupement aminé, il est éliminé sous forme d’ammoniaque (NH3 ). Combiné à du gaz carbonique, deux molécules d’ammoniaques forment une molécule d’urée : cette urée sera transportée par le sang jusqu’aux reins qui l’intègrent dans l’urine. Cette transformation des acides aminés en urée figure la fonction uréopoiétique du foie. Une bonne partie de l’ammoniaque injectée dans la circulation générale se dissimule sous forme d’un composé ammoniogène dont la cellule rénale libère à nouveau NH3.  Le précurseur de l’ammoniaque urinaire serait la glutamine, provenant de la combinaison de l’acide glutamique, un acide aminé, avec NH3, réaction nécessitant une enzyme (la glutamine-synthétase) et de l’ATP.

 

 

 

Pour en revenir à l’insuline, elle commande à la fois la combustion du glucose, son stockage, le transport des acides aminés et la synthèse protéique. Son effet est directement mesurable : elle fait baisser la concentration du glucose dans le sang. Quand cette dernière descend au-dessous d’un minimum (5millimoles/litre), le pancréas, alerté, secrète une nouvelle hormone, le glucagon qui favorise des réactions inverses à celles de l’insuline. Sous ses « directives », les hépatocytes dilapident leurs réserves, stocks de glycogène et de triglycérides, pour en tirer du glucose. Si cela ne suffit pas, les hépatocytes élaborent de nouvelles molécules de glucose (néoglucogénèse) à partir d’acides aminés et du glycérol. Ces réactions, qui surviennent lors du jeûne, sont favorisées par l’adrénaline, un médiateur libéré par le système nerveux. Les traumatismes, l’anxiété, la colère ou le stress provoquent par ce biais les mêmes effets que le glucagon.

 

 

 

La fonction biliaire

 

 

 

Chaque jour, le foie fabrique un demi-litre à un litre de bile. Cette bile est composée de 97% d’eau et de sels biliaires. Ceux-ci déversés dans l’intestin grêle, émulsionnent les graisses pour favoriser leur attaque par les enzymes et leur passage dans les  villosités intestinales. L’alcalinité de la bile permet la neutralisation du chyme (liquide résultant de la digestion)  acide venu de l’estomac. Lorsque le foie est malade, il ne peut plus extraire convenablement la bilirubine du sang pour l’excréter dans la bile en vue de son élimination. Le pigment reste alors dans le sang et s’y accumule. Résultat : la peau et la conjonctive (blanc des yeux) prennent une teinte jaune. C’est la jaunisse (ictère). C’est également la bilirubine qui donne aux selles leur coloration caractéristique. Pendant un ictère, les selles se décolorent et prennent une teinte « mastic ». En revanche, la bilirubine (transformée en urobiline) et les pigments biliaires (provenant de la dégradation de l’hémoglobine après destruction de l’hématie) passent du sang dans les urines qui foncent.

 

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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