Vendredi 21 octobre 2005 5 21 /10 /2005 00:00
3
« Thérapie », j’adore ce mot qui vient du grec soigner. Mon groupe de rock préféré s’appelle THERAPY. Dans un de leurs anciens albums, « Born in a crash » il y a une chanson qui m’obsède depuis quelque temps : Nauséa.
Voici les paroles :

Nausée

 
Me voici
Comme je suis
Comme tu me l'as fait penser
je ne t'entends pas
je n'ai pas besoin de toi
je ne veux pas de toi
je…
 
je ne veux plus sentir
 
ceci est ceci   
ceci est ça
 
pas mes baisers, juste mon poignet
je ne t'entends pas
je n'ai pas besoin de toi
je ne veux pas de toi
je…
 
je ne veux plus sentir
 
la maladie est en toi
Je la lui chante à « la C ». Oui, c’est comme ça que je l’appelle cette salope :  « La C ». Lassé d’avoir la C, je me suis prélassé. La C, je ne t’entends pas, je n’ai pas besoin de toi, je ne veux pas de toi. Don’t wanna feel anymore… The sickness is inside you. Me voici comme je suis, je ne veux plus te sentir. Ma thérapie, c’est Thérapy à fond la caisse, ça me remonte à mort. C’est aussi de ne pas me laisser aller et de mettre toutes les chances de mon côté pour virer la C. Balancer la C, épater la Tite C, lui péter l’appétit, patater la Flavie qui m’a piraté la vie. Tu sais comment on dit foie en Anglais : « liver ». Ça vient de « live » qui veut dire vivre. Je mets tout en branle pour me soigner. Ce n’est pas de la tarte ! Mais je ne fais que ça. Tout mon temps est consacré à ce but unique : devenir négatif au VHC. Les mauvaises langues diront que la négativité ça me connaît. Rien à cuire ! Oui, je veux vivre, même si ça n’a pas été le pied pour moi depuis pas mal de temps.
Dans un premier temps, je devais aller passer deux jours à l’hôpital pour faire un certain nombre d’examens. Pour me préparer à affronter l’attente interminable que le patient subit à l’hosto, je me suis cherché un paquet de documents sur le foie. Peut-être fallait-il commencer par ça. Se taper une tranche de foie de veau au déjeuner en étudiant « Le Foie, Sa Vie et Son œuvre. » Mon beau foie tout agressé me faisait penser à ma conduite devant ma première voiture en panne, un Morris 850. J’avais acheté une revue technique afin de l’ausculter moi-même et de savoir interpréter les termes inconnus composant la quasi-totalité du diagnostic ténébreux de mon garagiste.  Le problème mon gars, c’est que le corps humain c’est de loin la plus belle, la plus sophistiquée et la plus capricieuse des mécaniques. Elle n’est pas faite en série et c’est bien tant mieux.
 
Petit exercice de diction à usage thérapeutique.
Argh, je vais achever le vhc sans sourciller et sans tarder !
Flaviviridae, flapi et ridé, ravi et fixé, je vais t’extirper et t’exterminer même te déloger, te délocaliser et t’éradiquer de mon foie miné sans même hésiter, virus virulent veule et emmerdant, je vais te flanquer mon pied dans les dents.
A réciter comme un mantra à chaque coup de blues, pas d’effets secondaires connus pour le moment.
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Jeudi 20 octobre 2005 4 20 /10 /2005 00:00

2

Dans le bus qui me ramenait à Saint-Denis j’ai commencé à jeter un œil sur ce bouquin. Les premières lignes que j’ai lues disaient ceci :

 

 

 

 

 

«  Toute maladie est un événement qui implique des échanges entre trois partenaires : le malade, son entourage, son médecin. La guérison et le mieux-être dépendent de la nature de ces échanges, et de leur renforcement mutuel. On peut vivre seul sa maladie. Mais pour réunir toutes les chances de guérir, mieux vaut être trois partenaires à la combattre… »

 

 

 

 

 

J’ai refermé le livre et l’ai posé sur mes genoux. J’avais le regard dans le vague, ruminant ces quelques lignes. Ça me faisait penser à un vieux sketch  de Coluche sur l’usine occupée. Il y avait un mouvement circulaire qui changeait parfois de sens mais tournait toujours. Je voyais le gros, habillé en diable, comme quand il chantait « la salsa du démon » avec le Splendid.  Les CRS, les ouvriers, les patrons… La maladie, le malade, son entourage, le médecin… Quel entourage ? Quel enculage ! Toute maladie est un événement… Tout événement est une maladie… Oui, c’est ça chez moi : tout événement est une maladie ou tout du moins : tout événement devient une maladie. Mon entourage est une maladie infectieuse et mon médecin une maladie infantile, la rougeole que tu dois faire au moins une fois.

 

 

 

 

 

 Je ne vivrai pas ma maladie : Je suis ma maladie ! La maladie c’est moi et c’est ma vie, moi dans ma vie. Étonnamment, je n’avais pas peur. Je n’étais même pas résigné, je crois que j’ai l’habitude de la merde et s’il y a une maladie que je n’ai pas, c’est bien celle de vouloir à tout prix ressembler à quelqu’un d’autre, envier un autre sort que le mien. Je ne suis pas fataliste, juste adapté à ce monde de merde. En gros, ce que les con(formes ) appellent l’inadaptation. Je suis un inadapté au rêve conforme de la majorité ambiante.

 

 

 

 

 

J’ai atterri dans le bus en me posant en douceur, comme une caravelle sur Roissy à la tombée de la nuit avec deux ou trois feux clignotants dans le soleil couchant. En face de moi une taupe-model en Faux-Armani C&A m’envoyait des signaux du genou et des yeux.

 

 

 

 

 

Ça c’est la meilleur !  Malade à crever, 53 ans, et enfin une fille me drague ! La première pensée qui a déboulé dans mon esprit était :

« Cette connasse d’hépatite C ne se transmet pas sexuellement, c’est une des premières chose que m’a dit le toubib ».

 

 

 

Je l’ai dit à haute voix, mot pour mot, à la Charogne Stone du 9-3; elle a aperçu le livre sur mes genoux et s’est cassée près de la porte en me traitant de « pas net ». Je me suis dit que je venais de prendre contact avec mon entourage potentiel, ça ne m’a rien fait de plus, «  la bite rude est une seconde nature ». Quand tu l’as dans le cul, tu ne serres pas les fesses, t’attends que ça se passe !

 

 

 

 

 

 

Poème de richard Brautigan.

 

 

 

Trousse de réparation pour Karma.

Articles 1-4

 1- Se procurer suffisamment de nourriture,

et manger.

 2- Trouver un coin tranquille pour dormir,

et dormir.

 3- Diminuer le parasitage intellectuel et

émotionnel jusqu'à trouver le silence intérieur,

et l'écouter.

 4-

 Richard Brautigan - Il pleut en amour.

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Dimanche 16 octobre 2005 7 16 /10 /2005 00:00

Après le traitement

 

 

 

 

 

 

Après le traitement

 

 

 

J'irai voir ailleurs

 

 

 

Comme c'est plus grand

 

 

 

Et meilleur.

 

 

 

 

 

 

Sur la ligne Greyhound Bus

 

 

 

De Nashville à Dallas

 

 

 

On peut voir des petites puces

 

 

 

Et puis de grosses pétasses

 

 

 

En fleurs

 

 

 

 

 

 

Sur le Transsibérien de Irkoutsk

 

 

 

A Chongjin

 

 

 

Les filles sont nourries

 

 

 

De bortsch avec du pain

 

 

 

Au beurre

 

 

 

 

 

 

J'irai à Frankfort

 

 

 

État du Kentucky

 

 

 

Y manger des pieds de porc

 

 

 

Frits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis j'irai en Corée

 

 

 

M'les rouler au printemps

 

 

 

Et je mangerai des nems

 

 

 

Craquants

 

 

 

 

 

 

Quand je serai guéri

 

 

 

Je quitterai ma guérite

 

 

 

Pour aller me taper

 

 

 

Marguerite

 

 

 

 

 

 

Quand j'irai beaucoup mieux

 

 

 

J'essuierai des regards

 

 

 

Envieux

 

 

 

Devant les bars

 

 

 

A vin vieux

 

 

 

 

 

 

On me mettra dehors

 

 

 

A cinq heures du matin

 

 

 

Mais je ferai très fort

 

 

 

Prendrai ma chose en main

 

 

 

Et pendant 30 secondes

 

 

 

Je pisserai sur le monde

 

 

 

 

 

 

Quand le virus

 

 

 

Sera viré

 

 

 

La ravissante vie russe

 

 

 

Connaîtrai vite

 

 

 

Et me ferai

 

 

 

Vodkaliner

 

 

 

La bite

 

 

 

 

 

 

Tirer un coup

 

 

 

À Moscou

 

 

 

Prendre sa main

 

 

 

A Berlin

 

 

 

Rester assis

 

 

 

A Massy

 

 

 

 

 

 

Se faire aussi

 

 

 

dépecer

 

 

 

À Passy

 

 

 

Voler

 

 

 

Rue de Rivoli

 

 

 

 

 

 

S'faire sucer dans le Sussex

 

 

 

Lessiver à Lhassa

 

 

 

Saliver à Sarlat

 

 

 

Monter à Lima

 

 

 

Se faire lécher les nougats

 

 

 

À Ouagadougou

 

 

 

Par les doudous

 

 

 

 

 

 

En Nouvelle Bretagne

 

 

 

Soulever des pagnes

 

 

 

Papoter les doudounes

 

 

 

D'une femme papous

 

 

 

A Rabaul

 

 

 

Jusqu'à en avoir ras-le-bol.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mon foie reste cool

 

 

 

On va à LiverPool

 

 

 

Ça va baigner

 

 

 

Pour toi

 

 

 

Ça va saigner

 

 

 

Parfois

 

 

 

 

 

 

Pale Ale, sensemilla

 

 

 

Whiskey Isle of Jura

 

 

 

Fish and chips enveloppés

 

 

 

Dans le journal financier

 

 

 

Tricky dans le walkman

 

 

 

Is super good for my man

 

 

 

 

 

 

Quand je serai guéri

 

 

 

J'irai cramer ma vie

 

 

 

Quand je n'souffrirai plou

 

 

 

Je brûlerai d'un seul coup

 

 

 

Dès que je n'rouillerai plus

 

 

 

T'en auras plein la vue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Billy Rubin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : Poémes
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