Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /Oct /2005 00:00
Robert et la Française des Jeux sont en bateau, Robert tombe à l'eau...
Robert éteignit rageusement le radioréveil, il ne se souvenait pas de l’avoir branché sur France-info la veille. Ça faisait tout de même trois fois en moins d’une heure qu’il entendait parler de Tapie et ça, c’était plus chiant que toutes les sonneries du monde. Quelle sonnerie, quelle connerie, quel réveil de merde. Bon dieu, sur quelle planète de dingues on vit !   Que l’on tapi-ne sans moi bordel !   L’oseille ce n’est pas ma gâche, surtout les matins blêmes !  
Il était onze heures ce samedi vingt huit août et Robert se rappela que la putain de poste de son quartier fermait justement à midi le samedi. Avec un peu de pot son AAH (allocation adulte handicapé) avait été versée sur son compte. Un seul moyen de savoir si le pactole d’un montant de deux mille balles avait bien fait le voyage dans la nuit :   aller voir de visu.
Il arriva à la poste de la rue Ramponneau à onze heures trente-huit, trois guichets sur quatre étaient ouverts et une douzaine de personnes attendaient à chaque queue. Il prit son tour dans une des files et son mal en patience. Lorsqu’il sortit son passeport ainsi que la carte de postépargne de sa veste, il se dit qu’il était vachement en avance sur le plan de travail de la guichetière. Il aurait dû attendre encore un peu avant de le faire, quatre personnes au moins se trouvaient devant lui. Il pensa que son impatience était un signe du destin et que son fric ne serait certainement pas au rendez-vous s’il allait plus vite que la fanfare.
Il y avait comme ça des signes qui ne trompaient jamais. Robert s’interdisait d’être crédule mais il pensait, à son corps défendant, que des avertisseurs jalonnait la vie et qu’il suffisait d’en connaître les codes pour s’en défier et plonger de moins haut dans le merdier ambiant.
Ses documents à la main, il se voyait déjà rembarré par l’employée quand elle découvrirait qu’il n’avait plus que neuf francs sur son livret. Il fallait qu’il lui demande d’abord “ la position “  de son compte. C’est comme cela qu’il fallait dire. Un jour il avait demandé stupidement un “  relevé “  de son compte afin de savoir combien il lui restait, elle lui avait donné un papier, la conne, qui ne comportait aucune indication sur la bonne santé du compte, juste sur sa nature et les coordonnées, il ne s’en était pas relevé lui-même. Ça y est putain !   C’était son tour.
·                  Je voudrais savoir la position de mon compte postépargne !  
Il se dépêcha d’ajouter “ s’il vous plaît chère Maadaame ” de peur de froisser son interlocutrice et il lui tendit son passeport et sa carte.
·                  Je suis désolée mais la machine est en panne !   répondit l’employée.
Putain de merde, ça ce n’était absolument pas prévu au programme !   Il réfléchit en moins d’une seconde et lui demanda trois cents francs. Dans le pire des cas, si le virement n’était pas passé, la femme lui refuserait l’argent. Si par contre son fric avait fait le saut dans la nuit, le terminal n’émettrait aucun grognement et la madame se fendrait royalement des trois cents balles et peut-être même aussi d’un sourire. A-t-elle baisé cette nuit la grosse pas souriante ? A-t-elle reçu sa dose de câlins et de papouilles ? Ses chiards ont-ils chialé toute la noile et pisser au lit ?  Va savoir ! Les voies de l’administration sont impénétrables mon papounet !  
Le bruit de mastication de l’appareil éminça le cerveau de Robert pendant deux bonnes minutes qui lui parurent durer des siècles puis l’engin éructa péniblement et le formulaire jaune, que Robert avait orné de sa signature, sortit calmement de l’imprimante. Il ramassa ses trois talbins et quitta la poste en vainqueur. Il avait brillamment triomphé de la panne informatique. Le monde s’offrait à lui, il côtoyait les dieux, tout baignait dans l’huile !   Le pied !  
Dans la rue, Robert se dit qu’il était vraiment quelqu’un avec ses trois ticsons dans la poche. Il pouvait réellement affronter l’adversité, le lardfeuille armé d’une telle somme. Chez son ami, E.D l’épicier, il aurait avec ce fric de quoi bouffer pendant au moins une semaine. Plus, bien plus encore !   Beaucoup plus Bob !   Recompte !   Tu n’y es pas !   T’as touché gros, connard !   Ça fait au moins quinze jours que tu n’as pas eu trois cents balles dans tes fouilles de misérable. T’as perdu le coup de main grignou !  
Il comptait dans sa tête :   
Un poulet à douze balles le kilo, un kilo et demi, ça fait dix-huit balles. Un filet de patates à sept balles cinquante, vingt-cinq balles. Trois bouteilles de vin de pays à six balles, donc vingt-cinq et dix-huit ça fait trente-cinq, quarante-trois balles. Un camembert à cinq soixante-quinze plus des yaourts à trois trente-cinq, deux fois quatre ça fait dans les soixante balles. Si je garde douze balles pour le pain, quarante balles pour le tromé, trente balles pour les journaux, j’arrive à cent trente balles. Je tiens deux semaines s’il ne m’arrive pas de conneries du genre chiasse ou grippe !   L’avenir est plus que radieux, je suis le roi de Belleville ! Écartez-vous, tas de boule à nœuds, je passe !  
Il mit le pied gauche sur une merde de clébard bien épaisse, ça aussi c’était un signe qui ne trompait pas. La chance se profilait à l’horizon, sa grand-mère le lui avait enseigné. Une merde de chien abordée du pied gauche était un signe des plus bénéfiques. Adieux calculs savants d’économie domestique, la chance pointait son museau de fouine, il fallait lui sauter sur le poil illico et la saisir aux gonades !  
Robert trempa sa chaussure dans le caniveau, la flotte descendait vers Belleville, il la suivit jusqu’au boulevard. A gauche on allait en direction de chez E.D, il prit donc à droite et se laissa guider par son destin, droit vers lui.
De l’angle de la rue Ramponneau au métro Belleville, il chercha des signes lui indiquant où et quoi faire, comme il ne sentait rien, il avançait tout droit. Arrivé au métro il regarda attentivement par terre et vit un ticket de “ Millionnaire “  puis un mètre plus loin, un autre. Il comprit d’un seul coup le grand dessein que la postérité avait tracé pour lui : remonter les tickets jusqu’à la source, là où il y avait le pognon et ensuite frapper !   Ta ta ta ta !   Ta ta ta ta !  
Des tickets de millionnaire jalonnaient la chaussée jusqu’au tabac du haut de la rue du Faubourg du Temple. Il prit sa place dans la queue. Le comptoir du tabac ressemblait assez à un guichet de poste : du Plexiglas, des trous pour parler et une jeune chinoise qui aurait pu être postière car elle ne souriait jamais. Elle travaillait tout de même dix fois plus vite qu’à la poste et surtout, elle comptait comme un calculateur électronique. Les chinetoques sont les rois du commerce, ils pourraient vendre du jus de poisson pourri aux visages pâles du coin ! Puis Robert réfléchit un instant, et sourit benoîtement en pensant à la bouteille de Nuoc Mam qu’il avait achetée il y a six mois, même qu’un soir de retour de piste il en avait bu une grande gorgée et avait involontairement repeint sa cuisine au jus de poisson. La fille du ciel refila à Robert les trois tickets de Millionnaire contre ses cent balles et lui rendit la monnaie. Il alla au bar et se fit servir un café par la mamie chinoise qui officiait au percolateur. Les trois tickets étaient solidaires, détachés de la même liasse, encore un signe se dit Robert en grattant les surfaces adéquates à l’aide d’une pièce de cinquante centimes. Le premier rectangle libéré lui indiqua qu’il avait gagné dix francs. Robert réfléchit et pensa que la taille de la pièce était pour quelque chose dans le montant du gain. Il sortit une pièce de deux francs et gratta la deuxième case, il avait bien eu raison de changer d’outil, vingt francs sur le deuxième ticket. Sans hésiter une seconde il prit une pièce de dix francs pour déflorer la troisième case. Robert sentit une bouffée de triomphe envahir ses joues. Vain dieu, il avait découvert cent francs ! Il demanda à la mamie chinoise trois autres tickets et les cent balles. Un seul des coupons était gagnant, vingt francs. Robert réfléchit aux signes qu’il venait de recevoir. Il regarda le ticket et ne vit rien de précis, il le retourna et lut le verso, le message codé du destin lui sauta aux yeux : Les gains étaient payables jusqu’à mille francs dans tous les points de vente de la Française des Jeux, c’est à dire chez tous les marchands de billets de Millionnaire. On n’était pas obligé de se faire rembourser là où on l’avait acheté. La France était un grand casino et chaque point de vente une table de jeu avec des croupiers différents. On pouvait, Robert pouvait, se composer son voyage à Las Vegas.
Il empocha le ticket gagnant et sortit après avoir réglé son café. Il descendit la rue du Faubourg du Temple d’un pas de touriste mais ne vous y trompez pas, Robert était déterminé et froid, il allait entamer un après-midi d’enfer.
Il s’arrêta au prochain tabac de la rue et tendit son ticket à la vendeuse, il en prit deux autres en échange et s’installa au bar et commanda un kir. Robert contempla un moment son double ticket afin de savoir par quel bout l’entreprendre. Il commença à les séparer et ne voyant pas de signe particulier il sortit une pièce de dix francs et commença à gratter la moitié d’un puis la moitié de l’autre. Il observa les deux coupons. Sur celui de gauche il y avait en haut 10000 Fr. puis 50 Fr. et un téléviseur, sur celui de droite il y avait le même téléviseur au même emplacement 1000 Fr. au milieu et 50 Fr. en haut. Robert se rendit compte qu’il avait gratté la partie droite du ticket de gauche ainsi que la partie gauche de celui de droite, cette asymétrie le troubla profondément et il se dit que c’était là un signe néfaste pour la suite de l’opération. Il aurait dû réaliser une dichotomie parfaite et il se mit à réfléchir à ce qui pourrait réparer ce geste malencontreux dû sans doute à un manque de concentration de sa part. On ne doit pas agir n’importe comment quand il y a de l’argent en jeu se dit le gratteur fou à voix basse. La serveuse crut qu’il s’adressait à elle et lui répondit.
·                  Vous avez l’air emmerdé avec vos tickets !   Oh mais vous n’avez pas tout gratté, il faut le faire partout !   Vous voulez que je vous montre ? 
Robert après un début d’agacement eut un sourire radieux. Enfin un petit signe ! Cette charmante fille allait lui porter chance, il n’en doutait pas un instant. Il fit l’innocent.
·                  Je ne sais pas comment ça marche ces trucs là, c’est la première fois que j’en achète !  
La serveuse découvrit celui de gauche avec son ongle et le regarda. Il y avait exactement la même chose de l’autre côté. Elle tendit le ticket à Robert et se mit à gratter l’autre.
·                  J’aurais dû commencer par celui-ci dit la fille, il y a cinquante francs ! Vous les voulez en liquide ou vous en reprenez ? 
Robert choisit d’en prendre trois, de garder dix francs et de donner dix francs à la fille.  Dans les casinos on laissait un pourboire au personnel quand on gagnait, il avait vu ça dans un film ou Roger Moore lançait des plaques en disant :     “ Personnel !   “  Il faillit faire de même mais se retint. Personne ne devait savoir qu’il était à Las Vegas. Dans l’immédiat il devait retrouver toute sa lucidité et adopter la meilleure des stratégies pour gratter ses trois tickets. La serveuse était à l’autre bout du bar et servait un habitué en lui relatant ce qu’elle venait de faire avec Robert. Le client lui demanda de lui apporter un ticket qu’elle alla chercher derrière le tabac.
Robert était agacé par le fait que quelqu’un d’autre jouait en même temps que lui, il décida de payer son verre et sortit à toute allure en évitant de regarder dans la direction de l’autre gratteur. Il descendit la rue en serrant ses tickets dans sa poche. Il y avait beaucoup de monde dans la rue et il ne voulait pas qu’on le vît gratter mais l’envie de savoir ce qu’il y avait sur ses tickets le démangeait tellement qu’il entra dans un couloir et commença à gratter un premier ticket dans sa main. Il les avait séparés et tout de suite le regretta. Je suis trop impulsif, pensa-t-il !   La vue du ticket confirma sa remarque, le ticket était perdant. Les deux autres aussi, il avait tout merdé. Il ressortit du couloir et descendit la rue en direction de République. Il y avait un autre bar-tabac à moins de cinquante mètres, Robert entra, s’installa au bar et demanda un kir. Il paya son verre et fit ses comptes il lui restait trois cents soixante-dix francs, il avait commencé avec trois cents francs. La bonne technique se dit-il est de jouer la moitié des gains. Il alla à la caisse du tabac et demanda trois millionnaires. Il revint au bar et essaya de sentir ce qui se passait. Autour de lui il y avait d’autres clients. Robert sentit qu’il était observé ;  à sa gauche, une vieille femme buvait un café et semblait attendre que Robert grattât un de ses tickets. Il en était sûr. Il se dit que la vioque allait sans doute en acheter un si son premier était gagnant. Ça puait un maximum pour la suite de la partie. Tournant la tête vers la droite deux types buvaient l’apéro en le regardant. Beaucoup trop de regards étaient braqués dans sa direction, il opta pour les toilettes. Dans le pissodrome qui puait l’ammoniaque, il gratta un des tickets. Rien !   Il fit de même avec les autres et sa déception fut grande   : un seul ticket gagnait dix francs. Robert se dit que sa crainte des autres y était pour quelque chose. S’il avait affronté le regard de la mémé, il aurait certainement eu un gain plus important. Il rangea les tickets perdants dans sa poche de droite et mit le gagnant dans celle de gauche. Il revint au bar et but une gorgée de kir. La mamie lui adressa la parole, il faillit s’étouffer.
·                  Alors petit tu as gagné combien ? 
Robert joua les innocents :   
·                  Vous m’avez parlé ? 
·                  Combien tu as gratté ? 
·                  Je ne vois pas ce que vous voulez dire !  
·                  Regardez-moi celui là !   Ils sont où les tickets qu’il avait avant d’aller aux cagoinces !   j’ai soixante-dix-huit berges mais je vois clair !   C’est-y que t’aurais empoché le gros lot et que tu  ne veux pas payer ton coup ? 
·                  Si vous voulez que je vous paye un verre, il n’y a pas de problème !  
Il héla le serveur.
·                  Remettez un verre à la dame sur mon compte !  
Le serveur servit la vieille et dit :   
·                  Il a gagné combien ? 
·                  Le gros paquet, il ne veut pas que ça se sache mais j’ai bien senti le coup ! dit l’ancêtre.
·                  J’ai rien gagné du tout dit Robert !  
Les deux buveurs de droite, qui observaient la conversation depuis le début sans en perdre une bribe, se manifestèrent aussi :   
·                  Faut pas nous la faire dit le plus gros, mon pote est allé aux chiottes derrière toi, t’as pas balancé les ticsons !  
·                  Doit-y avoir une belle pincée affirma l’autre, c’est des trucs qu’on sent tout de suite !   T’es une sorte de professionnel, ça se voit tout de suite !   C’est des trucs qu’on flaire ça !  
·                  Y veut pas en parler, c’est son droit !   déclara la mamie, en tout cas, il est correct, j’ai eu droit à ma rincette !   Santé dit-elle en levant son verre !  
Robert plus qu’agacé sortit les tickets perdants et les balança sur le sol.
·                  Si on jette ça dans les gogues, ça peut tout boucher le merdier et pour le coup, c’est lui qui nettoierait !  
Le serveur, désigné par le doigt de Robert, acquiesça en faisant une remarque.
·                  Oui bien sûr !   Mais y’en manque tout de même un !  
·                  Preuve qu’on a bien vu, dit l’un des deux buveurs.
Robert ne sut pas pourquoi il le fit mais il laissa planer le doute et se fendit d’un verre pour en rajouter.
·                  Bon, allez, je vous paye un coup et on n’en parle plus !  
La tournée lui coûta cinquante-six francs en comptant les deux verres qu’il but. Un flambeur ne regarde jamais à la dépense se dit-il !   Il sortit du troquet en vainqueur avec son ticket qui valait dix francs et trois cent vingt francs dans la poche. Il était temps de se refaire pensa Robert et donc de trouver un autre lieu de jeu mais surtout de changer sa tactique. Pour ne pas éveiller l’attention, il faudrait acheter un seul ticket à la fois et le gratter avant d’aller au bar. Il descendait la rue à nouveau dans la direction de République et vit qu’il y avait un petit bar-tabac de l’autre côté du croisement, toujours sur le même trottoir ;  il y entra et échangea son ticket contre un autre vierge. Il le gratta caché derrière les présentoirs et le balança par terre, il était perdant. Il n’y avait personne au bar. Robert regarda autour de lui et, rassuré par la tranquillité ambiante, demanda un kir au patron. Ce dernier assurait le comptoir et le bar, c’était réellement l’interlocuteur rêvé pour Robert, il avait l’esprit du croupier type de Las Vegas (Nevada) pas de celui du Nouveau Mexique, rien à voir ! 
 C’était un pro, il ne posait pas de question, il encaissait et payait, servait et encaissait, parlait un peu et écoutait beaucoup. Un vrai commerçant, un comme tous ces autres tordus auraient dû être dans un monde équilibré, surtout dans les bistros !   On ne demande à un patron de trocson que de servir frais et d’écouter en acquiesçant et surtout en rendant correctement la monnaie. Après bien sûr, si on est dans son bar, le sien, le vrai, le patron est autre chose qu’un simple vendeur de limonade, un individu bien plus grand, une personne, une autorité. Il est à la fois le banquier, le confesseur, le directeur de conscience et aussi... tout quoi, mais ça, ça n’existe presque plus se disait Robert. Elle était très loin de Paris sa Bretagne natale avec ses derniers bistros clandestins, repères des vrais hommes de sa race, assoiffés de bière pression, de vin et d’absolu !  
Il but son verre et en demanda un autre au patron, quand il le servit Robert lui demanda aussi un autre millionnaire. Le mastroquet lui refila un ticket dans une soucoupe et se remit à essuyer ses verres en parlant à Robert.
·                  Il y a moins d’une heure, un client a gagné cinq mille francs !  
·                  Cinq mille francs !   Je n’ai aucune chance alors !  
·                  Une fois, j’ai eu deux gagnants de suite, un trois mille et l’autre deux mille. Il est très difficile de faire des statistiques ;  vous devriez quand même le gratter, on ne sait jamais, il a gagné au quatrième !   Je ne dis pas ça pour forcer la vente, c’est un client qui en prend toujours quatre, tous les samedis et c’est la première fois qu’il gagne quelque chose ;  il est toujours bon d’insister. D’être régulier quoi !  
·                  Oui, faut être constant dit Robert, même dans la poisse, comme cela on est encore plus heureux quand ça arrive !  
Il gratta le ticket en essayant de penser à rien, ni au sens du grattage ni à la façon de procéder, en n’essayant même pas de voir apparaître les chiffres au fur et à mesure. Quand il eut débarrassé le ticket de sa pellicule argenté, il le regarda. Il avait gagné cinquante francs. Le bar était toujours aussi désert, Robert tenta un banco, tout semblait à sa place pour risquer le grand coup, il s’adressa au patron.
·                  Je reprends un verre, je vous en offre un et j’échange ce ticket contre cinq autres qui vont tous être gagnants !  
·                  Je vous remercie pour le verre mais je ne bois jamais avec un client, je tiens à la fois à ma santé et à mon fond de commerce. C’est un principe de base quand on tient un bistro :    ne jamais boire avec les clients ; ne jamais offrir de verre et ne jamais s’en faire offrir. J’en ai tellement vu qui y ont laissé leur peau ! On accepte une fois et on ne peut plus jamais refuser.
Robert comprit ce trait de sagesse du bistroquet et but à sa santé. Le patron leva un verre d’eau qui traînait derrière le bar.
·                  J’ai toujours mon verre de Contrex, un à chaque heure, comme cela je n’ai jamais soif, je peux trinquer et ça fait du bien. Faut éliminer dans ce travail, toujours à piétiner derrière le comptoir, les jambes gonflent rapidement. Vingt ans de comptoir, pas une varice ! 
Robert tailla une bavette avec cet homme si prévoyant et de si bon conseil. Il avait enfin trouvé le bon endroit. Ses tickets étaient devant lui sur le bar et il n’osait pas les gratter de peur d’interrompre la conversation avec cet homme de si bon aloi. Le patron dut le sentir et alla ranger des paquets de cigarettes dans les rayons du coin tabac. Robert découvrit les cinq tickets sans regarder ce qu’il y avait dessus, la manœuvre lui avait porté bonheur tout à l’heure. Quand il eut les cinq rectangles devant lui, il les examina un à un ; aucun n’était gagnant. Le patron, qui l’observait discrètement depuis le comptoir du tabac, sentit que le moment était venu de retourner au comptoir du bar, apporter un peu de réconfort à son unique client.
·                  Alors combien ? 
·                  Rien du tout, ce n’était pas les bons !  
·                  Si on gagnait tous les jours, ça serait trop simple !   Pis faut pas se leurrer, c’est fait surtout pour qu’on lâche du pognon, ils en gagnent certainement beaucoup plus qu’ils en distribuent, s’il en était autrement ils seraient en faillite depuis longtemps  !   Moi, je me dis que, après tout, l’argent des jeux c’est autant qu’on à pas à débourser en impôts !  
Robert approuva d’un hochement de tête et redemanda un verre pour noyer sa déception dans le vin blanc et le cassis. Décidément cet homme lui plaisait beaucoup, l’endroit aussi, il était toujours le seul client du bar. De temps à autre, quelqu’un venait acheter du tabac, Robert attendait le moment où une personne achèterait un millionnaire. Il se disait que dès qu’il verrait un ticket perdant dans les mains d’une personne, il achèterait vite le suivant, ce qui augmenterait à coup sûr ses chances de gagner. Trois personnes attendaient qu’on les serve au tabac. La première prit un millionnaire. Comme cela arrive souvent, les deux autres en prirent un aussi. Robert eut un frisson de bonheur, il y aurait peut-être le gagnant qu’il attendait,  après ces trois là. Le premier acheteur gratta son ticket sur le coin du comptoir et le laissa choir sur le sol. Le second sortit avec le ticket à la main, Robert trouva ce geste désolant puis pensa qu’il le découvrirait dehors et reviendrait avec s’il gagnait tant soit peu. La troisième personne jeta aussi son ticket. Robert attendit un instant puis comme le deuxième acheteur ne revenait pas avec son ticket, il fonça au tabac et en acheta deux.
·                  Vous, vous tenez absolument à gagner !   lui dit le patron.
·                  Qui ne risque rien n’a rien, répondit Robert.
Il reprit sa place au bar et découvrit ses deux jeux. Il le fit façon casino et lança un « rien ne va plus, faites vos jeux ! »   en grattant le dernier. Que dalle ! Il fallait réfléchir vite et bien. Plongé à fond dans son trip Las Vegas, Robert se dit que la martingale n’était pas faite pour les chiens et que dans tout bon casino qui se respectait, il y avait un joueur qui faisait un jour un gros coup en doublant sa mise jusqu’à ce qu’il gagne. Il lui restait deux cents francs, ses consommations étaient payées, il suffisait d’aller jusqu’à cent cinquante, même s’il perdait tout, ce qui était un risque à assumer, il garderait cinquante balles pour manger ce week-end. Il acheta quatre tickets en disant au patron :   
·                  Allez, on sort la martingale, je veux récupérer mon fric !   Je vous aime bien mais la plaisanterie est terminée !  
Le patron lui décocha un regard admiratif et ouvrant son tiroir pour aller chercher les tickets qui se trouvaient le plus loin possible de lui dit :   
·                  La fortune sourit aux audacieux et cette fois-ci, je vais vous laisser les choisir !  
Robert hésita un instant, s’il choisissait les tickets, il dérangerait assurément l’ordre naturel de sortie des gagnants mais son choix pouvait aussi forcer le hasard puisque, s’il gagnait, l’acte de choisir était donc aussi un des facteurs qui... compliqué tout ça !   Il demanda au patron d’en choisir deux et de lui donner les deux qu’il aurait servis normalement à un client ordinaire. Robert senti tout le poids de ce mot “ ordinaire “. Il était en ce moment même le contraire : extraordinaire !   Ceci se confirma par le fait que le patron lui offrit un autre verre alors qu’il avait affirmé une demi-heure plus tôt qu’il ne le faisait jamais. Situation exceptionnelle... l’avenir est là, droit devant... boissons fraîches, sentiment royal... C’est moi... c’est moi... vous me reconnaissez ?   comment ?   mais si !   Bob... Bob... Bob le flambeur...
Robert émergea de son rêve éveillé avec des traces dans la voix et dans ses manières.
·                  Banco !   Je gratte à mort et j’encaisse un max !   Passez la monnaie, ça va tomber !   Jackpot !  
Ça tomba mais sur le sol !   Aucun gain, pas le moindre petit morceau de fric ou de picaillons !   Il alla chercher fortune, en échange de ses dernières tunes, auprès du monsieur du tabac, lui priant de lui échanger son bel argent contre huit tickets gagnants.
La fable pourrait s’arrêter ici, Robert reprit un dernier verre pour se donner du courage ; les tickets étaient encore de la race des perdants, même famille que lui, son lot habituel. Il ressortit un peu gris, à la fois à cause des kirs et surtout d’avoir vécu la fièvre de Las Vegas. Il se disait que c’était ça le jeu :     tu te fais mettre souvent pour pouvoir toucher une fois le gros coup. Ce n’était simplement pas son jour, voilà tout.
En remontant chez lui par la rue de L’Orillon, il regarda ce qui lui restait dans sa poche : soixante-quinze francs. Il admirait la façon dont il avait contrôlé sa flambe ;  il ne rentrait pas en slip et aurait de quoi bouffer en attendant l’ouverture de la poste lundi matin. Tout en cheminant, son raisonnement passa de la certitude d’avoir bien fait au doute.
·                  J’aurais dû insister... c’est avec ces derniers ronds que j’allais gagner le pacson... pas été assez loin... connerie...
Tout en maugréant contre lui-même il atteignit la rue Morand puis remonta la rue Jean-Pierre Timbaud, au coin de la rue un tabac dressait fièrement sa carotte comme pour le narguer. Robert regarda la devanture pendant au moins dix bonnes minutes, il y avait plusieurs affichettes qui indiquaient qu’en cet endroit béni de “  Dame Fortune “ , en l’occurrence la Française des Jeux, avait déboursé de grosses sommes à des joueurs veinards. Robert entra dans le bar-tabac et ressortit avec un kir de plus dans le ventre, six tickets de millionnaire et quatre francs dans la poche. Il les gratterait chez lui ces putains de tickets, en rentrant, dans cinq minutes, le temps de prendre une baguette à la boulangerie.
Robert ressortit de la boulangerie sans prendre les quarante centimes de monnaie qui lui revenait. Il voulait juste aller jusqu’au bout de son dernier raisonnement :    il gagnerait que quand il en aurait réellement besoin.
Vous voulez savoir si les tickets étaient gagnants ?   Impossible, il les a découverts chez lui, à l’abri des regards indiscrets. Par contre, ce que je peux vous certifier, c’est que Robert était le premier client de la poste, lundi matin à huit heures, et qu’il n’y a pas fait de dépôt mais bel et bien un retrait de trois cents francs. Mais allez savoir avec un cachottier comme Bob le Flambeur !  
 
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /Oct /2005 00:00

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Tiens voilà la C…

 Ah les ricains ! On dira ce qu’on veut sur eux mais ils ne font pas qu’aller sur la lune avec leurs dollars. L'identification en 1988 du virus de l'hépatite C par une équipe américaine fut un temps aussi fort dans l'histoire des hépatites que celui où l'on découvrait l'antigène Australie pour la B.

 

Pendant plus de quinze ans de recherche, ils en ont chié comme des russes. Avant cet épisode, faute de mieux, on définissait la maladie par ce qu'elle n'était pas : hépatite non A non B (NA-NB). La solution à l'énigme NA-NB a été fournie par une équipe de chercheurs des Laboratoires Chiron en Californie, dirigée par Michael Houghton. Cette équipe a choisi d'isoler à partir d'un sang réputé infectieux tous les acides nucléiques (ARN)[1], d'aboutir à leur empreinte et à leur traduction sous la forme de protéines.
L'une des protéines ainsi produites a réagit avec un sérum riche en anticorps contre le virus NA-NB. La première protéine de l'agent recherché fut donc découverte. Cette protéine permis d'identifier deux fragments du génome viral après cinq années d'un travail laborieux et un million de clones testés. Ces deux fragments ont permis de définir ensuite la totalité du matériel génétique du virus qui reçu le nom de virus de l'hépatite C (VHC ou HCV chez les anglo-saxons).
Cette découverte issue du développement de la biologie moléculaire, a permis de mettre au point des tests de dépistage qui consistent à repérer des anticorps (anti VHC) fabriqués par l'organisme et dirigés contre le virus.
Le nouvel agent est apparu comme un petit virus, de moins de 80 nm de diamètre pourvu d'une enveloppe lipidique et contenant un ARN simple brin de 10.000 nucléotides. C'est un virus apparenté au flavivirus (une famille qui compte aussi le virus de la fièvre jaune) et aux pestivirus. Le génome du virus de l’hépatite C comporte une région structurale qui code pour les protéines de la capside et de l'enveloppe virale et une région non structurale qui code pour différents enzymes (protéase, hélicase et ARN polymérase).En l'absence de système de culture facilement disponible, il a été impossible de tester la sensibilité de ce virus aux différents désinfectants.
Comme tous les virus à ARN responsable d'infection chronique, le virus de l'hépatite C est caractérisé par la grande variabilité de son génome. Cette variabilité est à l'origine de l'émergence au cours du temps de génotypes viraux (types et sous types) et de la distribution en quasi-espèces du virus chez les sujets infectés.
a .1. Génotypes
II faudrait mieux parler des virus de l'hépatite C puisque l'on connaît l'existence d'au moins 6 souches différentes (génotypes) dont la distribution varie selon les régions du monde. Dans les pays industrialisés comme la France, les génotypes les plus fréquemment rencontrés dans des proportions variables sont les génotypes l (la et lb), 2 et 3. Le génotype 4 est particulièrement fréquent en Afrique noire et au Moyen-Orient. Le génotype 5 est exclusivement présent en Afrique Australe et le génotype 6 à Hongkong. Certains génotypes semblent fortement associés à des modes de transmission particuliers sans être toutefois pathognomoniques. C'est le cas du génotype lb et de la transfusion sanguine et des génotypes la et 3a et de la toxicomanie intraveineuse.
Sur la base des travaux les plus récents, le génotype ne semble pas conditionner la sévérité de la maladie du foie. En revanche, le génotype influence la réponse au traitement.
a.2. quasi-espèces
Pour clore ce chapitre difficile, il faut savoir que le virus C circule chez un malade infecté, sous la forme d'un mélange complexe en équilibre instable de variants viraux sur lesquels siège une ou plusieurs mutations. La « quasi-espèce » est l'ensemble des populations ou souches virales présentes à un instant donné au cours de l'infection d'un malade donné.
Le virus de l'hépatite C se transmet essentiellement par le sang, par les produits du sang et à l'occasion d'une piqûre avec une aiguille contaminée. Sa transmission est dite parentérale résultant de la mise en contact direct du sang d'un sujet indemne avec celui d'un sujet infecté.
Contrairement à une crainte très répandue, la contamination sexuelle de ce virus peut être qualifiée de rarissime si tant est qu'elle existe. Il en est de même pour la transmission à l'intérieur de la famille avec un minimum de précautions. Par contre, la transmission de la mère à l'enfant est possible mais rare.
La transfusion par le sang et les produits sanguins
La transfusion de sang a été la première cause reconnue d'infection par le virus C. Elle a joué un rôle important dans la diffusion de ce virus jusqu'en 1990. Le dépistage de l'hépatite C (comme pour le virus B) a été appliqué aux donneurs de sang dès la découverte du test qui remonte à 1989.
Ce dépistage a considérablement diminué le risque d'hépatite post transfusionnelle. Si ce risque n'est pas nul, il est désormais proche de zéro. Pour certains produits dérivés du sang (seuls susceptibles d'être traités par chauffage ou solvants détergents) la transmission était très fréquente et notamment chez les hémophiles. La quasi-totalité des hémophiles utilisant des produits non traités a été infectée par le virus de l'hépatite C. L'utilisation dès 1987 d'une méthode de traitement des produits de la coagulation par solvant détergent a supprimé cette infection chez les hémophiles.
La toxicomanie intraveineuse
Ce mode de contamination peut être considéré comme majeur puisque 80 % des toxicomanes ou anciens toxicomanes ont rencontré ce virus. Ce mode de transmission s'est développé à la fin des années 60 dans une population jeune.
Malgré la prise de conscience du risque d'infection par le virus du SIDA, ce risque ne semble pas décroître. Sa persistance pourrait être liée au partage de la seringue lors des premières expériences, à l'occasion d'un séjour en prison ou encore du partage de petit matériel nécessaire aux injections (cotons filtrants, bouteille d’eau collective.)
La transmission du virus semble également possible chez les toxicos qui inhalent les drogues (cocaïne ou autres). Le partage de la paille pour « sniffer » et la présence de lésions de la muqueuse nasale pourraient expliquer ce mode de contamination.
 Les tatouages, le percement d'oreille
Le virus de l'hépatite C peut profiter de n'importe quelle effraction avec une aiguille contaminée pour infecter un sujet vierge.
Un tatouage ou un percement d'oreille avec un matériel non stérile représentent un mode de contamination possible. Ceci est à rapprocher des séances d'acupuncture, de la mésothérapie (injections localisées notamment contre les allergies et le tabagisme) lorsque qu'elles ne sont pas réalisées avec du matériel à usage unique.
 La contamination par du matériel médical infecté dite « nosocomiale »
Ce mode de transmission a pu être fréquent dans les années 50-70 quand les injections ou les actes chirurgicaux se faisaient avec du matériel qui n'avait pas les normes de désinfection qu'il a pu acquérir au cours de ces dix dernières années. La découverte du virus du SIDA vers les années1985 a sensibilisé les médecins à ce risque. La transmission du virus de l'hépatite C de malade à malade a été démontrée de même que la transmission de médecin à malade. Le strict respect des conditions d'hygiène universelles, l'utilisation du matériel médical à usage unique et l'application d'une désinfection très stricte devraient voir disparaître ce risque. Une polémique s'est récemment développée au sujet de l'endoscopie digestive. Néanmoins, les procédés de désinfection des endoscopes, utilisés depuis plus de 15 ans sont devenus de plus en plus draconiens. Ils permettent à condition d'être appliqués en totalité de supprimer tout risque de transmission virale. Le personnel soignant lui même est susceptible de s'infecter lors d'une piqûre accidentelle avec du matériel utilisé chez un patient porteur du virus C. Estimé entre 3 et 5 % ce risque peut atteindre 10 % lorsque le sujet source présente une multiplication virale.
 La transmission familiale
 La transmission familiale correspond à trois différents modes dont les deux premiers (sexuels et familial) peuvent être considérés comme exceptionnels.
 La transmission sexuelle
Elle a fait couler beaucoup d'encre à défaut de sperme. On l'a qualifiée de très rare. Elle peut être considérée comme inexistante. Si le virus a été retrouvé dans le sang menstruel, il a été très rarement retrouvé dans les sécrétions vaginales et dans le sperme. La séropositivité des partenaires est trouvée, dans en moyenne 10 % des cas.
 Elle est pratiquement toujours le fait d'un autre facteur de risque que la sexualité (transfusion, toxicomanie) ou d'un partage d'objets de toilette contaminés ou de pratiques sexuelles particulière : rapports sado-maso un peu appuyés.
  La transmission entre sujets vivant sous le même toit
Elle est aussi très rare ou inexistante. Elle pourrait être liée au partage des objets de toilette lors d'une promiscuité forte et/ou de condition d'hygiène défectueuse.
 La transmission mère-enfant a été démontrée
Elle reste cependant rare. Ce risque est estimé à 3% en l'absence de co- infection par le virus du SIDA. Ce risque est plus élevé et peut atteindre 10 % lorsque les mères ont une infection double (VHC+VIH). La contamination du nouveau-né est liée à l'importance de la multiplication virale de la mère. Elle survient le plus souvent à la naissance. L'allaitement ne semble pas présenter de risque mais il reste, au moins en France, déconseillé.
 La transmission dite « inconnue »
Dans environ 20 % des cas aujourd'hui, la porte d'entrée virale reste inconnue, ce qui plonge les malades dans un grand désarroi. Comme le dit Pascal Melin président de SOS Hépatites : « la transmission n’est pas inconnue, mais c’est le mode de contamination qui n’est pas retrouvé, nuance. » Il faut savoir que l'infection est souvent très ancienne : elle a pu survenir 20 à 30 ans avant sa découverte. Les médecins évoquent le plus souvent un accès au sang méconnu. Certaines interventions anciennes ont pu comporter des transfusions dont le patient n'a pas été informé. Il est parfois difficile d'avouer une toxicomanie parfois très ancienne. Celui qui s’est injecté un ou deux shoots il y a trente ans, pour essayer comme les copains, et n’a pas continué dans cette voie, n’admettra jamais qu’il a été toxicomane même une seule fois. D'ailleurs souvent il était raide-déf au pétard ou à l'alcool et n'a pas le souvenir de son shoot. C’est pourtant souvent le premier shoot, celui qui initie, sous la direction d’un vieux routier de la pompe, qui est le SHOOT suffisant pour contaminer. Partage de l’eau, la seringue pompe dans la bouteille unique, parfois partage de la pompe, des cotons, de la cuillère etc. ça suffit largement.
 Une transmission a pu intervenir à l'occasion de soins médicaux réalisés il y a longtemps dans des conditions douteuses. Dans certains pays de forte prévalence comme le Japon, des scarifications rituelles ont pu être responsables de la transmission du virus de l'hépatite C.
Le virus de l'hépatite C est présent dans toutes les régions du monde. Il y a environ 150 millions de porteurs chroniques du virus de l'hépatite C dont 4 millions aux États-Unis et 5 millions en Europe de l'Ouest. La fréquence de l'infection est cependant variable. Elle est maximum en Égypte ou 25% de la population aurait rencontré le virus. Les autres zones de haute prévalence sont l'Afrique (6 %) le Japon et l'Europe du Sud (2 %).
La France se situe avec les États Unis et l'Europe de-1'Ouest dans une zone de prévalence intermédiaire : 1% de la population serait touchée par l’infection.  Les pays scandinaves, la Suisse, le Canada, l'Australie représentent des zones de faible prévalence. Dans ces pays, les tests sérologiques (anticorps anti VHC) sont positifs chez moins de 0,5 % de la population.
Une étude a été menée en 1994 chez les assurés sociaux de 4 régions de France. Elle a permis de préciser l'épidémiologie de l'infection dans notre pays. L'anticorps anti VHC a été recherché de façon systématique chez des assurés sociaux qui ont bénéficié d'un examen de santé. Cette étude a permis de révéler que 500.000 à 600.000 Français avaient été infectés par le VHC et que 80 % d'entre eux présentaient une multiplication virale. La fréquence de l'hépatite C était de l'ordre de 1,2 % avec des variations régionales importantes : 2 %en région PACA et moins de l % dans la région Centre. Dans cette étude réalisée il y a six ans, près de 80 % des porteurs du virus de l'hépatite C ignoraient leur état. L'interrogatoire à la recherche d'une porte d'entrée virale a été réalisé à la fois chez les sujets infectés et chez des témoins appariés sans infection. Cette comparaison a montré que les facteurs de risques essentiels d'infection par le virus de l'hépatite C étaient : les transfusions avant 1990, la toxicomanie et la précarité. On retrouvait 4 souches virales ou génotypes 1a et 3a chez les sujets de 20 à 39 ans et liés à une infection par toxicomanie intraveineuse, 1b et 2a plus fortement représentés chez les plus de 60 ans et plus souvent liés à une infection par transfusions.
Depuis la découverte du virus, l'épidémiologie de l'hépatite C s'est modifiée au fil du temps. Les médecins ont reçu de nombreuses incitations pour un dépistage ciblé de l'hépatite C. De ce fait, le nombre de sujets dépistés est probablement plus important qu'en 1994, date à laquelle seulement 20 % des sujets se savaient infectés.
Le profil des nouveaux malades pris en charge apparaît plus favorable : les malades sont moins âgés, plus souvent toxicomanes donc contaminés à un âge plus jeune, la maladie est moins sévère au moment du diagnostic.
Les nouvelles contaminations sont de plus en plus rares. La transfusion ne transmet plus d'hépatite. Les actes médicaux compte tenu de toutes les précautions prises depuis plus de 10 ans, sont de plus en plus surs. Pour toutes ces raisons, on peut raisonnablement penser que la découverte du virus a conduit progressivement à l'arrêt de la diffusion de la maladie (sauf peut être dans la population des toxicomanes) pour lesquels une véritable politique de réduction des risques liés aux drogues a été menée depuis plusieurs années mais est encore nettement insuffisante et souvent incomprise.
5000 à 600 000 malades de la C en France, environ 400 000 qui l’ignorent. Ça laisse rêveur ! à plus de dix mille balles le traitement par mois, une durée de traitement d’environ 8 mois en moyenne par malade, les labos ont de quoi se réjouir et Madame Sécu peut trembler dans son froc. Surtout si l’on rajoute les frais médicaux, visites, biopsies, examens et hospitalisation. Je ne calcule pas de si grosses masses de tune mais ça nous fait au moins une ou deux guerres du Golfe.


[1] Les acides ribonucléiques
Les acides ribonucléiques sont constitués par l’enchaînement d’un grand nombre de nucléotides du type: nucléobase – ribose - phosphate
On trouve les mêmes bases que dans les ADN, à cette différence près que l’uracile remplace la thymine. Selon leur masse moléculaire et selon la fonction qu’ils assument, on distingue trois classes principales d’acides ribonucléiques:
–          Les acides ribonucléiques de transfert ( ARN - t ) sont des enchaînements de quatre-vingts nucléotides environ; ils doivent leur nom au fait qu’ils servent à transporter les acides aminés activés au cours de la synthèse des protéines. La structure primaire de plusieurs de ces molécules a été déterminée.
–          Les acides ribonucléiques «messagers» ( ARN - m ) résultent de la transcription de l’ADN par des enzymes spécifiques, les transcriptases, et constituent le code génétique utilisé par les ribosomes pour la synthèse des protéines. La masse moléculaire des ARN messagers est variable selon la longueur de la protéine qu’ils ont à synthétiser.
–             Divers acides ribonucléiques macromoléculaires jouent un rôle primordial: d’une part les ARN constitutifs des virus à ARN (virus de la mosaïque du tabac, de la grippe, de la poliomyélite, etc.); d’autre part, les ARN constitutifs des ribosomes, particules du cytoplasme cellulaire au niveau desquelles l’assemblage des aminoacides permet la biosynthèse des protéines.
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Lundi 24 octobre 2005 1 24 /10 /Oct /2005 00:00
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Secondaires ? Mes fesses !

 Je cause de tout, j’essaie de m’approprier la connaissance, je veux tout savoir sur la maladie, je veux regarder mon virus en face et lui cracher dans la gueule ! Je veux… je veux tout ! J’en veux encore !

Deux mois d’interféron-ribavirine, deux mois d’horreurs indispensables. La ribavirine se présente en gélule, suffit d’avaler en général 5 par jour, 2 le matin, 3 le soir. L’interféron s’injecte en sous-cutané, trois injections par semaine, on nous recommande le lundi, le mercredi et le vendredi pour être peinard le dimanche mais on peut changer les jours. Pour mon premier shoot d’interféron, je suis allé  un lundi au centre médical du coin afin de ne pas faire de connerie. Une infirmière m’a aidé à me piquer moi-même. Le toubib m’avait expliqué le truc mais je n’avais pas l’impression qu’il savait vraiment le faire, il lisait la notice en m’expliquant le fonctionnement et je n’avais rien pigé.
L’infirmière avait déjà eu à le faire à des hépatiques et surtout à des diabétiques, c’est le même principe. Il s’agit d’un stylo, genre stylo-feutre sauf que l’extrémité n’est pas terminée par une pointe mais par un petit joint en caoutchouc à l’intérieur d’un corps en plastique qui fait « pas-de-vis. » On visse sur ce corps un tout petit capuchon en plastique qui contient une aiguille très fine. D’un côté elle traverse le joint de caoutchouc qui ferme le corps transparent contenant le liquide,  de l’autre côté, on dévisse un capuchon et deux centimètres d’aiguille apparaissent. Il suffit de tourner le corps du stylo sur lui-même pour faire avancer la dose à injecter. Un tour = 1,5 millions d’unité d’interféron alpha 2b, on fait deux tours, l’autre extrémité du stylo avance, on peut voir les graduations indiquant la dose et lorsqu’on appuie sur ce piston qui dépasse, on injecte la dose sélectionnée. Une boîte de six injections, soit deux semaines de traitement, contient un stylo, six aiguilles et six compresses alcoolisées en sachets individuels pour désinfecter l’embout à chaque fois.
Tu pinces une grosse quantité de peau avec du lard entre le pouce et l’index et tu piques à 45 degrés, dans le bide, les cuisses etc. ça ne fait pas mal du tout sur le coup, c’est après que ça gratte au point d’injection et ça fait des bleus. L’hépato épatant m’avait dit de le faire le soir, avec mon esprit de contradiction habituel, j’ai fait la première le matin à dix heures. L’infirmière m’a demandé ou j’allais mettre les aiguilles chez moi. Je n’ai pas su répondre alors elle m’a donné un beau container en plastique jaune avec un bouchon rouge, récipient en plastique d’environ deux litres. Elle m’a dit de le ramener lorsqu’il serait plein et surtout de ne jamais jeter une aiguille à la poubelle.
C’est vrai que quand tu vois dans les rues les poubelles renversées, fouillées par les clochards, les gamins qui ramassent n’importe quoi et les éboueurs à la merci d’une aiguille qui traverse un sac, c’est des conseils fort sages. Il ne faut surtout jamais jeter ensemble la seringue et l’aiguille si l’on ne peut pas faire autrement. On met ça dans un bocal qui ferme ou une bouteille en plastique avec un bouchon à vis et on ramène ça dans un hosto, un labo ou la pharmacie. Au pire tu détruis l’aiguille et la seringue et tu la mets dans une canette en métal que tu écrases avant de jeter dans une poubelle.
Je suis rentré chez moi aussitôt pour attendre la « montée » au calme. J’ai utilisé, sans m’en rendre compte, un langage de tox car en fait de montée, c’est une descente aux enfers qui m’attendait. D’abord, j’ai commencé à grelotter, à claquer des dents et à frissonner. Je me suis mis au lit tout habillé en rajoutant des couvertures au fur et à mesure. Comme je n’en ai pas beaucoup, j’ai fini par mettre des fringues en vrac sur le lit, manteaux et vestes. Deux heures après, j’avais trop chaud, de la fièvre et une migraine du tonnerre de dieu. J’étais cassé de toute part, des douleurs dans les membres, dans tout le corps. 
J’étais extrêmement fatigué et ne pouvais pas dormir. Lorsque je m’enfonçais dans un sommeil douteux, il était peuplé de cauchemars. Je ne savais pas si je rêvais ou si je rêvais que je rêvais. J’avais envie de sauter par la fenêtre mais heureusement je n’avais pas la force de me lever.
Le médecin m’avait dit de prendre deux comprimés de paracétamol avant l’injection et que je pouvais en prendre deux fois deux comprimés après  mais pas plus. Six comprimés en 24 heures ne m’ont rien fait ou pas assez. J’ai repris du paracétamol-codéine puis de la lamaline. Les médicaments me collaient un peu plus dans le pâté. J’avais toujours un casque à pointe en plomb, la pointe tournée vers l’intérieur du cerveau. Tous mes membres me semblaient brisés, je sortais du lit à quatre pattes.
  J’aurais voulu avoir une présence auprès de moi, juste pour me rattacher au monde des vivants. N’importe qui, mon père, ma mère, une copine, une amante, un ange, un démon un chat. Rien, que dalle, juste cette grosse salope de souffrance de merde qui prenait possession de mon corps et de mon cerveau. Ma mémé citait la seule phrase de la bible qu’elle connaissait, tirée de l’ecclésiaste je crois : « malheur à l’homme qui est seul ! »  Et elle rajoutait malicieusement : « et c’est pire encore pour la femme ! »
J’ai traîné ainsi de cauchemars en cauchemars jusqu’au mardi midi. Je n’ai rien avalé, tout me dégoûtait. J’avais un goût bizarre dans la bouche, entre le plastic et le métal. Je sentais tout et tout sentait mauvais. Je n’avais envie de rien, je buvais du jus d’orange et quand j’avais trop froid du viandox.  J’ai fais des courses le mardi après midi. Au super marché du coin, j’allais de rayon en rayon. Envie de rien, tout me semblait dégueulasse. Je me suis acheté des fruits secs, du raisin, des dates, des abricots, des amandes, noisettes, pistaches etc. ainsi que des ananas au sirop, du beurre salé, de la confiture et du pain suédois.
Pendant un mois, je me suis nourri de tartines de crackpain suédois au seigle recouvert de beurre et de confiture, de fruits secs, frais et au sirop. Plusieurs fois j’ai essayé de manger de la viande, je n’y arrivais plus. Le poisson passait un peu mieux, le chou cru, les carottes crues et la salade aussi. J’essayais les laitages, ça m’écœurait. Le pain que j’adorais au point de le manger sec me dégoûtait. 
Psychiquement je me sentais bouleversé. Ça a commencé doucement, insidieusement puis au bout de quelques semaines, je me rendais compte que ça n'allait pas du tout. La moindre chose me faisait pleurer, une réflexion, une information à la con, même un vieux dessin animé comme Bambi me faisait sombrer dans les larmes. Je me suis mis à écouter de la musique sans arrêt, à trouver des morceaux qui me convenaient et me faisaient du bien. Deux disques de Portishead et un Massive Attack se sont mis à tourner en boucle sur mon lecteur à trois cd. Puis ça a été Harvest Moon et Sylver and Gold de Neil Young avec le Dylan Unplugged. Il y a fallut que je trie sérieusement mes choix, certains morceaux me provoquant un déluge lacrymal ininterrompu. Je n’avais envie de rien, j’aurais pu croiser Patricia Arquette dans la cuisine, je ne lui aurais même pas proposé un coup à boire. Alors, tu penses le reste…
Comme si ça ne suffisait pas, je me suis mis à avoir ce que je croyais être des aphtes. Le toubib m’a dit que c’était du Lichen Plan. Cette saloperie est une espèce de mycose merdeuse due aux médicaments. J’avais aussi des démangeaisons un peu partout, des apparitions de plaques rouges sur le ventre et les membres. Des crampes nocturnes sont venues aussi me visiter. J’avais mal dans le dos et dans tous les os et les muscles. On me faisait des analyses tous les quinze jours et en un mois et demi, j’ai vu mes plaquettes diminuer et mes leucocytes se faire la valise. Mon taux d’hémoglobine est descendu à la cave et l’hépato qui recevait le double par fax m’a appelé pour diminuer les doses de moitié. J’avais touché le fond, atteint le seuil critique. Leucopénie, thrombopénie, neutropénie, anémie, il a fallu que j’apprenne le sens de mots nouveaux dont je me serais bien passé. Seul avantage avec l’interféron c’est que tu as toujours quelque chose dans le frigo : il faut le conserver au froid.
Un an après avoir commencé à écrire sur mon expérience, j'apporte un bémol à mes réactions d'horreur. Oui, c'est éprouvant, oui ça cogne bien dans les gencives ce traitement mais… Ce n'est pas toujours l'horreur grandiose pour tous, de plus, je n'avais jamais été malade auparavant et il y en a qui sont guéri au bout de six mois. Le jeu en vaut vraiment la chandelle. Aujourd'hui au cours de mon troisième traitement, j'ai l'habitude de ces inconforts et je m'organise en conséquence.
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /Oct /2005 00:00
Parce qu'écrire  c'est rêver, je fais les deux !
Ca se passe effectivement un dimanche matin. Je vais au jardin du Luxembourg faire un tour. Il est six heures du matin, le jour vient à peine de se lever ; le jardin est encore fermé sauf une petite porte, derrière le théâtre de l’Odéon, par où les gardiens et les employés rentrent. Je me faufile et vais sur le côté droit du parc.
J’entends des coups de feu, j’hésite à aller dans la direction de ceux-ci mais la curiosité est la plus forte. Je vois deux espèces de cow-boys, il me semble que je les connais. Bien sûr, il s’agit d’Ernest Hemingway et de Richard Brautigan. Hemingway a un fusil de chasse et Brautigan un revolver à barillet, ils tirent les pigeons. Hemingway me gueule dessus :   
·                  Grouillez-vous mon vieux, j’ai jamais vu un rabatteur arriver une heure après les chasseurs !   Vous les Français, vous vous faites pas chier, comme vous dites si bien !  
·                  Il a même pas pris les cannes à pêche !   Pourtant il y a du putain de délicieux poisson dans ce parc, ajoute Brautigan.
Je bafouille :   
·                  Vous les ricains faut que vous décimiez des bestioles ou des sauvages pour sembler être des hommes !   Je ne serai pas complice de vos saloperies !   De plus, je suis très bien informé :     Hemingway vous finirez avec ce fusil de chasse et vous Brautigan avec ce colt !  
·                  Et c’est les pigeons qui appuieront sur la gâchette, demande  Ernest Hemingway ? 
·                  Toi tu ne mourras jamais, dit Brautigan, tu es trop con !   Si tu avais du talent tu serais immortel et tu te moquerais pas mal des armes à feu et de ces connards de pigeons !  
Ils éclatent de rire tous deux et se mettent à tirer dans tous les coins. Les flics arrivent, deux cents C.R.S, ils font une manœuvre d’encerclement de cette zone du parc. Hemingway demande à Brautigan combien il lui reste de cartouches. Brautigan regarde dans ses poches et dans le barillet du colt et dit :   
·                  Une seule papa Ernie, et toi combien ? 
·                  Une aussi Dick, on est foutus !   Ils ne m’auront pas vivant, je refuse de finir entre les mains d’une tribu d’analphabètes !  
·                  Tu as raison, dit Brautigan. Je vais sucer le canon, ça c’est une vraie fin littéraire qui me convient parfaitement !   Rendez-vous en enfer mes mignons, c’est un aller simple en première classe !  
Je leur dis de ne pas faire ça, surtout qu’ils ne risquent qu’une amende. Ils se marrent comme deux tordus et se tirent chacun leur balle dans la cervelle. Les flics arrivent, j’ai les bras en l’air et suis mort de trouille. Ils me passent les menottes et me conduisent au quai des orfèvres, à la P.J. Je suis interrogé par Louis De Funès. Je suis mort de rire, il s’énerve et hurle de plus en plus en faisant des grimaces. Il m’accuse d’être complice de ces deux dangereux terroristes, il en a la preuve puisque la perquisition a produit trente kilos de papiers écrits par les deux maniaques et cinq par moi. Je lui dis que c’était des écrivains, pas des terroristes, il répond que c’est pareil, que c’est comme si je lui disais qu’ils tuaient des pigeons, pas des oiseaux. Il ouvre un autre carton et sort mes manuscrits, il balance les feuilles partout en disant :   
·                  Et ça hein, et ça, et encore ça et encore re-ça !   Taisez-vous, regardez-moi dans les yeux, j’vais vous mater mon gaillard !   Alors comme ça on écrit ? Des poèmes, des chansons, des pièces de théâtre !   Du théâtre !   Assassin !   (Il déchire les pièces.) Tiens, tiens tiens, voyou, monstre et même des romans ! Monsieur écrit des romans   !   Mais on te tient, je le tiens, je ne le lâcherai pas !  
Il me saisit par le bras et me secoue si fort que je me réveille.
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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Dimanche 23 octobre 2005 7 23 /10 /Oct /2005 00:00
Fais gaffe à mon immunité, salope !
 
Une fois toutes ces informations digérées, j’ai eu une grande discussion philosophique avec ma copine sur le thème : « Tous les hommes ne naissent pas libres et égaux, ils essaient vainement de le devenir. »  Anne, ma copine qui étudie la science sérieusement,  me dit que le bagage génétique de chaque individu devrait être identique mais que l’évolution des espèces se fait par mutations successives et qu’une grande variabilité se produit dans ces mutations. Certains guérissent spontanément de l’attaque d’un virus et subissent gravement celle d’un autre type. Nous possédons logiquement tout ce qu’il faut pour nous défendre sauf quand des altérations génétiques se sont produites en nous. Nous sommes constamment en devenir depuis la naissance de la vie. 
A la suite de cette discussion, Anne m’a donné des livres et des textes extraits de revues portant sur l’immunité. Ça ne s’avale pas comme « les Veillées des Chaumières » mais c’est assez passionnant lorsqu’on fait l’effort de comprendre. J’arrive à mieux comprendre la recherche sur les nouvelles thérapies à partir du fonctionnement de l’immunité. Je vais essayer de t’expliquer la chose, accroche-toi bien.
Les cellules des organismes supérieurs (dits eucaryotes) ont un noyau qui contient de L’ADN, un patrimoine héréditaire. Lorsqu’une cellule se divise, elle recopie l’ADN de façon à fournir une nouvelle molécule d’ADN à chacune de ses deux cellules filles. Cependant en cas d’erreur, ou, lorsqu’un des brins d’ADN est sectionné, par exemple par le rayonnement cosmique, il arrive que les enzymes de réplication et de réparation de l’ADN ne recopient pas fidèlement le brin de départ. C’est une des façons par lesquelles une mutation est susceptible de survenir dans un gène et de modifier ses mots de code.  Nous possédons l’une des choses la plus performante de l’univers : le système immunitaire.
Le système immunitaire en tant que système est capable de distinguer au niveau moléculaire entre soi et non-soi. Par exemple, il est chargé de détecter les caractéristiques  chimiques des envahisseurs bactériens  et viraux (le non-soi) et d’y réagir. Autrement, ces envahisseurs viendraient à bout des ensembles de systèmes cellulaires des individus (le soi). Un système immunitaire convenablement stimulé est capable de faire la différence entre deux grandes molécules protéiques étrangères composées chacune de milliers d’atomes de carbone et ne se distinguant l’une de l’autre que par l’orientation légèrement différente  (quelques degrés) d’une seule de leurs chaînes carbonées. Et il peut également distinguer ces molécules de toutes les autres molécules et, ayant initialement acquis la capacité de le faire, conserver cette capacité. Autrement dit, il possède une mémoire.
Avant, on pensait que : dans le système immunitaire, les molécules étrangères transfèrent de l’information concernant leur forme et leur structure au site de liaison des molécules d’anticorps. Ensuite, lorsqu’elles se retirent de ce site, elles laissent une empreinte dont la forme est complémentaire de la leur et qui pourra donc par la suite se lier à toutes les molécules étrangères possédant des régions dont la forme sera identique à celle qui a laissé son empreinte. On appelait cette théorie « théorie de l’instruction » elle postulait qu’il est nécessaire de transmettre de l’information à propos d’une structure tridimensionnelle afin d’instruire le système immunitaire quant à la façon de construire la molécule d’anticorps dont la chaîne polypeptidique, en s’enroulant autour de cette structure, créera la forme complémentaire adéquate.
Il se trouve que cette théorie est fausse, celle qui prévaut aujourd’hui a été formulée pour la première fois par Franck Macfarlane Burnet[1] elle est connue sous le nom de théorie de la sélection clonale.
Selon Burnet, avant même une confrontation avec des molécules étrangères, l’organisme de tout individu est capable de fabriquer un immense répertoire de molécules d’anticorps ayant chacun un site de liaison de forme différente.
Le système immunitaire fonctionne comme un système sélectif de reconnaissance. Il sait distinguer les molécules étrangères (non-soi) des molécules de votre corps (soi) en vertu du fait qu’elles ont des formes différentes. Il y parvient en fabriquant des protéines appelées anticorps. Chaque cellule immunitaire fabrique un anticorps dont la région variable est différente de celles des autres : chaque région variable possède un site de liaison dont la forme est différente. Lorsqu’une molécule étrangère ou antigène pénètre dans l’organisme, elle ne se lie qu’aux anticorps (présents à la surface des cellules immunitaires) dont il se trouve que la forme s’ajuste à celle de certaines de ses parties. Cet ensemble de cellules se divise alors et forme des « clones », des populations de cellules semblables, portant chacune des anticorps semblables.
Lorsque l’antigène sera présenté une seconde fois, un grand nombre de copies de ces mêmes anticorps seront là pour aider à le détruire. Certaines cellules seront plus nombreuses que d’autres et reconnaîtront plus rapidement les molécules étrangères la prochaine fois que celles-ci s’introduiront dans l’organisme. Les intruses peuvent être des molécules présentes à la surface d’un virus ou d’une bactérie. Ce système est sélectif parce qu’un grand nombre de formes d’anticorps différentes, susceptibles de se lier à des antigènes, existe (chacune sur une cellule différente) avant l’entrée en scène des antigènes. Les antigènes ne sélectionnent qu’un petit nombre de ces formes d’anticorps, dont la production est alors énormément amplifiée par la division clonale des cellules correspondantes, ce qui aboutit à la présence d’énormes quantités de ces anticorps-là. Ainsi, la population d’anticorps se modifie avec l’expérience.
En résumé, si l’on injecte dans l’organisme d’un individu une protéine qui ne ressemble pas à ses propres protéines, certaines cellules spécialisées, les lymphocytes, vont réagir en fabriquant des anticorps. Ces derniers vont se lier à l’intrus en s’emboîtant sur des portions spécifiques et caractéristiques de cette molécule, appelée antigène. Par la suite, lors d’une deuxième rencontre, ces anticorps ne se lieront qu’à ces antigènes-là, de façon plus efficace encore. Le plus étonnant dans cette affaire, c’est le fait qu’une reconnaissance spécifique ait lieu même vis-à-vis des nouvelles molécules synthétisées par les chimistes organiciens, des molécules qui n’ont jamais existé auparavant, ni chez l’espèce produisant la réaction immunitaire, ni sur terre d’ailleurs.
Le système sélectif immunitaire possède un certain nombre de propriétés fascinantes. Premièrement, il existe plus d’une façon de réussir à reconnaître une forme donnée. Deuxièmement, cette façon n’est jamais exactement la même d’un individu à un autre ; autrement dit, deux individus donnés n’ont jamais des anticorps identiques. Troisièmement, le système possède une sorte de mémoire cellulaire. Suite à la présentation de l’antigène à un ensemble de lymphocytes capables de s’y lier, certains de ces lymphocytes ne se diviseront que peu de fois, tandis que les autres s’engageront de façon irréversible dans la production d’anticorps spécifiques de l’antigène, puis mourront. De ce fait, les quelques cellules qui se sont divisées sans aller jusqu’à la production d’anticorps forment alors, au sein de la population cellulaire totale, un groupe de cellules plus grand qu’il ne l’était initialement. Par la suite, ce groupe pourra réagir au même antigène de façon beaucoup plus rapide. Cela veut dire que le système présente une sorte de mémoire au niveau cellulaire.
Mais alors, me diras-tu mon cher journal, pourquoi que ce virus de merde il te pourrit le foie malgré ton beau matos génétique ? Bonne question mon gars ! Tout d’abord ce n’est pas le virus qui massacre directement le foie, ce sont les défenses immunitaires. Prenons le cas du virus de la B.
Nous savons déjà, mais il est bon de le redire que : Le virus est constitué par une nucléocapside enveloppée dont la structure résulte de l'association de :
                               une molécule d'ADN circulaire, d'une taille de 3200 nucléotides ( nucléotide : constituant de la cellule résultant de la combinaison d'un nucléoside et d'acide phosphorique), partiellement double brin résultant de l'hybridation de 2 molécules d'ADN simple brin de tailles inégales
                               une enzyme : l'ADN polymerase (douée d'une activité transcriptase reverse qui permet la synthèse d'ADN à partir d'une matrice ARN)
                               la protéine ou antigène HBc (AgHBc) (qui contient et protège l'ADN et la polymerase)
                               une enveloppe, provenant de la membrane plasmique de la cellule hôte, dans laquelle se trouve insérée la protéine majeure appelée antigène HBs (AgHBs).
Le diamètre de la particule virale complète, ou particule de DANE, est de 43 nm.
Il existe aussi 2 types de particules défectives qui peuvent être produites en excès par rapport aux particules virales complètes (c'est à dire contenant l'ADN viral). Elles sont constituées uniquement de l'enveloppe sous forme de sphères de 20 nm ou de filaments de 20 nm de diamètres et de longueur variable.
Les trois types de structures décrites ci-dessus sont sécrétées dans la circulation sanguine à partir des hépatocytes.
Ainsi, tous les produits du sang mais aussi la salive ou les sécrétions sexuelles, l'urine, le lait maternel... etc., peuvent contenir, à des concentrations variables, le virus et assurent par conséquent sa dissémination.
A partir de 1979 l'isolement et la connaissance des séquences du génome de l'HBV ont permis d'étudier très précisément la stratégie de réplication et d'expression de ce virus.
Les différents gènes viraux sont répartis (selon les 3 cadres de lecture) sur la molécule d'ADN circulaire d'une longueur de 3200 nucléotides.
On distingue :
le gène S et les régions Pre S1 et Pre S2  (La séquence des bases d’une région de l’ADN(un gène) impose la séquence des acides aminés d’une protéine particulière. C’est ce qu’on appelle le code génétique.)
                                Le gène S code pour l'antigène majeur AgHBs.
 
                                Les régions Pre S1 et Pre S2, en phase avec le gène S, engendrent la synthèse de protéines plus longues (par leur extrémité N-terminale). Elles sont retrouvées principalement dans l'enveloppe des particules de DANE et interviennent dans le mécanisme de fixation du virus sur les récepteurs spécifiques des hépatocytes.
                               le gène C et la région Pre C
                                Le gène C code pour la protéine de la nucléocapside, l'Ag HBc
                                La région Pre C en phase avec le gène C, permet la synthèse d'une protéine plus longue par son extrémité N-terminale. Cette dernière est un précurseur de l'AgHBe produit après le clivage aux 2 extrémités de la molécule (N-terminale et C-terminale).
                               L'AgHBe est un produit soluble sécrété dans la circulation périphérique.
                               le gène P code pour l'ADN polymérase
                               le gène X
Il code pour un facteur de régulation, activateur de la transcription virale par son interaction avec une séquence "enhancer", située dans la région 3' du gène de la polymérase entre les gènes S et X.
Ce facteur a également des propriétés transactivatrices relativement aux systèmes de régulation de la cellule humaine infectée.
Il est possible qu'il ait un pouvoir oncogène. (qui est responsable du développement des tumeurs)
La réplication du virus
Après la capture de la particule virale par la cellule infectée, l'enveloppe est éliminée et l'ADN viral se trouve compartimenté dans le noyau de la cellule.
La réplication du virus s'apparente alors à celle des rétrovirus par la synthèse d'un ARN prégénomique qui sera copié ultérieurement (grâce à la polymérase virale) en ADN complémentaire pendant la phase d'encapsidation (formation de la nucléocapside).
La différence majeure avec les rétrovirus réside dans l'absence d'ADN proviral intégré dans le génome cellulaire. L'ARN prégénomique est transcrit directement à partir du génome viral circulaire épisomal. (Épisome : en biologique, particule cytoplasmique de la bactérie, indépendante du chromosome).
De nombreuses études effectuées à partir de carcinomes hépatocellulaires ont montré la présence de séquences virales partiellement délétées (séparées d’un morceau) intégrées au génome des cellules tumorales. Mais le phénomène ne s'est pas révélé spécifique de ces lésions si bien qu'il n'est pas possible d'affirmer que l'intégration est systématiquement à l'origine de la carcinogenèse.
La réponse immune de l'hôte joue un rôle prépondérant dans la physiopathologie de cette atteinte. Le virus n'est pas cytolytique (il ne détruit pas les cellules), et la composante cellulaire de la réaction immune est responsable de la nécrose hépatique faisant suite à la lyse  ( destruction des cellules ou des tissus sous l’action d’agents chimiques, physiques ou biologiques ) des hépatocytes (cellules du foie) infectés. L'immunité cellulaire est dirigée contre les hépatocytes qui expriment, au niveau de leur membrane cellulaire, les protéines virales de la nucléocapside. 
Lorsque l'immunité du patient est exacerbée, on assiste à une hépatite fulminante entraînant en quelques jours la destruction du tissu hépatique.
A l'opposé, si celle-ci est défaillante, l'infection évolue alors vers la chronicité.
Dans ce dernier cas, il a été remarqué une anomalie de la sécrétion de l'interféron par les cellules sanguines mononucléaires.  Nous savons déjà que : 90 % des hépatites B sont asymptomatiques. 5 à 10 % des primo-infections évoluent vers la chronicité.
Les différentes étapes de l'infection sont suivies par des marqueurs sérologiques directs ou indirects de l'activité virale. Des tests d'immunodétection permettent de déterminer la présence des antigènes viraux AgHBe et AgHBs, et aussi la présence des anticorps anti-HBc (AcHBc), anti-HBs (AcHBs) et anti-HBe (AcHBe).
La concentration sérique des transaminases est un indicateur de la lyse des hépatocytes. Lors d'une évolution chronique, la biopsie de foie analysée par histologie ou immunohistochimie permet d'évaluer le degré de nécrose et de fibrose du tissu mais aussi la présence de l'AgHBc dans les hépatocytes.
Le schéma le plus classique consiste en une guérison rapide pendant laquelle on assiste à une séroconversion[2] d'abord du couple AgHBe/AcHBe puis AgHBs/AcHBs.
Lors d'une évolution chronique on assiste à un retard de la séroconversion AgHBe/AcHBe, celle-ci peut être retardée de plusieurs mois à plusieurs années. La séroconversion AgHBs/AcHBs ne s'opère pas ou bien très tardivement.
Les lésions hépatiques irréversibles se constituent pendant la phase de faible ou moyenne réplication après la primo-infection et plus particulièrement lors de la séroconversion AgHBe/AcHBe.
Dans la phase de réplication précédant la séroconversion AgHBe/AcHBe, 2 mécanismes différents se juxtaposent :
                               la nécrose du tissu hépatique qui s'accompagne d'une forte réaction inflammatoire ainsi que d'une régénération.
                               l'interaction du génome viral avec le génome des hépatocytes infectés qui échappent à l'action cytotoxique du système immunitaire défaillant.
Il n'est pas encore possible d'établir assurément les relations existantes entre la cirrhose hépatique et le développement d'un hépatocarcinome mais il est admis que la probabilité d'apparition de ces 2 types de lésions est liée à la durée pendant laquelle le virus a perpétué son activité de réplication.
On peut donc dire que le système immunitaire fait correctement son travail et que la différence entre les  90% de gens qui guérissent de la B et les 10% qui chronicisent ou font des hépatites fulminantes se situe dans la nature et le degré de réponse de l’immunité face aux protéines virales de la nucléocapside exprimées dans les cellules du foie.


 BURNET sir FRANCK MACFARLANE (1899-1985)
Diplômé de médecine en 1923 à l’université de Melbourne, Burnet fut chercheur (1926-1927) à l’Institut Lister de médecine préventive à Londres. Il devint directeur adjoint de l’Institut Walter et Eliza Hall de recherche médicale à l’hôpital royal de Melbourne en 1928, puis en 1944 fut promu directeur et professeur de médecine expérimentale à l’université de Melbourne.
Burnet formula en 1949 la prédiction que la tolérance est une propriété générale de tout système immunologique, au même titre que la production d’anticorps. Le but des recherches semblait être le suivant: montrer que si l’on soumet un embryon à l’action d’un antigène, il se comportera à son égard comme à l’égard de ses propres constituants et la tolérera ensuite pendant toute sa vie. Les premières tentatives entreprises par Burnet et Fenner aboutirent à des échecs, en raison notamment de la nature des antigènes employés (globules rouges et virus).
Outre ses travaux sur les greffes humaines, Burnet découvrit une méthode d’identification des bactéries par les bactériophages qui les attaquent, et il mit au point une technique (désormais de pratique courante dans les laboratoires) de culture des virus sur les embryons vivants de poulet. Par ses recherches sur les virus, il accrut nos connaissances sur le caractère infectieux du virus de la grippe et accéléra la victoire sur des maladies telles que la myxomatose, la fièvre de la vallée du Murray (arbovirose du groupe B) et la fièvre Q. Il isola l’agent de la fièvre Q: Rickettsia burneti ou Coxiella burneti.
Parmi ses publications, il faut citer: Les Virus et l’homme (1953), Principes de virologie animale (1955), et Théorie de l’immunité acquise fondée sur la sélection clonale (1959).
Il partagea avec Peter Medawar le prix Nobel de médecine (1960) pour ses travaux sur la tolérance immunologique.
[2] Apparition de la séropositivité (caractère d'un sérum contenant des anticorps pour un antigène donné) après un délai d'incubation d'une maladie
 
Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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