Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /2006 17:48

 

 


Auteur(s) : Olivier LIDOVE, Thierry MAISONOBE, Jean-Marc LEGER, Marie-Paule CHAUVEHEID, Patrice CACOUB, Service de médecine interne, hôpital Bichat-Claude-Bernard, 46, rue Henri-Huchard, 75877 Paris Cedex 18..

 

 

 

 


Résumé : Les caractéristiques des neuropathies périphériques (NP) associées au virus de l'hépatite C (VHC) sont étudiées ici, sur la base de travaux personnels, complétés d'une revue de la littérature. Nous avons observé quatre cas de neuropathie périphérique chez des patients infectés par le VHC, en l'absence de cryoglobulinémie mixte sur plusieurs prélèvements, et sans signe indirect (purpura, facteur rhumatoïde, abaissement de la fraction C4 du complément). Les trois patients traités se sont améliorés dans un délai de 8 à 28 mois. Par ailleurs, chez quatre autres patients infectés par le VHC, la neuropathie périphérique, associée ici à une cryoglobulinémie mixte, s'est aggravée 2 à 13 semaines après traitement par interféron alpha, malgré une amélioration parallèle des tests hépatiques. Chez les patients infectés par le VHC, la présence d'une neuropathie périphérique doit d'abord faire rechercher une cause toxique (alcool) ou une co-morbidité. Elle peut être due à une cryoglobulinémie mixte, à une vascularite de type périartérite noueuse, et peut-être au VHC lui-même. De faibles doses d'interféron peuvent aggraver la neuropathie périphérique de malades ayant une cryoglobulinémie mixte associée au VHC. Les hépatopathies chroniques liées au virus de l'hépatite C (VHC) peuvent être associées à des manifestations extrahépatiques très variées [1]. Il a été rapporté des cryoglobulinémies mixtes (CM), des porphyries cutanées tardives, des glomérulonéphrites membrano-prolifératives, des syndromes secs et des désordres immunitaires biologiques [2, 3]. Parmi ces atteintes extrahépatiques, les atteintes neurologiques périphériques n'ont fait l'objet que de peu de publications [4, 5]. Les cryoglobulinémies mixtes sont classiquement rendues responsables de la plupart des neuropathies périphériques (NP) associées au VHC. Le but de ce travail est de dégager une démarche diagnostique devant une neuropathie périphérique survenant chez un patient infecté par le VHC.

 

 


Mots-clés : neuropathie périphérique, virus de l'hépatite C, cryoglobulinémie.

 

 

 

 


 

 

 

ARTICLE

 

 

Patients et méthodes

 

 

Nous avons décrit quatre observations de patients infectés par le VHC et ayant une neuropathie périphérique en l'absence de cryoglobulinémie [6], puis quatre autres observations de patients infectés par le VHC et dont la neuropathie périphérique s'est aggravée après traitement par interféron alpha [7]. Ces patients font partie d'une cohorte de patients infectés par le VHC et suivis dans le service de médecine interne d'un hôpital universitaire. Ces observations sont présentées brièvement en introduction et illustrent une partie de la démarche diagnostique à mener devant une neuropathie périphérique survenant chez un patient infecté par le VHC.

 

 

Résultats

 

 

Les quatre observations de patients infectés par le VHC et ayant une neuropathie périphérique en l'absence de cryoglobulinémie [6] sont résumées dans le tableau 1.

 

 

La neuropathie périphérique de ces patients était, dans 3 cas sur 4, compatible cliniquement avec une péri- artérite noueuse (PAN). Aucun patient n'avait de purpura, de cirrhose, de consommation d'alcool abusive, de traitement neurotoxique ou d'insuffisance rénale.

 

 

Les quatre observations de patients infectés par le VHC et dont la neuropathie périphérique s'est aggravée après traitement par interféron alpha [7] sont résumées dans le tableau 2.

 

 

Deux patients présentaient une intoxication éthylique, non modifiée pendant et après le traitement par interféron. L'interféron a toujours été commencé à la dose de 3 millions d'unités, 3 fois par semaine. Un électromyogramme (EMG), réalisé avant et après interféron, montrait une aggravation de la neuropathie périphérique axonale dans 3 cas. Une corticothérapie a été adjointe à l'interféron dans 2 cas sans amélioration des symptômes neurologiques. L'aggravation neurologique a conduit à l'arrêt de l'interféron dans tous les cas. L'évolution neurologique après arrêt de l'interféron a été : amélioration avec cyclophosphamide (n = 1), corticoïdes et ribavirine (n = 1), stabilisation (n = 1), et aggravation malgré corticoïdes, échanges plasmatiques et cyclophosphamide (n = 1).

 

 

 

 

Discussion

 

 

Au cours des infections chroniques par le VHC, les neuropathies périphériques sont les atteintes neurologiques le plus souvent observées. La sévérité de la neuropathie est extrêmement variable, allant de simples paresthésies mal systématisées [8], jusqu'à des formes beaucoup plus rares de mononeuropathies multiples sévères entrant dans le cadre de vascularites systémiques [9]. On peut schématiquement distinguer, au cours de l'infection par le VHC, plusieurs types d'atteintes neurologiques périphériques, de mécanismes, de fréquence et de sévérité très différents (figure). Les atteintes neurologiques centrales sont plus rarement décrites et ne seront pas détaillées [10].

 

 

La fréquence exacte des neuropathies périphériques chez les sujets infectés par le VHC est difficile à préciser et dépend essentiellement des critères de définition retenus. Dans une série prospective de plus de 300 patients infectés par le VHC et dont la moitié environ avait une cryoglobulinémie mixte, Cacoub et al. [2] ont trouvé 9 % de neuropathies périphériques sensitives et/ou motrices cliniques. Ce pourcentage est peut-être surestimé par le recrutement incluant beaucoup de patients vus en médecine interne. Chez 26 malades avec cryoglobulinémie mixte associée au VHC, Ferri et al. [11] ont retrouvé 77 % de neuropathies périphériques définies par l'existence de paresthésies subjectives.

 

 

Le mode de contamination, lorsqu'il est connu, peut orienter vers certaines co-infections virales, en particulier les virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et de l'hépatite B (VHB). Toutes les variétés connues de neuropathie périphérique sont observées au cours de l'infection par le VIH1, les polyradiculonévrites étant plutôt précoces, les neuropathies périphériques distales sensitivo-motrices étant plutôt rencontrées au stade sida. Le VHB peut être à l'origine d'une PAN.

 

 

Les co-morbidités sont également importantes à analyser : diabète, insuffisance rénale terminale, dysthyroïdies. L'infection par le VHC peut entraîner un syndrome sec, mais rarement un véritable syndrome de Gougerot-Sjögren qui, lui, peut se compliquer de neuropathie périphérique. Cependant, le syndrome sec du VHC est fortement lié aux neuropathies périphériques [12]. Les poussées de porphyrie cutanée tardive associées au VHC ne s'accompagnent pas de neuropathie périphérique, contrairement aux porphyries aiguës intermittentes, qui peuvent donner des mononeuropathies multiples, prédominant parfois aux membres supérieurs.

 

 

Une prise de toxiques, avec en premier lieu l'alcool, peut rendre compte de tout ou partie de la neuropathie périphérique, tout comme un traitement neurotoxique. Ces causes peuvent être intriquées (par exemple : infection à VIH et certains analogues nucléosidiques comme la ddC, la ddI).

 

 

Une fois cette première analyse faite, des causes plus spécifiquement liées à l'infection par le VHC doivent être recherchées. Nous aborderons successivement les neuropathies périphériques avec cryoglobulinémie mixte, les neuropathies périphériques en l'absence de cryoglobulinémie mixte, les PAN, les polyradiculonévrites et les neuropathies périphériques aggravées par l'interféron.

 

Cryoglobulinémie

 

 

Il a été démontré qu'environ 50 % des malades ayant une cryoglobulinémie mixte « essentielle » avaient des anticorps dirigés contre le VHC, et que la cryoglobulinémie mixte s'exprimait chez ces patients plus sévèrement [3]. Dès 1974, Brouet et al. [13] notaient une plus grande fréquence de neuropathies périphériques dans les cryoglobulinémies de type II ou III que dans les cryoglobulinémies de type I. Avant la découverte du VHC, plusieurs auteurs ont décrit deux formes de neuropathie périphérique associées aux cryoglobulinémies mixtes, polyneuropathies ou mononeuropathies multiples [14, 15].

 

 

Les neuropathies périphériques associées au VHC sont le plus souvent liées à la présence d'une cryoglobulinémie mixte, généralement de type II avec un composant monoclonal IgM kappa [4]. Il a été montré récemment, dans une région à forte prévalence du VHC, que la recherche d'une cryoglobulinémie était rentable dans l'enquête étiologique d'une neuropathie périphérique de cause indéterminée [16]. L'alcool est un facteur aggravant indépendant de la présence d'une cryoglobulinémie mixte. Les mécanismes conduisant aux lésions nerveuses sont mal élucidés, mais la vascularite des artérioles et des veinules du périnèvre semble plus impliquée que le virus lui-même. Il s'agit de mononeuropathies multiples, sensitives, axonales, invalidantes par leur caractère douloureux, pouvant évoluer des mois, voire des années, avant qu'un déficit moteur n'apparaisse. Il ne s'agit jamais de neuropathies périphériques motrices pures. Elles sont généralement associées à d'autres manifestations extrahépatiques en rapport avec la cryoglobulinémie mixte : purpura vasculaire des membres inférieurs, glomérulonéphrite membrano-proliférative, arthralgies. La biopsie neuromusculaire confirme l'axonopathie, avec une raréfaction des fibres myélinisées, une vascularite des veinules et un important infiltrat lymphocytaire dans le périnèvre. Le traitement de ces neuropathies sensitives est très difficile. Dans l'expérience de Gorevic et al. [17], le traitement très prolongé (au-delà de 18 à 24 mois) par l'interféron alpha - avec une surveillance, en particulier neurologique - semble donner des résultats encourageants. Nous avons montré récemment que le traitement antiviral - interféron et ribavirine chez la plupart des malades - pouvait entraîner une rémission clinique chez 18/26 patients souffrant de vascularite associée au VHC. Lorsqu'elle est obtenue, la réponse virologique est très bien corrélée à la réponse clinique. Des rechutes, tant cliniques que virologiques, sont possibles et surviennent le plus souvent dans les premières semaines qui suivent l'arrêt du traitement antiviral [18]. Des protocoles utilisant l'interféron à fortes doses avec des échanges plasmatiques sont en cours [19].

 

 

Absence de cryoglobulinémie

 

 

Il n'existe qu'une publication rapportant une neuropathie périphérique en l'absence de cryoglobulinémie mixte chez un patient infecté par le VHC [20], si l'on fait exception du cas de Ripault et al. [8] chez qui il existait un facteur rhumatoïde [8]. Dans notre série, chaque patient a bénéficié de 4 à 11 recherches de cryoglobulinémie [6]. De plus, aucun n'avait de signe indirect de cryoglobulinémie mixte : purpura, facteur rhumatoïde, abaissement de la fraction C4 du complément. Parce que l'âge et la fibrose hépatique sont fréquemment associés aux autres manifestations extrahépatiques du VHC, les patients 2, 3 et 4 sont susceptibles de développer une cryoglobulinémie mixte. Cependant, chez le patient 1, avec un recul de 8 ans, une cirrhose s'est constituée mais aucune cryoglobulinémie mixte n'est apparue. Chez cinq patients avec neuropathie périphérique et cryoglobulinémie mixte, ont été récemment rapportées de fortes concentrations d'anticorps anti-VHC et d'ARN du VHC dans leurs cryoprécipités [21]. L'ARN du VHC a été trouvé en RT-PCR autour des cellules épineurales, suggérant un rôle propre du VHC dans les neuropathies périphériques associées aux cryoglobulinémies mixtes. Un argument de plus en faveur de cette hypothèse est l'existence de neuropathies périphériques chez des patients ayant une cryoglobulinémie mixte, que celle-ci soit symptomatique ou asymptomatique [22].

 

 

Périartérite noueuse

 

 

Plus rarement, la neuropathie périphérique entre dans le cadre d'une véritable PAN systémique [23-25]. La vascularite entraîne alors une atteinte multiviscérale avec altération de l'état général et fièvre, neuropathies périphériques sévères avec impotence fonctionnelle majeure, purpura vasculaire, vascularite cérébrale, hypertension artérielle réno-vasculaire. Le pronostic vital peut être engagé. La biopsie neuro-musculaire (BNM) montre des lésions de vascularite nécrosante dans les artères de petit et moyen calibre, un infiltrat inflammatoire mixte (à prédominance de polynucléaires neutrophiles) qui détruit la paroi vasculaire et une nécrose fibrinoïde. Une occlusion des vasa nervorum est parfois associée. L'artériographie rénale et/ou digestive peut montrer des microanévrysmes intrarénaux et des sténoses inflammatoires sur les artères à destinée digestive [26]. Le traitement séquentiel, associant une brève corticothérapie inférieure à un mois, un traitement antiviral (interféron, ribavirine) et des échanges plasmatiques à la phase initiale, ont permis d'obtenir chez plusieurs patients une guérison de la vascularite sans séquelle.

 

 

Polyradiculonévrite

 

 

Dans ce contexte, il est important de connaître le statut VIH du patient. En effet, une polyradiculonévrite peut être associée à la séropositivité VIH, lors de la séroconversion avec un tableau proche d'un syndrome de Guillain-Barré, ou sous une forme chronique essentiellement au stade de séropositivité asymptomatique. Un tableau de polyradiculonévrite a déjà été décrit en association avec le VHC [27, 28]. Le lien entre les deux affections n'est pas clairement établi. Le VHC pourrait intervenir comme « déclencheur » d'une polyneuropathie auto-immune.

 

 

Interféron

 

 

Nous avons rapporté 4 cas de neuropathie périphérique liée à une cryoglobulinémie mixte de type II IgM kappa associée à une infection par le VHC, dont l'aggravation neurologique a été observée 2 à 13 semaines après le début du traitement par interféron alpha [7]. Il est intéressant de noter que l'évolution de la maladie hépatique et celle de la neuropathie périphérique étaient discordantes. Les quatre patients ont eu une diminution, voire une normalisation, de l'activité sérique des aminotransférases sous interféron. De plus, la cryoglobulinémie mixte a disparu dans un cas, et, chez un patient sur trois, la réplication virale s'est négativée sous traitement. Après arrêt de l'interféron, l'évolution de la neuropathie périphérique a été variable : aggravation dans un cas, stabilisation dans un cas, amélioration dans deux cas.

 

 

L'interféron peut être à l'origine d'une aggravation de neuropathies périphériques préexistantes. La physiopathologie des neuropathies périphériques à l'interféron est mal connue. Ce type de toxicité, heureusement rare, de l'interféron alpha a été initialement décrit avec de très fortes doses utilisées dans le traitement de tumeurs solides ou d'hémopathies malignes [29, 30]. L'observation de Cudillo est intéressante car la neuropathie périphérique est réapparue après réintroduction de l'interféron, à la dose de 9 millions d'unités par jour, pour traiter une leucémie myéloïde chronique. Il a été rapporté d'autres cas d'aggravation brutale de neuropathie périphérique chez des malades infectés par le VHC et ayant une cryoglobulinémie mixte associée à une neuropathie sensitive initialement peu sévère, dans les semaines suivant l'introduction de l'interféron alpha à doses habituelles [11, 31, 32].

 

 

La ribavirine est maintenant associée à l'interféron pour traiter les patients infectés par le VHC. Nous n'avons retrouvé qu'un cas de neuropathie périphérique sur une série de 95 patients infectés par le VHC et traités par ribavirine en monothérapie (contre-indication ou inefficacité de l'interféron), avec régression de la neuropathie périphérique à l'arrêt du traitement [33]. Des contacts avec le centre de pharmacovigilance de l'hôpital Fernand-Widal de Paris et le laboratoire commercialisant ce produit n'ont pas retrouvé d'autre cas de neuropathie périphérique sous ribavirine en monothérapie.

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Bien que les atteintes neurologiques associées au VHC soient relativement rares, la sévérité de certaines formes justifie, dès la première consultation, de chercher systématiquement, au même titre que d'autres manifestations extrahépatiques, des signes de neuropathie périphérique généralement sensitive. En cas d'anomalie ou de doute sur les données cliniques, et après avoir éliminé une cause toxique, seront utiles la recherche d'une cryoglobulinémie mixte et d'un syndrome inflammatoire biologique, un électromyogramme. Des explorations plus poussées ne seront demandées qu'en fonction des résultats des premiers examens, et pourront comporter une biopsie neuro-musculaire. La prise en charge thérapeutique est souvent difficile et repose essentiellement sur un traitement antiviral efficace (interféron, ribavirine), éventuellement associé initialement aux échanges plasmatiques et à une corticothérapie à doses rapidement dégressives. Considérant tous les facteurs qui peuvent être impliqués chez les patients infectés par le VHC et ayant une neuropathie périphérique, le traitement doit être discuté au cas par cas et la surveillance avec ou sans traitement spécifique doit être régulière. L'aggravation d'une neuropathie périphérique associée au VHC sous interféron est possible.

 

 

REFERENCES

 

 

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Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /2006 13:00

 

 

HYPERTENSION PORTALE

 

L’hypertension portale se définit comme une augmentation de la pression régnant dans la veine porte. Si l’on prend la pression existant dans l’oreillette droite comme point de référence zéro, la pression veineuse normale dans la veine porte est approximativement de 4 à 8 mm Hg (millimètre de mercure.). La veine porte est formée par la confluence de la veine splénique et de la veine mésentérique supérieure. Elle a normalement un débit sanguin moyen d’à peu près 1 à 1,2 L/min. Le simple phénomène d’augmentation de la pression dans cette circulation veineuse entraîne beaucoup de conséquences sur les plans hémodynamique et métabolique, notamment quelques-unes des complications les plus mortelles et les plus pénibles de l’hépatopathie chronique.

 

 

 

Étiologie

 

Les causes de l’hypertension portale sont variées. Comme la pression portale est le produit du débit sanguin dans la veine porte et de la résistance intrahépatique, toute maladie qui donne lieu à une augmentation du débit ou de la résistance accroîtra la pression portale. L’accroissement marqué du débit dans la veine splénique et, ainsi, dans la veine porte, conduit à l’installation d’une hypertension portale. Presque toutes les autres causes d’hypertension portale agissent principalement par l’intermédiaire d’une augmentation de la résistance, même si l’on sait que la plupart des syndromes de résistance élevée s’accompagnent aussi d’accroissements du débit dans la veine porte. Dans plusieurs maladies, la cause de l’augmentation de la résistance est évidente : l’inflammation et la fibrose conduisent à une distorsion vasculaire, à une altération de l’architecture et à un empiètement sur les espaces intravasculaires. D’autres facteurs moins évidents sont au premier plan dans d’autres affections. Par exemple, dans l’hépatite alcoolique aiguë, le gonflement des hépatocytes et la formation de dépôts de collagène dans l’espace de Disse aboutissent au rétrécissement et à la distorsion des     espaces sinusoïdaux. Les causes de l’augmentation du débit sanguin dans la veine mésentérique (et ainsi dans la veine porte) dans les états de résistance élevée demeurent obscures. Une théorie avance qu’un facteur humoral circulant à action vasodilatatrice, qui serait normalement inactivé par le foie, s’échappe dans la circulation générale par des anastomoses ou en raison d’une insuffisance hépatocellulaire.

 

 

 

TABLEAU. Causes de l’hypertension portale

 


Causes pré-hépatiques

 

Fistule AV splénique

 

Thrombose de la veine splénique ou de la veine porte

 

Splénomégalie massive

 

Causes intra-hépatiques

 

Sarcoïdose
Schistosomiase
Hyperplasie nodulaire de régénération

 

Fibrose hépatique congénitale

 

Fibrose porte idiopathique

 

Cirrhose biliaire primitive d’apparition précoce

 

Hépatite chronique active

 

Troubles myéloprolifératifs

 

Réaction du greffon contre l’hôte

 

Causes pré-sinusoïdales

 

Cirrhose établie

 

Hépatite alcoolique

 

Causes sinusoïdales

 

Fibrose terminale hyaline due à une hépatopathie alcoolique

 

Maladie veino-occlusive

 

Causes posthépatiques

 

Syndrome de Budd-Chiari

 

Oblitération de la veine cave inférieure par un tissu membraneux
Insuffisance cardiaque droite

 

Péricardite constrictive

 

Causes post-sinusoïdales

 


 

 

Il existe deux systèmes de classification distincts – et qui chevauchent parfois – des causes de l’hypertension portale; ces systèmes prennent soit le foie, soit le sinusoïde hépatique comme point de référence. Le premier système classe les causes des maladies en causes pré-hépatiques, intra-hépatiques et posthépatiques, tandis que le second les divise en causes présinusoïdales, sinusoïdales et postsinusoïdales. Cependant, l’emplacement exact de l’accroissement de la résistance dans de nombreuses causes intra-hépatiques d’hypertension portale a récemment soulevé des interrogations; il est probable que les principaux points de résistance pourraient changer selon le stade de certains processus pathologiques. Par exemple, il semble que la cirrhose biliaire primitive et d’apparition précoce produise principalement une hypertension présinusoïdale, mais lorsque survient une cirrhose dense, l’hypertension sinusoïdale devient plus importante. De la même façon, une lésion précoce due à une hépatopathie alcoolique, avec fibrose centrale ou terminale hyaline et caractérisée par une fibrose de la zone 3, causerait une hypertension postsinusoïdale, avec prédominance de l’hypertension sinusoïdale à mesure que la cirrhose s’installe. Sur le plan pratique, il existe des raisons de tenter de classifier correctement les points de résistance et ainsi de prédire les réactions aux interventions de dérivations chirurgicales; les troubles d’origine présinusoïdale préservent généralement bien la fonction hépatocellulaire et répondent donc bien au détournement de l’apport circulatoire de la veine porte, tandis que les troubles d’origine sinusoïdale et postsinusoïdale sont généralement associés avec des degrés variables d’insuffisance hépatique. Autre raison : l’ascite survient généralement seulement en présence d’une hypertension d’origine sinusoïdale et postsinusoïdale.

 

 

 

 

Physiopathologie

 

Il existe plusieurs méthodes pour mesurer la pression portale. Un cathéter inséré dans une veine hépatique, puis bloqué, fournit une bonne estimation de la pression de la veine porte en amont, à moins que le siège de la résistance ne soit en amont de la veine porte intra-hépatique (comme dans la thrombose de la veine porte où la pression sus-hépatique bloquée est normale en présence d’une hypertension portale importante). Il est possible d’obtenir des estimations fiables de la pression portale en effectuant des ponctions percutanées directes dans la rate, le foie ou la veine porte, au moyen d’aiguilles de faible calibre (diamètre de 19 à 22). La détermination de la pression portale sert principalement à des fins de recherche, car sa technique envahissante empêche d’en faire un grand usage en clinique.

 

L’hypertension portale entraîne de nombreuses complications cliniques. L’ascite est directement liée à l’apparition d’une hypertension sinusoïdale ou postsinusoïdale. Des vaisseaux collatéraux porto-systémiques se forment, dans une tentative d’atténuer l’hypertension portale. L’endroit le plus gênant pour la formation de vaisseaux collatéraux se trouve autour de l’estomac proximal et de l’oesophage distal (varices gastro-oesophagiennes). L’hémorragie de ces varices (ou de la muqueuse gastrique) et l’insuffisance hépatocellulaire sont les deux causes les plus fréquentes de mortalité dans la cirrhose. En fait, le taux de mortalité due aux hémorragies variqueuses se situe entre 15% et 50%, selon le degré de fonctionnement hépatique; chez les patients des catégories A, B et C de la classification de Child-Pugh ayant des hémorragies variqueuses, le taux de mortalité est respectivement de 15 %, de 20 % à 30 % et de 40 % à 50 %.

 

 

 

TABLEAU. Sites courants de formation de vaisseaux collatéraux porto-systémiques

 


Endroit

 

Circulation porte

 

Circulation générale

 

Conséquences cliniques

 

Estomac proximal et oesophage distal

 

Veine coronaire de l’estomac

 

Veine azygos

 

Varices gastro-oesophagiennes sous-muqueuses

 

Paroi abdominale antérieure

 

Veine ombilicale du ligament falciforme

 

Veines épigastriques de la paroi abdominale

 

Tête de méduse

 

Région rétropéritonéale

 

Branche de la veine splénique

 

Veines de Sappey (autour du foie et du diaphragme)

 

Veine rénale gauche

 

Veines de Retzius

 

Habituellement aucune

 

Habituellement aucune

 

Région ano-rectale

 

Veines hémorroïdales moyennes et veines hémorroïdales supérieures

 

Veines hémorroïdales inférieures

 

Confusion possible avec des hémorroïdes

 


Le risque d’hémorragies causées par la rupture des varices gastro-oesophagiennes est lié à plusieurs facteurs. Tout d’abord, une pression portale d’un seuil minimal d’environ 12mm Hg semble nécessaire à la formation de varices. Cependant, au-dessus de ce niveau, il n’est pas clair que l’élévation absolue de la pression portale influe sur le risque d’hémorragies. Les facteurs comme les gradients de pression intrathoracique engendrés par la toux, l’effort ou les éternuements et les lésions infligées aux parois des varices par le reflux d’acide dans l’oesophage semblent ne pas jouer de rôle. Les deux facteurs les plus déterminants du risque d’hémorragies sont la taille des varices et les particularités locales des parois des varices. Plusieurs études ont montré que les petites varices ne saignent presque jamais, tandis que le risque d’hémorragies des varices de taille moyenne est de 10 % à 15 % en deux ans, et celui des grosses varices, de 20 % à 30 % pendant la même période. Durant la dernière décennie, il est devenu clair que certaines caractéristiques pariétales des varices qui sont visibles à l’endoscopie permettent aussi de prédire un risque élevé d’hémorragies. Ces caractéristiques sont les signes de couleur rouge et bleue. Ainsi, il est possible de voir de petites anomalies pariétales localisées, telles que des bulles à paroi mince ou des sacs logés dans la paroi, qui ressemblent à des taches ou à des stries rouges et ont reçu divers noms : « marques rouges en saillie », « taches rouge cerise » ou « stries rouges »; quant à la couleur bleue diffuse et prononcée, elle indique une grosse varice (veine) recouverte par une muqueuse tendue.

 

De 30% à 50% des épisodes d’hémorragie des voies gastro-intestinales supérieures qui surviennent chez les patients accusant une hypertension portale ne sont pas d’origine variqueuse. Les cirrhotiques présentent une plus grande fréquence de maladies gastro-duodénales liées à un milieu acide, principalement la gastrite érosive. Cet état de choses est probablement dû à l’abus de l’alcool qui est fréquent au sein de cette population. Cependant, il est récemment devenu évident que la plupart des hémorragies des voies gastro-intestinales supérieures d’origine non variqueuse qui surviennent dans la cirrhose sont attribuables à une forme particulière de gastropathie observée dans l’estomac des patients présentant une hypertension portale. Plusieurs manifestations distinguent cette gastropathie associée avec l’hypertension portale de la gastrite érosive ou inflammatoire vue chez les non-hypertendus. Le symptôme principal de la gastropathie associée avec l’hypertension portale est l’hémorragie. La douleur ou la dyspepsie sont rares comme manifestations initiales de ce type de gastropathie. Le traitement indiqué dans cette maladie n’a pas encore été déterminé, mais il consiste probablement à prendre des mesures en vue de réduire la pression portale, même si la possibilité d’un rôle joué par les agents cytoprotecteurs a aussi été évoquée.  

 

 

 

TABLEAU. Comparaison entre la gastropathie associée avec l’hypertension
portale et la gastrite inflammatoire

 


 

Gastropathie associée avec l’hypertension portale

 

Gastrite inflammatoire

 


Aspect à l’endoscopie

 

Aspect en mosaïque, mouchetures rouges

 

Discrètes lésions d’érosion rouges

 

Siège

 

Principalement le fundus

 

Principalement l’antre

 

Aspect histologique

 

Infiltrat peu abondant de cellules inflammatoires, dilatation vasculaire importante, lésions de la muqueuse et de la sous-muqueuse

 

Infiltrat abondant de cellules inflammatoires, lésions de la muqueuse

 

Traitement

 

Chirurgie, bêta-bloquants? agents cytoprotecteurs?

 

Suppression de la sécrétion d’acide, agents cytoprotecteurs

 


 

Diagnostic

 

Le diagnostic d’hypertension portale est habituellement facile à poser. Le patient présente souvent une ascite et une splénomégalie concomitantes, ainsi que les stigmates d’une hépatopathie chronique. Toutefois, il faut se rappeler que toutes les maladies de cause préhépatique et plusieurs des maladies d’origine présinusoïdale préservent bien la fonction hépatique et ne s’accompagnent pas d’ascite. Les vaisseaux collatéraux de la paroi abdominale rayonnent vers l’extérieur à partir de l’ombilic; lorsqu’ils sont très saillants, il est facile de voir pourquoi cet état est appelé « tête de méduse », d’après la terrible créature à la chevelure de serpent de la mythologie grecque. Une dilatation de veines de la paroi abdominale, particulièrement dans l’abdomen supérieur, est fréquente, mais la tête de méduse est rare. La présence de varices ano-rectales ayant l’aspect d’hémorroïdes peut constituer un autre indice diagnostique. L’hémorragie des varices gastro-oesophagiennes produit un saignement vif et abondant, accompagné d’une hématémèse et, plus tard, d’un méléna (Emission de sang noirâtre dans les selles. Ce sang émis dans les selles est dû à un saignement au niveau du tube digestif) ou d’une émission de selles sanglantes. La gastropathie associée avec l’hypertension portale peut aussi donner un saignement vif, mais elle peut parfois entraîner un suintement sanguin de faible volume se traduisant seulement par un méléna.

 

 

 

Traitement

 

Le traitement d’un épisode hémorragique aigu consiste à prendre des mesures générales de réanimation telles que le remplissage vasculaire et la restauration de la masse sanguine, et des mesures particulières visant à réprimer l’hémorragie. Divers moyens pharmacologiques, mécaniques et chirurgicaux peuvent être employés, habituellement dans cet ordre. Les agents vasoconstricteurs administrés pour arrêter l’hémorragie sont la vasopressine et la somatostatine ou leurs analogues respectifs à action plus prolongée comme la glypressine et l’octréotide. Les perfusions de vasopressine provoquent une constriction artériolaire et veineuse généralisée, ce qui entraîne une diminution du débit de la veine porte, donc de la pression, et l’arrêt, au moins temporaire, de l’hémorragie dans 50 % à 80 % des cas. Toutefois, la vasoconstriction généralisée peut aussi engendrer une ischémie vasculaire périphérique, une ischémie ou un infarctus du myocarde et des lésions des tubules rénaux. L’administration concomitante de dérivés nitrés a été proposée afin d’atténuer quelques-uns de ces effets secondaires, mais il n’a pas été prouvé que ces agents exercent vraiment l’action escomptée. L’emploi de somatostatine ou d’octréotide peut représenter une solution de rechange plus sûre. Le mécanisme d’action de ces agents n’est pas encore élucidé, mais il est probablement en rapport avec un effet de freinage de la libération des hormones vasodilatatrices telles que le glucagon, ce qui aboutit à un net effet vasoconstricteur. Ces agents n’ont que des effets secondaires minimes. Quel que soit le médicament employé, il est généralement déconseillé de poursuivre le traitement pendant plus de un à deux jours.

 

Parmi les moyens mécaniques de traitement, figure le tamponnement direct par sonde à ballonnet gonflable. La sonde de Sengstaken-Blakemore est pourvue de deux ballonnets, un ballonnet oesophagien et un petit ballonnet gastrique; la sonde de Linton-Nachlas, munie seulement d’un gros ballonnet gastrique, est attachée à un petit poids afin d’étancher le flot de sang variqueux coulant en direction céphalique. L’emploi de ces deux types de sondes comporte un taux considérable de complications (15 %), particulièrement en des mains inexpérimentées. Les complications les plus courantes pour la sonde à ballonnet oesophagien dans les cas de varices comprennent l’aspiration, la perforation de l’oesophage et la nécrose ischémique (due à une irrigation sanguine insuffisante) de la muqueuse.

 

Les traitements non chirurgicaux les plus fréquents et probablement les plus efficaces des varices sont la sclérothérapie endoscopique et la ligature. Des solutions très irritantes comme l’éthanolamine, le polidocanol ou même l’alcool absolu sont injectées, à l’endoscopie, dans la varice hémorragique et autour de celle-ci, sous observation visuelle directe. L’inflammation qui s’ensuit aboutit finalement à la thrombose et à la fibrose de la lumière de la varice. Les complications possibles sont une douleur thoracique, une dysphagie ainsi qu’une ulcération et un rétrécissement de l’oesophage. L’injection de solutions irritantes qui finissent par passer dans la circulation pulmonaire peut produire des anomalies de la fonction pulmonaire, même si celles-ci sont généralement infracliniques. Il existe une méthode plus récente et probablement plus sûre de traitement endoscopique : c’est la ligature élastique, semblable à la ligature élastique employée pour provoquer la transformation fibreuse des hémorroïdes ano-rectales. Les premières études faites portent à croire qu’elle a une efficacité semblable à celle de la sclérothérapie, tout en donnant lieu à moins de complications oesophagiennes. La combinaison du traitement endoscopique et du tamponnement par sonde à ballonnet ou du traitement médicamenteux pour réprimer l’hémorragie des varices actives réussit dans 80 % à 95 % des cas.

 

Lorsque toutes les mesures mentionnées ci-dessus échouent, la chirurgie d’urgence peut être tentée. L’intervention d’urgence qui consiste à effectuer une anastomose porto-cave a été abandonnée à cause d’un taux de mortalité opératoire de 30 % à 50 %. Le choix le plus simple et probablement le meilleur dans une situation d’urgence est la transsection oesophagienne, dans laquelle le chirurgien, à l’aide d’un instrument mécanique, sectionne et enlève un anneau de tissu oesophagien, puis agrafe les deux extrémités ensemble. La dérivation intra-hépatique porto-systémique transjugulaire TIPS (transjugular intrahepatic portosystemic shunt)

 

représente     un autre type de « chirurgie ». Dans cette intervention, une anastomose intra-hépatique entre une branche d’une veine sus-hépatique et une branche de la veine porte est établie par dilatation du tissu hépatique pratiquée avec un ballonnet; puis, un extenseur de métal expansible d’approximativement 1 cm de diamètre est inséré dans la fistule. Cette intervention peut être faite par un radiologiste au moyen d’un cathétérisme guidé par fluoroscopie, et elle n’exige qu’une légère sédation et une anesthésie locale.

 

Une fois l’épisode hémorragique aigu traité, comment diminuer le risque de récidive hémorragique? Avant d’envisager tout autre traitement, il faut prendre certaines mesures évidentes et fondées sur le bon sens. Par exemple, les patients souffrant d’une cirrhose due à l’alcool doivent absolument cesser de consommer de l’alcool; le taux de récidive hémorragique et le taux de mortalité chez les patients qui continuent à faire usage d’alcool sont beaucoup plus élevés que chez ceux qui demeurent abstinents.

 

Le traitement prophylactique des hémorragies peut se diviser en prophylaxie primaire (pour prévenir la première hémorragie variqueuse chez un patient dont les varices n’ont jamais saigné) et en prophylaxie secondaire (pour empêcher les récidives hémorragiques). Il existe encore dans la littérature bien des contradictions à propos de ces deux prophylaxies mais, pour l’instant, il est possible de faire les recommandations préliminaires qui suivent. Tout d’abord, chez les patients ayant de grosses varices qui n’ont jamais saigné, il faut instaurer un traitement par un bêta-bloquant, administré à des doses suffisantes pour diminuer de 20 % à 25 % la fréquence cardiaque au repos. Les antagonistes des bêta-adrénergiques sont reconnus pour produire une constriction artériolaire et veineuse, et ils réduisent de façon considérable le débit sanguin dans la circulation collatérale porto-systémique, tout en diminuant très modérément la pression portale. La sclérothérapie endoscopique, la ligature élastique, le TIPS et l’intervention chirurgicale sont inefficaces et comportent trop de risques pour la prophylaxie primaire.

 

Les traitements appropriés en prophylaxie secondaire demeurent controversés. Il y a probablement un sous-groupe minoritaire qui réagit favorablement au traitement par les bêta-bloquants, mais ces patients ne peuvent être facilement reconnus. Une approche possible consiste à effectuer suffisamment de séances de sclérothérapie endoscopique ou de ligature élastique (habituellement entre trois et six) pour oblitérer les varices ou en diminuer la taille. Dans les cas où ce traitement échoue (par exemple les cas d’hémorragies récidivantes), il faut envisager d’établir une DIPT ou de pratiquer une chirurgie. Le TIPS ne doit pas être fait chez les patients qui ont des antécédents d’encéphalopathie ou une encéphalopathie évolutive.

 

Les causes préhépatiques d’hypertension portale, telles que la thrombose de la veine porte, répondent généralement bien à certains types de dérivation porto-mésentérique, comme l’anastomose mésentérico-cave ou l’anastomose porto-cave. Dans ces cas, le fonctionnement hépatique normal protège contre l’apparition d’une encéphalopathie ou l’installation d’une insuffisance hépatique lorsque le sang de la veine porte est détourné du foie.

 

Il est certain que le traitement définitif de la plupart des complications d’une hépatopathie terminale, notamment l’hémorragie gastro-intestinale récidivante due à une grave hypertension portale, est une greffe orthotopique du foie. Puisque la présence d’une anastomose chirurgicale porto-cave ou mésentérico-cave complique grandement l’intervention de la transplantation, nous avons généralement abandonné ces types d’anastomose chez les cirrhotiques.

 

 

 

 

 

 

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
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Samedi 11 février 2006 6 11 /02 /2006 22:59
La maîtrise des dépenses de L’assurance maladie
 
 
La maîtrise des dépenses de santé est une préoccupation majeure des pays développés; ceux-ci connaissent tous une progression constante de leurs dépenses de santé. En France, la croissance de a consommation de soins et biens médicaux s’accroît à un rythme supérieur à celui de la richesse nationale (environ 9,5% du PIB en 2003 contre 5% en 1970). La mise en place d’outils de régulation s’avère indispensable. Ces instruments tentent de maîtriser la dépense, soit en jouant sur l’offre de soins par la responsabilisation des professionnels, la rationalisation de l’offre, soit en jouant sur la demande, notamment par la responsabilisation des assurés sociaux. Ces différents instruments ont étémis en place avec un impact inégal en France mais sont également expérimentés dans d’autres pays.
 
 
LA RESPONSABLISATION DES ASSURÉS, NOTAMMENT AU MOYEN DU TICKET MODÉRATEUR
 
L’objectif est d’impliquer l’assuré dans la dépense de santé par l’institution d’un ticket modérateur, ou bien par la suppression de la prise en charge par l’assurance maladie lorsque la dépense ne s’avère pas réellement nécessaire ou lorsque l’efficacité n’est pas prouvée. Par exemple, l’exclusion de certains médicaments de la liste des médicaments remboursés, en fonction du service médical rendu c ‘est à dire l’efficacité de ces médicaments.
 
Le ticket modérateur
 
Le ticket modérateur correspond à la part de la dépense d’une prestation de soins laissée à la charge de l’assuré social; il représente la différence entre le tarif applicable à la prestation et le montant du remboursement effectif de la caisse. Le ticket modérateur est donc susceptible de conduire à une certaine responsabilisation de l’assuré. Cependant, l’augmentation corrélative de la prise en charge des mutuelles ou assurances complémentaires pour une grande partie de la population limite son effet.
Par ailleurs, le ticket modérateur peut avoir un effet pervers sur la consommation des biens de santé nécessaires aux personnes à bas revenus et souvent privées d’assurances complémentaires. C’est cet effet induit qui a conduit à l’institution de la couverture maladie universelle (CMU).
 
Le forfait hospitalier
 
Ce forfait journalier créé en 1983 est un ticket modérateur minimal dû par toute personne admise pour au moins 24 heures dans un établissement hospitalier public ou privé.
 
 
 
LA RÉGULATION PAR LE CONTRÔLE DES ACTEURS
 
Les références médicales opposables (RMO)
Il s’agit de règles objectives et consensuelles de bonne pratique médicale fixant des critères permettant de définir des soins et prescriptions médicalement inutiles et de déterminer les fréquences d’utilisation par malade de certains soins et prescriptions. L’idée est donc de modérer la croissance des dépenses de santé en identifiant et en éliminant les soins médicalement inutiles sans critères économiques, de tenir à jour ces règles et de les communiquer aux professionnels de santé.
 
 
LA HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ (HAS)
 
La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie met en place la HAS chargée notamment de l’évaluation des produits, actes ou prestations de santé et du service qu’ils rendent, d’élaborer des guides du bon usage des soins, de mettre en place des procédures d’évaluation des pratiques professionnelles et de certification.
 
La régulation de la prise en charge des patients par les médecins libéraux
L’actuel système de rémunération à l’acte des professionnels libéraux et l’accès direct aux médecins spécialistes sont de nature à provoquer une augmentation de la production de soins parfois sans rapport avec l’utilité sociale. Les projets de positionnementdu médecin généraliste comme pivot du système, chargé d’apprécier la nécessité du recours aux médecins spécialistes, et le projet de médecin traitant à compter du 1er janvier 2005, sont des instruments de maîtrise possibles, mais ces projets font l’objet de très fortes réticences de la part des professionnels médicaux.
 
Le financement des hôpitaux
 
Les hôpitaux ont d’abord étéfinancés en fonction de leur nombre de journées, ce qui pouvait conduire à une inflation de celles-ci et à une croissance des dépenses. A compter de 1983, leur financement s’est fait par dotation annuelle fondée sur l’application d’un taux directeur en vue de freiner les dépenses, mais en créant parfois des rentes de situation ou en bloquant l’activité.
La réforme actuelle du financement des établissements de santé liée à l’activité mesurée par le PMSI vise à assurer le financement des activités de soins effectivement prodiguées aux patients, d’inciter tous les établissements à l’économie, d’harmoniser les modes de financement des établissements de santé publics et prives.
 
 
 
 
 
 
LA REGULATION FINANCIÈRE PAR L’OBJECTIF NATIONAL DES DEPENSES D’ASSURANCES MALADIE (ONDAM)
 
 
L’ONDAM est le système de financement de l’assurance maladie mis en place par l’ordonnance de 1996 relative à la maîtrise médicalisée des dépenses d’assurance maladie. Désormais, chaque année, le Parlement se prononce, en fonction des objectifs de la politique de santé et des prévisions de recettes, sur le montant de l’ONDAM par la loi de financement de la Sécurité sociale. L’ONDAM est lui-même subdivisé en plusieurs sous-enveloppes concernant:
        L’hospitalisation de court séjour publique et privée et l’hospitalisation à domicile.
        Les établissements médico-sociaux (enfants et adultes handicapés et personnes âgées).
        Les soins de villes (dépenses déléguées correspondant aux remboursements des honoraires et les autres dépenses de soins de ville comme les médicaments).
        Une dotation nationale de développement des réseaux.
 
Un conseil de l’hospitalisation placé auprès du ministre chargé de la santé et de la sécurité sociale, formule des recommandations quant à la détermination et au suivi des objectifs de dépenses d’assurance maladie pour ce qui concerne les frais d’hospitalisation.
 
Les dépenses de santé sont ainsi en principe prévisionnellement connues et encadrées pour un exercice donné. Cependant, chaque année, il a été constaté un dérapage des dépenses par rapport à l’ONDAM. La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie met en place un comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie; celui-ci sera chargé d’alerter le Parlement et le gouvernement en cas d’évolution des dépenses d’assurance maladie incompatible avec l’objectif national voté par le Parlement.
 
 
LA RÉGULATION QUANTITATIVE DES CAPACITÉS D’OFFRE
 
Le numerus clausus
 
Il s’agit du nombre de place d’étudiants en médecine pour la deuxième année. Ce numerus clausus est fixé chaque année par arrêté ministériel et pour chaque université. Il existe aussi des numerus clausus concernant les capacités d’admission dans les écoles paramédicales. Le numerus clausus se fonde sur l’idée qu’en limitant le nombre de professionnels de santé, on limite la demande et la consommation de biens de santé. Actuellement, le numerus clausus est revu nettement à la hausse compte tenu de la pénurie de personnels médicaux dans certaines spécialités.
 
 
 
 
Les instruments de planification sanitaire
 
Ces instruments répondent à une double préoccupation de santé publique: la rationalisation des implantations sanitaires en fonction des besoins et la maîtrise des dépenses; il s’agit notamment des autorisations d’installations des activités de santé et de leur renouvellement, et du SROS.
 
        Problématique actuelle
 
La maîtrise des dépenses de santé se heurte à la difficulté de sensibiliser les professionnels de santé sur l’évolution des dépenses. Des enveloppes précises sont établies depuis quelques années, mais des dérapages sont constatés et les corrections de ces dérapages font l’objet de négociations difficiles avec les professionnels de santé libéraux notamment.
 
La maîtrise des dépenses par l’augmentation de la part laissée à la charge de l’assuré n’a d’impact que sur les populations qui n’ont pas de couverture complémentaire, c’est-à-dire celles, le plus souvent, pour qui le recours au système de santé est le plus essentiel.
 
La situation de déficit atteint par l’assurance maladie en 2004 risque de mettre en cause le système même de la sécurité sociale en France. La loi du 1 3 août réaffirme le principe de solidarité sociale et met en oeuvre la réforme de l’assurance maladie afin de mieux maîtriser l’évolution des dépenses.
 
 
        Sites Internet
Par Billy Rubin - Publié dans : santé publique
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