Samedi 22 octobre 2005 6 22 /10 /Oct /2005 00:00

6

Dans la période où j’attendais les premiers résultats d’analyses biologiques, j’ai essayé de me renseigner au maximum sur la maladie. Quand j’y repense, j’ai l’impression d’avoir fait une démarche à la Christophe Colomb. Je voulais m’embarquer à tout prix dans la traversé, je savais que j’arriverais quelque part, je savais que c’était un continent immense et peu connu, mais je n’avais que la certitude de vouloir le faire pour savoir. Ce n’était pas le continent que j’attendais, il était plus vaste, plus sauvage, plus inaccessible, un nouveau monde fascinant et terrible.

 

 

 Tout était bon pour essayer de comprendre la C : Internet, les livres, les cours. J’ai tout d’abord abordé l’histoire du virus de la C. Cette saloperie se planquait tellement bien qu’on ne l’ait identifiée qu’en 1989.

 

 

J’ai appris que la jaunisse a été citée pour la première fois par le Talmud babylonien, c’est un livre complètement épuisé à l’heure actuelle ne le cherchez pas. Puis 500 ans avant JC, l’école de Médecine d’Hippocrate a décrit la jaunisse et reconnu le foie comme l’organe responsable. Cinq cents ans ap. J.-C., l'école romaine de Galien[1]  s'est intéressée à la jaunisse et a distingué les causes dues à un obstacle à l'écoulement de la bile de celles liées à une maladie du foie. Au VII eme siècle, le pape Zacharie (saint, pape de (741 à 752)  évoquait pour la première fois la possibilité d'une contagion. Ce pape a recommandé l'isolement des sujets atteints de jaunisse. Il devait être moins con que l’actuel pape face au sida.

 C'est un médecin français, Chardon qui, ne manquant pas de piquant et ne se prénommant pas Marie, en 1842 avança le premier l'hypothèse d'un agent infectieux : un miasme était responsable des épidémies de jaunisse. Ce n'est qu'en 1905 qu'un autre visionnaire, un écossais du nom de Mac Donald (il y a des Mc Do pas trop nazes) suggéra que certaines hépatites graves étaient provoquées par un agent infectieux transmissible. En 1931, Finlay concluait de l'observation de plusieurs épidémies provoquées par des actes médicaux que la fameuse hépatite catarrhale était en fait transmissible par des fluides humains. Il restait ensuite à trouver que ces fluides étaient contaminés par un agent infectieux appelé virus.

 

 

Le premier virus a été découvert en 1935 par Stanley[2]. Il s'agissait du virus de la mosaïque du Tabac. Cette découverte sera rapidement suivie par celle du virus de la fièvre jaune, de la variole et de la poliomyélite. Dans les années 1940, l'apparition du microscope électronique permit d'observer les virus pour la première fois (ces fumiers sont invisibles au microscope optique) puis grâce à des centrifugeuses à grande vitesse, les chercheurs purent ensuite les concentrer et les purifier. Le premier démembrement des hépatites a été réalisé au cours de la seconde guerre mondiale. Vingt-mille conscrits enrôlés dans l'armée américaine ont reçu un vaccin contre la fièvre jaune, contaminés par un virus des hépatites, celui de la B. (On savait déjà faire des conneries, surtout dans l’armée et ça a continué plein pot pendant la guerre du Golfe.)

 

 

Des milliers de soldats ont développé une hépatite et soixante d'entre eux en sont morts. A la suite d'expérimentations très discutables et condamnables réalisées à cette période sur des prétendus volontaires (absorption de bile ou injection de sang de sujets souffrant d'hépatite) deux types d'hépatites furent identifiés :

 

 

- le premier type, appelé hépatite A était transmise par voie orale (par les extraits de bile ou les extraits de selles). Cette hépatite dite épidémique avait une période d'incubation courte (de 15 à 45 jours) ;

 

 

- le second type : l'hépatite B était transmise par le sang ou le sérum et fut appelé hépatite sérique, d'incubation plus longue (60 à 90 jours.) Il faudra attendre ensuite vingt ans pour que le premier virus, celui de l'hépatite B soit identifié.

 

 

L’hépatite virale A, maladie des mains sales transmise par l’eau et les aliments souillés, est contagieuse par les contacts habituels de la vie courante. Elle est appelée à disparaître des pays qui améliorent sans cesse leur hygiène. Inapparente chez l’enfant, elle est responsable de symptômes (jaunisse et fatigue) souvent importants chez l’adulte. Elle ne dure jamais plus de six mois et guérit toujours.

 

 

Une hépatite A dure en général de 4 à 6 semaines après 15 à 45 jours d'incubation. Chez l'adolescent et l'adulte jeune, la maladie débute par une fièvre de quelques jours, remplacée par une jaunisse avec urines foncées et une fatigue intense. Le diagnostic d'hépatite repose sur l'élévation du taux des transaminases qui dépasse en général 10 fois la normale. Les transaminases ALAT (ou SGPT) et ASAT (ou SGOT) sont des enzymes contenues en abondance dans le foie. Quand la cellule du foie est lésée, elle  libère  une  partie  de  son contenu dans le sang et le taux des transaminases augmente.  Le taux de bilirubine est souvent très élevé. La bilirubine est un pigment issu de la dégradation des globules rouges, qui donne sa couleur à la bile. Quand le foie lésé ne réussit pas à évacuer la bile vers la vésicule biliaire, le taux de bilirubine sanguine augmente.   Chez la personne âgée, la maladie peut prendre un aspect plus grave. Il faut connaître le risque de rechute qui s'exprime par une nouvelle remontée des transaminases. Cela arrive dans 20 à 30% des cas mais la normalisation définitive des transaminases est toujours observée.

 

 

Quant au risque d'hépatite fulminante, il est très faible de l'ordre de l %. Les formes fulminantes surviennent souvent chez les personnes âgées ou lorsqu'il existe une maladie hépatique préexistante. L'association à une infection par le virus B ou le virus C est également un facteur d'aggravation.

 

 

Les antigènes du virus ne sont pas détectables dans le sang. Aussi, le diagnostic d'une hépatite A aiguë repose sur la présence d'anticorps anti VHA de type IgM (Immunoglobuline[3] : protéine sanguine agissant comme un anticorps.), témoins de la réponse immunitaire précoce de l'organisme. Ces anticorps apparaissent dès les premiers symptômes et persistent en général pendant 3 mois. Devant une élévation des transaminases, il faut exiger la présence d'un anti VHA IgM pour parler d'une hépatite virale A aiguë. Plus tard, les anti VHA de type IgG apparaissent. Ils sont le signe de l'immunisation de l'individu.

Retrouvés seuls, chez un sujet présentant des signes cliniques et biologiques d'hépatite, ils témoignent d'une hépatite A ancienne et guérie. Ils sont présents chez 50 % des Français après 40 ans. Chez l'adulte, la détection de l'anti VHA IgG qui renseigne sur la présence d'un contact avec le virus doit précéder l'injection du vaccin

 

 

 II n'existe aucun traitement spécifique de l'hépatite A. La prévention de l'hépatite A repose sur l'hygiène de l'eau, le lavage des mains, l'immunisation passive et désormais la vaccination. Commercialisé en France depuis la fin de l'année 92, le vaccin contre l'hépatite A a été obtenu à partir d'un virus inactivé.

Je ne sais pas pourquoi ni comment mais l’histoire de ces maladies de merde commençait à m’intéresser sérieusement, c’était autre chose qu’une curiosité morbide. Au fur et à mesure que je découvrais les hépatites, j’imaginais la masse des gens que ça concernait.

Tout d’abord ces milliers de malades à travers le monde : 200 000 000 de porteurs de l’hépatite B dans le monde, deux à trois millions de décès annuels. En France, 5 à 10 % de la population a déjà été en contact avec le virus de la B, plus de 8 millions de personnes sont à risque. 170 000 000 de porteurs chroniques du virus de la C dont 4 000 000 aux USA, 5 000 000 en Europe de l’ouest dont 650 000 en France, c’est à dire 1% environ de la population. Dans mon bled de 9000 habitants, il y a peut-être entre cinquante et cent personnes qui ont la C. Je n’en connais qu’une : moi. Tout ce monde malade ça fait réfléchir.

Puis tous les gens qui cherchent à éradiquer le virus, médecins, chercheurs dans différents domaines (biologie moléculaire, pharmacologie, soins divers) souvent isolés dans leur coin, sans crédits suffisants pour vaincre la difficulté. Les associations de malades qui se battent contre l’ignorance dans laquelle on préfère souvent maintenir le malade, contre l’inertie et la tiédeur des pouvoirs publics en matière de santé et de prévention.

Ma première réaction, en face de cette masse de gens touchés et du peu de moyens mis en œuvre pour remédier à cela, est de l’ordre du dégoût et de la colère. En Afrique , en Asie, au Moyen Orient, pays les plus touchés comme pour le sida, rien de collectif mis en place par les pays enrichis sur leur dos pendant des années. Les dépenses militaires de pays comme le nôtre en face des dépenses de santé m’agacent et me révulsent. J’échange un porte-avions nucléaire contre un vaccin. J’échange tous les trésors originaires de l’ancienne Égypte contenus dans les musées occidentaux contre un traitement interféron/ribavirine pour les 25 % de la population égyptienne,  contaminés par le virus de la C suite à la pauvreté de moyens dont les services de santé disposaient pour une campagne nationale de vaccination contre la bilharziose, campagne qui a flanqué la C à tout va.

Je suis un rêveur, tu le sais toi, et on ne va pas me refaire, je l’ai déjà dit ! Je vais me remettre un vieux Dylan dans les étiquettes, « Like a Rolling Stone » traduction du refrain :

 « Qu’est-ce que tu ressens, tout seul sans maison, comme un complet inconnu, comme une pierre qui roule? »



[1] (Galien Claude, Claudius Galenus en latin (131 env.-env. 201 )Sa thérapeutique est diététique et médicamenteuse, et son étude des plantes médicinales gardera le nom de «pharmacie galénique».)

[2] STANLEY WENDELL MEREDITH (1904-1971)

 

 

Biochimiste américain créateur de la virologie moderne. Stanley, né à Ridgeville dans l’Illinois, étudie au collège de Richmond et est docteur en chimie de l’université de l’Illinois en 1929. Il va poursuivre ses études en Allemagne et séjourne au laboratoire de chimie de l’université de Munich (1930). À son retour aux États-Unis, il entre comme assistant de recherches au Rockefeller Institute for Medical Research de New York qu’il quitte l’année suivante pour celui de Princeton où il restera jusqu’en 1948, date à laquelle il est nommé professeur de biochimie et directeur du Virus Laboratory de l’université de Californie à Berkeley.

 

 

Lorsque Stanley s’attache à leur étude, les virus, dont on connaît l’existence et les symptômes, sont invisibles au microscope optique (on ne les verra qu’avec le microscope électronique) et leur nature, protéinique ou non, est très discutée. Dès son arrivée à Princeton (1932), il conçoit que, si un virus est une protéine, on doit pouvoir le purifier et il choisit d’étudier le virus de la mosaïque du tabac. En 1935, il réussit le premier à cristalliser ce virus, démontrant ainsi la nature protéinique des virus. En 1936, à partir de ces cristaux, il isole l’acide nucléique et met en évidence la responsabilité de cet acide dans l’activité du virus: il affirme, en 1937, que le virus de la mosaïque du tabac est une nucléoprotéine. Ce premier isolement d’un virus cristallisé, pour lequel il reçoit, en 1946, le prix Nobel de chimie, a ouvert la voie aux travaux des nombreux chercheurs qui devaient préciser les relations entre la structure des virus et leurs propriétés biologiques, autrement dit la voie de la biologie moléculaire.

 

 

 

 

 

[3] Immunoglobulines :
Protéines  (naturelles ou administrées comme un médicament) qui peuvent agir comme des anticorps   pour aider l'organisme à se défendre
.  

Par Billy Rubin - Publié dans : hepatite-c
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche

Présentation

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés