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Mon journal à moi, plus ça va et moins je te consacre de temps, enfoncé dans la découverte des hépatites virales et parfois rivales entre elles ou associées quand elles veulent faire chier le bonhomme à mort. La dernière fois, je t’ai parlé de la A, pas besoin de sortir de « polytechniquetamère » pour savoir qu’après le a vient le b. Ma vie s’écoule à vannes ouvertes, au rythme des infos que j’avale. Pour la B, il a fallut plus de temps que pour la A. C’est une petite vicieuse cette salope.
Le virus de la A est un petit virus constitué d’ARN[1] ou acide ribonucléique. Il est résistant à l’éther, à la chaleur moyenne (60° C) et à l’acidité ce qui explique sa survie dans le milieu extérieur. Pour le détruire, il ne faut pas le faire mijoter, on doit le porter à 120° C pendant 20 mn. Il est sensible à l’action du chlore (javel) et du formol. Les coquillages qui filtrent de grandes quantités d’eau (plus de trois cents litres) peuvent héberger le virus A pendant plusieurs mois.
Le virus de la B, identifié en 1967 est lui un virus à ADN, acide désoxyribonucléique, circulaire en partie double brin. J’ai voulu en savoir plus sur la nature des virus et leurs différences voici en gros ce que j’ai trouvé.
Les virus sont constitués de matériel génétique (soit d'ADN ou d'ARN), entouré d'une couche protectrice de protéines. Certains virus d'animaux sont également entourés d'une membrane de lipides (gras). Un virus n'est pas un organisme vivant de manière autonome. On ne peut pas parler de « bestioles » comme certains le font, sa structure est plus proche de celle des cristaux que des animaux. Les virus n'existent que pour se multiplier, et à moins qu'un virus ne se trouve dans une cellule vivante, il est inactif et ne peut se reproduire. Lorsqu'un virus ou une partie de virus parvient à pénétrer dans une cellule, on parle d’infection.
Selon le virus, c'est le virus tout entier qui pénètre dans la cellule ou seulement son matériel génétique qui est « injecté » dans la cellule tandis que la couche externe demeure à l'extérieur. Dans le cas du bactériophage T14 (un type de virus qui infecte certaines bactéries), l'ADN interne est injecté dans la cellule à infecter. En revanche, tout le virus du sida (appelé VIH) pénètre dans les cellules T[2] de l'être humain pour les infecter.
Dans les deux cas, par suite de l'infection virale, le matériel génétique du virus pénètre dans le cytoplasme (la partie fondamentale) de la cellule, qui renferme tous les enzymes nécessaires et d'autres matériels indispensables à la reproduction du matériel génétique du virus et à la synthèse de ses protéines.
Un virus nuit à la cellule qu'il infecte, car il « prend les commandes » du gène de la cellule et de la machine à fabriquer les protéines, ce qui donne lieu à la production de morceaux de virus uniquement. Une fois ceux-ci fabriqués, ils forment une myriade de nouveaux virus, qui remplissent la cellule.
Ces nouveaux virus quittent la cellule, quelques-uns à la fois (bourgeonnement) ou par un processus appelé lyse (lyse ou cytolyse : destruction d'un élément organique sous l'effet d'un agent extérieur), où l'on assiste à une rupture de la membrane cellulaire, qui libère toutes les particules du virus en même temps, ce qui a pour effet de tuer la cellule hôte, tandis que les particules du virus libérées s'en vont infecter d'autres cellules.
Mais revenons à notre virus de la B.
L’ ADN du virus B est constitué de 3200 nucléotides[3] (un des constituants de la cellule), soit le plus petit bagage génétique de virus à ADN parasitant l'homme ou les animaux (en comparaison l'ADN du virus herpès comporte 10000 nucléotides). Le virus B est considéré comme le prototype de la famille des hépadnaviridae, auquel appartiennent également les virus de l'hépatite de la marmotte, de l'écureuil et du canard de Pékin qui ont servi très utilement de modèle à l'infection humaine. C'est un virus enveloppé, relativement résistant. Il peut persister dans le milieu extérieur et garder son pouvoir infectieux plusieurs jours. Sans entrer dans les détails, la multiplication du virus de l'hépatite B apparaît comme complexe et passe par une phase de transformation de l'ARN en ADN ou transcriptase inverse qui l'apparente au rétrovirus comme le virus du SIDA.
L'examen au microscope électronique du sang d'un sujet atteint d'hépatite B en phase de multiplication montre trois types de structures : le virion, les sphères et les filaments.
Le virion[4] ou particule de Dane représente la partie infectieuse. Il a un diamètre de 42 nm (nanomètre, un milliard de fois plus petit que le mètre) et comprend une enveloppe composée des antigènes (substances provoquant la formation d'un anticorps) de surface (Ag HBs) et une nucléocapside (dans un virus, structure constituée d'un nucléoïde et de protéines formant la capside) ou cœur du virus portant les antigènes de capside (Ag HBc et Ag HBe.) L'antigène HBc ne circule pas dans le sérum.
La nucléocapside contient l'ADN viral et l'enzyme qui permet la multiplication virale ou ADN polymérase[5].
Les sphères et bâtonnets sont constitués de protéines d'enveloppes (Ag HBs) en large excès par rapport au virion. Ces enveloppes vides dépourvues d'ADN ne sont pas infectieuses et entraînent une immunisation anti HBs.
Quatre régions ont été identifiées dans le matériel génétique du virus de l'hépatite B. Ces régions permettent la fabrication de protéines que sont les protéines d'enveloppes, les protéines de la capside (AgHBe), les protéines de l'enzyme de multiplication (ADN polymerase) et la protéine X dont la fonction est très complexe. Lorsque le virus B est en phase de multiplication active, on décèle dans le sang des virions entiers ou particules de Dane, l'antigène HBe, l'ADN viral et l'enzyme de multiplication ou ADN polymerase. Lors d'une hépatite aiguë qui évolue vers la guérison, la phase de multiplication est très fugace. A l'inverse, dans les formes qui durent plus de 6 mois et deviennent chroniques, la multiplication du virus va persister pendant des années. A un stade ultérieur, la multiplication virale cesse et le virus s'intègre dans le génome humain.( Génome : ensemble des gènes des chromosomes propre à une espèce.)
Pendant longtemps, l'importance de la variabilité des séquences nucléotidiques qui composent le matériel génétique du virus B est restée insoupçonnée en raison de la complexité de ce matériel. Il existe différents souches ou génotypes du virus B qui présentent une variabilité génétique dans le matériel génétique qui code pour l'antigène de surface (Ag HBs). Il existe six (A-F) génotypes du virus de l'hépatite B. Le génotype A est prédominant en Europe de l'Ouest, les génotypes B et C en Asie, les génotypes D et E dans le bassin méditerranéen.
À côté de ces génotypes, il faut individualiser l'existence de variants du VHB qui correspondent à l'apparition de mutations de séquence d'acides nucléiques sous la pression immunitaire de l'hôte qui va avoir pour principal objectif de se débarrasser du virus. Deux mutations principales ont été décrites :
a) une mutation dans le domaine de la région qui code pour l'enveloppe du virus. Cette mutation rare pourrait rendre le virus insensible à la vaccination ;
b) une mutation beaucoup plus fréquente dans le domaine qui code pour les antigènes de la capside. Cette mutation conduit à l'arrêt de la synthèse de l'antigène HBe alors que les autres marqueurs de multiplication (ADN viral, ADN polymérase sont présents dans le sérum).
Cette mutation nommée pré-C est très fréquente. Elle serait retrouvée dans 50 % des hépatites chroniques B observées dans le bassin méditerranéen.
La transmission du virus B découle des notions suivantes :
1 - la contamination se fait essentiellement par le sexe, le sang et de la mère à l'enfant.
2 - une grande quantité de virus est présente dans le sang d'un sujet infecté, ce qui explique que la transmission ne nécessite que de très faibles quantités de sang et un contact bref.
3 - Le portage dure pendant de nombreuses années, multipliant les occasions de contage. (période de contagion)
4 - Le virus et l'antigène HBs sont présents dans de nombreux liquides biologiques non seulement le sang mais aussi le sperme.
a. Les transfusions sanguines
Elles ont été pendant longtemps la voie préférentielle : le sang mais aussi les éléments du sang : le plasma, les plaquettes, les produits utilisés pour traiter les hémophiles (concentrés de facteur de coagulation VIII et IX) le fibrinogène et la thrombine humaine ont véhiculé le virus. Le risque d'hépatite post transfusionnelle était proportionnel au nombre d'unités transfusées et au nombre de donneurs utilisés pour préparer le produit dérivé. Depuis 1971, le dépistage des porteurs du virus B par la recherche systématique de l'antigène HBs puis par la recherche de l’anticorps anti HBc (1988) ont été rendues obligatoires chez les donneurs de sang.
Ce dépistage ainsi que la préparation des produits dérivés du sang par chauffage, et l'utilisation de matériel à usage unique, ont rendu la transmission du virus B par le sang et les produits du sang exceptionnelle.
b. La toxicomanie par voie intraveineuse
Elle implique le partage des seringues et du matériel (filtres, cuillères, eau) habituellement contaminé par plusieurs virus. Elle est un mode de transmission qui reste important malgré les campagnes anti SIDA et la montée en puissance des traitements de substitution. Un marqueur d'exposition au virus B (anticorps anti HBc) est présent chez 80 % des toxicomanes. Ce qui veut dire que 80 % des sujets toxicomanes ont rencontré le virus de l'hépatite B.
c. La transmission sexuelle
Elle est probablement en France le mode le plus fréquent de transmission. L'hépatite virale B est considérée comme une authentique maladie sexuellement transmissible. Elle touche les homosexuels et les hétérosexuels à partenaires multiples.
d. La transmission mère-enfant
Elle est le mode de transmission le plus fréquent dans les pays à forte prévalence comme l'Asie. Si la mère est porteuse du virus en phase de multiplication, le risque de transmission à l'enfant est de 80 %. Si la mère est porteuse de l'anticorps anti HBe, le risque de transmission existe car la multiplication bien que très faible peut être présente. La transmission de la mère à l'enfant se fait habituellement par le contact avec le sang et les sécrétions lors du passage de la filière vaginale au cours de l'accouchement. Bien que pouvant être présent dans le lait, le virus n'est vraisemblablement pas transmis de la mère à l'enfant lors de l'allaitement. A l'inverse, la transmission aux parents à partir du nourrisson contaminé n'est pas rare et a été démontrée chez les parents adoptifs des nourrissons.
e. La transmission dite « parentérale[6] »
Inapparente, elle est un phénomène non négligeable. Elle peut se produire lors de piqûres accidentelles souvent passées inaperçues chez le personnel médical ou paramédical, lors de la projection de liquides infectés sur des plaies cutanées, les muqueuses ou les yeux. Le problème est posé de la transmission par les instruments de toilette (rasoirs, brosses à dents...). Ce mode de transmission pourrait rendre compte de la contamination intrafamiliale qui est retrouvée dans environ 30 % des cas.
f. Chez le personnel de santé
L'hépatite B est une maladie professionnelle. Les personnels travaillant dans les services d'urgence, les services de reins artificiels et les laboratoires sont les plus exposés.
[1] ARN : Abréviation pour Acide Ribonucléique. Dans une cellule vivante, l'ARN transmet l'information génétique portée par l’ADN. Pour le virus VIH, tout le matériel génétique est formé par une molécule d'ARN. L'ARN est le bagage génétique des virus A ,C, D, E et G.
ADN : L’acide désoxyribonucléique est une molécule formée de deux brins complémentaires constitués chacun d'une longue chaîne de nucléotides, déterminant l'ensemble des caractères génétiques spécifiques à un organisme vivant. La présence de l'ADN viral de l’hépatite B signale donc la présence du virus. Le bagage génétique des autres virus en dehors du TTV est l'ARN.
[2] Toutes les réactions immunitaires ont en commun de présenter une spécificité d’une remarquable finesse pour les substances qui les induisent, les antigènes. Cette spécificité est assurée par des récepteurs de reconnaissance présents sur les lymphocytes, qui peuvent être sélectionnés par fixation sur les récepteurs de l’antigène qui leur correspond avant de se différencier en cellules productives d’anticorps ou en cellules cytotoxiques (capable de tuer les cellules cibles, par exemple les cellules constitutives d’une greffe). On distingue deux familles de lymphocytes totalement distinctes, les lymphocytes B et les lymphocytes T qui maturent dans le thymus. Les cellules B produisent les anticorps, les cellules T régulent de façon tout à la fois positive (cellules T helper) et négative (cellules T suppressives) la différenciation des lymphocytes B en plasmocytes, qui produisent les plus grandes quantités d’anticorps. Les cellules T ont aussi la capacité d’intervenir directement en l’absence d’anticorps soit par des phénomènes de cytolyse, soit en libérant des protéines, les cytokines, qui attirent les macrophages au site de la réaction immunitaire et les activent en les rendant capables à leur tour d’exercer une activité cytolytique.
[3] [3] Nucléotide : constituant de la cellule résultant de la combinaison d'un nucléoside et d'acide phosphorique
[4] Virion : virus infectieux, agents pathogènes caractérisés par une très faible taille (invisibles au microscope optique).
[5] Polymérase : en biologie, enzyme de transcription assurant la synthèse d'une chaîne de ribonucléotides.
[6] Parentérale :
Voie d'administration d'un produit ou d'un médicament, différente de la voie digestive. Exemple : voie veineuse périphérique ou centrale. On parle de contamination "parentérale" pour l'essentiel des virus qui nous intéressent ici (sauf hépatites A et E)