Dimanche 23 octobre 2005
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Parce qu'écrire c'est rêver, je fais les deux !
Ca se passe effectivement un dimanche matin. Je vais au jardin du Luxembourg faire un tour. Il est six heures du matin, le jour vient à peine de se lever ; le jardin est encore fermé sauf une petite porte, derrière le théâtre de l’Odéon, par où les gardiens et les employés rentrent. Je me faufile et vais sur le côté droit du parc.
J’entends des coups de feu, j’hésite à aller dans la direction de ceux-ci mais la curiosité est la plus forte. Je vois deux espèces de cow-boys, il me semble que je les connais. Bien sûr, il s’agit d’Ernest Hemingway et de Richard Brautigan. Hemingway a un fusil de chasse et Brautigan un revolver à barillet, ils tirent les pigeons. Hemingway me gueule dessus :
· Grouillez-vous mon vieux, j’ai jamais vu un rabatteur arriver une heure après les chasseurs ! Vous les Français, vous vous faites pas chier, comme vous dites si bien !
· Il a même pas pris les cannes à pêche ! Pourtant il y a du putain de délicieux poisson dans ce parc, ajoute Brautigan.
Je bafouille :
· Vous les ricains faut que vous décimiez des bestioles ou des sauvages pour sembler être des hommes ! Je ne serai pas complice de vos saloperies ! De plus, je suis très bien informé : Hemingway vous finirez avec ce fusil de chasse et vous Brautigan avec ce colt !
· Et c’est les pigeons qui appuieront sur la gâchette, demande Ernest Hemingway ?
· Toi tu ne mourras jamais, dit Brautigan, tu es trop con ! Si tu avais du talent tu serais immortel et tu te moquerais pas mal des armes à feu et de ces connards de pigeons !
Ils éclatent de rire tous deux et se mettent à tirer dans tous les coins. Les flics arrivent, deux cents C.R.S, ils font une manœuvre d’encerclement de cette zone du parc. Hemingway demande à Brautigan combien il lui reste de cartouches. Brautigan regarde dans ses poches et dans le barillet du colt et dit :
· Une seule papa Ernie, et toi combien ?
· Une aussi Dick, on est foutus ! Ils ne m’auront pas vivant, je refuse de finir entre les mains d’une tribu d’analphabètes !
· Tu as raison, dit Brautigan. Je vais sucer le canon, ça c’est une vraie fin littéraire qui me convient parfaitement ! Rendez-vous en enfer mes mignons, c’est un aller simple en première classe !
Je leur dis de ne pas faire ça, surtout qu’ils ne risquent qu’une amende. Ils se marrent comme deux tordus et se tirent chacun leur balle dans la cervelle. Les flics arrivent, j’ai les bras en l’air et suis mort de trouille. Ils me passent les menottes et me conduisent au quai des orfèvres, à la P.J. Je suis interrogé par Louis De Funès. Je suis mort de rire, il s’énerve et hurle de plus en plus en faisant des grimaces. Il m’accuse d’être complice de ces deux dangereux terroristes, il en a la preuve puisque la perquisition a produit trente kilos de papiers écrits par les deux maniaques et cinq par moi. Je lui dis que c’était des écrivains, pas des terroristes, il répond que c’est pareil, que c’est comme si je lui disais qu’ils tuaient des pigeons, pas des oiseaux. Il ouvre un autre carton et sort mes manuscrits, il balance les feuilles partout en disant :
· Et ça hein, et ça, et encore ça et encore re-ça ! Taisez-vous, regardez-moi dans les yeux, j’vais vous mater mon gaillard ! Alors comme ça on écrit ? Des poèmes, des chansons, des pièces de théâtre ! Du théâtre ! Assassin ! (Il déchire les pièces.) Tiens, tiens tiens, voyou, monstre et même des romans ! Monsieur écrit des romans ! Mais on te tient, je le tiens, je ne le lâcherai pas !
Il me saisit par le bras et me secoue si fort que je me réveille.