Les mystères du monde
Mes pensées glissent avec rapidité
sur la vaine poésie des bardes de Bretagne.
Ils bafouent le meilleur d’eux-mêmes en un étalage excessif.
Le marteau est nécessaire au forgeron.
Je demande un bâton pour maintenir la science bardique.
Qui ne connaît l’antre des bardes?
TALIESIN Barde 6e siècle
Voici un chant sur ce que j’ai dans l’âme.
Je me fous de savoir qui a commencé!
Je gobe l’oeuf et mange la poule.
Je dors le jour et vis la nuit.
C’est mon spermatozoïde qui a tendu
un traquenard à l’ovule mère
qui m’a fécondé.
J’accepte de vivre en toute modestie,
mais je n’en pense pas moins.
Je ne suis pas un résigné
je frôle parfois la connaissance
j’ai celle, intime, d’être debout.
Je n’ai pas perdu le pays céleste
ni la grande amitié,
ils sont encodés dans les yeux
de ma fille Aurore.
Combien y a-t-il de désastres affectifs
dans une heure universelle?
Qui est mort de froid dans son carton
hier au soir?
Combien aujourd’hui?
Pourquoi demain?
Pourquoi les richesses fabriquées
par des hommes morts à la tâche
dorment sur des comptes dans le cyberespace
et dans la tête des pleutres.
Il y a un jardin merveilleux
sous la colline de l’amour,
il y a une chambre sacrée
sous le flot de l’océan.
Hypocrite endormi,
dis-moi le nom du veilleur!
Qui a foutu Marie en cloque?
Quand Adam s’est-il poigné
pour la première fois?
En pensant à qui, à quoi?
Dante est resté combien de temps en enfer?
Béatrice avait-elle des gros seins?
Qu’elle était la température extérieure
de l’enfer?
Combien de fois James Joyce
a-t-il mangé des rognons de porc
frits à la poêle
avant d’écrire Ulysse?
Peut-être que Mahler
compose encore ailleurs
des chants pour les enfants vivants.
Avait-il lu le livre
des morts tibétain?
J’ai été avec de pseudos initiés,
avec des penseurs marxiens
et des prêtres vaudois
pratiquant le vaudou suisse
au cours de cérémonies fendantes
où l’on buvait du vin blanc
au bord d’un lac pollué
aux rives impeccables.
Je suis vieux, je suis jeune, je suis moi.
Je suis universel, je suis doué d’une hargne vivifiante.
Souviens-toi, vieux Celte,
des Gaulois, ces buveurs d’absolu,
rêveurs de l’impossible qui ont fait
trembler Rome.
Je suis un barde, je ne cache rien aux coeurs purs.
Je suis un ferment, la mèche.
Si tu chauffes, ça brûle, si tu brûles, il ne fait pas froid.
Avant de lutiner la faucheuse,
avant que ma cendre refroidisse
au fond d’une poubelle,
avant que je reparte d’où je viens,
puisse-t-il y avoir une vraie fête pour mon âme.
Personne ne sait ce qu’il y a après,
la peur fait dire n’importe quoi.
Que ceux qui m’entendent se rassurent
je ne serai pas seul à vous attendre
dans l’infini profond.
Billy Rubin fête de Samain 2000