Jeudi 24 novembre 2005 4 24 /11 /Nov /2005 23:56

RUE DAUPHINE 1993

 
C'est sûr que je n’aurais pas dû! Oui, j'aurais pas dû ça c'est même sûr! Mais que veux-tu on vieillit!
C'était pas une bonne idée de montrer mon cul à la vieille, surtout à celle-là de vioque, une peau de fesse, une vicelarde! Mais quelle idée aussi de débouler ainsi! Sept heures du matin, je rentre à peine dans le sommeil et j'entends des jacassements de volaille sur le palier! Qu'est-ce que c'est que ces têtes de quines à ressorts! Je vais voir en hurlant:
- Qu'est-ce que c'est que ce merdier, c'est privatif ici! Rien à foutre sur mon palier à des heures aussi indues! Zallez fermer vos clapoirs bande de Big-Nambas à queues plates! Tueurs de sommeil à la mort-moi-le-gland!
J'ai ouvert la porte et fait irruption sur le palier en slip genre " Gros Dégueulasse " de Reiser, le kangourou de compétition qui laisse plus que deviner les balloches mal rangées à cause surtout du restant de rêve qui s'effilochait au gré de ma stupeur. Mon rêve dérangé avait dû donner dans le stupre à mort!
La vioque en question, genre cousine à la sorcière de Blanche-Neige ou si tu préfères, la maman à Maggie Thatcher, me lorgne d'une façon insistante. Si elle lève pas ses yeux de mon testicule gauche, mon préféré, je lui envoie mon spécial: la morsure nasale.
Moi: - OUKSET que vous vous croyez, tas de connauds, pouvez pas laisser les travailleurs récupérer en paix, j'ai bossé toute la noille, putain de- bordel de dieu de pine à goret de pompe à merde!
Elle: - Je suis la secrétaire du syndicat des copropriétaires,  qu'est-ce que c'est que cette chose là?
Son doigt accusateur me désigne le pauvre gros chauffage à accumulation qui trône sur le palier depuis belle lurette, avant même que j'emménage dans ce lieu, il était là!
- C'est un appareil de chauffage, s'il vous intéresse, vous l'embarquez en silence! Sinon, cassez-vous vite fait et surtout fermez vos grandes gueules, je veux dormir!
- Cet objet n'a rien à faire sur le palier qui est un endroit faisant partie de la copropriété!
- Je m'en bat les amygdales et toutes les autres glandes endocrines, Mamie Duraton, c'est pas moi qui lui ai dit de se planquer illici ce con. Il a beau être un objet irrégulier, il ne m'appartient pas, je n’en suis pas responsable, il fait pas partie de ma bande et tu te casses vite fait! Ballec fissa!
La coprobloque manque s'étouffer de colère et devient violacée comme un gland qui vient de  servir.
- Vous allez voir...
Pas le temps de finir sa phrase la bruyante, je la coupe, paradoxalement à l'aide de ma partie du corps la plus contondante, et lui dit d'un ton rageur:
- Toi, tu vas voir mon cul, tiens, profite de la vue!
Je me retourne et exhibe la partie charnue de mon individu en baissant rageusement le petit bateau " taille 6 ". Ce ne fut pas l'adoration des rois mages, point du tout! La deuxième voix, dont le corps se tenait dans l'escalier, et qui jusqu'à présent n'était qu'un acteur de complément, se mit à vouloir mériter son cachet en jouant le rôle du justicier indigné:
- Alors-là Monsieur, vous allez vraiment trop loin!
- Pas vraiment Papou, je remonte mon spinnaker et je retourne border mes voiles!
Ce que je fis, joignant le geste à la parole, après leur avoir claqué la lourde au museau. J'entendis une cavalcade dans l'escalier et leurs jacassements de pies outragées, je rouvris la porte et hurlai dans la cage d'escalier:
- Moins de bruits, tas de cons, boules-à-noeuds, c'est un immeuble classe ici, résidus de fausse-couche!
Puis j'ai replongé dans mon sommeil, mais pas vraiment longtemps. Juste quand je commençais à lutiner très sérieusement Angelina Jolie qui en béait d'admiration, le téléphone se mit à sonner!
Bon diable, c'était certainement ce con de Brad Pitt, il est tellement jaloux! J'adoptai un profil bas et marmonnai dans le combiné :
- Heu... Brad, écoute, c'est pas ce que tu crois mais c'est moi qui...
- Monsieur Rubin ce n’est pas Braaade, je suis Françoise, Françoise Ravalle, votre propriétaire! Excusez-moi de vous déranger mais j'ai eu un coup de téléphone qui m'a réellement mis un coup au coeur! C'était la secrétaire de la copropriété qui vous accuse d'obscénités à son encontre! Je lui ai dit que ce ne pouvait être vous, vous un homme si calme, si pondéré...
- Elle m'a réveillé en hurlant à cause du chauffage du palier!
- C'est quoi cette histoire de chauffage?
- Tout simplement votre chauffage à accumulation que le locataire précédent a mis sur le palier!
- Vous ne pouvez pas le rentrer à nouveau dans l'appartement?
- Impossible, il tient trop de place! Déjà que j'ai juste un chemin entre mon lit, la cuisine, la table où j'écris et la salle de bain, je ne vous dis pas le souk! Il n'y a aucune place possible, de plus, partout ailleurs c'est envahi par des livres!
- Des livres?
- Oui, tous les livres que j'aurais voulu écrire! Vous savez que ça en fait un sacré pacson? Ce n’est pas vraiment génial d'habiter dans ce quartier, on trouve des bouquins à dix balles!
- Je ne sais pas ce que l'on peut faire de ce chauffage, je ne peux pas le mettre chez moi, c'est encore moins grand que chez vous!
- Vous voulez sans doute dire " plus petit " mais ne vous cassez pas, ce n'est demain la vieille qu'elle repointera son nez la mémé!
- Que lui avez-vous fait Monsieur  Rubin ?
- Rien fait, juste montré!
- Elle n'a pas vraiment apprécié!
- Pourtant à son âge, il y en a qui paye pour voir ça!
- Vous êtes un drôle de numéro!
- Ouais, un numéro avec trois zéro au bout, je paye quatre mille balles vos trente mètres carrés régulièrement! !
- Oui, oui, bla bla bla..."
Très gentille la proprio, pas chiante du tout et c'est bien tant mieux! Pour l'instant pas moyen de replonger dans le sommeil. Je descends à la boulangerie satisfaire un vieux rêve de baguette chaude. La meilleure de Pantruche, la baguette est encore bonne le lendemain, rien à voir avec le pain industriel sec au bout d'une heure, qu'on te refile dans les supermarchés. C'est important le pain! Je ne peux pas manger sans pain, tous les gosses de pauvres ont été élevés comme ça! La petite voix intérieure qui me flique de temps en temps me susurre à l'oreille: "- Tes lecteurs potentiels, si ils existent, n'ont certainement rien à cirer de ta bio!
- N'empêche que se souvenir qu'on est un gosse de pauvre, c'est essentiel!
- Parce que ta situation a changée? Ben ça ne se voit pas trop, tu dois marcher trop vite!
- Fais chier la voix intérieure, casse-toi salope! "
J'ouvre la porte de la boulangerie, la petite boulangère semblait m'attendre: "-Bonjour, vous allez bien?
- Non, deux baguettes!
- Hou, qu'il est mal réveillé! Je vous les coupe?
- Vous les femmes, c'est toujours pareil, quand vous nous les cassez pas, vous voulez nous les couper! Ne touchez pas à mes baguettes!
Elle a rougi la môme aux miches, pas l'habitude qu'on lui parle comme ça, la rue Dauphine est plutôt chicôsse!
- Ca n'a pas l'air d'aller fort mon petit monsieur!
- Un mètre quatre vingt sept et vous m'appelez petit, z'avez pas vraiment le sens de la mesure!
- C'était gentil, comment voulez-vous qu'on vous appelle?
- Je ne veux pas qu'on m'appelle!
- Bon d'accord, sept francs vingt!
Dès qu'elles ont un problème, les frangines te causent d'argent! Je paye et me casse, deux Allemands bouchent la porte, discutant dans la langue de Goethe ou d'Himmler de la grosseur des forêts-noires et des bavarois de la vitrine. Je casse ma baguette sur les noix du premier et marche sur le pied de porc de l'autre.
- Bardon mezieur!
- Savez pas que la guerre est finie les doryphores!
- Was!
- Laisse-moi sortir Adolphe, t'es pas dans les Sudètes!
- Qui Adolphe, quoi?
- Toi Adolphe! Vive Rosa Luxembourg! "
Les teutons marmonnent en tabarnac sur l'indélicatesse des français, je viens de trahir le traité d'amitié franco-allemand et mon sens de l'internationalisme! Purement gratuit! Je n'en pense pas une miette mais c'est un sport comme un autre, j'adore être con de temps à autre, ça fait du bien et puis en vérité, il doit bien y avoir des nostalgiques qui reviennent voir le pays qu'ils ont occupé! Tout le monde est responsable de tout le monde, si ce n'est toi c'est donc ton frère! Chaque fois que je vois un arabe, je pense que des cousins, amis, frangins etc. leur ont coupés les couilles ou les ont passés à la gégéne! Je me sens responsable au même titre que je considère l'ensemble du peuple allemand responsable du grand holocauste des années quarante! Sauf ceux, opposants de la première heure aux nazis, qui ont eux-mêmes inauguré les camps de la mort. On traîne tous des merdes et il faudrait des siècles de paix pour vraiment solder nos contentieux! Ce n’est malheureusement pas demain la veille avec les cinglés qui nous gouvernent et la bande d'abrutis qui aspirent à la relève! A quand le coup de pied dans cette infâme fourmilière de merde! Est-ce qu'il peut-y avoir un "grand soir " pacifique? C'est que ça me ferait drôlement chier de tuer des gens, même des abrutis! Quand on est con, on tue: les flics, les militaires tuent! C'est parcequ'ils sont cons comme des bites et qu'ils ont le droit pour eux. Nous n'avons aucune raison valable d'être aussi cons qu'eux! Faut arrêter l'escalade, une seule solution: l'humour! Faites l'humour pas la guerre!
Vérification de la boîte aux lettres, une lettre des impôts, direction la poubelle, deux ans que je survis avec une moyenne annuelle de quatre mille balles par mois, vont tout de même pas me piquer du blé, j'en ai pas!
Une lettre des éditions machin chose:
"-Cher Monsieur, nous vous remercions de nous avoir permis de prendre connaissance de votre manuscrit " La Route de Syam". Des contraintes éditoriales, tout à fait étrangères aux qualités de ce texte, nous empêchent d'en envisager la publication.
Avec nos regrets, nous vous prions de croire, cher monsieur, à nos très sincères sentiments.
Pour le service littéraire: Monique Faucul.
Commentaires de l'éditeur sur un petit carton à son nom:
Vous avez mis beaucoup de vous dans ce texte, haut en couleur. Merci de nous l'avoir transmis: Jean-Daniel Belfolle.
Les éditeurs n'ont plus de couilles, ils ont des contraintes éditoriales! C'est un terme fort pudique pour désigner un certain nombre de maladies honteuses. Plus aucun n'est capable de retourner un manuscrit avec une simple lettre d'une page, sans complaisance, qui dise des choses essentielles du genre: " Cher Monsieur, votre écriture me gonfle à cause que vous massacrez allégrement la langue de Proust ou de Céline qui est la même d'ailleurs, peu importe. Vos histoires sont nulles, vos personnages des débiles profonds qui n'existent que dans les fumées de votre cerveau d'alcoolique malade et pervers, votre orthographe est plus qu'à chier et que faire? (comme le disait si bien Lénine à Kroupskaïa un soir où il ne pouvait pas bander!)
Des infos sur les raisons réelles du refus et pas des remerciements d'avoir permis! Vous avez mis beaucoup de vous, beaucoup de moi mon cul! Vous avez le vit beaucoup mou, mon texte haut en couleur ne vous a pas fait bander! C'est ça qu'il fallait me répondre petit hypocrite!
De toute façon, vu la qualité des livres qui sortent de vos maisons d'édition, c'est presque un compliment que de se faire jeter par vos lecteurs aseptiques en diable!
La petite voix intérieure ramène encore sa gueule:
- T'aimerais bien hein? Avoue que tu serais content d'être édité!
- Pas par n'importe qui, pouffiasse!
- Mais alors, pourquoi leur envoies-tu tes textes à ces n'importe qui?
- C'est le seul moyen honnête qui m'intéresse pour gagner de l'argent!
- L'espoir fait vivre!
- Laisse poire tranquille!
- Pauvre con, raté!
- Et fier de l'être, je ne ressemble à aucun autre! Ca me ferait trop mal!
- Prétentieux et nul!
- Ta gueule salope ou je me soûle!
Une fois de plus, j'ai gagné sur moi-même! C'est ce que je me dis en ouvrant la porte et je ne peux réprimer un sourire aussi imbécile que satisfait. Téléphone. Qui c'est?
- Allo!
- Billy salut c'est Céline! Je voulais de tes nouvelles, je ne te vois plus!
Tiens c'est vrai, j'y pensais plus à celle-ci! Céline, vingt-huit ans, un mètre soixante-huit, soixante kilos de chair fraîche et sucrée! Elle vit en 1930, les surréalistes et compagnie. Elle est parfois dans des galères profondes et des déprimes balaises.
- Moi, ça va toujours ma petite caille et toi, tu en es où?
- Bof, tu vois bien, comme ci comme ça, des hauts et des bas!
- A propos de bas, tu as toujours des jambes aussi jolies?
- Tu ne changes pas toi!
- Non, je t'aime toujours autant! Et toi, tu m'aimes encore?
- Bien sûr!
- Quand est-ce qu'on se voit?
- Quand tu veux!
- Tout de suite alors!
- Non, j'attends quelqu'un, un copain. Je ne sais pas que faire, d'ailleurs, avec lui! Il me fait chier et je me suis fait coincer!
- Vire le! N'ouvre pas ta porte! Dis lui de ne pas sonner à cause que tu as ouvert le gaz. Oui, c'est ça, tu marques ça sur un papier, sur ta porte: Ne sonne pas, je suis en train de me finir au gaz!
Elle se marre, c'est bon!
- Tu as toujours le mot pour rire!
- Et plus que mes yeux pour pleurer! Il y a des nuits où je passe mes rêves à m'occuper de ton cas!
- Tu es sûr que c'est "le cas" qu'on dit?
- Sûr et certain, j'ai le dossier sous les yeux, tiens écoute: " cas n°69 bis, Céline S., superbe marchandise gâchée, débordante de promesses. Projet en cours de réalisation. "
- Billy!
- Je suis là ma puce, toujours prêt! Alors on se voit quand?
- Demain soir si tu veux!
- Ok, demain; tu m'invites à dîner, tu sais toujours faire des nouilles au saumon?
- Pas des nouilles, des pâtes! La pasta! Eh!
- Tu devrais varier un peu, j'en étais sûr! Il faut te remettre en question et ceci dans tous les domaines!
- Nous verrons ça demain. Tchao, tchao!
Bizarre cette femme, tu sais jamais ce qu'elle veut au juste! Pas moyen de savoir, elle navigue entre deux souffrances purement existentielles. Je l'ai connue dans un cours de théâtre à la Contrescarpe. J'étais le seul mec à pouvoir passer une scène sentimentale avec elle. Personne d’autre ne pouvait la toucher physiquement. Elle ne supportait pas le contact, alors imagine comment ça travaille sous ton crâne! Mais rien à faire, comme dit Estragon, tu peux te la coller sous le bras!
En fait je suis juste un gros nounours rassurant pour elle! Il me fait un peu chier ce rôle de " papa de la copine ". Le papounet idéal, c'est bibi!
- Toi, tu es marrant! Fais moi un gros câlin! Ah, si j’avais eu un père comme toi !
Je pense que c'est ma chaleur naturelle, au sens propre, qui se dégage en balançant de bonnes vibrations! Dans les bras du gros, c'est de la thérapie, le massage jurassien et un peu jurassique vu son âge: quarante-six balais au dix-neuf janvier, un capricorne qui réchauffe! On aura tout vu!
Moi je veux bien réchauffer, mais pas comme ça! Le capricorne a aussi une queue de poisson qu'il voudrait parfois balader dans l'onde claire. Mais point d'ondine, ça se termine toujours en queue de poisson!
- Viens à table, on dîne!
- J’n’ai pas faim de ça...
- Notre relation d'amitié est tellement forte que nous n'allons pas la gâcher bêtement dans des relations sexuelles ordinaires!
Le capricorne a aussi des cornes! Toute relation est sexuelle bon dieu de bois! Je ne propose pas de l'ordinaire mais du super! En arrière fond de tout échange dépassant la simple politesse, il y a le sexe! La vieille au chauffage, quand elle pointe sa tronche sur mon palier, la première chose que je me dis c'est quand même :
- Elle est pas baisable la chouette et en plus, sûr qu'elle l'a jamais été ou alors par erreur, un mec bourré, ça peut arriver!
C'est vrai aussi que parfois, tu te retrouves le matin dans un pieu sans savoir "comment nous en sommes arrivés là? "
On est comme deux glands, cons et empruntés, gentils et nuls, sans savoir que dire. Mais que dire?
Certainement pas des conneries du genre: " C'était bien non? Je n’ai pas assuré mais toi, tu n'as rien fait pour non plus! "
Ou aussi: " - Je sens qu'il va faire beau aujourd'hui! Je vais peut-être te laisser pour aller sarcler mes patates! "
Demain, je n’essaie même pas de la sauter, bonne tactique! Je joue le mec gentil, pas dédaigneux pour trois ronds, attentionné mais pas concerné par son cul. L'homme satisfait quoi! Elle va s'interroger et craquera peut-être dans quelques jours, voire semaines...Aïe! Ca peut être long! Mais il me faut un gros désir...ça marchera jamais! Tant pis! Je n’essaierai pas quand même ! Pour la faire chier!
Petite voix intérieure: Le Retour.
- Orgueilleux le mec! OUHA! Craignos! Ton orgueil contre une bonne bourre, ça marche?
- Ta gueule, ce n’est pas comme ça, je sais ce que je fais! C'est pas de l'orgueil mal placé, c'est heu...c'est de la stratégie!
- Minable prétentieux, il faut toujours que tu joues!
- Eh, je suis comédien non?
- Parlons-en, il y a six mois que tu n'as rien fait!
- J'écris!
- Personne ne te propose autre chose, pendant que tu te prends pour Molière 93 revisité, il y a des minables plus minables que toi qui piquent tes rôles! Pourtant ça te fait bien bander d'être sur la scène, dans la lumière devant le public qui lui, n'est pas venu pour toi mais passons, c'est un autre débat, tous les acteurs sont nombrilistes au possible et développent des idées égotistes qui ne se mesurent plus. Oui, des idées incommensurables...
- De lapin! tu vas fermer ta grande gueule, c'est pas du tout ça! Mais vraiment pas du tout, du tout! Les acteurs sont timides, sauf quand ils jouent, c'est même un peu pour cette raison qu'ils jouent, pour cacher leur timidité maladive!
- Tu continues à te justifier, tu essaies de me faire admettre ton comportement de gros nul! Tu veux toujours gagner, avoir raison! Tu veux toujours t'en sortir les cuisses propres! Je ne sais pas à quoi je sers, tu me les gonfles tellement que je vais disparaître!
- Déconne pas, je ne veux pas sombrer dans la psychose, j'ai réellement besoin de toi même si c'est parfois douloureux, ma voix chérie, ma voix royale!
- Bon! Allez, arrête ton cirque, trou-du-cul! On repart pour un tour mais tu me laisses m'exprimer quand je veux!
- O.K, c'est d'accord ma petite voix chérie!
Pour l'instant j'ai à m'occuper de mon corps, une paire d'œufs au plat avec de la baguette, ça fera la rue Michel!
Faire des oeufs corrects, ce n’est pas à la portée du premier venu!
Il y a une technologie complexe de l'œuf au plat. Deux catégories d'individus:
a - ceux qui savent véritablement faire cuire les oeufs.
b - tous les autres qui méritent à peine de vivre. Le restant du monde, les renégats.
Tu peux absolument tout pardonner à une femme qui sait te faire des oeufs superbes. C'est une véritable preuve d'amour, de l'attention à l'état pur! Malheur à celle qui ne sait pas, elle est déjà suspecte. Si elle te massacre tes oeufs elle pourra te détruire aisément!
Il faut d'abord maîtriser le feu, le beurre ne doit en aucun cas brûler, c'est un motif de rupture pur et simple! On ne doit pas jouer avec sa santé, le beurre brûlé est cancérigène et dégueulasse de surcroît. Ensuite, il faut les casser correctement, sans rompre le jaune, celui-ci doit être liquide mais chaud, il y a un point de rupture à ne pas franchir. Le blanc, l'albumine, doit être cuit mais souple. Pour bien faire les choses, correctement, il faut se servir d'un couvercle plat, le plus près possible des oeufs et ne jamais l'enlever avant le temps nécessaire. Celui-ci varie avec le mode de cuisson. Sur des plaques électriques, il faut démarrer à fond, baisser d'un tiers quand le beurre est chaud mais pas brun puis réduire encore d'un tiers lorsqu'on a mis le couvercle. Ne saler seulement qu'en fin de cuisson sinon ça fait des taches, ce qui est vraiment inesthétique et dieu sait si l'aspect de la bouffe est important!
En général quand mes oeufs sont presque cuits, quand l'eau est à ma bouche, le téléphone sonne!
Tiens, qu'est-ce que je disais?
Mais il peut crever l'autre au bout du fil, on ne me baisera plus! Vous n'aurez pas mes oeufs, je ne réponds pas, le répondeur s'en charge!
Voix de rosbif, c'est pour mon frangin, un musicos de ses connaissances. Message:
- Hello Pierre, quelle serait la chance de avoir fucking money pour cracher my loyer au taulier de tabarnac?
Sans réponse Steve, because les oeufs, de toute façon le petiot est en Alsace, en tournée avec d'autre galériens de la musique. Il trouvera ton message demain et vous irez jouer dans le métro pour trouver votre thune. Pas facile non plus d'être musicos dans Babylone, pas évident. Les flics qui vous jettent de tous les coins possibles.
- Pas à St Michel, les commerçants ne supportent pas la présence des musiciens dans la rue , ça dérange le commerce un max!
Pas dans le métro, pas dans les bars, ça fait du bruit, les voisins ne supportent pas, ils n'entendent plus la télé! C'est dur d'être artiste, presque aussi dur que de réussir des œufs au plat corrects ou de vivre au 38 rue Dauphine en 1993!
 
 
Par Billy Rubin - Publié dans : Nouvelles
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